Les chiens sous le Ier Empire

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Cyril Drouet
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Re: Chiens : Moustache un héros méconnu

Message par Cyril Drouet »

C-J de Beauvau a écrit :
10 oct. 2017, 23:12
Cyril Drouet a écrit :
10 oct. 2017, 21:49
Par sources, j'entendais sources primaires.
Berger-Levrault : Chiens Militaires dans l'Armée Française
Histoire du brave Moustache Par Collin de Plancy
https://books.google.fr/books?id=iz4XAA ... he&f=false
Ce sont des sources primaires ?
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C-J de Beauvau
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Re: Chiens : Moustache un héros méconnu

Message par C-J de Beauvau »

Joshéphine et les chiens ........? :o

Fortuné, mort en 1797 au château de Mombello à Milan, est le chien familier de Joséphine de Beauharnais. Ce carlin est connu pour sa méchanceté vis-à-vis du mari de Joséphine, le général Napoléon Bonaparte, et il apparaît régulièrement dans les lettres adressées par Napoléon à son épouse. La seule description physique de l'animal figure dans les mémoires d'Antoine-Vincent Arnault, ami de Napoléon. Aimé de Joséphine mais détesté par le futur empereur, Fortuné meurt en 1797 pendant la campagne d'Italie après une altercation avec un autre chien.
Fortuné aurait été offert à Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie par l'homme politique français Louis-Henri-Scipion du Roure. En avril 1794, Rose est emprisonnée à la prison des Carmes après l’exécution de son mari, Alexandre de Beauharnais. Elle utilise alors son carlin comme facteur afin d'établir discrètement des contacts avec ses amis à l'extérieur de la prison. Rose Tascher, qui deviendra dès lors Joséphine, épouse civilement le général Napoléon Bonaparte le 8 mars 1796 à Paris. À l'occasion de la nuit de noces, Fortuné, qui d'ordinaire partage toutes les nuits le lit de sa maîtresse, voit d'un mauvais œil ce nouvel occupant et rentre dans la petite histoire de la légende napoléonienne en mordant celui-ci au mollet .Le successeur de Fortuné est le carlin Fox, de race anglaise. Beaucoup plus doux que son prédécesseur, ce carlin suit les règles de l'étiquette et manifeste beaucoup d'attachement à sa maîtresse. Napoléon, se méfiant de lui, dit un jour : « je ne m'y fierais pas ; c'est un Anglais ». Divorcé de Joséphine en 1809, Napoléon épouse Marie-Louise d'Autriche. L'impératrice amène avec elle son chien Fritzkin, un épagneul à poil long de race anglaise qui plaît à Napoléon !
↑ a, b, c, d et e Michel de Decker, Napoléon : les plus belles conquêtes de l'Empereur, Belfond, 2010 (ISBN 9782714448477, lire en ligne [archive]).
↑ Napoléon et Joséphine, Lettres de Napoléon à Joséphine, pendant la première campagne d'Italie, le Consulat et l'Empire ; et lettres de Joséphine à Napoléon et à sa fille, Firmin Didot frères, 1833 (lire en ligne [archive]), p. 28.
↑ Muhlbach 2004, p. 288.
↑ Jean-Michel Laot, Napoléon et Joséphine, L'Harmattan, 2012, 343 p. (ISBN 9782901952879, lire en ligne [archive]), p. 52.
↑ a, b et c Jean Tulard, Dictionnaire amoureux de Napoléon, Plon, 2012 (ISBN 978-2-259-21199-4, lire en ligne [archive]), p. 225.
↑ a et b Arnault 1833, p. 32.
↑ a et b Antoine-Clair Thibaudeau, Histoire générale de Napoléon Bonaparte, de sa vie privée et publique, de sa carrière politique et militaire, de son administration et de son gouvernement, vol. 1, Ponthieu, 1827, 432 p. (lire en ligne [archive]), p. 425.
↑ a, b et c (en) Stanley Coren, The Pawprints of History : Dogs in the Course of Human Events, Simon and Schuster, 2002, 256 p. (ISBN 9780743227704, lire en ligne [archive]), p. 187.
↑ Roger Iappini, Napoléon jour après jour : De la naissance au 18 Brumaire, Cheminements, 2009, 571 p. (ISBN 9782844787699, lire en ligne [archive]), p. 171.
↑ a et b Arnault 1833, p. 31.
↑ a et b Patrick Cendrier, Des chiens et des hommes, Publibook, 2003, 202 p. (ISBN 9782748308150, lire en ligne [archive]), p. 43.
↑ Renée Grimaud, Le chat de Louis XV et autres animaux choyés de l'Histoire, Prisma, 2016, 153 p. (ISBN 978-2-810419-26-5, lire en ligne [archive]).
↑ Arnault 1833, p. 33.
↑ a et b Le Compilateur : revue des journaux français et étrangers, Le Compilateur, 1842 (lire en ligne [archive]), p. 123.
↑ Gérald Messadié, Joséphine, l'obsession de Napoléon, Archipel, 2011, 400 p. (ISBN 9782809805321, lire en ligne [archive]).
↑ (en) Stanley Coren, Why We Love the Dogs We Do : How to Find the Dog That Matches Your Personality, Simon and Schuster, 2010, 320 p. (ISBN 9781439105498), p. 177.
↑ a, b et c Muhlbach 2004, p. 168.
↑ Fauveau 2010, p. 211.
↑ Fauveau 2010, p. 287.
↑ (en) Jules Félix Vacquier, Souvenirs of Napoleon Bonaparte classed in alphabetical order according to the official classification : Description, origin, history, legend, A. et F. Kahn, 1928, 175 p. (lire en ligne [archive]), p. 67.
↑ Marie-Anne Adélaïde Lenormand, Mémoires historiques et secrets de l'impératrice Joséphine Marie-Rose Tascher-de-la-Pagerie, première épouse de Napoléon Bonaparte, 1820, 556 p. (lire en ligne [archive]), p. 499.
;)
Modifié en dernier par C-J de Beauvau le 10 oct. 2017, 23:36, modifié 1 fois.
William Turner

