Les pontonniers du général Eblé sur la Bérézina (novembre 1812)

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

d'hautpoul

RUSSIE 1812 : Les Ponts de la Bérézina

Message par d'hautpoul »

Bonjour

"Lorsque le pont se rompit,nous entendîmes un cri,un seul cri poussé par la multitude!!-Louise Fusil-(j'étais à la Bérézina .Gallimard)

Je suis allé plusieurs fois sur ce lieu mythique,je vous livre un écrit de mon Ami Maître Adrien Alric.
-I-Le Gué de STUDIANKA
l'histoire officielle nous apprend que la Grande Armée arrivant à BORISOV trouva le pont franchissant la Bérézina détruit par les russes.Elle était dès lors prise au piége poursuivie par PLATOV et MILORADOVITCH venant droit sur elle ,par WITTGENSTEINS venant du N.E et par KOUTOUZOV venant du S.E
Le temps pressait.Il fallait trouver un passage qui ne pouvait être qu'un gué,aucun autre pont n'existant dans la région.
Ce gué ,situé en face le village de STUDIANKA,à 3lieux au Nord de BORISOV,soit environ 14 KM-c'est la brigade de cavalerie du Général CORBINEAU qui l'aurait découvert grâce aux renseignements donnés par les paysans de l'endroit.
Est-ce bien exact?
Il semble que la vérité soit un peu différente en ce sens que CORBINEAU ne reçut aucune mission pour trouverun passage favorable pour la Grande Armée en retraite et ne prit aucune initiative à ce sujet mais découvrit le Gué de STUDIANKA en tentant de rejoindre le 2eme corps d'OUDINOT dont il relevait.
MARBOT raconte ce fait:le général Bavarois Comte de WREDE abandonne sans autorisation le 2eme corps(OUDINOT) entrainant avec lui la brigade de cavalerie CORBINEAU.Ce dernier se rendant compte que de WREDE agissait sans ordre décide de rejoindre le corps d'OUDINOT et passant par BORISOV,d'aller au devant de lui qu'il supposait être dans les environs de BOBR,mais il se perd .
"Fort heureusement,parmi les trois régiments,commandés par CORBINEAU,se trouvait le 8eme de lanciers polonais dont les officiers tiraient des habitants,tous les renseignements necessaires...Ces derniers engagèrent CORBINEAU à rétrograder, condisirent sa colonne en face de STUDIANKA ... et devant lequel se trouvait un gué" (MARBOT).
FAIN confirme cette narration.
Ce gué semble évidemment le même que celui dont parle BOUTOURLIN (auteur d'une histoire militaire de la campagne de RUSSIE-PARIS 1824) et qui avait été utilisé par les lanciers rouges de COLBERT le 13 juillet 1812 lors de l'invasion de la Russie.
L'existence de ce gué à STUDIANKA était donc déjà connue et CORBINEAU ne l'aurait donc que "redécouvert un peu par hasard" lors de la course très périlleuse de plusieurs jours qu'il fit à la tête de sa brigade pour rejoindre le corps auquel il appartenait.
A ce sujet le général hollandair Comte DU MONCEAU, alors capitaine commandant de la 6ème Compagnie des lanciers rouges de la garde nous dit :
"le 26 Novembre... l'Empereur vint à nous dépasser. Nous arrivâmes, peu de temps après lui, sur les bords de la Bérésina, à quelque distance en aval du gué de WESELOVO (dont STUDIANKA fait partie) que nous avions traversé dans la nuit du 12 au 13 juillet" (avec COLBERT).
C'est le 23 Novembre à minuit que CORBINEAU franchit le gué pour rejoindre OUDINOT.
