Le Général Moreau

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

McDonald

[Général MOREAU] rapatel, aide de camp de Moreau

Message par McDonald »

rigodon d'honneur a écrit : l'aide de camp de Moreau est Jean-Baptiste Marie Rapatel (1776-1814),
Jean-baptiste est mort à la toute fin de la bataille de Fère-Champenoise le 25 mars 1814, alors qu'il était chargé par le Tsar de parlementer pour obtenir la reddition d'un carré de garde nationale française encerclé.

Selon Ségur et ses mémoires, Jean-Baptiste aurait alors été abattu par son propre frère qui servait dans l'armée française.
"Il se trouva alors face à son frère qui commandait l'artillerie d'un carré et quand il entendit son frère sommer le carré de se rendre, il lui répondit par une salve de mitraille et le transfuge resta étendu à terre"

Savez vous le quel de ses deux autres frère Augustin ou Paul pouvait alors se trouver à cette bataille dans le carré français ?

rigodon d'honneur

[Général MOREAU] Rapatel, aide de camp de Moreau

Message par rigodon d'honneur »

McDonald a écrit :Selon Ségur et ses mémoires, Jean-baptiste aurait alors été abattu par son propre frère qui servait dans l'armée française.
"Il se trouva alors face à son frère qui commandait l'artillerie d'un carré et quand il entendit son frère sommer le carré de se rendre, il lui répondit par une salve de mitraille et le transfuge resta étendu à terre"
l'officier d'artillerie en question est un troisième frère, Prosper-Marie (1784-1862), qui finira sa carrière comme colonel d'artillerie. il est alors capitaine au 6e rgt d'artillerie à pied.
:salut:

rigodon d'honneur

[Général MOREAU] Rapatel, aide de camp de Moreau

Message par rigodon d'honneur »

SYLLA a écrit :J'ai lu qui y avait une fratrie de 10 frères ?! (...) Wikipédia
eh oui... Wikipédia :roll: ... qui s'est contenté de reprendre sans vérification le texte qui figure dans l'ouvrage de C.Mullié Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850.
Dix de ses frères servirent comme lui la France, et plusieurs en qualité d'officiers généraux.
"dix de ses frères", cela signifie donc qu'avec lui cela fait au moins onze garçons dans la fratrie...

Mais si je me fie à un texte bien plus documenté paru dans Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne en 1947, la fratrie était seulement de 10... dont 9 garçons et 1 fille.

lorsqu'on lit que ces 11 frères (qui ne sont donc que 9) "servirent la France", on peut s'attendre à ne voir là que des militaires... or il n'y en a en fait que 7 qui la servirent militairement (dont 2 officiers de santé), les 2 autres étant des fonctionnaires civils (ce qui est certes également une forme de service pour son pays).
quant aux "plusieurs frères" de Paul Marie qui servirent en qualité d' "officiers généraux", il ne sont en fait que... un seul :!: en effet, Paul Marie a eu un seul frère qui devint comme lui général : Augustin François Marie...

plus de détails un peu plus tard sur cette fratrie, le temps que je récupère mes notes...
:salut:

Peyrusse

27 août 1813... La mort du général Moreau

Message par Peyrusse »