Re: Chiens : Moustache un héros méconnu

Message par William Turner »

C-J de Beauvau a écrit :
10 oct. 2017, 20:12
Légende ?
En fait, la question ne se pose pas vraiment. Il ne fait aucun doute que l'histoire de Moustache relève de la légende.
Au mieux, il s'agit du rassemblement d'histoires concernant différents chiens. Au pire, il s'agit d'inventions pures.
Pour que ce récit ait un minimum de crédibilité, il aurait fallu que ce chien ait eu le même maître pendant toutes ses participations au combat, car seul un être humain ayant assisté à tous ses "exploits" pourrait être en mesure d'assurer qu'il s'agit du même chien. Or la légende ne fait aucunement état qu'il serait resté attaché à un même maître. Au contraire, cette légende est même en mesure de fournir des détails sur la vie du chien avant même son entrée dans l'armée, détails que personne ne peut connaître puisqu'il est censé s'être perdu avant d'être attiré par la musique militaire.
A moins évidemment qu'il n'ait raconté sa vie lui-même à ses nouveaux maîtres un soir de Noël où, comme tous les animaux, il se serait mis à parler...
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L'âne
 
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Re: Chiens : Moustache un héros méconnu

Message par L'âne »

C-J de Beauvau a écrit :
10 oct. 2017, 23:30
Joshéphine et les chiens ........? :o
Merci C-J de Beauvau.
Je ne connaissais pas la présence du chien "anglais" auprès de Joséphine.
Aurea mediocritas
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C-J de Beauvau
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Chiens : l’utilisation de chiens de combat" Info ou Intox"

Message par C-J de Beauvau »

