20 mars 1815

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

scandien

Re: CENT JOURS : Les puissances Européennes face aux cents jours

Message par scandien »

Ce que l'Angleterre veut .. l'Europe ne le veut pas forcément.. Si la diplomatie anglaise s'est tourné vers l'allaince avec la France ( en particulier en ce qui concerne le sort de la saxe ) et l'Autriche , c'est justement à cause des difficultés rencontrées avec "l'alliance" Russo-prussienne, qiu ont failli déboucher sur une guerre ouverte entre les alliés d'hier.

Le but de l'Angleterre a toujours été d'abaisser les puissances montantes en Europe continentale on préserver ses propres positions. Les puissances européennes n'étaient pas du tout faite pour s'unir ( et une simple analyse de la carte de l'Europe démontre leur points de divergence).

Je ne crois pas les diplomates de l'époque assez idiot pour ne pas s'en rendre compte.

Ca laissait donc ouverte d'autre possibilités pour la France de 1815 (avant Waterloo s'entend)

cordialement

Nicolas

rigodon d'honneur

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par rigodon d'honneur »

voilà une citation tirée de l'ouvrage que vous donnez en référence :
"Quels que fussent les sentiments personnels de Marchand pour Napoléon, il avait prêté serment à Louis XVIII et il entendait tenir son serment et remplir son devoir."

voilà qui résume parfaitement l'état d'esprit de bon nombre d'officiers au moment du retour de l'île d'Elbe : un sentiment tiraillé entre la nostalgie d'une époque marquée par la gloire militaire et le serment prêté au gouvernement royal... trahir ce serment de fidélité au roi n'est-il pas trahir son honneur :?: beaucoup d'officiers seront donc très dubitatifs face au retour de Napoléon et ne se rallieront à lui qu'en "suivant le mouvement" initié par la troupe.

l'attitude de Randon à Laffrey n'aura d'ailleurs aucune influence sur sa carrière (au contraire, elle semble l'avoir pénalisée :!: ) : capitaine depuis 1813, il servira pendant 15 ans sous la Seconde Restauration dans ce grade et ne sera nommé chef d'escadron qu'en 1830, sous Louis-Philippe... les Bourbons ont visiblement de la rancœur contre ceux à qui ils reprochent de n'avoir pas su arrêter "l'usurpateur" à Grenoble :!: (la Gal Marchand, son tonton, sera accusé fin 1815 d'avoir livré Grenoble à Napoléon : poursuivi et traduit devant un conseil de guerre à Besançon en 1816, il est acquitté mais ne sera plus employé).
:salut:

rigodon d'honneur

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par rigodon d'honneur »

Un caractère veule est il une qualité pour avancer ?
"veule" :?: :shock: ... pas sûr que ce soit le bon terme... veule = qui manque d’énergie, de courage, d’entrain. apathique, faible, mou... des qualificatifs qui ne collent pas avec notre personnage :!:
Faut il être servile et sans conviction
je ne suis là non plus pas bien sûr que ces qualificatifs collent bien à Randon, et à tous les officiers qui ont "retourné leur veste" plusieurs fois dans ces périodes troublées politiquement...

sur l'attitude des officiers au retour de l'île d'Elbe (et après les Cent-Jours), je vous incite à lire cette thèse très intéressante (déjà citée dans un autre post sur "le jour d'après") :
:arrow: http://digitalbooks.napoleon.org/book/T ... nThese.pdf (voir notamment à partir de la p.163).

sens de l'honneur, respect du serment donné, discipline... pour des officiers, ce ne sont pas de vains mots... on sert la France, donc son gouvernement...
donc quand revient Napoléon, c'est le gros dilemme... mon honneur ou ma "glorieuse nostalgie" :?: du coup, pour beaucoup c'est "on laisse faire", "on attend" et "on suit le mouvement"...

quant au rôle exact de Randon, je me garderai bien de chercher à expliquer ce qui s'est passé dans sa tête à ce moment là... la fougue de la jeunesse :?: la pression "familiale" (ne pas décevoir son chef qui est aussi son oncle) :?: lui seul le sait, et je ne me permettrais pas de juger 200 ans après...

d'ailleurs, Marchand et Randon servent-ils Napoléon ou la France aux Cent-Jours :?: au début de la période, Marchand est en disponibilité... il n'est rappelé au service qu'en mai-juin, pour assurer la défense de Paris. La France est en guerre, donc on se bat... on est un soldat, on obéit aux ordres du gouvernement de la France.
:salut:

Christophe

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Christophe »