On sait qu’un des incidents les plus frappants de la bataille Dresde [27 août 1813] fut la mort du général Moreau ; bien des années après, j’ai eu quelques détails sur cet événement et les jours qui le précédèrent, détails qui sont, je crois, peu connus. Ils m’ont été donnés par le prince Repnin, adjudant général de l’empereur de Russie. Le général Moreau vivait en Amérique depuis le temps du Consulat. Lorsque les puissances coalisées contre la France, en 1813, virent que la couronne de Napoléon commençait à chanceler, ils pensèrent qu’un des moyens qui pourrait jeter la désunion dans l’armée française, sans cependant donner de l’ombrage aux intérêts de la coalition, serait d’opposer à Napoléon un des plus glorieux généraux de la République. Ils ne pouvaient en choisir un plus illustre que Moreau, et ils le sollicitèrent de se joindre à eux. Moreau, en cette occurrence, écouta plutôt ses vieux ressentiments que les intérêts de sa gloire et la pensée du devoir, et répondit à l’appel des ennemis de la France.Il arriva en Bohême au moment où l’Autriche venait de se prononcer. Les souverains alliés étaient réunis à Thereienstadt ou à Töplitz, avant de se présenter à eux, il prenait des soins de toilette et se faisait bourgeoisement la barbe, lorsqu’on frappa à sa porte « Entrez ! » s’écria-t-il un peu impatiemment. Un bel officier russe se présente. Moreau demande ce qu’on lui veut. « On doit la première visite aux grands hommes. C’est l’empereur de Russie qui vient voir le général Moreau ». Grande confusion chez le vainqueur de Hohenlinden, qui maudit la savonnette et le rasoir. « Continuez votre toilette », reprend gaiement Alexandre, en s’asseyant familièrement. Un moment après, le Roi de Prusse qui imitait toujours ce que venait de faire l’Empereur de Russie, arrive à son tour ; nouveaux compliments ; lorsque la toilette fut achevée, Alexandre dit : »Maintenant, il y en a un troisième à voir, mais celui-là ne viendra pas à vous, nous allons vous conduire chez lui. » C’était l’empereur d’Autriche. Dès ce moment, Moreau fut sous le charme. Peu de jours après, Alexandre partait pour attaquer Dresde ; il était en calèche avec les officiers qui devaient l’accompagner. Moreau restait en arrière, l’intention des alliés étant de ne l’employer que lorsque leurs armées s’approcheraient du Rhin. Il était à pied près de la voiture :

« Adieu, général Moreau, dit Alexandre, en lui tendant la main, nous nous verrons bientôt. –Sire, reprend Moreau, je ne puis prendre mon parti de voir partir Votre Majesté sans l’accompagner.-Vrai, cela vous ferait plaisir ; eh bien, montez. Il faudra cependant qu’un de ces Messieurs vous prête un uniforme pour que nos troupes sachent que vous êtes de nos amis. » Ainsi fut fait ; deux jours après on se battit ; dans un engagement d’avant-garde, le 25 août 1813, on fit quelques prisonniers, et dans le nombre il se trouva deux ou trois vieux soldats de la Garde, faisant partie du dépôt laissé à Dresde, lorsque l’Empereur s’en était éloigné, car au premier moment on avait tout utilisé. Moreau l’apprit et désira voir ces anciens serviteurs ; il les interrogea sur leurs premières campagnes, et d’après leurs réponses, il leur désigna le corps, la brigade, l’armée dont ils faisaient partie et les noms de leurs chefs. Ces soldats étaient surpris qu’un général russe connut ces détails. L’un d’eux le regarde fixement, recule de deux pas et s’écrie : Le général Moreau ! Vive la République ! ».

Le prince Repnin, présent à cette scène, nous dit qu’elle avait produit un grand effet sur les assistants. Le cri échappé au pauvre prisonnier qui, entouré d’ennemis, jette au transfuge cette exclamation, ce reproche sanglant, qui reportait Moreau au jour où il faisait, lui aussi, entendre ce même cri pour entraîner les Français à la lutte avec ces ennemis qu’il venait servir maintenant.

« Cette noble apostrophe, disait le prince Repnin, nous remplit tous d’une haute estime pour ce brave soldat, et nous le lui témoignâmes vivement. »

Deux jours après, Napoléon conduisait son armée à l’un de ces triomphes auxquels il l’avait accoutumée. L’Empereur de Russie et Moreau étaient à cheval côte à côte, suivant un chemin étroit et défoncé qui aboutissait à un plateau découvert, sur lequel étaient des réserves d’artillerie. Au débouché du chemin, le passage était très resserré. Moreau tint son cheval pour laisser passer l’empereur. « Passez, dit celui-ci avec courtoisie, sur le champ de bataille le pas est aux généraux. » Moreau pousse son cheval ; il n’est pas en avant d’une demi-longueur qu’un boulet tiré d’écharpe fait entendre un terrible sifflement.