Que penser de cette "affaire " Info ou Intox" ?
Histoire militaire/Mémoire
pendant la guerre d’indépendance haïtienne
parPhilippe R. Girard
Philippe Girard est professeur associé d’histoire caribéenne à l’université d’état McNeese de Louisiane. Il est l’auteur de Les esclaves qui ont vaincu Napoléon : Toussaint Louverture et la guerre d’indépendance haïtienne (Rennes : Les Perséides, 2012) Éditeur : La Fondation Napoléon

.....Un an plus tôt, le premier consul Napoléon Bonaparte avait envoyé une expédition de 20 000 hommes pour renverser le gouverneur Toussaint Louverture. Louverture avait été capturé et exilé, mais les cultivateurs des plantations, convaincus que Bonaparte voulait rétablir l’esclavage, s’étaient révoltés. Dans les provinces Ouest et Nord, l’armée expéditionnaire, sous les ordres de Donatien de Rochambeau, ne contrôlait plus en mars 1803 que les principaux ports et les plaines côtières. Une révolte venait d’éclater dans la province Sud, jusque-là plutôt calme. Seule la province Est (République Dominicaine) restait tranquille [figure 1].

........C’est dans ce contexte incertain que le Napoléon jeta l’ancre au Cap-Français vers le 1er mars 1803. Il apportait de Cuba 40 000 gourdes en espèces, 25 chevaux et 10 chiens qui allaient jouer un rôle central dans l’épisode le plus sombre de la guerre d’indépendance haïtienne. [1][1] Le départ immédiat des chiens de Cuba est mentionné... Selon un auteur de l’époque, ces chiens cubains, apparentés aux chiens de Santo Domingo, étaient “les égaux des plus grands lévriers écossais ou russes… L’apparence et les mouvements de cet animal prouvent instantanément sa supériorité.”........Le jour venu, une foule turbulente s’assembla pour assister à un spectacle qui promettait d’être aussi unique que sauvage. Les détails nous ont été transmis par le marin français Jean-Baptiste Lemonnier-Delafosse, le général français Pamphile Lacroix, et l’officier mulâtre Juste Chanlatte, qui furent apparemment témoins de cette scène, et par les historiens du dix-neuvième siècle Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin, qui se basèrent sur des témoignages de vétérans de la Révolution Haïtienne.
Un prisonnier noir fut tout d’abord mené dans l’arène et lié à un poteau (selon Lacroix, Madiou et Ardouin, c’était le serviteur du général Pierre Boyer, le chef d’état-major de Rochambeau). Ce fut ensuite au tour des chiens d’entrer en scène. Les cris de la foule et les tiraillements de la faim auraient dû attiser leur ardeur mais, ne parvenant pas à comprendre ce qu’on attendait d’eux, ils restèrent immobiles auprès du prisonnier. Ce n’est qu’après que leurs meneurs les encouragèrent (et que Boyer, selon Ardouin et Madiou, ouvrit l’estomac de la victime d’un coup de sabre) qu’ils émergèrent enfin de leur torpeur. Soudain, dans un tourbillon de poussière rouge sang, ils dévorèrent leur proie au son d’une fanfare militaire et des rugissements de la foule. L’exécution ne dura que quelques minutes. Après avoir assouvi leur soif de vengeance, les spectateurs se retirèrent chez eux pendant que les chiens, ayant prouvé leur ardeur guerrière, étaient apprêtés pour leur prochaine mission, une opération contre les rebelles de l’île voisine de La Tortue. :shock:

https://www.cairn.info/revue-napoleonic ... age-54.htm

Quel crédit donner à cette affaire ??
:?:
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Cyril Drouet
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Re: Chiens

Message par Cyril Drouet »

Moins émouvant que le chien de Bassano ou moins rigolo que Fortuné :

Sans titre 11.jpg
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Cyril Drouet
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Re: Chiens : Moustache un héros méconnu

Message par Cyril Drouet »

