La terrible retraite de Russie de Louise Fusil

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Avatar du membre
Demi-solde
- Capitaine de dragon -
- Capitaine de dragon -
Messages : 3093
Enregistré le : 21 juil. 2017, 15:45

Napoléon et la Russie

Message par Demi-solde »

Mathieu Dampierre a écrit :
11 août 2017, 22:34

Quand bien même la Grande Armée aurait hiverné à Moscou, je ne vois pas en quoi cela aurait contraint le tsar à demander un armistice, et sur quelles bases, à Napoléon.

;)
Fallait-il hiverner à Moscou ou se décider à la quitter après la mi-octobre ? A posteriori, vu ce qu’a donné la retraite (10 000 hommes réussissent à franchir le Niémen sur les 136 000 qui quittent la Russie, soit 92,6 % de perte...), il aurait sûrement mieux fallu avoir effectivement l’audace de se pelotonner dans Moscou, attendre le printemps et réfléchir alors à une retraite plus saine.

Non, mais cela aurait sauvé l'armée. L'Empereur pouvait gagner Smolensk avec la Garde sans coup férir. La campagne aurait recommencé au printemps.
A l’issue d’un hivernage, il semble bien hasardeux d’imaginer relancer cette campagne à la Pyrrhus ; des 340 000 hommes en route pour Moscou, seuls 100 000 y parvinrent, soit déjà 70,6 % de pertes (morts, déserteurs, malades, blessés dans les hôpitaux, etc.). Comment relancer, sur les mêmes bases, une campagne offensive avec les survivants de l’hiver moscovite ?

Après… Fallait-il attendre la mi-octobre pour prendre la décision de rentrer ? L’armée n’aurait-elle pas dû se mettre en branle dès l’ampleur de l’incendie constatée ? Ou même, en entrant dans Moscou à la mi-septembre, le choix n’aurait-il pas dû déjà se limiter à deux options : repartir immédiatement ou hiverner coûte que coûte ?

Voire… la vraie audace n’aurait-elle pas été de refuser de se laisser aspirer jusqu’à Moscou ?


Cordialement
Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2686
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: Napoléon et la Russie

Message par L'âne »

Demi-solde a écrit :
Fallait-il hiverner à Moscou ou se décider à la quitter après la mi-octobre ? A posteriori, vu ce qu’a donné la retraite (10 000 hommes réussissent à franchir le Niémen sur les 136 000 qui quittent la Russie, soit 92,6 % de perte...), il aurait sûrement mieux fallu avoir effectivement l’audace de se pelotonner dans Moscou, attendre le printemps et réfléchir alors à une retraite plus saine.
J'ai cru comprendre que les chiffres oscillaient entre 75 000 et 110 000 soldats revenus en France après avoir passé le Niémen le 30 décembre. L'effectif de l'armée entrée le mercredi 14 septembre 1812 à Moscou s’élèverait effectivement à 100 000 hommes. Je ne crois pas que l'armée fut en mesure de prendre ses quartiers d'hiver à Moscou. Que dire en plus de la tentative du coup d'état de Malet ? Il faudrait du coup supputer qu'elle n'eut pas lieu ?
L’armée n’aurait-elle pas dû se mettre en branle dès l’ampleur de l’incendie constatée ?
Nous n'avons pas la même relation au temps qui passe. Napoléon attendait une réaction du tsar. Il espérait au moins pouvoir entrer en négociation. Nous connaissons les délais des communications pour l'époque, qui plus est dans les conditions hivernales.
Voire… la vraie audace n’aurait-elle pas été de refuser de se laisser aspirer jusqu’à Moscou ?
Très certainement si Napoléon avait eu le choix. Les obstacles liés au blocus continental ne cessent de s'accroître, la France connaît une crise économique et deux années de récoltes catastrophiques. Comment imposer une paix à l'Angleterre qui soit favorable à la prépondérance de la France en Europe ? Voilà l'obsession de Napoléon. Il commet une erreur psychologique majeure je crois, celle de miser sur son prestige et le mélange de crainte et d'admiration qu'il inspirait à Alexandre à Tilsit 5 ans auparavant. Mais en 1812 Alexandre a changé et il ne considère plus que l'amitié d'un grand homme soit un bienfait des Dieux. Napoléon arrive sur les bords du Niémen avec l'armée dite des nations, dont l'effectif aurait du seul pousser Alexandre à négocier. Ce ne fut pas le cas et l'orgueil (peut-être) de Napoléon le fit se faire "aspirer" en Russie.
Aurea mediocritas
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2385
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et la Russie

