Le destin de Sulayman après l'assassinat de Kléber.

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

J-B Laborde

Message par J-B Laborde »

Merci Cher Cyril de ces précisions, et pour être tout à fait complet, la transformation de la Place Kléber il y quelques années, à vu naitre en dessous un parking souterrain, mais le cercueil de Kléber est resté à sa place, et mis en valeur en pénétrant dans le parking...
Sur le dessus de cette place s'y tient chaque hiver le célèbre Marché de Noël de Strasbourg, c'est dire que des milliers de personnes venus des quatre coins de la planète "piétinent" notre intrépide Général...

:salut:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Sur le dessus de cette place s'y tient chaque hiver le célèbre Marché de Noël de Strasbourg, c'est dire que des milliers de personnes venus des quatre coins de la planète "piétinent" notre intrépide Général...
Ca me fait penser à ce qu’écrivait Louis Veuillot au milieu du 19e :
« Mais voici qui ne fait plus rire. L'une des inscriptions du piédestal nous apprend que Kléber est enterré là. Le pauvre homme, ses admirateurs l'ont fourré en terre sous son monument, en pleine place publique; que dis-je ? sur un marché ! On y vend des légumes, et je crois aussi du bétail ! Une douzaine de revendeuses en guenilles stationnent autour de la statue. L'ombre du héros a pour champs Elysées un champ de foire. »
Veuillot oublait tout de même de dire que la place était aussi l’endroit où se déroulaient toutes les plus grandes manifestations militaires organisées dans la ville.

Pour mémoire, en 1940, les Allemands avaient déjà enlevé la statue et l’avaient remisée au musée. L’heure n’était plus à honorer le grand général de la République. L’ennemi avait en effet débaptisé la place en Karl Roos platz, du nom d’un autonomiste alsacien, proche des nazis, fusillé comme espion en 1940.
La statue de Kléber fut remise en place en 1945.

La place Kléber sous l’occupation nazie :
http://i11.servimg.com/u/f11/11/09/26/89/image014.jpg
http://i11.servimg.com/u/f11/11/09/26/89/image013.jpg

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

c'est qu'il était bel homme, dit-on, ce Kléber
C’est ce que l’on lit sous la plume de Miot (Mémoires pour servir à l'histoire des expéditions en Égypte et en Syrie) :
« Kléber était grand et bel homme, il avait une tournure militaire, imposante ; sa figure était noble et fière, ses yeux vifs et perçants ; ses traits inspiraient le respect. »

Avis de Napoléon (Guerre d'Orient : Campagnes de Égypte et de Syrie, 1798-1799. Mémoires pour servir à l'histoire de Napoléon, dictés par lui-mème à Sainte-Hélène, et publiés par le général Bertrand) :
« Kléber était le plus bel homme de l’armée. »

Lepic34

Message par Lepic34 »

:salut:
Une aquarelle du général par Ansiaux.

http://www.cosmovisions.com/images/Kleber.jpg
Modifié en dernier par Lepic34 le 05 sept. 2009, 12:01, modifié 1 fois.

la remonte

Message par la remonte »

pauvre cheval :) le garrot lui arrive au nombril !

Lepic34

Cadeau empoisonné.

Message par Lepic34 »

:salut:
De Bonaparte au général Kléber, le 5 fructidor an VII (22 août 1799).