C-J de Beauvau a écrit :
10 oct. 2017, 23:12
Cyril Drouet a écrit :
10 oct. 2017, 21:49
Par sources, j'entendais sources primaires.
Berger-Levrault : Chiens Militaires dans l'Armée Française
Histoire du brave Moustache Par Collin de Plancy
https://books.google.fr/books?id=iz4XAA ... he&f=false
Petites précisions sur ces "sources primaires" :
Le premier ouvrage cité date de 1887. Berger-Levrault n'en est pas l'auteur mais l'éditeur (librairie militaire Berger-Levrault et Cie); il s'agit en fait du lieutenant L. Jupin. D'après le peu que j'ai pu en lire, il semble seulement reprendre la prose de Collin de Plancy.
Ce dernier avait, plus de soixante ans plus tôt, en 1821, écrit un article sur le "célébrissime" Moustache dans "Anecdotes du dix-neuvième siècle, ou Collection inédite d'historiettes et d'anecdotes récentes, de traits et de mots peu connus, d'aventures singulières, de citations, de rapprochements divers et de pièces curieuses, pour servir à l'histoire des moeurs et de l'esprit du siècle où nous vivons, comparé aux siècles passés". Cet écrivain particulièrement féru d'occultisme et de légendes lâche d'ailleurs en guise de préambule concernant Moustache :
"Je déclare, avant d'entrer en matière, que tous les détails qu'on va lire sont de la plus scrupuleuse exactitude, et qu'ils ont été confirmés par des témoignages nombreux et respectables."

Amen ! :lol:
Sources primaires ? :mrgreen:
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Cyril Drouet
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Re: Chiens : Moustache un héros méconnu

Message par Cyril Drouet »

L'âne a écrit :
11 oct. 2017, 23:45
Merci C-J de Beauvau.
Je ne connaissais pas la présence du chien "anglais" auprès de Joséphine.
L’article de Wikipédia que C-J de Beauvau a cru bon de recopier ici ("Le successeur de Fortuné est le carlin Fox, de race anglaise. Beaucoup plus doux que son prédécesseur, ce carlin suit les règles de l'étiquette et manifeste beaucoup d'attachement à sa maîtresse. Napoléon, se méfiant de lui, dit un jour : « je ne m'y fierais pas ; c'est un Anglais »") oriente les lecteurs vers Le Compilateur: revue des journaux français et étrangers, de 1842.
Il s’agit en fait du numéro du 10 septembre 1842. Voici ce qu’on peut y lire :
« Cependant Fortuné n'avait pas tardé à être remplacé par un carlin de race anglaise appelé Fox qui hérita bientôt de tous les droits de son prédécesseur dans l'affection de Joséphine, ainsi que dans l'aversion de Bonaparte, malgré la précaution qu'elle avait prise de lui donner un nom anglais. Aussi Bonaparte ne laissait-il échapper aucune occasion de le taquiner, soit en l'agaçant, soit en lui appliquant à l'improviste sur le museau une énorme prise de tabac qui faisait éternuer Fox pendant un quart-d'heure, et cela lorsqu'il était sur les genoux de sa maîtresse, qui disait à son mari d'un air suppliant :
—Mon Dieu! Bonaparte, que tu es méchant ! ne vois-tu pas que la pauvre bête ne demande pas mieux que de se laisser caresser par toi ?
— Hum! je ne m'y fierais pas, répondait celui-ci en riant; c'est un Anglais. »

