Les pontonniers du général Eblé sur la Bérézina (novembre 1812)

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Modérateur : Général Colbert

Le Briquet

Re: La Bérézina

Message par Le Briquet »

Belle excuse que le général hiver, qui en un sens dédouane Napoléon de la défaite et n’honore pas les Russes de la victoire.
Le fait est que le climat est un élément à prévoir avant de partir en campagne.

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Bernard
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Re: La Bérézina

Message par Bernard »

Le Briquet a écrit :
05 déc. 2017, 17:30
Belle excuse que le général hiver, qui en un sens dédouane Napoléon de la défaite et n’honore pas les Russes de la victoire.
Le fait est que le climat est un élément à prévoir avant de partir en campagne.
Ce jugement est un peu rapide... Ce n'est certainement pas une excuse mais une réalité. N'oubliez pas que cette année 1812 a connu un climat très perturbé en Russie. Après le passage du Niémen, la Grande Armée a souffert de la chaleur... et l'automne a été plus que doux, permettant à Napoléon de douter sérieusement des rigueurs de l'hiver russe. Les fautes, car elles ont été nombreuses, sont a minima le démarrage sans doute un peu tardif de la campagne, des objectifs pas si clairs que cela (il n'était, officiellement du moins, pas question d'aller jusqu'à Moscou), la prise retardée de Moscou et, surtout, le départ reculé jusqu'au 18 octobre... Le mois perdu à Moscou est dramatique.
L'hiver a sans doute été le grand vainqueur mais les décisions de l'Empereur l'ont pas mal aidé (pas avant, par manque de prévoyance, mais pendant par manque d'anticipation). Quant aux Russes, n'oubliez pas qu'ils ont, eux aussi, été les victimes de cet hiver rigoureux...

Le Briquet

Re: La Bérézina

Message par Le Briquet »

Nous sommes d'accord.
Si Napoléon voulait se donner les moyens d'éventuellement prolonger sa campagne, il pouvait le faire.
Or c'est justement le fait de prolonger la campagne sans s'en être donné les moyens qui posa problème.

Peyrusse

Vers la Bérézina et après, extraits des "Souvenirs" du général Mathieu DUMAS, intendant de la Grande-Armée.

Message par Peyrusse »

Souffrant durant cette campagne, ce général sera remplacé provisoirement par Daru.
-------------------