Message par Joker »

Ce ne fut pas le cas et l'orgueil (peut-être) de Napoléon le fit se faire "aspirer" en Russie
L'orgueil, certes, et aussi une forme d'aveuglement qui le poussait à considérer que les sentiments du Tsar envers lui n'avaient pas changé depuis Tilsit.
Or, celui-ci, poussé par son entourage, n'entendait point se laisser dicter sa conduite et, confiant dans les atouts naturels dont il disposait (immensité du territoire russe et soudaineté des rigueurs hivernales), il fit en sorte que le phénomène d'aspiration joue à plein.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Bernard
Scribe
Scribe
Messages : 1542
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:29
Localisation : Alsace

Re: Napoléon et la Russie

Message par Bernard »

L'âne a écrit :
Je ne crois pas que l'armée fut en mesure de prendre ses quartiers d'hiver à Moscou.
J'en doute également. Nourrir pendant plusieurs mois 100 000 hommes dans une ville dévastée et bloquée par le gel est assurément compliqué.
Nous n'avons pas la même relation au temps qui passe.
Napoléon s'est fait des illusions qu'il a lui-même entretenues. Il imaginait que son aura, sa personnalité, sa puissance... puissent en remontrer à Alexandre. Pourtant, Caulaincourt, qui avait été son ambassadeur à Saint-Pétersbourg, l'avait prévenu. Alexandre Ier est un mystique très difficile à comprendre, enfermé dans des convictions tenaces et sans doute capable d'aller jusqu'au martyr (pour lui et pour la Russie). Sous des dehors affables, il sait tenir l'essentiel et ne pas plier dans les moments les plus douloureux... Alors, oui, Napoléon s'est laissé engluer dans Moscou, simplement parce qu'il ne comprenait pas où voulait en venir Alexandre. Que se réveiller prenne du temps, c'est hélas l'histoire qui l'a prouvé !
Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2686
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: Napoléon et la Russie

Message par L'âne »

Joker a écrit :
L'orgueil, certes, et aussi une forme d'aveuglement qui le poussait à considérer que les sentiments du Tsar envers lui n'avaient pas changé depuis Tilsit.
Oui tout à fait, c'est ce que j'ai décrit comme une "erreur psychologique majeure".
Bernard a écrit :
Caulaincourt, qui avait été son ambassadeur à Saint-Pétersbourg, l'avait prévenu.
"Sire n’allez pas en Russie, il n’y a pas de forgerons."
Alors, oui, Napoléon s'est laissé engluer dans Moscou, simplement parce qu'il ne comprenait pas où voulait en venir Alexandre.
Oui, je le crois aussi.
On peut noter aussi un facteur qui peut avoir eu de l'importance. Attention, c'est le Corse qui parle...
En 1808, Napoléon avait fait sonder Alexandre vis à vis d'une union possible avec Catherine sa soeur. Le tsar aurait dès lors vite fait de la marier. Deux ans plus (toujours uni à Joséphine si ma mémoire est bonne) il apprend qu'il essuierait un refus à la demande d'épouser Anne la seconde soeur du Tsar qui opposa la jeunesse de celle-ci (15 ans je crois). La mère d'Alexandre, Marie Federovna prédit que Napoléon blessé dans son orgueil saisirait la première occasion pour fondre sur la Russie. Elle craignait également que son peuple n'en veuille à la famille impériale de n'avoir pas accédé à la demande de l'Empereur des Français.
Les temps ont changé et messieurs les Continentaux libres à vous de marier, ou non, vos sœurs et vos filles à des Corses. Mais à l'époque, et compte tenu que ce Corse là était à la tête de 134 départements...Et donc d'une armée conséquente...
Aurea mediocritas
Avatar du membre
Bernard
Scribe
Scribe
Messages : 1542
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:29
Localisation : Alsace