Mais entre-temps COLBERT avait été appelé par l'Empereur pour indiquer le gué de la Bérézina qu'il avait précédemment utilisé : le Général CORBINEAU n'aurait donc eu qu'à fournir des renseignements ultérieurs.
II - LE PASSAGE DE LA BERESINA
La légende s'appuyant sur une imagerie, que je qualifierais de "flamboyante", en fait une catastrophe sans précédent et le tombeau de la grande armée : il symbolise pour beaucoup d'imaginations la débacle dans toute son horreur.
De nos jours, encore pour traduire un sentiment d'échac total on emploie couramment l'expression : "c'est la Bérésina".
Or, ce passage ne fût-il pas au contraire une nouvelle page glorieuse de l'histoire impériale ?
Le général Major VAN VLIFMEN, membre de la Chambre des Pays-Bas, a écrit, en effet, en 1908 à ce sujet :
"il (le passage) fût un chef d'oeuvre de tactique, un exploit sans pareil dans les fastes militaires".
Les faits semblent lui donner raison.
Résumons les brièvement :
- lorsque la grande armée arrive à BORISOV, TCHITCHAGOF avec des troupes importantes occupe la rive droite de la Bérésina et notamment face à STUDIANKA, rendant ainsi presque impossible l'utilisation du gué.
- Napoléon feint alors de n'avoir aucun projet sur STUDIANKA et de vouloir profiter de deux autres gués situés en aval de BORISOV et dont le plus favorable situé à 27 kms de cette ville et en face le village d'OUKOLODA.
- Trompé par cette ruse non seulement le général russe, qui avait pourtant assez de forces pour garder le haut et le bas de la rivière, se hâta avec toutes ses troupes vers l'endroit où il pensait que la grande armée franchirait la Bérésina pour prendre la route de MINSK, mais encore dans sa précipitation omit de détruire les 22 ponts franchissant les marais de ZEMBIN qui assurèrent par la suite le salut de cette dernière : elle ne commit pas la même erreur et détruisit ces ponts après son passage.
- La voie était désormais libre car les forces russes n'assuraient la poursuite qu'avec prudence et lenteur semblant dominées par la crainte qu'elles avaient de Napoléon.
- Lorsque dans ces circonstances le 25 Novembre EBLE arrive à STUDIANKA un pont avait déjà été jeté à la rivière.
Il le jugea peu sûr et le fit démolir,préférant entreprendre la construction de deux ponts (trois à l'origine avaient été prévus) l'un pour l'infanterie, l'autre pour l'artillerie et les fourgons, plus conformes à l'art qui était le sien.
- Le 26 dans le courant de l'après-midi,l'un des ponts,auquel avait travaillé dans des conditions héroïques 400 pontonniers,étant terminé les premières troupes le franchissaient dans le plus grand calme et notamment le corps d'OUDINOT chargé de faire face à un retour offensif de TCHITCHAGOF sur la rive droite.
- le 27, à 6 heures du matin - le 27 au soir écrit MARBOT - Napoléon passe à son tour sur la rive droite accompagné et suivi pendant toute cette journée par Eugène, NEY, PONIATOWSKI et DAVOUT : le plus grand ordre préside à ces passagers. aucun événement ne les trouble.
- ce n'est que la nuit du 27 au 28 que les généraux russes et leur commandant en chef se retrouveront à BORISOV et décideront d'une attaque générale sur les deux rives pour le 28.
