L’aigle et le pou : le typhus dans la Grande Armée

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Modérateur : Général Colbert

skall

1812 La grande armée vaincu par les poux ?

Message par skall »

http://www.slate.fr/story/66541/napoleo ... iver-russe


Alors la neige et le froid , ou la maladie? Certainement les deux!!

Christophe

Rien d'inédit...

Message par Christophe »

Par les travaux de MM. Thierry Vette et Michel Signol,à Vilnius les amateurs d'histoire napoléonienne ont eu confirmation en 2001 de l'état sanitaire des troupes françaises dans cette ville.

Le sergent Bourgogne est cité dans l'extrait intéressant que vous reproduisez mais ce sont tous les mémorialistes ayant vécu cette campagne qu'il faudrait citer. Tous en effet, ont souffert largement de cette vermine porteuse bien souvent du typhus. Les conditions météorologiques sont à ajouter au désastre


:salut:

Christophe

Découvertes à Vilnius...

Message par Christophe »

[aligner]Dans le sujet-fleuve de l'année 2012, ce sujet avait été abordé par l'ami "La Remonte":
http://forum.napoleon1er.org/viewtopic. ... &start=405
-------------------
Concernant les maladies, voici un extrait intéressant:

« Le typhus et la dysenterie, compagnons inséparables de la guerre, et dont la fréquence et la gravité se montrent toujours ne raison que les armées sont nombreuses et accablées de misères, régnaient considérablement dans nos troupes. On n’y observait pas moins la fièvre lente et la diarrhée. Cette dernière maladie était tellement générale que presque chacun de nous en fut atteint. Nos corps d’armée ne discontinuaient pas à diriger journellement de forts convois de malades sur les hôpitaux de Moscou, et de là on faisait des évacuations sur Smolensk ; mais elles tombaient ordinairement entre les mains des cosaques. Dans cette horrible position, où notre courage était soutenu par l’espoir de voir conclure des arrangements de paix, l’armée française se fondait de jour en jour ; et pendant que ses indomptables légions s’affaiblissaient, l’ennemi se remontait et augmentait ses forces ; des recrues lui arrivaient de tous côtés ; la guerre des partisans sur nos derrières et sur nos flancs s’organisait ; toute la Russie courait aux armes pour nous repousser. »

(Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-Solde, 2011, p.90). L’auteur était à cette époque médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (Maréchal Ney).
[/aligner]

skall

Message par skall »

Christophe

Certes vous avez raison mais dans les différentes mémoires d'officiers subalternes ou supérieurs,que j'ai lu personne n'en parle! peu-être était-ce l’apanage des plus humbles .
Ce n'était pas nouveau car JR Coignet en parle déjà dans la campagne d'Italie

"Nous étions couchés sur de la paille en poussière, et dévorés par la vermine. Voulant détruire celle qui me rongeait,
j'eus l'idée de faire une cendrée dans une grande chaudière, et de plonger ma veste et ma culotte
de tricot dans cette espèce de lessive. Quel malheur pour moi ! Mon drap et mon tricot furent
littéralement brûlés, à tomber en lambeaux ; et comme j'avais laissé mon sac sur le champ de
Marengo, j'étais exposé à me promener tout nu, comme la pauvre cantinière. II fallut que mes
camarades vinssent à mon secours, et, grâce â leur bonne amitié, je me tirai d'embarras tant bien
que mal."