Il s’agit ici de la reprise d’un écrit : « Souvenir intimes du temps de l’Empire – Simples anecdotes – Le petit chien de l’Impératrice Joséphine et le perroquet de Marie-Louise » paru dans Le Siècle, quatre jours plus tôt, le 6 septembre 1842.
Il est indispensable de citer ici l’auteur : Emile-Marco de Saint-Hilaire. Cet écrivain bien connu des personnes s’intéressant aux légendes napoléoniennes s’inspirait là (mais en y ajoutant quelques détails dont l’amusant « je ne m'y fierais pas, c'est un Anglais ») d’un article paru quatre ans plus tôt, en 1834, dans « Napoléon: journal anecdotique et biographique de l'Empire et de la Grande Armée », intitulé « Le petit chien de Madame Bonaparte ».
En voici un extrait :
« Cependant Fortuné n'avait pas tardé à être remplacé par un carlin de race anglaise, nommé Fox, qui avait bientôt hérité de tous les droits de son prédécesseur ; et Fox ne tarda pas non plus à déplaire à Napoléon, au moins autant que feu Fortuné, n'aurait-ce été qu'à cause du nom. »

L’article est anonyme, seulement signé d’un M. Il convient de noter que Marco de Saint-Hilaire était l’un des rédacteurs de l’ouvrage en question…
Quelle confiance apportée à une telle prose ? Sans doute autant que celle que l’on peut avoir à la lecture d’un écrit quand on sait que celui-ci a été rédigé par le talentueux Marco de Saint-Hilaire ; c'est-à-dire une confiance pour le moins légère… 8-)
Attention donc (encore une fois...) avec les copier-coller rapides de Wikipédia… :idea:


Juste pour s’amuser, Emile-Marco de Saint-Hilaire ajoute ceci sur Fox dans ses Souvenirs intimes (toujours en brodant à partir de « Napoléon: journal anecdotique et biographique de l'Empire et de la Grande Armée ») :
« Un jour que Fox, qui n'avait pas de rancune, sautillait autour de Bonaparte pour qu'il le fit jouer, celui-ci, de meilleure humeur que de coutume, s'assit dans un fauteuil, et se baissant pour frapper de sa main sur le tapis de pieds, appela le carlin en disant:
— Ici, monsieur! venez à ce maître... là... tout de suite!
Le chien, obéissant, arrive, mais lentement et l'oreille basse, comme s'il eut deviné que les avances qui lui étaient faites cachaient un piège. Bonaparte le place entre ses deux jambes, et d'une main le saisit par la nuque. Le chien, placé comme dans une étau, se met à grommeler.
— Hein !... qu'est-ce que c'est ? dit Bonaparte en le secouant doucement ; vous n'êtes pas content, je crois ?Encore !... taisez-vous, monsieur, taisez-vous, on sinon...
Mais Fox continue de manifester sa mauvaise humeur.
— Il te mordra, je t'en préviens, dit Joséphine, qui semble plus impatientée que son carlin.
— Ah ! parbleu ! je voudrais bien voir cela!
— Tu le verras.
— Qu'il s'en avise Seulement! Et Napoléon serra le chien plus fortement encore entre ses jambes. Le chien, voulant enfin s'affranchir de cette étreinte, fit un effort décisif en aboyant plus fortement ; Bonaparte lâche prise alors, et d'un coup de pied envoie le carlin à dix pas. Joséphine se précipite, le prend dans ses bras et s'écrie:
— Ah ! pauvre bête !
— Mais il m'a mordu ! réplique Bonaparte en portant la main à sa botte.
— Ne te l'avais-je pas dit ? Tu ne trouves de plaisir qu'à faire souffrir cette pauvre bête. Depuis qu'elle est ici, tu lui as changé le caractère !
— Il est affreux, ton chien.
— Tant mieux ! je ne l'en aime que davantage.
— Oh ! voilà bien les femmes !
Quelques instants après cette petite scène, Bonaparte étant sorti, rencontra au bas d'un petit escalier son chef de cuisine.
— A propos, as-tu encore ton gros chien ? lui demanda-t-il.
— Mais... général...
Et l'artiste culinaire, craignant que cette question n'eût d'autre but que de venger la mort de Fortuné, hésitait à répondre.
— Je te demande, répète Bonaparte, si tu as encore ton gros chien: c'est oui ou non.
— Eh bien!... oui, général, répond celui-ci en baissant les yeux et en roulant dans ses mains son classique bonnet de coton.
— En ce cas, reprend Bonaparte, tâche qu'il rencontre monsieur Fox comme il a rencontré monsieur Fortuné... tu sais... par hasard... tu me rendras grand service... tu peux conter sur une récompense honnête. »
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Re: Chiens : Moustache un héros méconnu

