20 mars 1815

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Joker
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Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Joker »

Rappelons aussi que 4 ans plus tôt, un certain 20 mars 1811, la France entière était en liesse pour célébrer la naissance de l'héritier du trône, l'Aiglon.

Certaines dates sont ainsi entrées dans l'Histoire pour le meilleur ou pour le pire.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

Peyrusse

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Peyrusse »

Écoutons quelques témoins de ce soir triomphal : « Neuf heures venaient de sonner au pavillon de l’Horloge ; je me promenais et causais avec mes camarades le long du château. Tout à coup des voitures très simples et sans aucune escorte se présentent au guichet du bord de l’eau et l’on annonce l’Empereur. Décrire ce moment n’est pas en mon pouvoir, il est impossible que des mots puissent le faire. La grille est ouverte, les voitures entrent ; nous nous précipitons tous autour d’elles et nous en voyons descendre Napoléon. Oh ! Alors, toutes les têtes sont en délire : on se jette sur lui en désordre, on l’entoure, on le presse, on l’étouffe presque, et on finit, malgré tout ce que peuvent dire et faire les généraux qui l’accompagnent, par l’emporter dans ses appartements. (Capitaine Léon-Michel ROUTIER, « Récits d’un soldat de la République et de l’Empire, 1792-1830 »).

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« Toute la partie du côté du Pavillon de Flore près duquel est l’entrée ordinaire du Palais [des Tuileries], était remplie d’une masse si compacte de généraux, d’officiers, de gardes-nationaux et d’une grande quantité de personnes de distinction, qu’il me fut impossible de faire avancer la voiture jusqu’au perron. L’Empereur, voyant qu’il ne pouvait aller plus loin, descendit au milieu de la foule immense qui se pressait autour de lui et, dès qu’il eut mis pied à terre, on s’empara de lui et on le porta, pour ainsi dire, jusque dans ses appartements, sans que ses pieds puissent toucher les degrés de l’escalier. Il était neuf heures environ ». (Mameluck ALI, « Souvenirs sur Napoléon… ).

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« Les salles du palais [celui des Tuileries] semblaient métamorphosées en un champ de bataille, où des amis, des frères échappés inopinément à la mort se retrouvent et s’embrassent après la victoire », écrit FLEURY DE CHABOULON dans ses «Mémoires ».

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« 20 mars. Nous quittâmes Auxerre, la joie et l’enthousiasme régnaient dans la ville. Sa Majesté arriva dans la nuit à Fontainebleau. Après quelques heures de repos, Sa Majesté passa en revue dans la cour du palais un régiment de lanciers. Après l’arrivée de la Garde, l’Empereur, apprenant que le Roi avait quitté Paris et que la capitale était libre, se mit en route pour s’y rendre .Tous les villages que nous traversions témoignaient la plus vive joie ; une révolution sans exemple s’achevait sans le moindre désordre. Nous vîmes arriver autour de Sa Majesté tous les officiers généraux résidant à Paris ; une foule immense, plusieurs équipages à six chevaux vinrent au-devant de l’expédition. A neuf heures du soir, arrivé aux portes de Paris, l’Empereur rencontra l’armée qui devait commander le duc de Berry . Officiers, soldats, généraux, lanciers, cuirassiers, dragons, tous se pressèrent au-devant de l’Empereur. A son entrée aux Tuileries, Sa Majesté pouvait à peine traverser la foule des officiers qui l’entouraient ; elle fut obligée de leur dire, presque suffoquée par son émotion : « Mes amis, vous m’étouffez. »

La nuit, la Garde arriva et bivouaqua dans la cour du Carrousel. Dès le matin, le drapeau tricolore avait été arboré sur la tour de l’horloge des Tuileries. Ainsi s’est terminée, sans rencontrer un obstacle, sans brûler une amorce et sans effusion de sang, une entreprise qui, au lieu d’être jugée comme une imprudente témérité, doit compter parmi les calculs les plus sublimes de la vie de l’Empereur, et l’entourer de la plus haute gloire militaire qui ait jamais honoré un grand capitaine. La marche de Cannes à Paris est sans exemple dans l’histoire des nations.C’est l’élan unanime d’un grand peuple courant au-devant de son libérateur." (Baron Guillaume PEYRUSSE, «Mémoires-1809-1815… »)

Peyrusse

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Peyrusse »