Ps je n'avais pas lu le topic de 2012 de La Remonte désolé pour ce doublon

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Joker
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L’aigle et le pou : le typhus dans la Grande Armée

Message par Joker »

Après Austerlitz, le typhus amené par les prisonniers russes éclate dans les hôpitaux de Brünn et de Vienne où il fait 12.000 victimes - bien plus que la bataille elle-même -malgré les efforts de Coste et de Percy.
Puis, suivant les colonnes de prisonniers et de rapatriés, il s’étend à l’Ouest vers Mayence : “À Linz, Braunau, Augsbourg, déclare D’Héralde , le typhus moissonnait en masse les soldats et ceux qui les soignaient : jamais il n’était mort autant d’officiers de santé”.
Il atteint les départements français de l’Est où, en février 1806, Desgenettes est chargé d’inspecter les dépôts de prisonniers autrichiens et seulement autrichiens, car il n’est guère question des prisonniers russes abandonnés à eux-mêmes, en haillons et couverts de vermine, qui, dit le médecin, “ont porté la mort partout où ils ont été mêlés aux Autrichiens”.
L’épicentre de l’épidémie est à Autun où 112 prisonniers sur 1.100 succombent et où la population civile est atteinte, avec plusieurs morts dont l’archevêque Monseigneur de Fontanges.

Après la défaite de la Prusse, le typhus réapparaît dès l’entrée de la Grande Armée en Pologne et en Prusse orientale : l’épidémie atteint deux pics en février - mars 1807 après Eylau et en juillet-août après Friedland.
Trois témoins racontent la progression de la maladie au long du chemin de retour : Percy dans son Journal des campagnes et le médecin principal N.-P. Gilbert , puis Desgenettes qui rejoint la Grande Armée en mai 1807, et pour chacun d’eux, c’est un pénible constat.
À Königsberg, le médecin M. Chardel informe le médecin en chef qu’en trois mois il a perdu un septième de ses malades.
À Dantzig, il y a 2.700 malades et la pourriture d’hôpital s’associe au typhus pour déterminer 12 à 15 morts par jour.
À Thorn, Gilbert dénombre 700 malades. À Varsovie, on compte 600 morts par mois dont 200 morts en avril 1807 dans le seul hôpi­tal de la Couronne.
À Küstrin, où s’entassent 1.000 malades, “le service est détestable”, enrage Percy qui déclare à l’Empereur que l’armée perd un malade sur 7 hommes et un mort sur 17.
Une intéressante étude de la mortalité chez les soldats en provenance de la Haute-Marne confirme ces chiffres : pour 302 décès, on compte 3% tués au combat, 24% des suites de blessures et 73% de maladies, dont 53% de typhus et 9% de dysenterie selon (P. Jacquot ).
L’épidémie perd de sa virulence lorsqu’on rentre en Prusse, puis en France, mais avant de quitter Paris en avril 1807, Desgenettes signale encore qu’au Val-de-Grâce, 128 malades sur 625 ont succombé.

Se rendant en Espagne à la suite de Napoléon, Percy et Desgenettes croisent de nombreux convois de malades et craignent que l’armée tombe en déliquium ; dès leur arrivée, ils constatent le triste état des hôpitaux dont témoignent de nombreux médecins.
De l’hôpital de Burgos où règne une fièvre ataxo-adynamique, M. Pagès adresse à Desgenettes un rapport selon lequel “tous les infirmiers furent atteints, de même que le plus grand nombre des officiers de santé”. Dans sa thèse, Reveillé-Parise décrit les horreurs du siège de Saragosse.
Dans les hôpitaux d’Alagon et de Tuleda, “jamais peut-être, dit-il, les droits de l’humanité ne furent plus indignement violés et méconnus”.
Et en exergue de sa thèse, il cite Dante : “Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate ! (Laissez toute espérance, vous qui entrez !)”.
Pour Larrey , l’hôpital de Tolosa est devenu “un tombeau par l’effet de l’encombrement”.
À Pampelune, huit hôpitaux hébergent des milliers de malades et on y compte 18 à 20 morts par jour.
Et on connaît le cri de douleur et d’indignation de Percy à la dernière page de son Journal des campagnes : “La dysen­terie en tue un grand nombre ; la fièvre nosocomiale en fait succomber encore davan­tage ; et les mauvais soins, la malpropreté, le défaut de secours, la pénurie de linge, le manque de médicaments, le méphitisme des salles convertissent des hôpitaux hideux et dégoûtants en autant d’asiles de la mort ou, comme le dit le soldat lui-même, en vrais cimetières, etc.”.