"Vous trouverez ci-joint, citoyen général, un ordre pour prendre le commandement en chef de l'armée. La crainte que la croisière anglaise ne reparaisse d'un moment à l'autre me fait précipiter mon départ de deux ou trois jours. Je mène avec moi les généraux Berthier, Lannes, Murat, Andréossy et Marmont, les citoyens Monge et Berthollet. Vous trouverez ci-joint les papiers anglais et de francfort jusqu'au 10 juin; vous y verrez que nous avons perdu l'Italie; que Mantoue, Turin et Tortone sont bloqués. J'ai lieu d'espérer que la première de ces places tiendra jusqu'à la fin de novembre. J'ai l'espérance, si la fortune me sourit, d'arriver en Europe avant le commencement d'octobre. Vous trouverez ci-joint un chiffre pour correspondre avec le gouvernement et un autre pour correspondre avec moi. Je vous prie de faire partir, dans le courant d'octobre, Junot ainsi que les effets que j'ai laissés au Caire et mes domestiques. Cependant je ne trouverais pas mauvais que vous engageassiez à votre service ceux qui vous conviendraient. L'intention du gouvernement est que le général Desaix parte pour l'Europe dans le courant novembre, à moins d'événements majeurs. La commission des arts passera en France sur un parlementaire que vous demanderez à cet effet, conformément au cartel d'échange, dans le courant de novembre, immédiatement après qu'ils auront achevé leur mission. Ils sont, dans ce moment-ci, occupés à ce qui reste à faire, à visiter la Haute-Egypte. Cependant, ceux que vous jugeriez pouvoir vous être utiles, vous les mettriez en réquisition sans difficulté. L'effendi fait prisonnier à Aboukir est parti pour se rendre à Damiette. Je vous ai écrit de l'envoyer à Chypre. Il est porteur, pour le Grand Vizir, de la lettre dont vous trouverez ci-joint la copie. L'arrivée de notre escadre de Brest à Toulon et de l'escadre espagnole à Carthagène ne laisse aucune espèce de doute sur la possibilité de faire passer en Egypte les fusils, les sabres, pistolets, fers coulés dont vous avez besoin et dont j'ai l'état le plus exact, avec une quantité de recrues suffisante pour réparer les pertes de deux campagnes. Le Gouvernement vous fera connaître alors, lui-même, ses intentions, et moi-même, comme homme public et comme particulier, je prendrai des mesures pour vous faire avoir fréquemment des nouvelles. Si, par des événements incalculables, toutes les tentatives étaient infructueuses, et qu'au mois de mai vous n'ayez reçu aucun secours ni nouvelles de France, et si, cette année, malgré toutes les précautions, la peste était en Egypte et vous tuait plus de 1500 hommes, perte considérable, puisqu'elle serait en sus de celle que les événements de la guerre vous occasionneraient journellement, je pense que, dans ce cas, vous ne devez point vous hasarder à soutenir la campagne prochaine, et que vous êtes autorisé à conclure la paix avec la porte ottomane, quand bien même l'évacuation de l'Egypte devrait en être la condition principale. Il faudrait simplement éloigner l'exécution de cette condition, si cela était possible, jusqu'à la paix générale. Vous savez apprécier aussi bien que personne, citoyen général, combien la possession de l'Egypte est importante à la France. Cet empire turc, qui menace ruine de tous les côtés, s'écroule aujourd'hui, et l'évacuation de l'Egypte par la France serait un malheur d'autant plus grand que nous verrions, de nos jours, cette belle province en d'autres mains européennes. Les nouvelles des succés ou des revres qu'aurait la République e Europe doivent aussi entrer puissamment dans vous calculs. Si la Porte répondait aux ouvertures de paix que je lui ai faites, avant que vous n'eussiez reçu de mes nouvelles de France, vous devez déclarer que vous avez tous les pouvoirs que j'avias, entamer la négociatioon, persister toujours dans l'assertion que j'ai avancée que l'intention de la France n'a jamais été d'enlever l'Egypte à la Porte, demander que la Porte sorte de la coalition et nous accorde le commerce de la mer Noire, et enfin six mois de suspension d'hostilités, afin que, pendant ce temps-là, l'échange des ratifications puisse avoir lieu. Supposant que les circonstances soient telles que vous croyiez devor conclure ce traité avec la Porte, vous ferez sentir que vous ne pouvez pas le mettre à exécution qu'il ne soit ratifié; et, selon l'usage de toutes les nations, l'intervalle entre la signature d'un traité et sa ratification doit toujours être une suspension d'hostilités".
A suivre.
:salut:

Lepic34

La suite.