Bonjour "Sylla",voici justement le rapport du capitaine RANDON sur les événements de Laffrey. Si je trouve autre chose je déposerai un message ici:
http://lestafette.unblog.fr/2013/01/04/ ... mars-1815/

Et en complément le témoignage du chef de bataillon LESSARD:
http://lestafette.unblog.fr/2013/03/12/ ... 2%80%A6-2/

:salut:

Christophe

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Christophe »

[aligner]Ce passage sur la rencontre de Laffrey est extrait de ses "Souvenirs" (in "Napoléon, la dernière bataille...", Omnibus, 2014):

"Arrivé à la portée de pistolet, l’Empereur dit d’une voix forte et tranquille :
« Soldats ! Voilà votre empereur ; que celui d’entre vous qui voudra le tuer fasse feu. »

Un jeune officier, parent et aide-de-camp du général Marchand, commandant à Grenoble, qui était venu avec mission de son général de s’opposer à notre passage, dit à haute voix : « Le voilà ! Faites feu ! »
Le cri unanime [de] « Vive l’Empereur ! » fut la réponse.

Déjà les lanciers polonais étaient arrivés dans le village et se trouvaient pêle-mêle avec le bataillon du 5ème et la compagnie du 3ème régiment de sapeurs du génie, criant à l’envi : « Vive l’Empereur ! »
---------
Note de Laborde: "Cet officier [Randon] fut poursuivi l’espace de deux lieues par le capitaine Schoultz [Schultz], des lanciers polonais, et ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval ; et il eut tellement peur qu’en arrivant à Grenoble il se mit au lit et fit une maladie grave."
----------
Quant à son oncle, le général Marchand (1765-1851), il commandait la 7ème division militaire à Grenoble. Marchand essaya de s’opposer à Napoléon mais dû évacuer la ville, le 7 mars 1815. Fin 1815, il sera accusé par le pouvoir royal d’avoir livré cette ville à l’Empereur, puis traduit devant un conseil de guerre (en juin 1816) et acquitté.
[/aligner]

Christophe

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Christophe »

[aligner]Randon, futur ministre de la Guerre et maréchal de France [il était né en 1795. Meurt en 1865. Fait maréchal en 1856 par Napoléon III] , alors capitaine au 93ème de ligne (depuis la fin de novembre 1813), était aide-de-camp de son oncle, le général Marchand [ce personnage resté fidèle aux Bourbons et qui commandait la place de Grenoble]. On a souvent prétendu qu’il vint le 7 mars 1815 à Laffrey donneur l’ordre, au bataillon du 5ème de ligne, de faire feu. Mais comme Randon le dit lui-même dans l’Exposé ci –dessous, il était venu à Laffrey que pour savoir ce qui s’y passait et rapporter des nouvelles. Il n’a pas crié « Feu ! », car si il l’avait fait, il n’aurait pas manqué dans son Exposé. D’ailleurs, ce n’était pas à lui d’ordonner de tirer.Tout au plus, il aura conseillé de faire feu : « Il est, a déclaré le chef du génie Tournadre, il est arrivé au moment où les troupes étaient en présence des rebelles et, avant de se porter à la tête de la colonne, il m’a dit : « Il faut faire tirer dessus ».

Arthur CHUQUET

Exposé de la conduite du capitaine Randon, aide-de-camp de M. le Lieutenant général comte Marchand.

Grenoble, 3 décembre 1815.

Employé à Grenoble à l’époque du 1ermars 1815 en qualité d’aide-de-camp de M. le Lieutenant-général Marchand, je fus envoyé dans la matinée du 7 mars 1815 pour se voir ce qu’était devenu un bataillon du 5ème régiment de ligne qu’on avait envoyé en avant, et qui, depuis vingt-quatre heures, n’avait pas donné de ses nouvelles, et en même temps pour venir en toute hâte donner un avis sur les événements importants dont je pourrais être témoin. Je joignis ce bataillon à six lieues de Grenoble, en avant du village de Laffrey, et je ne tardai pas à voir paraître l’avant-garde des troupes ennemies [celles de l’Empereur !] qui furent bientôt suivies de leur chef [Napoléon]. Après diverses sommations auxquelles le chef de bataillon répondit avec fermeté, Bonaparte marcha sur nous à la tête de sa troupe, joignit une compagnie de voltigeurs qui formait l’avant-garde et qui le reçut aux cris de « Vive l’Empereur ! » J’étais à dix pas quand ce premier événement arriva, et, jugeant qu’il était temps de remplir le but de ma mission, je tournai bride et traversai sans difficulté le reste du bataillon.Je fus bientôt poursuivi par cinq ou six chasseurs que Bonaparte avait envoyés après moi avec la promesse de cinquante napoléons s’ils pouvaient m’atteindre. Je les perdais à peine de vue que je rencontrai le colonel Labédoyère qui désertait à la tête de son régiment. Je ne savais d’abord à quoi attribuer un pareil mouvement. Mais mon incertitude cessa bientôt quand, entendant les cris de « Vive l’Empereur ! », Labédoyère lui-même voulut m’arrêter en voyant le ruban blanc dont j’étais décoré. J’étais bien monté. Je me jetai sur un des côtés de la route, renversai les premiers grenadiers, et me fis jour, par la force de mon cheval,à travers le reste de la colonne,avant qu’elle n’eût le temps de se reconnaître.