En 1809, après Wagram, l’épidémie suit la même route qu’en 1804 : “Dans la campagne de la Grande Armée - en 1804 et en 1809 - le typhus n’a peut-être pas épargné un seul village sur la route de Strasbourg à Vienne et il s’étendait seulement à quelques lieues de la route”, distance parcourue par les fourrageurs et les maraudeurs… En 1809 également, la fièvre des Espagnols gagne plusieurs villes du Sud-Ouest jusque dans le Forez où Desgenettes est envoyé en mission à Montbrison.

Dans l’effroyable tragédie de la campagne de Russie, il est malaisé de faire la part du typhus. Un excellent récit des campagnes de 1812 et 1813 est celui de Kerckhove , médecin hollandais du corps de Ney : dès l’invasion, les pertes sont considérables et, à Vitebsk, la Grande Armée a déjà perdu 80.000 malades, atteints surtout de dysente­rie, et c’est alors qu’apparaît le typhus.
À Mojaïsk, dit Kerckhove, “la dysenterie et le typhus ravageaient avec fureur. Nos forces s’affaiblissaient dans une proportion infinie, nous laissâmes à Mojaïsk et partout où nous passâmes un nombre indéterminé de malades, dont on ne s’inquiétait guère”.
À Moscou, les hôpitaux reçoivent 8 à 10.000 malades, dont 2 à 3.000 sont abandonnés lors de la retraite ; il en est de même à chaque étape, à Smolensk, Orcha, Vitebsk.
Après le passage de la Bérézina, Wilna représente pour les 30 à 40.000 rescapés un immense espoir vite déçu. En l’absence de tout commandement, de toute administration, sous le feu des Cosaques talonnant les fuyards, par un froid terrible, le désordre est total et Larrey déclare : “Wilna nous a été presque aussi funeste que la Bérézina”.
Les témoins évoquent une vision d’apocalypse : Wilson, observateur anglais à l’armée russe, découvre 7.500 cadavres au couvent Saint-Basile.
Le chirurgien Carpon , collaborateur de Larrey, avance le chiffre de 45 à 50.000 morts.

Après le désastre, plusieurs places fortes sont assiégées tour à tour : Dantzig à l’est, puis les places appuyant les trois lignes de défense établies sur l’Oder, l’Elbe et le Rhin. Défendu par le général Rapp, Dantzig subit un siège d’un an bien relaté dans les thèses de Tort et de Corsin : la garnison comprend 36.000 hommes dont 10.000 rescapés de la retraite de Russie, éclopés aux membres gelés ou atteints d’une dysenterie rebelle. L’épidémie de typhus éclate dès fin janvier et le nombre de morts atteint 200 par jour les deux mois suivants.
Au total, les deux tiers de la garnison, soit 21.000 hommes succombent, ainsi que le quart de la population civile, soit 7.500 personnes et, à la capitulation le 3 janvier 1814, il ne reste que 9.000 Français.
On ne possède guère de renseignements médicaux sur les places fortes de l’Oder ; Stettin, Küstrin et Glogau.
On sait seulement qu’à Glogau, qui ne capitule que le 17 avril 1814, après l’abdication de l’Empereur, la mortalité atteint 20% des malades en mars .