Re: Napoléon et la Russie

Message par Bernard »

Pour tenter de mieux comprendre Alexandre Ier, il faut lire... Alexandre Soljenitsyne ! Dans La Roue rouge, les pages qu'il consacre à Nicolas II en 1916 sont très parlantes. Son attitude, alors qu'il subit la pression allemande et les errements de son état-major, ressemble assez à celle d'Alexandre Ier. La description est frappante de ressemblance. Il y a pourtant un siècle d'écart mais les mêmes élans mystiques, les mêmes naïvetés et néanmoins la même détermination dans une démarche suicidaire... Alexandre Ier a eu plus de chances, c'est pour moi la seule différence.
Modifié en dernier par Bernard le 21 août 2017, 08:25, modifié 1 fois.
Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2686
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: Napoléon et la Russie

Message par L'âne »

Bonjour Bernard, merci pour ces conseils. Je vais voir pour me procurer l'ouvrage que vous citez.
Pour apporter de l'eau à votre moulin, nous pouvons ajouter aux développements que lorsque Alexandre apprend le passage du Niémen par la Grande Armée, il danse à Vilnius, à l'occasion d'un bal donné par Bennigsen. Les mémorialistes russes l'ont décrit comme recevant cette nouvelle "courageusement", "demandant son épée" avant de rejoindre les troupes. En réalité, il fut ébranlé et son entourage l'exhorta de n'en rien montrer pour ne pas démoraliser les officiers, ni ajouter à la panique qui ne manquerait pas, on le comprend, de gagner la capitale. Les témoins affirment que le tsar présentait une "âme désemparée".
Aurea mediocritas
Le Briquet

Re: Napoléon et la Russie

Message par Le Briquet »

Napoléon a en effet sous-estimé la volonté d'Alexandre, mais il a aussi trop ignoré ses désirs.
Je pense (mais il est toujours facile de juger à postériori) que Napoléon aurait dû lâcher du lest à l'Est tant qu'il n'avait pas réglé la question ibérique. En l’occurrence, cela voulait dire laisser Alexandre marcher sur Istanbul, voir y joindre un petit contingent expéditionnaire pour raffermir l'alliance. Mais nous sommes dans un scénario fictionnel...
Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2686
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: Napoléon et la Russie

Message par L'âne »

Le Briquet a écrit :
Je pense (mais il est toujours facile de juger à postériori) que Napoléon aurait dû lâcher du lest à l'Est tant qu'il n'avait pas réglé la question ibérique.
Cela aurait été plus judicieux effectivement. Mais les mauvaises conditions économiques, permettaient-elles ce délai ?
Napoloén, quoi qu'il en soit, était un homme pressé.
Aurea mediocritas
Avatar du membre
Bernard
Scribe
Scribe
Messages : 1542
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:29
Localisation : Alsace

Re: Napoléon et la Russie

Message par Bernard »