J’arrivai à Grenoble au milieu des cris d’une populace furieuse qui accourait au devant de l’Usurpateur, et rendis compte à mon général des funestes événements qui s’étaient passés sous mes yeux.

Les mesures que l’on prit, ne purent arrêter l’insubordination des soldats, existés par l’exemple trop contagieux de leurs camarades, et je sortis de Grenoble avec M. le Lieutenant-général Marchand au moment où Bonaparte y entrait de l’autre côté. Partageant l’opinion de mon général à l’égard de l’homme qui amenait tant de maux pour la France, mon sort a été uni au sien. Comme lui, j’avais été réintégré dans les fonctions que j’occupais avant l’époque malheureuse du 7 mars 1815. Telle a été ma conduite pendant l’interrègne, et S.A.R. Monseigneur le duc d’Angoulême [le fils du comte d'Artois, futur Charles X], à son passage à Grenoble, a daigné me donner quelques éloges sur la manière dont je m’étais conduit dans une circonstance aussi critique que fatale à la France.

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911).
[/aligner]

la remonte

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par la remonte »

les heures solennelles de la politique sont de cet ordre :idea:
sans engager le sort de l'espèce , elles nouent le destin des peuples et des nations ... dans le torrent , il ya ceux qui suivent le flot et ceux qui le dirigent sans se rendre compte forcément des conséquences.
c'est ce que je me disais au Trocadéro dimanche dans le torrent :)

Christophe

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Christophe »

Mais la prise du Trocadéro, c'était en 1823, je crois, non ? :)

Bastet

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Bastet »

On a pu écrire que c'est le parti de la Révolution qui a accueilli avec enthousiasme Napoléon à son retour de l'Ile d'Elbe. N'a-t-on pas vu réapparaître, comme un rappel de l'été 1789, le mouvement de la Fédération dans les lieux où il avait pris naissance: Rennes, Nantes, Angers,Grenoble, Dijon, Strasbourg, Nancy..... A Paris les délégués des faubourgs Saint-Antoine et Saint- Marceau n'ont-il pas déclaré à l'Empereur: " Nous voulons que notre attitude frappe de terreur les traîtres qui pourraient désirer encore une fois l'avilissement de la Patrie". Quant au préfet de Lunéville il avoue qu' " en 1793 les esprits n'étaient pas aussi montés. On crie A bas les prêtre! Les aristocrates à la lanterne! On chante le Marseillaise. On vend le Père Nicolas rédigé dans le style du Père Duchesne". Et Napoléon de Golfe Juan aux Tuileries semble céder à ce courant, à Grenoble il déclare qu'il vient pour arracher les Français au servage qui les menace, à Lyon c'est de l'abolition des titres de noblesse et du séquestre des biens des émigrés... En fait, il se laissera guider par Benjamin Constant vers l' Acte additionnel aux constitutions de l'Empire....il ne se veut pas l'Empereur de la "canaille"...Pourtant c'est le petit peuple des sans-culottes, celui qui crie Mort aux royalistes! qui lui reste fidèle.... Ceux qui lâcheront l'Empereur seront ceux sur lesquels il aurait voulu s'appuyer dont cette bourgeoisie qui ne se reconnaît plus en lui :volatilize:

Monsieur Prud'homme
Il est grave, il est maire et père de famille,
Son faux-col engloutit son oreille, ses yeux
Dans un rêve sans fin flottent insoucieux
Et le printemps en fleurs sur ses pantoufles brille

Que lui fait l'astre d'or, que lui fait la charmille
Où l'oiseau chante à l'ombre et que lui font les cieux
Et les prés verts et les gazons silencieux.
Monsieur Prud'Homme songe à marier sa fille,

Avec Monsieur Machin, un jeune homme cossu,
Il est juste milieu, botaniste et pansu
Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles,

Ces fainéants barbus mal peignés, il les a
Plus en horreur que son éternel coryza
Et le printemps en fleurs brille sur ses pantoufles.