Message par Cyril Drouet »

Cyril Drouet a écrit :
26 août 2019, 14:14
Il est indispensable de citer ici l’auteur : Emile-Marco de Saint-Hilaire. Cet écrivain bien connu des personnes s’intéressant aux légendes napoléoniennes s’inspirait là (mais en y ajoutant quelques détails dont l’amusant « je ne m'y fierais pas, c'est un Anglais ») d’un article paru quatre ans plus tôt, en 1834, dans « Napoléon: journal anecdotique et biographique de l'Empire et de la Grande Armée », intitulé « Le petit chien de Madame Bonaparte ».
En voici un extrait :
« Cependant Fortuné n'avait pas tardé à être remplacé par un carlin de race anglaise, nommé Fox, qui avait bientôt hérité de tous les droits de son prédécesseur ; et Fox ne tarda pas non plus à déplaire à Napoléon, au moins autant que feu Fortuné, n'aurait-ce été qu'à cause du nom. »
Le texte se poursuit ainsi (on notera la grande ressemblance avec les Souvenirs intimes de Marco de Saint-Hilaire parus postérieurement et cités plus haut) :
« Un matin, le général en chef rencontre son cuisinier :
« As-tu encore ton gros chien, lui demande-il ?
-Mais.... général.»
Et l'artiste culinaire, craignant que cette question n'eût pour but de venger la mort de Fortuné, hésite à répondre.
« Je te demande si tu as encore ton gros chien, oui ou non ?
- Eh bien.... ! Oui, général ; je l'ai toujours.
- En ce cas, tâche donc qu'il rencontre M. Fox, tu sais... comme il a déjà rencontré M. Fortuné.»


L’auteur se semble pourtant pas avoir inventé de toute pièce. Ainsi, en 1827, sept ans avant la sortie de « Napoléon : journal anecdotique et biographique de l'Empire et de la Grande Armée » paraissaient « Histoire générale de Napoléon Bonaparte », de Thibaudeau. On pouvait en effet y lire ceci :
« Fortuné fut remplacé par un carlin qui hérita bientôt de ses droits.
« As-tu encore ton gros chien ? » dit Bonaparte à son cuisinier.
Il hésita de répondre, craignant que la question n'eût pour but de venger la mort de Fortuné. Il avoua enfin qu'il avait son chien.
« Eh bien ! lui dit Bonaparte, rends-moi encore le même service. »

A noter qu’en 1833, un avant le Journal anecdotique et biographique, sortaient les Souvenirs d’un sexagénaire, d’Arnault, où l’anecdote rapportée par Thibaudeau était contée en ces termes :
« Pour se consoler de la perte d'un chien [Fortuné, terrassé par le chien du cuisinier] Joséphine fit comme plus d'une femme pour se consoler de la perte d'un amant : elle en prit un autre, un carlin; cette race n'était pas encore détrônée.
Héritier des droits et des défauts de son prédécesseur, Carlin régnait depuis quelques semaines, quand le général aperçoit le cuisinier qui se promenait à la fraîche dans un bosquet assez éloigné du château. A l'aspect du général, cet homme de se jeter dans l'épaisseur du bois.
« Pourquoi te sauver ainsi de moi ? lui dit Bonaparte.
-Général, après ce qu'a fait mon chien.
Eh bien ?
-Je craignais que ma présence ne vous fût désagréable.
-Ton chien ! est-ce que tu ne l'as plus ton chien ?
-Pardonnez-moi, général, mais il ne met plus les pates dans le jardin, à présent surtout que Madame en a un autre.
-Laisse-le courir tout à l'aise; il me débarrassera peut-être aussi de cet autre-là.»
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Les chiens sous le Ier Empire