Sur Caulaincourt, voici un extrait de ses mémoires relatant une conversation avec l'Empereur qui s'est tenue le 5 ou le 6 juin 1811 :
L’Empereur ne répondit pas à cela. Il parla des seigneurs russes qui, si on avait la guerre, craindraient pour leurs palais et forceraient, après une bonne bataille, l’empereur Alexandre à signer la paix.
— Votre Majesté est dans l’erreur, répondis-je.
Je répétai alors à l’Empereur les paroles de l’empereur Alexandre qui m’avaient frappé dans des conversations particulières, après l’arrivée de M. de Lauriston, lorsque je n’avais plus de caractère politique, paroles qui n’étaient que l’expression plus positive de ce qu’il m’avait donné à entendre peu de temps avant. Elles me frappèrent tellement que je les notai en rentrant et je les rapporte avec confiance, car je ne crois pas que ma mémoire m’ait fait commettre d’erreur.
“Si l’empereur Napoléon me fait la guerre, me dit ce prince, il est possi­ble, même probable, qu’il nous battra si nous acceptons le combat, mais cela ne lui donnera pas la paix. Les Espagnols ont été souvent battus et ils ne sont ni vaincus, ni soumis. Cependant, ils ne sont pas aussi éloignés que nous de Paris ; ils n’ont ni notre climat, ni nos ressources. Nous ne nous compro­mettrons pas. Nous avons de l’espace et nous conserverons une armée bien organisée. Avec cela, de l’aveu de l’empereur Napoléon, on n’est jamais, malgré des revers, obligé de recevoir la loi. On force même son vainqueur à accepter la paix. L’empereur Napoléon a fait lui-même cette réflexion à Tchernychev , à Vienne, après la bataille de Wagram. Il n’eût pas fait la paix alors si l’Autriche n’eût pas conservé une armée. Il lui faut des résultats aussi prompts que ses pensées sont rapides, car, souvent absent de chez lui, il est nécessairement pressé d’y retourner. Ses leçons sont celles d’un maître. Je ne tirerai pas le premier l’épée, mais je ne la remettrai que le dernier dans le fourreau. Les Espagnols fournissent la preuve que c’est le défaut de persévérance qui a perdu tous les Etats auxquels votre maître a fait la guerre. La réflexion de l’empereur Napoléon à Tchernychev, dans la dernière guerre d’Autriche, prouve assez que les Autrichiens eussent obtenu de meilleures conditions s’ils eussent été plus persévérants. On ne sait pas souffrir. Si le sort des armes m’était contraire, je me retirerais plutôt au Kamtchatka que de céder des provinces et de signer dans ma capitale des traités qui ne sont que des trêves. Le Français est brave, mais de longues privations et un mauvais climat l’ennuient et le découragent. Notre climat, notre hiver feront la guerre pour nous. Les prodiges ne s’opèrent chez vous que là où est l’Empereur, et il ne peut être partout et des années loin de Paris.”
L’Empereur m’écoutait avec une grande attention, même avec étonnement. Il paraissait fort préoccupé ; il garda le silence pendant assez longtemps. Je crus avoir fait sur lui une profonde impression car son visage, son maintien, qui avaient toujours été plus que sévères, devinrent ouverts, bienveillants. Il semblait m’encourager, autant par l’expression de sa physionomie que par ses questions. Il me parla de la société, de l’armée, de l’administration, même de l’empereur Alexandre sans l’expression d’humeur qui avait précédemment accompagné son nom. L’Empereur fut même, dans ce moment, très bienveillant pour moi et me dit quelque chose de flatteur sur la manière dont je l’avais servi. Je l’assurai qu’il se trompait sur l’empereur Alexandre et sur la Russie ; qu’il ne fallait pas juger ce pays sur ce que disaient certaines personnes et cette armée par ce qu’il avait vu à Friedland ; que, menacé depuis un an, on avait calculé toutes les chances, notamment celles de nos succès.
Après m’avoir écouté avec attention, l’Empereur m’énuméra ses forces, ses moyens. Dès que je le vis revenu sur ce chapitre, je ne doutai plus qu’il n’y eût plus rien à espérer pour la paix, car c’était cette énumération militaire qui lui montait la tête. En effet, il finit par me dire qu’une bonne bataille aurait raison des belles déterminations de mon ami Alexandre comme de ses fortifications de sable, faisant allusion aux travaux qu’on faisait à Riga et sur la Dvina.
  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • La Retraite de Russie – L’incroyable échappée
    par Eric LM » 16 sept. 2017, 11:51 » dans BIBLIOTHÈQUE EMPIRE - L'actualité du livre napoléonien
    3 Réponses
    349 Vues
    Dernier message par Joker
    17 sept. 2017, 19:29
  • lettres de Russie : Après la campagne de Russie. Lettre du général Drouot.
    par Peyrusse » 17 nov. 2017, 19:48 » dans Livres - Revues - Magazines
    8 Réponses
    2034 Vues
    Dernier message par Christophe
    18 avr. 2011, 22:58
  • Fusil d'honneur
    par L'âne » 22 sept. 2018, 08:30 » dans Objets napoléoniens
    5 Réponses
    812 Vues
    Dernier message par Cyril Drouet
    07 oct. 2018, 11:46
  • Fusil 1777 an IX
    par alexandre12 » 09 juil. 2016, 18:27 » dans Objets napoléoniens
    2 Réponses
    1222 Vues
    Dernier message par alexandre12
    12 juil. 2016, 08:03