"L'Empereur ayant fait reconnaître, à cinq lieues au-dessus de Borizow, un point favorable pour l'établissement d'un pont , et ayant détourné l'attention de l'ennemi, en feignant les apprêts d'un passage au-dessous de Borizow, fit construire sous ses yeux, et avec une grande célérité, deux ponts , l'un sur chevalets , pour l'artillerie et la cavalerie, l'autre de pontons, pour l'infanterie. Je reçus l'ordre de diriger sur ce point le trésor et tout ce qui restait des équipages du quartier général. Nous traversâmes Borizow, dont les maisons brûlaient encore : nous suivîmes la route qui borde la rive gauche de la Bérésina, et nous arrivâmes vers dix heures du soir devant les ponts. Il y avait un grand encombrement de voitures d'artillerie : le corps du maréchal Oudinot et la Garde impériale avaient déjà passé sur la rive droite, où l'empereur avait aussi fait établir son bivouac. J'obtins avec beaucoup de peine de suivre les voitures d'artillerie, et je passai le pont avec la plus grande partie des équipages. Heureusement la gelée avait repris assez fort pour que les voitures pussent traverser le terrain marécageux du rivage et gravir l'escarpement. Le lendemain, pendant la brillante affaire du maréchal Oudinot et du maréchal Ney contre les divisions de Tchichagow, arrivé trop tard pour s'opposer au passage, nous essayâmes de défiler pour prendre la route de Wilna, et nous fûmes entravés dans l'artillerie de la garde qui se formait pour soutenir les troupes du maréchal Oudinot. Le timon de ma voiture avant été cassé dans un fond marécageux, j'eus beaucoup de peine à me tirer de cet embarras. Quoique extrêmement affaibli, je dus mettre pied à terre, et je vis le désordre affreux qui régnait sur les deux rives, et principalement sur la rive gauche et sur le pont. L'arrière- garde du maréchal Victor était vivement pressée par les troupes du général Witgenstein, dont l'artillerie canonnait vivement le pont, et dont le boulet portait jusqu'au milieu de nous. Dans ce moment on apporta le maréchal Oudinot grièvement blessé d'un coup de feu dans les reins ; le docteur Desgenettes me quitta pour aller à son s cours. Vers le soir seulement, cet encombrement se débrouilla, et nous pûmes suivre la chaussée jusqu'à environ deux lieues, où nous bivouaquâmes et trouvâmes un abri dans quelques baraques. Le lendemain à la pointe du jour toute l'armée se mit en marche : les ponts furent rompus, sans qu'il fût possible de sauver une foule de malheureux qui restèrent abandonnés sur la rive gauche au pouvoir de l'ennemi. Ce fut pendant cette marche que, traversant les ponts de Zemblin , espèce de chaussée construite en bois de sapin sur chevalets , seul passage à travers un marais d'environ un mille de largeur, nous pûmes juger de l'immensité du danger auquel nous venions d'échapper : en effet, rien n'eût été plus facile à l'ennemi que de couper et incendier ces ponts. Un parti de Cosaques, qui venait de les traverser, avait attaqué dans un village la faible escorte qui accompagnait le maréchal Oudinot : si ces Cosa ques, qui furent bravement et vivement repoussés, s'étaient avisés de mettre le feu à quelques parties de ces ponts, il ne fût plus resté à l'armée aucun moyen de salut, et après une vaine défense il eût fallu se rendre ou périr de faim. Il nous restait encore six ou sept marches à faire pour arriver à Wilna , par Molodeschino , Smorgoni et Ochmiana : le froid devint horrible , et nos pertes deplus en plus considérables ; nous étions débordés sur nos flancs et sans cesse harcelés par les Cosaques; le désordre allait croissant, comme le manque de ressources. En partant de Molodeschino, notre colonne d'équipages fut vivement attaquée par une nuée de Cosaques sur notre flanc gauche. Nous n'étions protégés que par une compagnie de la jeune garde qui marchait en tête des équipa ges de l'empereur : ces équipages étaient suivis des voitures du trésor ; mes voitures venaient ensuite, et derrière moi était celle du comte Daru. J'eus à peine le temps de monter sur un petit cheval polonais qu'on m'amena : mon piqueur était dans ce moment à la queue de la colonne avec les deux chevaux de selle qu'il avait pu sauver à la bagarre du pont. Mon aide de camp, le major Doney, était à cheval et me soutenait. Les Cosaques chargèrent sur mes voitures et sur celle du comte Daru : un gendarme qui était à ma portière eut le bras cassé d'un coup de pistolet. Mon postillon eut la présence d'esprit de doubler la file; les voitures du comte Daru furent enlevées ; comme je m'efforçais de gagner la tête de la colonne , cinq ou six Cosaques se dirigèrent sur moi ; un dragon désarmé qui fuyait et cherchait à gagner le bois fut tué aux pieds de mon cheval , d'un coup de carabine. Le Cosaque qui me joignait à ma droite manqua son coup de lance, qui passa sur la crinière de mon cheval ; celui qui était à ma gauche blessa mon aide de camp Doney d'un coup de lance dans l'épaule, mais heureusement ne le renversa pas. Ils étaient tellement abandonnés dans cette charge, qu'ils furent emportés assez loin de nous et que nous pûmes atteindre jusqu'à la tête de la colonne. J'avertis en passant le général Belliard, qui, quoique grièvement blessé à la jambe, monta à cheval, et se joignit à nous et à quelques officiers de la maison de l'empereur. La bonne contenance du peloton d'infanterie et l'approche d'un détachement de dragons que le prince vice-roi envoya à notre secours achevèrent de nous dégager de cette échauffourée. Nous continuâmes notre route par Smorgoni et Ochmiana, toujours inquiétés sur nos flancs et dépassés par les Cosaques. Notre arrière garde, commandée par le maréchal Ney, faisait tête à l'ennemi, ne cédant le terrain que pied à pied et de position en position. Cette arrière garde couvrait, non plus le reste d'une armée, mais une immense colonne de fuyards marchant pêle-mêle, et d'heure en heure décimée par le froid et par la faim.

L'Empereur quitta l'armée; il partit de Smorgoni avec une escorte de lanciers polonais de la Garde. J'appris qu'il avait bien voulu se souvenir de moi et permettre que je rentrasse en France : il avait fait préparer un décret pour me nommer sénateur; mais cette bienveillante disposition, qui aurait changé ma fortune et celle de mon fils, ne s'effectua point, parce qu'on rendit compte à l'Empereur que je commençais à recouvrer mes forces, et que je serais peut-être, dans quelque temps, en état de reprendre mes fonctions d'intendant général. Le malheureux sort de l'armée était décidé, et la présence de l'Empereur ne pouvait plus être d'aucune utilité, tandis qu'il pouvait seul, par son prompt retour à Paris, ranimer les esprits abattus, tendre les ressorts de son gouvernement, et créer de nouvelles ressources."
---------
Lieutenant-général comte Mathieu DUMAS, « Souvenirs… », Tome III, Librairie de Charles Gosselin, 1839, pp.471-477.