Message par Joker »

Cintré dans son bel uniforme, le maréchal Jean Lannes (1769-1809) passe en revue les grognards du 40e régiment, au garde-à-vous.
Quelques jours plus tôt, le 2 décembre 1805, l'armée impériale a écrasé les troupes austro-russes à Austerlitz.
Napoléon vient de signer là son chef-d'œuvre tactique, une manoeuvre éclatante où s'est illustrée la bravoure des fantassins français... mais aussi celle d'un chien, Moustache. Et c'est bien vers l'imposant barbet, mascotte des grenadiers du 40e de ligne, que le maréchal s'avance, plus solennel que jamais.
Il se penche et lui passe autour du cou un collier surmonté d'une médaille où il est inscrit : « Moustache, chien français. Qu'il soit toujours respecté comme un brave. »
C'est sur l'autre face que l'on mesure son exploit, gravé sur l'argent : « A la bataille d'Austerlitz, il eut la patte cassée en sauvant le drapeau de son régiment. » L'intrépide barbet s'était en effet jeté dans la mêlée, malgré les baïonnettes et la mitraille, fonçant sur le cadavre du porte-drapeau. Aboyant furieusement, Moustache avait empêché les Russes de se saisir de l'étendard frappé de l'aigle. Les soldats avaient retrouvé leur mascotte à poils quelques heures plus tard, étendue sur le flan, la patte brisée par une balle... mais la hampe du drapeau toujours coincée dans la gueule.
Le voilà désormais boitillant mais célèbre et adulé. Quel destin pour ce gros cabot à l'air bonasse, « adopté » en 1799 par une compagnie de grenadiers ! Alors qu'il vagabonde dans les rues de Caen, le gros chiot est happé par le son du tambour. Mme Radis, sa cantinière de maîtresse, peut lui dire adieu : « Moustache » — baptisé ainsi à cause de ses poils longs et broussailleux — ne quitte plus la troupe d'élite, monte la garde devant leur caserne et finit les fonds de marmite... Très vite, le barbet se fait remarquer par son intelligence et son flair époustouflant.

Quand Napoléon lance sa deuxième campagne d'Italie au printemps 1800, il est évidemment du « voyage ».
Toujours en tête de colonne, jappant fièrement, il passe les Alpes par le Grand-Saint-Bernard, puis descend vers la plaine du Pô.
Son baptême du feu — et son premier coup d'éclat — a lieu le 13 juin, veille du triomphe de Marengo.
Dans la nuit, sa brigade manque d'être surprise par un détachement autrichien, mais Moustache, qui fait les cent pattes, veille au grain.
En quelques aboiements féroces, il débusque une sentinelle qui espionne le camp français.
Dans l'escarmouche qui s'ensuit, le chien reçoit un coup de baïonnette à la cuisse, mais l'incursion ennemie est repoussée !
La mascotte sera citée à l'ordre du jour pour sa « valeureuse action », et se voit récompensée d'un rab de gamelle quotidienne, et... d'un coup de peigne hebdomadaire !
Pendant dix ans, l'héroïque quadrupède continuera à écumer les champs de bataille européens, d'Iéna (1806) à Saragosse (1809) en passant par Friedland (1807).
Agé de 12 ans, le vétéran est un peu moins vaillant quand il prend part au siège de Badajoz, dans le sud-ouest de l'Espagne, début 1811.
Le 11 mars, il est emporté par un boulet de canon alors qu'il arpente les remparts de la ville. Il sera enterré peu après au bord du fleuve Guadiana, avec sa médaille et tous les honneurs militaires.
Ce jour-là, on vit pleurer ses vieux compagnons d'armes.


