Le destin de Sulayman après l'assassinat de Kléber.

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Il me semble difficile de démontrer la jalousie de l’un ou de l’autre. Encore pouvons-nous nous référer aux sentiments des contemporains des deux hommes.
Plus haut, nous avons lu l’opinion de Bourrienne. Voici celle du général Mathieu Dumas (Précis des évènements militaires ou essai historique sur les campagnes de 1797 à 1814) :

« Le général Kléber, l'un des plus habiles, des plus valeureux et des plus prudents capitaines qu'aient formés les guerres de la révolution, resta chargé du fardeau du commandement en chef [de l'armée d'Orient]. Ses talents, qui n'étaient inférieurs à aucune élévation, avaient excité la jalousie de Bonaparte. »


A Sainte-Hélène, Napoléon annota cet ouvrage :

« Quand le général en chef prit le parti d'accourir en Europe au secours de la République, il pensa d'abord à laisser le commandement à Desaix, ensuite à amener avec lui en France Desaix et Kléber, et enfin il résolut d'emmener le premier et d’investir le second du commandement. Ce serait une singulière marque de jalousie que d'élever un général de division au poste de général en chef ! Il est fâcheux de lire une telle assertion dans un ouvrage estimable; car, enfin, de quoi aurait pu être jaloux le vainqueur de tant de batailles ? et quelle preuve de jalousie a-t-il donnée ? »

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Quand je parlais de l'attitude de l'attitude de Kléber en Vendée je ne pensais pas aux Mayençais qui ont commis leur lot d'atrocités; viols, pillages, incendies
Vous pensiez à quoi alors ? Kléber n'y a pas servi en dehors de son commandement au sein de l'armée de Mayence.
et Charette ce héros à Torfou
Mouais... Il a connu des moments plus glorieux. Sans parler de son attitude dans les jours qui ont suivi la victoire torfousienne.
j'ignorais que les Allemandes étaient de moeurs si légères faisant ainsi le bonheur du soldat.
Un mot de Napoléon après sa nuit de Compiègne : "Epousez une Allemande. Ce sont les meilleures femmes du monde, douces, bonnes, naïves, fraîches comme des roses."
(Constant, Mémoires)

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Je pensais qu'il ne fallait peut-être pas confondre le chef avec ceux qui semaient ruines et cadavres sur leur chemin
Kléber en tant qu'officier général a pourtant une indéniable responsablité dans les exactions qui accompagnèrent la marche des Mayençais. Pourtant, il ne faut pas confondre les crimes commis par les Mayençais avec ceux des colonnes de Turreau.

O.Godeille

Message par O.Godeille »

Un détail peut-être apocryphe :

Kléber était connu pour son langage et il aurait explosé de colère en apprenant, par lettre, le départ pour la France du général en chef. Il aurait parlé de "désertion" et aurait prononcé la phrase "ils nous ont laissé ici les culottes pleines. Nous allons rentrer et les leur jeter à la figure".

De quoi perdre le droit à une statue.

Par contre, êtes vous sûr de la malle ? Sur le guide distribué au chateau d'if, ils parlent d'un cercueil déposé dans la chapelle du fort.

Cordialement,

O.Godeille

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Kléber était connu pour son langage et il aurait explosé de colère en apprenant, par lettre, le départ pour la France du général en chef. Il aurait parlé de "désertion" et aurait prononcé la phrase "ils nous ont laissé ici les culottes pleines. Nous allons rentrer et les leur jeter à la figure".
C'est ce que l'on trouve dans les Mémoires de Laréveillière-Lépeaux :
"Kléber dit aux grenadiers qui l'environnaient, en termes des plus soldatesques, mais assurément très énergiques :
"Mes amis, ce bougre-là nous a laissé ici ses culotes pleines de merde. Nous allons retourner en Europe et les lui aplliquer sur la figure !"


Hum... Méfiance, méfiance... :?

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

On peut se souvenir de la correspondance de Kléber au sujet du départ de Bonaparte :

"J'approuve le motif du départ de Bonaparte."
(Kléber à Menou, 25 août 1799, il venait tout juste d'apprendre le départ et sa nomination au commandement de l'armée d'Orient)

Cependant, il est vrai, au regard de la situation laissée par Bonaparte, la colère de Kléber va bientôt grandir... Voir à ce sujet son rapport au Directoire en date du 8 octobre suivant ; rapport bien peu élogieux sur le généralat de son prédéceseur et que Napoélon, à Sainte-Hélène, contredira point par point.

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Petit retour sur la statue de Desaix de la place des Victoires