Sur l’Elbe, après la lourde défaite de Leipzig, Dresde capitule dès le 13 novembre 1813, mais le typhus y faisait déjà 200 victimes par jour. À Hambourg, Davout ne cède qu’en mai 1814 sur l’ordre de Louis XVIII : il a perdu environ 10.000 hommes, au rythme quotidien de 60 à 70 morts au plus fort de l’épidémie.
On ne possède pas de renseignements médicaux sur les sièges de Wittenberg et de Magdebourg, mais on connaît mieux le drame sanitaire de Torgau grâce à l’ouvrage d’Augoyat , à la thèse de Gilles de La Tourette et au rapport de Masnou , collaborateur de Desgenettes.
Défendue par le comte de Narbonne-Lara, la place a reçu les blessés et les malades du corps de Ney après Dennewitz, puis des éléments du grand quartier général et du parc d’artillerie coupés de la Grande Armée après , les pharmaciens Laubert et Jacob sont parmi les assiégés.
Le surpeuplement est tel que d’emblée les épidémies font rage : en trois mois, 20.700 hommes périssent à l’hôpital, les deux tiers de dysenterie et un tiers du typhus, dont le comte Narbonne.
Dans sa thèse, Lavaud déclare que Desgenettes n’a jamais observé de fléau plus désastreux que l’épi­démie de typhus de Torgau.
Détail éton­nant, le médecin en chef en a été réduit à conseiller de jeter les cadavres dans le fleuve… Le 30 novembre, il écrit à Dutaillis qui a succédé à Narbonne : “Il faut prendre un parti décisif et, à tout pren­dre, ce qu’il y aurait peut-être de mieux à faire serait de jeter, de nuit, les cadavres à l’eau, au courant de l’Elbe, et au-dessous de la ville”
Mayence , point de jonction des troupes en retraite, connaît un encombrement tel que toute la ville, les bâtiments publics, les maisons particulières, les rues même sont transformés en hôpital. Les thèses de Laurent . neveu de Percy, et d’Ardy décri­vent ce cauchemar : en trois mois, 14.000 hommes succombent, ainsi que 60 officiers de santé et le préfet Jean Bon-Saint-André.
Le général Morand ne rend la place qu’en mai 1814 sur l’ordre de Louis XVIII.

Le typhus pénètre ensuite en France, gagne Strasbourg, Sélestat où on compte 500 malades par jour ; on le trouve ensuite à Tonnerre, Grenoble : il suit les vallées de la Marne et de la Seine, et, à Corbeil ou à Montereau, on voit passer sous les ponts jusqu’à 19 cadavres par heure.
L’épidémie atteint même Orléans lorsque l’armée s’est retirée derrière la Loire.

À Paris, malgré les mesures prises et en particulier l’Instruction sur le typhus éditée sur l’ordre du préfet Montalivet, l’épidémie est d’abord meurtrière et les médecins se mobilisent : Laennec et Pinel à la Salpêtrière où toutes les infirmières sont atteintes, Fouquier à la Charité, Hébréard à Bicêtre où sur 200 infirmiers, on dénombre 70 malades et 23 décès et, parmi les 26 officiers de santé, 12 malades, mais un seul décès.
Au total à Paris, sur 746 soignants, 214 sont décédés. Puis, après quelques mois, la morta-lité diminue et l’épidémie s’achève.
À cette date, paraît un virulent pamphlet intitulé Les sépulcres de la Grande Armée , sans doute dû à un administrateur nommé Hapdé dénonçant l’état lamentable des hôpitaux.
Approuvé d’ailleurs par Percy et édité à trois reprises, cet opuscule traduit bien l’indignation générale devant l’incurie de la “détestable administration”

(Source :Henri DUCOULOMBIER)

Tableau de Raffet" le typhus à Mayence"

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Joker
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Re: L’aigle et le pou : le typhus dans la Grande Armée

Message par Joker »

C'est une bonne occasion pour rappeler que, durant les guerres dites napoléoniennes, ce sont les maladies qui tuent, et non les batailles.
En fonction des campagnes, jusqu'à 7 sur 8 des morts sont dus aux "autres causes" pour un, dû aux combats.
Par exemple, pour la campagne de Walcheren (1809) du côté anglais : 100 morts par les combats, 10.000 de maladie !
Sans compter les nombreux blessés mal soignés qui décèdent de la gangrène...
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