P. Verlaine

:salut:

Christophe

Re: CENT JOURS : Guillaume Peyrusse : du 20 mars au 24 mars 1815...

Message par Christophe »

[aligner]Le trésorier Guillaume Peyrusse témoigne: "6 mars [7 mars 1815] . Le général Cambronne, avec sa troupe, après avoir assuré le passage de Sisteron, se porta sur La Mure. A la première nouvelle de notre débarquement, le général Marchand [1], commandant à Grenoble, avait lancé une avant-garde sur nous ; elle était venue prendre position dans un défilé entre des lacs et près le village de La Mure. Instruite de cette circonstance, Sa Majesté fait faire halte, rallia la Garde et la mit en ordre de bataille. Mes habitudes ne m’avaient pas familiarisé avec ces dispositions hostiles. Je devenais embarrassant. Je me mis sur un des côtés de la route et j’attendis l’issue de cette rencontre avec anxiété ; je ne crains pas d’en faire l’aveu. L’Empereur envoya son officier d’ordonnance, le capitaine Raoul [2], pour parlementer avec cette troupe et lui faire connaître la nouvelle de son arrivée ; mais cet officier ne put ni communiquer ni se faire entendre. Il fallait faire bonne contenance ; l’Empereur mit pied à terre et alla droit au bataillon, suivi de quelques grenadiers portant l’arme sous le bras, et s’approchant à la distance de la voix : - « Me voilà, soldats du 5e, reconnaissez-moi… S’il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son Empereur (déboutonnant sa capote grise), il peut le faire. Une étincelle électrique frappa toute la troupe ; le cri unanime de vive l’Empereur ! fut sa réponse. Sa Majesté fut à l’instant même entourée, pressée ; la Garde et le bataillon s’embrassèrent, se communiquèrent et burent à la santé de l’Empereur. La cocarde tricolore parut bientôt sur tous les schakos ; les soldats s’étaient aperçus que leur ancienne cocarde n’avait été couverte que d’une couche de blanc, qu’un peu d’eau eut bientôt enlevée. Je sortis triomphant de mon champ de bataille et pris part à l’ivresse commune. La figure de Sa Majesté était rayonnante de joie. Soldats et officiers, tous écoutèrent avec un empressement silencieux toutes les circonstances de notre départ, de notre débarquement, de notre marche ; ils connurent tout l’enthousiasme que la marche et la présence de Sa Majesté avaient excité parmi les populations que nous avions traversées. Cette scène eut lieu en avant du village de l’Offraye [Laffrey][3]. Les braves du bataillon du 5e demandèrent à marcher les premiers sur la division qui couvrait Grenoble ; mais, avant de se mettre en route, on battit un ban et Sa Majesté fit lire la proclamation de la Garde à l’armée, proclamation ainsi conçue :

Les généraux, officiers et soldats de la Garde Impériale aux généraux, officiers et soldats de l’armée.

« Soldats, camarades !

Nous vous avons conservé votre Empereur, malgré les nombreuses embûches qu’on lui a tendues ; nous vous le ramenons au travers des mers, au milieu de mille dangers ; nous avons abordé sur la terre sacrée de la patrie avec la cocarde blanche ; elle est le signe de la honte et du joug imposé par l’étranger et la trahison. Nous aurions inutilement versé notre sang, si nous souffrions que les vaincus nous donnassent la loi !!!

Depuis le peu de mois que les Bourbons règnent, ils vous ont convaincus qu’ils n’ont rien oublié ni rien appris. Ils sont toujours gouvernés par des préjugés ennemis de nos droits et de ceux du peuple. Ceux qui ont porté les armes contre leur pays, contre nous, sont des héros ; vous, vous êtes des rebelles à qui on veut bien pardonner jusqu’à ce qu’on soit assez consolidé pour la formation d’un corps d’armée d’émigrés, par l’introduction à Paris d’une garde Suisse, et par le remplacement successif de nouveau officiers dans vos rangs. Alors, il faudra avoir porté les armes contre sa patrie pour pouvoir prétendre aux honneurs et aux récompenses ; il faudra avoir une naissance conforme à leurs préjugés pour être officier. Le soldat devra toujours rester soldats ; le peuple aura les charges et eux les honneurs. En attendant le moment où ils oseraient détruire la Légion d’honneur, ils l’ont donnée à tous les traîtres et l’ont prodiguée pour l’avilir ; ils lui ont ôté toutes les prérogatives politiques que nous avions gagnées au prix de notre sang.