« Que d’événements se sont écoulés depuis huit ans ! Quelle différence dans ma position ! Il y a huit ans que, gouverneur de Paris, j’étais au lever de l’Empereur qui, arrivé la veille, paraissait ne pas avoir cessé de régner. Tout le monde l’entourait, le pressait, le peuple se groupait sous ses fenêtres et faisait retentir l’air de cris de joie ; à chaque moment des troupes arrivaient dans les cours des Tuileries, et, agitant leurs schakos au bout de leurs baïonnettes, elles saluaient par leurs acclamations celui qui les conduisit si souvent à la victoire ; Savary m’attirait à part et me disait : « L’Empereur m’a déjà parlé de vous, il sait votre réponse au duc de Berry : « Quoi ! Monseigneur, vous appelez au repos une halte dans la boue ! »- C’est, a dit l’Empereur, l’histoire du règne des Bourbons ; vous serez content de lui, vous obtiendrez tout ce que vous voudrez…. » Hélas ! Je ne voulais que commander une division et marcher aux frontières : j’étais déjà las de la cour, j’avais déjà trop du commandement de Paris. Le matin, douze espions étaient venus me faire des rapports : un chef de bataillon, nom, je crois, Lelièvre, m’en avait remis un résumé que je devais présenter à l’Empereur et que je me gardai bien de lui donner.

Là, je vis Fouché ; il avait le sourire sur les lèvres et on lisait sa perfidie dans son regard oblique : là, je vis l’infortuné maréchal Ney ; il avait l’air embarrassé, contraint, presque honteux ; il vint à moi, et chercha à m’expliquer sa conduite : il balbutia le mot de « trahison » ; il cherchait à repousser cette pensée qui retombait sur son cœur. Je ne trouvai pas de paroles amères pour un tel coupable, j’aurais voulu le réconcilier avec lui-même. « M. le maréchal, lui dis-je, un homme comme vous ne trahit pas, il embrasse un parti : Turenne et Condé ont souvent changé de bannières, et leurs noms n’en sont pas moins célèbres et vénérés. » Il me serra la main, il releva sa tête et me dit : « Vous me faites du bien ». Je lui recommandai le colonel Dubalon, qui n’avait pas voulu le suivre dans sa défection, et il courut de suite chez le ministre pour le faire employer. Mettez à la place du maréchal plébéien un grand seigneur, un homme de cour. Il n’aura pas un regret, encore moins un remords ; il triomphera du succès et tendra la main pour mendier une récompense. La vertu roturière a des racines plus profondes dans le cœur ; sa pudeur est extrême, elle s’alarme, elle a besoin d’appuyer sur l’opinion publique. Comment les bourbons n’ont-ils pas senti qu’ils absolvaient Ney en l’assassinant ? Ignoraient-ils donc que, quand la punition surpasse la faute, elle l’efface ?

Ce grand Napoléon, que grandissait encore le succès de son audacieuse entreprise, comme il montrait bon, indulgent ! Comme il disait à ceux qui naguère l’avaient abandonné : « les circonstances ont été plus fortes que les hommes. Il a été vaincu, et ces mêmes hommes, auxquels il avait pardonné une première trahison, l’ont abandonné de nouveau ; et sur son rocher il répétait encore : « Les circonstances sont plus fortes que les hommes. »

Général LAMARQUE

(« Mémoires et souvenirs. Publiés par sa famille », Tome II, H. Fournier jeune, Libraire, 1835, pp.104-106).

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C-J de Beauvau
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Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par C-J de Beauvau »

Par Peyrusse » 07 mars 2018, 18:36
Le rôle du capitaine Randon à Laffrey, le 7 mars 1815…
,On a souvent prétendu qu’il vint le 7 mars 1815 à Laffrey donner l’ordre, au bataillon du 5ème de ligne, de faire feu. Mais comme Randon le dit lui-même dans l’Exposé ci –dessous, il était venu à Laffrey que pour savoir ce qui s’y passait et rapporter des nouvelles. Il n’a pas crié « Feu ! », car si il l’avait fait, il n’aurait pas manqué dans son Exposé. D’ailleurs, ce n’était pas à lui d’ordonner de tirer.Tout au plus, il aura conseillé de faire feu ....
Ce personnage me parait pour le moins trouble !! Qu'il ait fait carrière ne m'étonne pas, au vu de la qualité de certains chefs d'état major futur dont les qualités furent plus politiques que
"professionnelles " Non ce qui me surprend, d'un Selon lui , Il n’a pas crié « Feu ! .Tout au plus, il aura conseillé de faire feu .... Mais ? L'intention est là !....
J’arrivai à Grenoble au milieu des cris d’une populace furieuse qui accourait au devant de l’Usurpateur, et rendis compte à mon général des funestes événements qui s’étaient passés sous mes yeux...