Message par Lepic34 »

" Vous connaissez, citoyen général, quelle est ma manière de voir sur la politique intérieure de l'Egypte; quelque chose que vous fassiez, les chrétiens seront toujours nos amis. Il faut les empêcher d'être trop insolents, afin que les turcs n'aient pas contre nous le même fanatisme que contre les chrétiens, ce qui nous les rendrait irréconciliables. Il faut endormir le fanatisme en attendant qu'on puisse le déraciner. En captivant l'opinion des grands cheiks du Caire, on a l'opinion de toute l'Egypte et de tous les chefs que ce peuple peut avoir. Il n'y en a aucun moins dangereux pour nous que des cheiks qui sont peureux, ne savent pas se battre, et qui, comme tous les prêtres, inspirent le fanatisme sans être fanatiques. Quant aux fortifications, Alexandrie et El-Arich, voilà les deux clefs de l'Egypte. j'avais le projet de faire établir, cet hiver, des redoutes de palmiers : deux depuis Salheyeh à Katieh, deux de Katieh à El-Arich; une de ces dernières se serait trouvée à l'endroit où le général Menou a trouvé de l'eau potable. Le général de brigade Sanson, commandant le génie, et le général de brigade Songis, commandant l'artillerie de l'armée, vous mettront au fait chacun de ce qui regarde son arme. Le citoyen Poussielgue a été exclusivement chargé des finances; je l'ai reconnu travailleur et homme de mérite. Il commence à avoir quelques renseignements sur le chaos de l'administration de ce pays. j'avais le projet, si aucun événement ne survenait, de tâcher d'établir, cet hiver, un nouveau système d'impositions, ce qui aurait permis de se passer, à peu près, des coptes. Cependant, avant de l'entreprendre, je vous conseille d'y réfléchir longtemps; il vaut mieux entreprendre cette opération un peu trop tard qu'un peu trop tôt. Des vaisseaux de guerre français paraîtront indubitablement cet hiver à Alexandrie ou à Burlos ou à Damiette. Faites construire une batterie ou une tour à Burlos. Tâchez de réunir 5 ou 600 mamelouks que, lorsque les vaisseaux français seront arrivés, vous ferez arrêter dans un jour au Caire ou dans les autres provinces et embarquer pour la France. Au défaut des mamelouks, des otages d'arabes, des cheik-el-beled qui, par une raison quelconque, se trouveraient arrêtés, pourraient y suppléer. Ces individus, arrivés en France, y seraient retenus un ou deux ans, verraient la grandeur de la nation, prendraient de nos moeurs et de notre langue, et, de retour en Egypte, nous formeraint autant de partisans. J'avais déjà demandé à plusieurs fois une troupe de comédiens; je prendrai un soin particulier de vous en envoyer. Cet article est trés important pour l'armée et pour commencer à changer les moeurs du pays. La place importante que vous allez occuper en chef va vous mettre à même de déployer les talents que la nature vous a donnés; l'intérêt de ce qui se passe ici est vif, et les résultats en seront immenses sur le commerce et la civilisation; ce sera l'époque d'où dateront de grandes révolutions. Accoutumé à voir la récompense des peines et des travaux de la vie dans l'opinion de la postérité, j'abandonne l'Egypte avec le plus grand regret. l'intérêt de la patrie, sa gloire, l'obéissance, les événements extraordinaires qui viennet de s'y passer, me décident seuls à passer au milieu des escadres ennemies pour me rendre en Europe. Je serai d'esprit et de coeur avec vous; vos succès me seront aussi chers que ceux où je me trouverais moi-même, et je regarderai comme mal employés tous les jours de ma vie où je ne ferai pas quleque chose pour l'armée dont je vous laisse le commandement, et pour consolider le magnifique établissement dont les fondements viennent d'être jetés. L'armée que je vous confie est toute composée de mes enfants; j'ai eu, dans tous les temps, même au milieu de leurs plus grandes peines, des marques de leur attachement; entretenez-les dans ces sentiments; vous le devez par l'estime et l'amitié toute particulière que j'ai pour vous, et pour l'attachement vrai que je leur porte".

Bonaparte avait demandé à Kléber de le rejoindre pour conférer avec lui d'affaires importantes. En arrivant sur place, Kléber trouve seulement Menou qui lui remet cette lettre. Apprenant le départ de son chef et probablemnt vexé de ne pas avoir été mis dans la confidence des préparatifs, l'alsacien entre dans une colère noire.