La Révolution, période brutale et bien souvent dénuée de la plus élémentaire humanité recèle également des souvenirs de chiens dont la fidélité jette quelques lueurs sur l'une des périodes les plus cruelles de notre histoire.
> THISBE, la chienne favorite de Marie Antoinette, suivit en courant la voiture qui emmenait son infortunée maîtresse, du Temple à la Conciergerie. Abandonné à la rue, elle se laissa mourir de faim à la porte de la prison.
> BAC, également surnommé Coco, le barbet de Marie-Thérèse, l'orpheline du Temple, apporta tendresse et affection au petit Dauphin et sa soeur durant leur incarcération ; lorsque Marie Thérèse fut échangée en 1795 à Richen près de Bâle, contre des parlementaires Français, Coco la suivit dans son exil. Parvenu à Vienne, il lui fut retiré sur ordre de François II (1792-1804) " car rien de Français ne devait lui rappeler sa patrie".
> MOÏLLOFF "sorte de bâtard de lévrier" selon la chronique ne quittait le Duc d'Enghien, ni de jour ni de nuit. Après le scandaleux enlèvement de son maître en terre Badoise, le 14 mars 1804, il suivit la voiture qui emmenait ce dernier, jusqu'à Strasbourg, puis jusqu'à Paris ! Après que le duc D'Enghien eût été exécuté, sa dépouille jetée sans cérémonie dans un trou hâtivement creusé, le brave chien resta deux jours et deux nuits prostré en ce lieu. Il dut le salut à l'une des filles du commandant du fort, laquelle le recueillit et prit soin de lui jusqu'à sa mort. Il fut naturalisé et demeura longtemps exposé dans une des galeries du donjon.
> Le Général Jean Victor Moreau, le transfuge qui fut tué d'un boulet de France à Laun, près de Dresde le 2 septembre 1813, alors qu'il se trouvait au sein de l'état major allié, possédait un magnifique chien Danois dont l'histoire a oublié le nom. Capturé par un hussard, ce dernier remarqua que son collier portait une plaque portant cette inscription "j'appartiens au général Moreau".
Le chien fut rendu à un émissaire Russe venu le réclamer, sans toutefois son collier qui fut remis au Roi de Saxe et figura ensuite dans le musée de Dresde où il disparut très certainement en 1945.
> SCHILLICHEM, le chien du Conventionnel Le Bas, avait été adopté par ce dernier lors d'une inspection des armées à Strasbourg. Il accompagna ensuite son maître et Saint Just dans leurs déplacements de représentants en mission. Il suivit le Conventionnel dans ses derniers moments le 9 thermidor et attendit des jours durant, comme Mohilloff, sur la fosse où avait été jeté son maître. Il rentra ensuite au domicile de la famille Le Bas, crotté, affamé et désemparé.
> Encore un autre chien adopté par un Conventionnel, Billaud-Varenne. Déporté à Sinnamary (Guyane) le 7 prairial 1795, se distrayait de l'éducation des perroquets dans lesquels il pensait sans doute trouver un public plus complaisant que ses anciens pairs, en adoptant un chien qui le suivit jusqu'en Haïti où il mourut en 1819.
L'histoire n'a conservé par contre, aucun souvenir du chien adopté par Robespierre, et qui finit sans doute ses jours au sein de la famille Duplay.
> Et pour finir sur un registre plus léger, le chien de Joséphine, Fortuné, le bien nommé Fortuné fut trouvé par le Général Bonaparte, le soir de la nuit de noce d'avec Joséphine, le 9 mars 1796, confortablement installé sur l'oreiller de cette dernière, grognant et montrant les dents à toute tentative d'investissement de la place. Finalement forcé d'accepter dans la couche nuptiale le modeste molosse, ce dernier mordit cruellement le futur Empereur au mollet, ce qui laissa à ce dernier cicatrice et cuisant souvenir. Ainsi le Général Bonaparte écrivit plus tard à Joséphine "Millions de baisers et même à Fortuné en dépit de sa méchanceté".


Inspiré d'un article de Pierre Loewenbruck - 1958 -







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Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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