Il n'y a plus de doute possible sur son opinion à ce moment !
:o

En 1839, Randon, laisse une longue lettre sur cette journée mémorable à son ami Henri Beyle, le célébrissime Stendhal, dont j’extrais ce passage particulièrement étincelant :
« L’Empereur nous apparaissait entouré de ses rayons de gloire qu’aucuns revers n’avait pu ternir aux yeux des soldats : violemment arraché quelques mois auparavant de leurs bras, exilé du sol de la patrie par cette ligue de rois qui se vengeaient ainsi de l’humiliation de leurs nombreuses défaites, Napoléon était plus que jamais l’idole de l’armée, l’homme du peuple. Tout ce qui s’était fait de mal pendant le cours de la première restauration avait tourné au profit de sa popularité ; il se présentait à nos yeux comme celui qui devait relever notre drapeau humilié et délivrer la nation de cette oppression morale que lui faisait subir un gouvernement imposé par l’étranger. »
De deux Après avoir conseillé de faire feu sur l’Usurpateur , il fait plus tard une allégorie croquignolesque de l'Empereur à Stendhal !??
Quelle girouette pour le moins !!
Fait maréchal en 1856 par Napoléon III

Par Napoléon III le neveu de Napoléon 1er ?
C'est le pardon la rédemption et la promotion à la fois ! :o

:salut:

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C-J de Beauvau
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CENT JOURS : 20 mars 1815

Message par C-J de Beauvau »

ARRIVÉE DE NAPOLÉON À PARIS.
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— 20 mars 1815. —


L’histoire et les mémoires contemporains ont tronqué ou mal rapporté ou même omis complètement certains détails de l’arrivée de l’empereur à Paris au 20 mars 1815.

Dans la nuit du 19, l’empereur quitta Sens. Il arriva à trois heures du matin à Fontainebleau. Vers cinq heures du matin, au petit jour, il passa en revue le peu de troupes qu’il avait amenées et celles qui s’étaient ralliées à lui à Fontainebleau même. Il y avait de tous les corps, de tous les régiments, de toutes les armes, un peu de la grande armée, un peu de la garde. À six heures, la revue passée, cent vingt lanciers montèrent à cheval pour le devancer et l’aller attendre à Essonnes. Ces lanciers étaient commandés par le colonel Galbois, aujourd’hui lieutenant-général, et qui s’est dans ces derniers temps distingué à Constantine.

Ils étaient à peine à Essonnes depuis trois quarts d’heure, faisant rafraîchir leurs chevaux, que la voiture de l’empereur arriva. L’escorte de lanciers fut en selle en un clin d’œil et entoura la voiture, qui repartit sur-le-champ après avoir relayé. L’empereur s’arrêtait sur la route aux gros villages pour recevoir les placets des habitants et les soumissions des autorités et quelquefois écouter les harangues. Il était dans le fond de la voiture, ayant à sa gauche le général Bertrand en grand uniforme. Le colonel Galbois galopait à la portière du côté de l’empereur ; la portière du côté de Bertrand était gardée par un maréchal des logis de lanciers nommé Ferrès, aujourd’hui marchand de vins à Puteaux, ancien housard fort brave, que l’empereur connaissait personnellement et appelait par son nom. Personne d’ailleurs sur la route n’approchait l’empereur. Tout ce qui lui était destiné passait par les mains du général Bertrand.

À trois ou quatre lieues au delà d’Essonnes, le cortège impérial trouva la route barrée par le général Colbert, à la tête de deux escadrons et de trois régiments échelonnés du côté de Paris. Le général Colbert avait précisément été colonel du régiment de lanciers dont un détachement escortait l’empereur. Il reconnut ses lanciers et ses lanciers le reconnurent. Ils crièrent : — Général, ralliez-vous à nous ! Le général leur dit : — Mes enfants, faites votre devoir. Je fais le mien. — Puis il tourna bride et s’en alla à droite à travers champs avec quelques cavaliers qui le suivirent. Il n’eût pu résister. Ses régiments derrière lui criaient : — Vive l’empereur !

Cette rencontre ne retarda Napoléon que quelques minutes. Il continua son chemin. L’empereur, entouré seulement de ses cent vingt lanciers, arriva ainsi à Paris. Il entra par la barrière de Fontainebleau, prit la grande allée d’arbres qui est à gauche, le boulevard du Mont-Parnasse, les autres boulevards jusqu’aux Invalides, puis le pont de la Concorde, le quai du bord de l’eau et le guichet du Louvre.

À huit heures un quart du soir, il était aux Tuileries.

Victor Hugo
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Général Colbert
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CENT JOURS : 20 mars 1815

Message par Général Colbert »

Mais le général Edouard de Colbert a rallié Napoléon à Paris et chargé à Waterloo avec un bras en écharpe. l'aurait-il fait après avoir ainsi esquivé Napoléon ? j'ai un doute, Victor Hugo a pu romancer la chose...A Napoléon qui lui reprochait amicalement de se présenter en ayant été attendu, il rétorqua que lui attendait Napoléon depuis plus longtemps....phrase qui lui causa du tort à la seconde restauration.
Le livre "Les trois Colbert" ne fait pas mention de cette rencontre en rase campagne.

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