:salut:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

En arrivant sur place, Kléber trouve seulement Menou qui lui remet cette lettre.
Plus exactement, ce fut Eyssautier, commandant de la 69e demi-brigade, de la part de Menou (alors à Alexandrie) qui remit la lettre, et autres documents, à Kléber, à Rosette.
Apprenant le départ de son chef et probablemnt vexé de ne pas avoir été mis dans la confidence des préparatifs, l'alsacien entre dans une colère noire.
Disons que le véritable ressentiment vint plus tard. Il faut bien préciser, ce que l'on ne fait pas toujours, que Kléber (je ne parle pas de la méthode) approuvait le départ de Bonaparte.
Mais il est vrai que "l'oiseau déniché" lui avait laissé un fardeau bien pesant. Et Kléber ne tarda pas à s'en plaindre.
Lettre au Directoire (26 septembre 1799) :

« Le général en chef Bonaparte est parti pour France le 6 fructidor, au matin, sans en avoir prévenu personne. Il m'avait donné rendez-vous à Rosette le 7. Je n'y ai trouvé que ses dépêches. Dans l'incertitude si le général a eu le bonheur de passer, je crois devoir vous envoyer copie et de la lettre par laquelle il me donne le commandement de l'armée, et de celle qu'il adressa au Grand-Vizir à Constantinople, quoiqu'il sût parfaitement que ce Pacha était déjà arrivé à Damas.
Mon premier soin a été de prendre une connaissance exacte de la situation actuelle de l'armée.
Vous savez, citoyens Directeurs, et vous êtes à même de vous faire représenter l'état de sa force, lors de son arrivée en Egypte. Elle est réduite de moitié ; et nous occupons tous les points capitaux du triangle des Cataractes à El-Arich, d'El-Arich à Alexandrie, et d'Alexandrie aux Cataractes. Cependant, il ne s'agit plus aujourd'hui, comme autrefois, de lutter contre quelques hordes de Mamelouks découragés; mais de combattre et de résister aux efforts réunis de trois grandes puissances : la Porte, les Anglais et les Russes.
Le dénuement d'armes, de poudre de guerre, de fer coulé, et de plomb, présente un tableau tout aussi alarmant que la grande et subite diminution d'hommes dont je viens de parler. Les essais de fonderie faits n'ont point réussi ; la manufacture de poudre établie à Roudah n'a pas encore donné, et ne donnera probablement pas le résultat qu'on se flattait d'en obtenir ; enfin la réparation des armes à feu est lente, et il faudrait, pour activer tous ces établissements, des moyens et des fonds que nous n'avons pas.
Les troupes sont nues, et cette absence de vêtement est d'autant plus fâcheuse, qu'il est reconnu que dans ce pays elle est une des causes les plus actives des dysenteries et des ophtalmies qui sont les maladies constamment régnantes; la première surtout a agi cette année puissamment sur des corps affaiblis et épuisés par les fatigues. Les officiers de santé remarquent, et le rapportent constamment, que quoique l'armée soit si considérablement diminuée, il y a cette année un nombre beaucoup plus grand de malades qu'il n'y en avait l'année dernière à la même époque.
Le général Bonaparte, avant son départ, avait à la vérité donné des ordres pour habiller l'armée en drap, mais pour cet objet, comme pour beaucoup d'autres, il s'en est tenu là et la pénurie des finances, qui est un nouvel obstacle à combattre, l'eût mis dans la nécessité, sans doute, d'ajourner l'exécution de cet utile projet.
Il faut en parler, de cette pénurie.
Le général Bonaparte a épuisé les ressources extraordinaires dans les premiers mois de notre arrivée : il a levé alors autant de contributions de guerre que le pays pouvait en supporter. Revenir aujourd'hui à ces moyens, alors que nous sommes au dehors entourés d'ennemis, serait préparer un soulèvement à la première occasion favorable.
Et cependant Bonaparte, à son départ, n'a pas laissé un sol en caisse, ni aucun autre objet équivalent. Il a laissé au contraire un arriéré de près de dix millions ; c'est plus que le revenu d'une année dans la circonstance. La solde arriérée pour toute l'armée se monte seule à quatre millions.