Comme dit plus haut, elle fut inaugurée le 15 août 1810. Elle avait été fondue par le sculpteur Dejoux, deux ans plus tôt, le 12 novembre 1808, dans l’église désaffectée des Barnabites, à Paris, à partir du bronze de canons pris à l’ennemi.
Haute de 5 m 50, la statue trônait sur un piédestal de style égyptien, œuvre de l’architecte toulousain Raymond. Denon avait fait entouré Desaix de références égyptiennes. On y voyait en effet à ses pieds une tête monumentale, mais aussi un obélisque de granit rose de Syène. Ce monument ornait sans doute à l’origine le temple d’Isis à Rome. A la fin du XVIIIe siècle, il se trouvait toujours à Rome, dans la villa Albani. Prise de guerre française, on jugea bon de l’utiliser afin d’embellir le statue de Desaix.
L’ensemble était entouré d’une grille à fleurs de lotus.
Dès son inauguration, la nudité du général choqua et fut moquée, et bien vite, les Parisiens le surnommèrent le « court-vêtu ».
Le ministre de l’Intérieur Montalivet le fit savoir à Denon. Celui-ci lui répondit en ces termes (30 août 1810) :
« Je viens de recevoir la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 25, par laquelle elle me dit qu'on désapprouve l'exécution du monument érigé au général Desaix sur la place des Victoires. J'ai toujours trouvé cette statue lourde de formes, mais je n'ai eu qu'un vain droit de l'observer à un estimable vieillard qui avait été choisi pour l'exécuter avant que je fusse nommé pour diriger ce monument et qui avait obtenu ce travail en dédommagement d'une figure qu'il avait dû faire pour couronner la coupole de Sainte-Geneviève.
Sa Majesté l'Empereur avec sa sagacité ordinaire avait rejeté un premier projet de l'artiste, il agréa ensuite le second qui ne pèche ni par la pensée ni par le mouvement, et que M. Dejoux fit voir à tout Paris dans son atelier. On aurait pu à la vérité traiter le tout avec plus de style et d'élégance mais, sans vouloir entreprendre la défense d'une chose que l'on réprouve aujourd'hui, je prendrai cependant la liberté de dire à Votre Excellence qu'en tout ce monument n'est pas aussi mal que l'on se plaît à le dire.
Puisque vous voulez bien, Monseigneur, me consulter sur les amendements qu'il y aurait à faire, j'observerai à Votre Excellence qu'il serait facile de changer absolument la draperie qui aurait dû donner de l'empâtement à la figure et la grouper avec l'obélisque. On pourrait ôter ce bout de ceinturon beaucoup plus indécent que ce qu'il cache, mieux encore couvrir toute cette partie par un manteau militaire qui cacherait à la fois la nudité et la lourdeur des cuisses et replacerait la figure au centre du piédestal. Il faudrait aussi hâter par un acide une patine qui ôterait les luisants du métal, qui augmentent encore en ce moment la boursouflure des muscles déjà trop exagérés, et allégerait cette statue qui en général n'est pas dénuée de caractère, mais dont l'exécution tient malheureusement trop au style de la sculpture d'un siècle auquel appartient l'estimable homme qui l'a faite.
J'attendrai vos ordres, Monseigneur, et les ferai exécuter dès que vous aurez bien voulu me les transmettre. »


Un mois plus tard, la statue était cachée derrière une palissade. Sous couvert de défauts dans la fonte, on la descendit et la remisa, avant que l’on ne la fonde, sous la Restauration, afin d’ériger la statue d’Henri IV sur le Pont-Neuf. Chargé de l’opération, Lemot conserva la tête et les pieds et les offrit à Lenoir pour le musée des Monuments français. On ignore ce qu’il advint de ces morceaux.
Le piédestal fut démoli en 1816.
L’obélisque fut rendu aux Albani puis vendu au prince héritier de Bavière. On peut encore aujourd’hui le voir à Munich, devant le Musée national d’art égyptien :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/c ... lisk.4.JPG

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Le "court-vêtu" me fait penser à cette anecdote contée par Madame de Boigne :

"L'Empereur avait voulu faire exécuter, malgré l'amiral, une manœuvre où il avait péri beaucoup de monde; celui-ci s'en était plaint très fortement. Mais ce qui l'avait perdu c'est un propos tenu dans une réunion des grands dignitaires qui voulaient élever une statue au nouvel empereur. On discutait sur le costume; l'amiral, impatienté des flagorneries qu'il écoutait depuis deux heures, s'écria:
« Faites-le tout nu; vous aurez plus de facilité à lui baiser le derrière. »


:lol:
La suite, toujours selon Mme de Boigne, est moins drôle pour le cousin :

"On était accoutumé à ses boutades, mais celle-ci fut rapportée et déplut extrêmement. On épia une occasion de mécontentement. Sur quelques dépenses un peu hasardées, il fut mandé à Paris, assez mal traité; la colère se joignit à une maladie de poitrine déjà commencée, et il mourut dans un état de détresse qui allait, malgré tout l'entourage du luxe, jusqu'à manquer d'argent pour acheter du bois."

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Le cousin, c'est Bruix ?
Oui.
Sinon merci beaucoup pour la photo de l'obélisque, je ne savais pas que quelque chose subsistait de la statue !


Il y a aussi :
http://dic.academic.ru/pictures/dewiki/ ... euf_n1.jpg :)

Et dans ce cas, Henri, tout couvert de ferraille, ne risquait pas de choquer outre mesure les âmes puribondes... :lol:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Alors que l’indécente statue était si décriée, Napoléon aurait dit à Dejoux :
« Savez-vous qu’il n’y a que vous et moi qui trouvions votre statue belle ? »

L’Empereur n’était pas forcément connu pour son côté pudique. Une dame choquée, Mme de Rémusat (Mémoires) :
« [Napoléon] ne se faisait aucune idée de la décence que la bonne éducation inspire ordinairement à toute personne un peu élevée, procédant à une toilette complète dans sa chambre en présence de ceux qui s'y trouvaient, quels qu'ils fussent. »

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