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Cyril Drouet
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Re: La Bérézina

Message par Cyril Drouet »

Cyril Drouet a écrit :
05 déc. 2017, 14:41
William Turner a écrit :
03 déc. 2017, 10:36
Indépendamment des évolutions politiques de la France, la phrase de Pion où il écrit "Ainsi le déserteur de l'Egypte désertait la Russie", traduit peut-être simplement l'indignation d'un soldat de se voir abandonné par son chef dans une situation particulièrement délicate, sentiment que d'autres ont sans doute partagé, mais dont ils n'ont peut-être pas pu faire part, n'ayant pas eu la même chance que Pion de se sortir vivant de cette effroyable retraite.
"Ce départ fut jugé diversement. Les uns crièrent à l'abandon ; d'autres se consolèrent en pensant que l'empereur reviendrait bientôt, à la tête d'une nouvelle armée, pour nous venger. Plusieurs se contentèrent de dire qu'ils voudraient bien pouvoir s'en aller comme lui."
(Fezensac, Journal de la campagne de Russie)

"Quoi! disaient-ils entre eux, est-ce ainsi qu’il abandonne ceux dont il se disait le père ? Où est donc ce génie qui, au comble de la prospérité, nous exhortait à supporter patiemment nos souffrances ? Celui qui prodigue notre sang a-t-il peur de mourir avec nous ?Nous traitera-t-il comme l’armée d’Egypte, qui, après l’avoir bien servi, lui devint indifférente du moment qu’en la quittant il se fut éloigné du péril ?..." Tels étaient les propos que tenaient entre eux les soldats en les accompagnant de toutes les expressions énergiques dont ils enrichissent la langue ; et, certes, jamais indignation ne fut plus légitime, car jamais classe d’hommes ne fut plus digne de pitié."
(Labaume, Relation complète de la campagne de Russie en 1812)

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Re: La Bérézina

Message par C-J de Beauvau »

Certes Napoléon ce n’était pas l'abnégation ! Après la conspiration , et la tentative de coup d'État de Malet improbable mais presque réussi , la nouvelle du désastre qui se propage dans toute l’Europe et la fragilité apparente de son régime, car aucun membre du gouvernement impérial n’avait eu l’idée de crier Napoléon est mort. Vive Napoléon II, remettant ainsi en cause la légitimité de son pouvoir! Ne croyez vous pas qu'il se devait (" de son point de vue") de retourner en France pour remettre de l'ordre , plutôt que rester sur place et marcher dans la neige?
Pour moi ce n'est pas un abandon mais une obligation de rentrer au plus vite pour remettre de l'ordre et les choses en place . Mais ce n'est que mon avis.

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Cyril Drouet
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Re: La Bérézina

Message par Cyril Drouet »

Napoléon n'était plus seulement un chef d'armée, mais aussi un chef d'état.

barthelemy

Re: La Bérézina

Message par barthelemy »

C'est je crois l'opinion la plus communément admise

Le départ de Napoléon des neiges de Russie n'est pas une fuite, pas un abandon de l'armée.... mais on peut très bien comprendre que de nombreux soldats l'aient perçus ainsi :(

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Joker
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Re: La Bérézina

Message par Joker »

Au sein d'une armée en complète déliquescence comme l'était la Grande Armée à ce moment, il est évident que le départ du chef suprême ne pouvait être perçu que comme une fuite.
En effet, le troupier régit sous le coup de l'émotion et il ne dispose pas de la hauteur de vue qui lui permet de comprendre les motivations propres à un chef d'Etat.
Le sentiment d'abandon fut d'autant plus fort que la personne de l'Empereur était leur dernier point d'ancrage, l'ultime bouée de secours à laquelle ils se raccrochaient pour ne pas sombrer définitivement.
Leurs réactions furent donc tout à fait compréhensibles, comme le furent celles de tous ceux qui participèrent à la campagne d'Egypte.
Il nous suffit de nous mettre un instant à leur place pour ne point en douter...
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

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C-J de Beauvau
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Re: La Bérézina

Message par C-J de Beauvau »

Joker a écrit :
12 déc. 2017, 17:33
Au sein d'une armée en complète déliquescence comme l'était la Grande Armée à ce moment, il est évident que le départ du chef suprême ne pouvait être perçu que comme une fuite.
En effet, le troupier régit sous le coup de l'émotion et il ne dispose pas de la hauteur de vue qui lui permet de comprendre les motivations propres à un chef d'Etat.
Le sentiment d'abandon fut d'autant plus fort que la personne de l'Empereur était leur dernier point d'ancrage, l'ultime bouée de secours à laquelle ils se raccrochaient pour ne pas sombrer définitivement.
Leurs réactions furent donc tout à fait compréhensibles, comme le furent celles de tous ceux qui participèrent à la campagne d'Egypte.
Il nous suffit de nous mettre un instant à leur place pour ne point en douter...
Je suis de votre avis quand au ressenti que pouvaient avoir les soldats ("informés ") à ce propos, mais par qui ? Et combien savaient où était l'Empereur Napoléon ? Beaucoup ne le voyaient pratiquement jamais, ou que de loin .N'avaient ils pas d'autres choses à penser en mode survie ?

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