- le 28 OUDINOT d'abord puis NEY, remplaçant le Duc de REGGIO blessé, repousseront avec succès sur la rive droite les troupes, numériquement supérieures, du Général TCHICHAGOF, tandis que que Victor sur la rive gauche contiendra, également avec succès, les troupes de WITTGENSTEIN qui veulent s'approcher des ponts. La nuit venue Victor avec ses soldats passera le dernier sur la rive droite tandis que malheureusement , le Général PARTOURNEAUX et sa division succomberont à BORISOV qu'ils avaient pour pission de verrouiller.
Selon FAIN, Victor aurait commencé son mouvement de retraite à 1 heure du matin (nuit du 28 au 29) "dans un ordre parfait avec toute son artillerie".
- le 29 à 9 heures du matin, toute la grande armée ayant franchi la Bérésina et retraitant , à travers les marais de ZEMBIN en direction de VILNIUS, EBLE brûle les ponts.
Ainsi, dans des conditions difficiles et dans des circonstances périlleuses, la grande armée, mise sous la pression de troupes infiniment supérieures en nombre, a trouvé son salut grâce au génie de l'Empereur, au courage et à l'audace de ses maréchaux, au sacrifice du Général PARTOURNEAUX et l'héroïsme d'EBLE et de ses pontonniers.
Sont, cependant, restés sur la rive gauche prisonniers des russes des trainards (soldats, sans armes et sans uniformes) qui refusèrent , malgré les nombreuses pressions dont ils furent l'objet, d'utiliser les ponts et notamment dans la nuit du 27 au 28 Novembre où ils étaient libres de toute circulation :épuisés par une trop longue marche depuis MOSCOU , affamés, couverts de vermine, sans plus aucaun courage, ils préférèrent s'entasser autour des feux de bivouac improvisés, mangeant la viande des chevaux morts plutôt que d'emprunter la porte du salut.
Ce sont ces malheureux qui ont donné naissance et vie à la légende de la catastrophe et c'est leur affligeante situation qui a excité l'imagination de tant de peintres.
Combien étaient-ils ? les évaluations sont fluctuantes. Pour retenir celle d'un témoin oculaire, qui semble digne de foi, donnons une nouvelle fois la parole à FAIN évaluant la foule des non combattants dispersés sur la rive gauche à 4.500 personnes. Ils étaient peut-être plus nombreux.
Malgré les pertes en hommes et en matériel le passage de la Bérésina apparaît donc comme un succès.
Un deuxième croquis, également inédit je pense, mérite d'être connu. Il est extrait du Journal "NOTRE REGION" paru à MINSK en 1926 : il reproduit le plan de la maison "de Napoléon".
En effet, ce dernier arrivé à BORISOV le 25 Novembre à 17 heures en serait reparti le même jour à 20 heures selon GARROS ou à 11 heures selon d'autres sources pour installer son Q.G. dans cet immeuble de STAROI-BORISOF, métairie du vieux BORISOV habitée par le baron KORSACH, l'intendant des RADSIWILL.
Il n'existe plus.
Napoléon y aurait séjourné les nuits du 25 au 26 et du 26 au 27 Novembre.
La Bérésina est un lieu mythique.
J'y suis allé deux fois. La deuxième foit avec mon ami Michel Ballabriga nous avons battu la campagne pendant que notre imagination battait la chamade tant notre émotion était forte. Nous souhaitons l'un et l'autre y retourner.
Adrien ALRIC
Modifié en dernier par d'hautpoul le 22 nov. 2017, 20:31, modifié 1 fois.