Le cheval de Moreau et celui de l’empereur de Russie se cabrent et retombent aussitôt.

« Grand Dieu ! s’écria tout l’état-major, l’empereur est atteint !- Non, dit Alexandre, mon cheval a eu peur, voilà tout. » Moreau ne se relève pas : il avait les deux jambes emportées et son cheval le corps fracassé ; il mourut six jours après.

« C’était un boulet providentiel, disait le prince Repnin en terminant son récit ; car, après tout, ce n’est pas beau de combattre dans les rangs de l’ennemi de sa patrie, et puis, ajoutait-il avec l’orgueil d’un vrai Russe. Si Moreau eut vécu, on lui eut attribué tous les succès de la campagne, et c’est à nous qu’ils appartiennent. »

(RILLIET DE CONSTANT, « Journal d’un sous-lieutenant de cuirassiers »)
------
Louis XVIII élévera Moreau au rang de maréchal à titre posthume.

Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2905
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

[Général MOREAU]

Message par L'âne »

Merci beaucoup Cher Peyrusse pour ce rappel et le choix de ces passages.
il mourut six jours après
J'ai lu que les souffrances endurées par Moreau sur le trajet du champ de bataille vers la ville où il avait été acheminé étaient dignes du martyr. Notamment à cause des secousses dues à la fois au moyen de transport et l'état des routes.
Aurea mediocritas

Peyrusse

A propos de Moreau...

Message par Peyrusse »

« Tué sous les yeux et pour la cause de l’empereur de Russie et du roi de Prusse, Moreau aura à jamais dans l’Histoire le triste privilège d’une immortalité particulière.», écrit Norvins dans son « Portefeuille de 1813… ».

« C’est ce même jour [27 août 1813] que le général Moreau, portant les armes contre la France, eut les deux jambes emportées par un coup de canon tiré de Dresde par une batterie de l’artillerie de la Garde : justice de la Providence fut faite. » (Général Rigau, « Souvenirs sur les guerres de l’Empire ») « Il [l’Empereur] surveille en personne le feu, et pour en activer encore la violence il fait avancer l’artillerie de la Garde. Une de ces batteries tire sur un groupe de généraux et d’officiers supérieurs qu’on aperçoit par intervalles, sur la hauteur, et un de ses boulets coupe les jambes du général Moreau, qui se trouve parmi eux. Triste fin pour un officier français, si glorieux, et, après avoir rendu de grands services à son pays, s’est laissé entraîner, par une jalousie et une haine personnelles, jusqu’à porter les armes contre lui et contre ses anciens frères d’armes, qui lui avaient pourtant conservé une vive sympathie… Lorsque, quelques jours après, on connut à l’armée la mort de Moreau, elle y causa plus de satisfaction que de regrets, malgré les bons souvenirs qu’il y avait laissés. On ne lui pardonnait pas de s’être joint à nos ennemis et de les avoir aidés de ses conseils. Si Moreau n’eût été tué à Dresde, il aurait continué à se battre contre nous ; il serait rentré dans Paris à la droite d’Alexandre, serait devenu un des hauts dignitaires des Bourbons, et son nom serait flétri comme celui du traître Marmont. Sa mort lui a fait pardonner sa conduite, et aujourd’hui on ne semble plu se souvenir que de services rendus. » (Colonel Noël, « Souvenirs… » ).

Griois, alors major de l’artillerie à pied de la Vieille Garde, indique que c’est un boulet tiré de sa réserve qui tua Moreau.


Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2905
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: 27 août 1813... La mort du général Moreau

Message par L'âne »

Le trésorier G. Peyrusse, qui participa à la camapgne de 1813, écrit dans ses Mémoires :
"Un lévrier, portant un collier sur lequel était gravé : "J’appartiens au général Moreau", était resté à Nottnitz, et avait été amené au Roi de Saxe, qui s’était empressé de faire passer le collier au prince de Neuchâtel".
Je crois que Berthier a transmis le collier du chien de Moreau à l'Empereur.
Aurea mediocritas

Peyrusse

Chien perdu avec collier.

Message par Peyrusse »

Voici que Guillaume Peyrusse écrivait à son frère André:

« On a assuré aussi que le général Moreau, quartier-maître général de l’armée russe a été blessé grièvement à la dernière affaire devant Dresde, et qu’il n’a pas survécu à l’opération qui a eu lieu dans la maison d’un des gardes-chasses du roi ; son chien a été trouvé [et] amené ici, j’ai vu son collier il y était dit : « Au général Moreau. » L’arrivée de ce général avait été annoncée comme le rédempteur dans toutes les familles prussiennes. Tout le monde croit ici à cette mort. Ce général pouvait paraître plus grand aux États-Unis que dans les rangs Russes. Il y a même de la lâcheté à être venu s’y ranger dans cette circonstance ; seulement que ne venait-il nous arrêter lorsque nous marchions sur Moscou ? … Si le fait de sa mort est vrai, comme il paraît certain, l’Empereur est bien vengé, et son exil était une punition bien douce. » (« Lettres inédites de G. Peyrusse… », Dresde, 8 septembre 1813, pp.167-168).
-----------------
Le chirurgien Louis -Vivant Lagneau, dans son « Journal », précise que c’est à Napoléon lui-même que l’animal fut porté.

Avatar du membre
Bernard
Scribe
Scribe
Messages : 1596
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:29
Localisation : Alsace

Re: 27 août 1813... La mort du général Moreau

Message par Bernard »

Voici le mot que dicta Moreau à l'attention d'Alexandre Ier, le 2 septembre 1813, peu avant sa mort à 7 heures du matin : “Sire, je descends au tombeau avec le même respect et les mêmes sentiments que vous m'avez inspirés dès le premier moment que je vous ai vu". Réponse d'Alexandre à Mme Moreau : “lorsque le malheur affreux qui atteignit le général Moreau à mes côtés me priva des lumières et de l'expérience de ce grand homme, je concevais l'espoir qu'on réussirait par un traitement soigneux à le conserver à sa famille et à mon amitié. La Providence en a autrement ordonné. Il mourut comme il a vécu, avec l'énergie d'une âme forte et constante."

Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2905
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

[Général MOREAU]

Message par L'âne »

Moreau s'était moqué de l'institution de la Légion d'honneur en décernant une "casserole d'honneur" à l'un des cuisiniers lors d'une réception.
Je crois que Jean Marie ROUART a raison d'écrire qu'il est un "ambitieux inabouti".
Aurea mediocritas

  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Le général Piston
    par Joker » 05 févr. 2020, 19:13 » dans Salon Ier Empire
    0 Réponses
    75 Vues
    Dernier message par Joker
    05 févr. 2020, 19:13
  • Général TRAVOT
    par d'hautpoul » 29 oct. 2018, 19:07 » dans Espace visiteurs
    0 Réponses
    633 Vues
    Dernier message par d'hautpoul
    29 oct. 2018, 19:07
  • Le général Serrant
    par C-J de Beauvau » 17 sept. 2017, 14:02 » dans Salon Ier Empire
    6 Réponses
    371 Vues
    Dernier message par Cyril Drouet
    09 sept. 2018, 11:38
  • Général*** DESAIX
    par Le Briquet » 20 juil. 2017, 17:04 » dans Salon Ier Empire
    222 Réponses
    12868 Vues
    Dernier message par L'âne
    26 mai 2009, 17:36
  • Général Radet
    par Alnas » 04 avr. 2020, 00:10 » dans Espace visiteurs
    6 Réponses
    553 Vues
    Dernier message par lucien
    05 avr. 2020, 19:21