Les 400 millions du Domaine extraordinaire, sur lequel étaient assignées nos dotations, qui étaient le patrimoine de l’armée et le prix des nos sœurs, ils se les sont appropriés.

Soldats de la grande Nation, soldats du grand Napoléon, consentirez-vous à l’être d’un prince qui, [durant] vingt ans, fut l’ennemi de la France, et qui se vante de devoir son trône à un prince régent d’Angleterre ?

Tout ce qui a été fait sans le consentement du peuple et le nôtre, et sans nous avoir consulté, est illégitime.

Soldats, officiers en retraite, vétérans de nos armées, venez avec nous conquérir le Trône, palladium de nos droits, et que la postérité dise un jour : Les étrangers, secondés par des traîtres, avaient imposé un joug honteux à la France ; les braves se sont levés, et les ennemis du peuple, de l’armée, ont disparu et sont rentrés dans le néant.

Soldats, la générale bat, nous marchons ; courez aux armes ! Venez nous rejoindre, joindre notre Empereur et nos aigles tricolores !

Signé à l’original :

Le général de brigade, baron Cambronne, major du 1er régiment des chasseurs à pied de la Garde ; le lieutenant-colonel, chevalier Mallet. – Artillerie de la Garde : Cornuel, Raoul, capitaines ; Lanoue, Demons, lieutenants. – Infanterie de la Garde : Loubert, Lamourette, Monpez, Combes, capitaines ; Dequeux, Thibault, Chaumet, Franconnin, Mallet, lieutenants ; Laborde, Eméry, Noisot, Arnauld. - Chevau-légers de la Garde : Le baron Jerzmanowski, major ; Balinski, Schultz, capitaines ; Fintoski et Skoronski, lieutenants.

Signé : le général de division aide-de-camp de Sa Majesté l’Empereur, aide-major général de la Garde,

Comte Drouot.

A peine la lecture de l’adresse eût-elle était terminée, qu’une salve de Vive l’Empereur ! retentit ; des poignées de main furent échangées ; on se mit en marche. Je fus placé sur les derrières ; mon bagage n’était pas brillant. Les Polonais firent l’avant-garde. Sa Majesté marcha au milieu du 5e. Le bourg de Vizille, que nous traversâmes, se distingua par son enthousiasme. "

---------------


[1] Le général Marchand (1765-1851) commandait la 7ème division militaire à Grenoble. Il essaya de s’opposer à Napoléon mais dû évacuer la ville, le 7 mars 1815. Fin 1815, il sera accusé par le pouvoir royal d’avoir livré cette ville à l’Empereur, puis traduit devant un conseil de guerre (en juin 1816) et acquitté.


[2] Le capitaine Nicolas Raoul (1788-1850), suit Napoléon à l’île d’Elbe. Pons (ibid., p. 332) précise que « …l’Empereur avait nommé le capitaine Raoul au commandement du génie militaire de l’île d’Elbe, quoique cet officier appartînt à l’artillerie ». Par la suite, cet officier est nommé capitaine en second de la compagnie d’artillerie de la Garde Impériale elboise. Il est nommé en avril 1815 chef de bataillon de l’artillerie de la Garde. Blessé très grièvement à Waterloo, il est fait prisonnier. « Le capitaine en second Raoul était le fils du général Raoul [1759-1824], débris de cette armée de Sambre et Meuse qui a fourni des généraux à toutes nos armées et dont on ne semple plus se rappeler. » (Pons, ibid., pp.339-340).


[3] « Cependant les troupes venues de Grenoble avaient rétrogradé, et pris position à trois lieues de Gorp [Corps], entre les lacs et près d’un village [celui de Laffrey]. L’Empereur fut les reconnaître ; il trouva sur la ligne opposée un bataillon du cinquième régiment de ligne ; une compagnie de mineurs, en tout sept à huit cent hommes : il leur envoya le chef d’escadron Roul [Ruhl] ; elles refusèrent de l’entendre…Aussitôt mettant pied à terre, il marcha droit au détachement, suivi de sa Garde, l’arme baissée : « Eh : Quoi, mes amis, leur dit-il, vous ne me reconnaissez pas ? Je suis votre Empereur ; s’il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son général, son empereur, il le peut : me voilà (en effaçant sa poitrine)… Le cri unanime de «Vive l’Empereur ! », fut leur réponse. » (Fleury de Chaboulon, "Mémoires"., tome I, p.138).
[/aligner]

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