Route Napoleon

Corbineau

Message par Route Napoleon »

page 147 et 148 -
Le maréchal Victor de Jacques Le Coustumier,
éditions Le Nouveau Monde :

La Chance de Corbineau :
Fin octobre, de Wrède commande la 6ème brigade Corbineau, avec la 7ème , 20 ème de chasseur et le 8ème lancier polonais du colonel T.Lubienski. Quand de Wrède refuse dejoindre sa troupe au II° corps pour prendre la route de Vilna, Corbineau s’insurge. Après une discussion oraguese celui-ci décide, le 17 novembre, de rejoindre la Grande Armée, à plus de quarantelieus de Gloukoboje, par Borisov. Le 20, sa brigade est accrochée par l’ennemi vers Zemblin et il se met à l’abri le lendemain, dans les marais, plus au sud. Il descend ensuite le 21 vers Borisov pour emprunter le pont
( « Itinéraire « de Curély alors dans la brigade Corbineau).
Surprise le pont est défendu par des Moldaves. Il remonte vite en amont et par Brillowo passe caché au travers de boulaies clairsemées. Par chance, Corbineau trouve un paysan russe qui vient de passer à gué la rivière, son cheval trempé de boue gelée à mi-poitrail. Promptement interrogé par le Lithuanien Chlopicki, le paysan les conduit au gué de Studianska. Il est testé par les trois régiments et localisé. Conscient de l’importance des deux nouvelles, l’occupation de Borisov et la découverte d’un gué, Corbineau se hâte de rechercher l’armée. Ayant franci le fleuve dans la nuit du 22 au 23, il retrouve Oudinot, dans la nuit du 23 au 24, à Natcha, près de Kropki. Aussitôt informé, l’Empereur le 25 au matin, est à Borisov avec Corbineau et Oudinot. Ce dernier l’a informé le 24 à 5 heures du matin qu’il avait fait reconnaître les passages de Studianka, de Stadkof et d’Oukholoda.
Celui-ci déjà contesté par Dode, est peu accessible à la cavalerie de Bordesoulle, et impraticable pour l’artillerie. C’est dommage car il rapprochait de Minsk…Napoléon voit deux lueurs d’espoir pour sortir de la nasse de Borisov. Eblé, malgré les ordres à Orcha, a réussi à sauver en cachette, deux forges équipées, du charbon de bois, quelques clous et clameaux… Ensuite, la découverte providentielle du gué par Corbineau

voltigeur54

Message par voltigeur54 »

Je ne suis allé qu'une seule fois à Studianska, il y a 3 ans.C'est très émouvant et comme d'autres amis , j'ai recueilli des myosotis et du sable , sur l'endroit supposé du pont aval. Le monument qui marquait lepassage avait été détruit et un poteau avec un ^ symbolisait , l'endroit. Nous avons des photos de tout ça. Nous avons été accueillis pour certains par de braves paysans qui nous ont invités à cinq ou six , à boire du lait caillé, puis un coup de vodka, et pour finir , à croquer une pomme(verte).La solide constitution de vetérinaire rural, m'a permis de surmonter ce mélange détonant. Mais ces braves gens qui se mettaient à table , nous offraient ce qu'ils avaient!Pour en revenir àl'Histoireje pense que les lanciers Roges de Colbert , le 13 juillet ont emprunté un gué à Wasselovo , plus en amont passable en été.Mais en hautes eaux d'hiver , ce gué fut reconnu impraticable ( sic Dumonceau)Quant à Oukoloda l'amiral fut trompé doublement carKoutousof lui avait fait savoir aussi que Napoléon passerait probablement par la route de Minsk , et que donc logiquement il chercherait à passer , en aval de Borisov. Quant au pont trouvé à l'arrivée d'Eblé , c'est peut-être exagéré. Aubry, du corps d'Oudinot avait fait un(mauvais) relevé du site du gué et fait commencer la construction de chevalets qui se sont révélés inopérants et fragiles. Par la suite , il y eut des divergences entre Chasseloup- Laubat et Eblé et finalement c'est Eblé qui dirigea les travaux. Je pense que des sources peu connues et extremement interessantes sont les mémoires du Margrave de Bade(Guillaume de Hochberg), les ouvrages de Chuquet, les souvenirs de Wilson(version anglaise du côté russe...)On pourra trouver dans le Victor au delà des anecdotes d'ambiance, le plaidoyer de la 12ème Division qui fut sacrifiée sans scrupules à Borisov et dont le commandant Joyeux du 55éme sauva l'honneur après une épopée fantastique. Et comment Partouneaux défendit la mémoire de son nom et de ses hommes, en 1815 et dix ans après .
La Route , je n'étais pas"à la pêche", coquin , mais en train de préparer un buste en pâte de verre de Victor dans un atelier, en ville! Et je suis rentré pour diner ! Amitiés du voltigeuret bravo de réactiver le sujet de Studianska!