L'inondation actuelle rend impossible le recouvrement de ce qui reste dû sur l'année qui vient d'expirer, et qui suffirait à peine pour la dépense d'un mois. Ce ne sera donc qu'au mois de frimaire qu'on pourra en recommencer la perception ; et alors il n'en faut pas douter, on ne pourra pas s'y livrer, parce qu'il faudra combattre. Enfin, le Nil étant cette année très mauvais, plusieurs provinces, faute d'inondation, offriront des non-valeurs auxquelles on ne pourra se dispenser d'avoir égard.
Tout ce que j'avance ici, citoyens Directeurs, je puis le prouver, et par des procès verbaux, et par des états certifiés des différents services.
Quoique l'Egypte soit tranquille en apparence, elle n'est rien moins que soumise. Le peuple est inquiet, et ne voit en nous, quelque chose que l’on puisse faire, que des ennemis de sa propriété ; son cœur est sans cesse ouvert à l’espoir d'un changement favorable.
Les Mamelouks sont dispersés, mais ils ne sont pas détruits. Mourad-Bey est toujours dans la Haute-Egypte avec assez de monde pour occuper sans cesse une partie considérable de nos forces. Si on l'abandonnerait un moment, sa troupe se grossirait bien vite, et il viendrait nous inquiéter jusque dans cette capitale, qui, malgré la plus grande surveillance, n'a cessé jusqu'à ce jour de lui procurer des secours en argent et en armes.
Ibrahim-Bey est à Gaza, avec environ deux mille Mamelouks; et je suis informé que trente mille hommes de l'armée du Grand-Vizir et de Djezzar Pacha y sont déjà arrivés. Le Grand-Vizir est parti de Damas il y a environ vingt jours. Il est actuellement campé auprès d'Acre. Enfin, les Anglais sont maîtres de la mer Rouge.
Telle est, citoyens Directeurs, la situation dans laquelle le général Bonaparte m'a laissé l'énorme fardeau de commandement de l'armée d'Orient. Il voyait la crise fatale s’approcher : vos ordres ne lui ont pas permis de la surmonter ; que cette crise existe, ses lettres, ses instructions, sa négociation entamée en font foi ; elle est de notoriété publique, et nos ennemis semblent aussi peu l'ignorer que les Français qui se trouvent en Egypte.
« Si cette année, me dit le général Bonaparte, et malgré toutes nos précautions, la peste est en Egypte, et vous tuait plus de quinze cents soldats, etc., je pense que dans ce cas vous ne devez point hasarder à soutenir la campagne prochaine, et que vous êtes autorisé à conclure la paix avec la Porte Ottomane, quand même l'évacuation de l'Egypte devrait être la condition principale, etc. »
Je vous fais remarquer ce passage, citoyens Directeurs, parce qu’il est caractéristique sous plus d'un rapport, et qu'il indique surtout la situation réelle dans laquelle je me trouve. Que peuvent être quinze cents hommes de plus ou de moins dans l'immensité de terrain que j'ai à défendre et aussi journellement à combattre.
Le général dit ailleurs : « Alexandrie et El-Arich, voilà les deux clefs de l'Egypte. » El-Arich est un méchant fort à quatre journées dans le désert. La grande difficulté de l'approvisionner ne permet pas d’y jeter une garnison de plus de deux cent cinquante hommes. Six cents Mamelouks et Arabes pourront, quand ils le voudront, intercepter sa communication avec Katieh, et comme, lors du départ de Bonaparte, cette garnison n'avait pas pour quinze jours de vivres en avance, il ne faudrait pas plus de temps pour l'obliger à se rendre sans coup férir. Les Arabes seuls étaient dans le cas de faire des convois soutenus dans les brûlants déserts, mais d'un côté ils sont été tant de fois trompés, que loin de nous offrir leurs services, ils s'éloignent et se cachent ; d'un autre côté l'arrivée du Grand-Vizir, qui enflamme leur fanatisme et leur prodigue des dons, contribue tout autant à nous en faire abandonner
Alexandrie n'est point une place, c'est une vaste camp retranché ; il était à la vérité assez bien défendu par une nombreuse artillerie de siège, mais depuis que nous l'avons perdue, cette artillerie, dans la désastreuse campagne de Syrie, depuis que le Général Bonaparte a retiré toutes les pièces de marine pour armer au complet les deux frégates avec lesquelles il est parti, ce camp ne peut plus offrir qu'une faible résistance.