d'hautpoul

Message par d'hautpoul »

Bonjour
Je reconnais bien là,la gentillesse de ces gens, paysan-pêcheur du bord du fleuve.Lorsque nous avons sorti du coffre de la voiture des présents vestimentaires,pour ne pas être en reste une femme a désiré nous offrir une volaille tuée et plumée!Devant notre embarras,d'accepter un cadeau aussi encombrant,son mari(qui se plaît à dire qu'il est descendant d'un soldat français) est allé chercher dans sa cabane de bois un souvenir: un bouton grand modéle de la garde impériale,conservé pieusement dans ses reliques .
Ensuite,les habitants nous ont conduit devant l'endroit précis,indiqué par deux grosses pierres roses et rectangulaires,au ras du sol et dissimulées par la végétation.(aujourd'hui ce marquage a disparu,détruit par les fouilles organisées par un Colonel Bielorusse et qui a fait l'objet d'un article dans la revue "National Géographic").
Par contre ,on aurait voulu retrouver le tumulus des soldats suédois de Charles XII,défait 100 ans plus tôt et que le médecin de la Grande- Armée HENRI de ROOS ,évoque dans ses mémoires"souvenirs de la Campagne de 1812"
-(..)on nous dit qu'aprés le passage de l'armée ,les habitants du village avaient voulu reconstruire leur maison et s'y installer,mais qu'ils en avaient été empêchés par un ordre de l'empereur Alexandre,édictant que le village de STUDJENKA serait entierement rasé et ne devrait plus désormais exister.A l'Est et à l'Ouest de son ancienne place,on voyait deux grands tertres funéraires.L'un d'eux,proche de l'endroit où j'avais passé la nuit du 26 au 27 Novembre,avait la hauteur d'une maison de paysan de la contrée,et depuis longtemps déjà,des pins avait poussé à son sommet.Notre professeur nous en indiqua l'origine;c'est là que cent ans auparavant,les Russes avaient enseveli les suédois de CHARLES XII aprés le combat livré pour la possession du fleuve;depuis ce temps le tertre était resté......Le nouveau tertre élevé à l'Ouest de STUDJENKA est beaucoup plus haut et plus vaste ;il contient les restes d'un grand nombre de mes compagnons de guerre,qui périrent ici ,tués par l'ennemi,la faim,le froid,ou la mis§re.Devant nous ,on apprécia à plusieurs milliers la quantité des cadavres ensevelis en ce point .(..)

Eric LM

Message par Eric LM »

:salut: Bonjour à tous,

A lire également sur la Bérézina:
"Napoléon à la Bérézina, 26-29 novembre 1812"
La bataille, les ponts, la traversée et le monument du Centre d'Etudes Napoléoniennes.
Sous la direction de Fernand Emile Beaucour, Centre d'études Napoléoniennes 2004.

Cordialement,
Eric LM

d'hautpoul

La BÉRÉZINA

Message par d'hautpoul »

Bonjour
Les excellents messages de Route -Voltigeur-etc etc ayant été perdus,voici un autre témoignage sur le même sujet.
Le Capitaine REY du 1er régiment suisse,envoie à son camarade Abraham Rösselet,une interessante lettre.Il retrace les journées du 27 et 28 Novembre.Il était avec le 2eme corps qui refoula l'ennemi sur Borissov et couvrit le passage de la Béresina;mais il reçut un coup de feu qu'il lui fracassa l'épaule droite.Le passage le plus curieux de sa lettre concerne Napoleon.
---Arrivés au jour au petit village de Stoudianka(26 Nov) nous prîmes position sur une petite éminence qui dominait d'assez prés la Bérésina.L'artillerie s'y établit avec nous,et l'on renouvella de ne laisser personne s'éloigner.
Il y avait là des tas de planches autour de quelques maisons.Dans la matinée,le bruit circula que l'Empereur était auprès de la riviére et ,malgré la défense exprèsse de quitter notre troupe ,vu que d'un moment à l'autre nous pouvions recevoir l'ordre d'opèrer un mouvement,je ne pus résister à la curiosité de voir de prés le Grand Homme dans la conjoncture où nous nous trouvions .
Me faufilant le long des rangs ,je gagnais le bas de la position et ,arrivé au bord de l'eau,je l'aperçus de fort prés ,adossé contre des chevalets qui se trouvaient vers la rive,les bras croisés ,dans sa capote ,silencieux,n'ayant pas l'air de s'occuper de ce qui se passait autour de lui ,fixant seulement de temps en temps ses regards sur les pontonniers qu'il avait en face et à quelques pas de lui,dans la riviére parfois jusqu'au cou et parmi les glaçons ,occupés à ajuster des chevalets qu'ils paraissaient avoir beaucoup de peine à assujettir au fond,tandis que d'autres plaçaient des planches sur eux à mesure qu'ils étaient fixés .
Les seules paroles que j'ai entendues sortir de la bouche de l'Empereur pendant un assez long espace de temps étaient une allocution faite d'un ton d'humeur et d'impatience au chef chargé de la direction des travaux .Il lui faisait observer que cela allait trop lentement .Mais le premier lui répondit avec vivacité et assurance ,en lui montrant la position se ses gens plongés depuis longtemps dans ces flots glacés sans avoir quoique ce fut pour se fortifier et se restaurer :position ,en effet horrible à voir.L'Empereur,sans rien répliquer,reprit sa première attitude ,avec son air taciturne ,pensif et soucieux .
Je rejoignis ma troupe ,je passai encore un certain temps dans cette position ,et nous reçûmes de nouveau plusieurs injonctions de tenir nos gens réunis et prêt à marcher .
Tout d'un coup ,un bruit s'éleva du coté de la rivière ,et je vis un détachement s'engager sur le pont,aux cris de VIVE L'EMPEREUR !!
Au même instant ,nous reçûmes l'ordre du départ et nous nous trouvâmes nous -mêmes dans un moment à l'entrée du pont ,où je revis Napoleon dans la position où je l'avais laissé ,avec sa même taciturnité ,son air pensif,et ne faisant pas la moindre attention à nous ,quoique nous répétions tous,en arrivant prés de lui ,les mêmes VIVATS ,dont il n'avait pas l'air de se soucier le moins du monde ...(1812 la guerre de Russie-Chuquet)
[

Brumaire

Re: La Bérézina

Message par Brumaire »

Toujours à propos de Marbot et de la Bérézina, le constat que le Baron fit de la rivière est hallucinant. Elle ne ressemblait en effet à l'époque en rien à ce que l'imaginaire nous décrivait d'un fleuve gigantesque long d'une centaine de mètres et réputé infranchissable...

Brumaire

Re: La Bérézina

Message par Brumaire »

Pas du tout voltigeur, bien au contraire! Nous comprenons tous ici sur ce forum l'émotion qui doit être votre chaque fois que vous contemplez ces souvenirs de l'une des rivières les plus mythiques de l'épopée napoléonienne, et située si loin que je n'aurai sans doute jamais l'occasion de voir de mes propres yeux! :salut:

Brumaire

lannes1821

Les ponts de la Bérézina

Message par lannes1821 »

Le 26 novembre 1812
Les pontonniers du général Eblé construisent deux ponts sur la Bérézina. Leur sacrifice va sauver ce qui reste de la Grande Armée de Napoléon 1er.

Route Napoleon

Re: Les ponts de la Bérézina

Message par Route Napoleon »

Merci Capitaine Lannes 1821 de nous remettre en mémoire cet exploit des pontonniers d'Eblé, qui permet à Oudinot de passer sur la rive droite pour repousser PavelTchitchakov.
Le lendemain 27, Davout, musique en tête rejoint Oudinot...

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