Le général Bonaparte enfin s'était fait illusion sur l'effet que devait produire le succès qu'il a obtenu au poste d'Aboukir. Il a en effet détruit la presque totalité des neuf mille Turcs qui avaient débarqué. Mais, qu'est-ce qu'une perte pareille pour une grande nation, à laquelle on a ravi la plus belle portion de son empire, et à qui la religion, l'honneur et l'intérêt, prescrivent également de se venger et de reconquérir ce qu'on avait pu lui enlever ? Aussi cette victoire n'a-t-elle pas retardé un instant ni les préparatifs ni la marche du Grand-Vizir.
Dans cet état de choses, que puis-je et que dois-je faire ? Je pense, citoyens Directeurs, que c'est de continuer les négociations entamées par Bonaparte ; quand elles ne donneraient d'autre résultat que celui de gagner du temps, j'aurais déjà lieu d'en être satisfait. Vous trouverez ci-joint la lettre que j'écris en conséquence au Grand-Vizir ; en lui envoyant duplicata de celle de Bonaparte.
Si ce ministre répond à ces avances, je lui proposerai la restitution de l'Egypte aux conditions suivantes :
Le Grand-Seigneur y établirait un Pacha comme par le passé ;
On lui abandonnerait le miri que la Porte a toujours perçu de droit et jamais de fait ;
Le commerce serait ouvert réciproquement entre l'Egypte et la Syrie ;
Les Français demeureraient dans le pays, occuperaient les places et les forts, et percevraient tous les autres droits avec ceux des douanes, jusqu'à ce que le Gouvernement français eût conclu la paix avec l'Angleterre.
Si ces conditions préliminaires et sommaires étaient acceptées, je croirais avoir fait pour la patrie, plus qu'en obtenant la plus éclatante victoire. Mais je doute que l'on veuille prêter l'oreille à ces propositions ; si l'orgueil des Turcs ne s'y opposait point, j’aurais à combattre l'influence de l'or des Anglais. Dans tous les cas, je me guiderai d'après les circonstances.
Je connais toute l'importance de la possession de l'Egypte. Je disais en Europe qu'elle était pour la France le point d'appui par lequel elle pourrait remuer le système du commerce des quatre parties du monde ; mais pour cela il faut un puissant levier ; ce levier, c'est la marine. La nôtre a existé ; depuis lors, tout a changé, et la paix avec la Porte peut seule, ce me semble, nous offrir une voie honorable pour nous tirer d’une entreprise qui ne peut plus atteindre l'objet qu'on avait pu s'en proposer.
Je n'entrerai point, citoyens Directeurs, dans les détails de toutes les combinaisons diplomatiques, que la situation actuelle de l'Europe peut offrir. Ils ne sont point de mon ressort. Dans la détresse où je me trouve, et trop éloigné du centre des événements, je ne puis guère m'occuper que du salut et de l'honneur de l'armée que je commande : heureux si dans mes sollicitudes, je réussis à remplir vos vœux. Plus rapproché de vous, je mettrais toute ma gloire à vous obéir.
Je joins ici, citoyens Directeurs, un état exact de ce qui nous manque en matériel pour l'artillerie, et un tableau sommaire de la dette contractée et laissée par le général Bonaparte.
Salut et respect. »

Lepic34

Message par Lepic34 »

:salut:
Drouet Cyril a écrit : de la part de Menou (alors à Alexandrie) qui remit la lettre, et autres documents, à Kléber, à Rosette.
En effet, voici la lettre de Bonaparte à Menou le 5 fructidor an VII :
"Vous vous rendrez de suite à Alexandrie, citoyen général; vous prendrez le commandement d'Alexandrie, de Rosette et du Bahireh. Je pars ce soir pour la France. Le général Kléber doit être rendu, dans deux ou trois jours à Rosette. Vous lui ferez passer le pli ci-joint, dont je vous envoie un double que vous lui ferez passer par une occasion très sûre..."

:salut:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Bonaparte avait écrit le 19 août à Kléber afin qu’il se rende « sur le champ » à Rosette, où attendu pour le 24 du même mois, il devait l’entretenir « d’affaires extrêmement importantes. »
Kléber reçut la missive le 22 au soir. Au matin du lendemain, Bonaparte faisait voile vers la France. Kléber n’arriva à Rosette que le 24, à 22 heures. Il écrivit dès le lendemain à Menou pour en savoir plus sur le départ du général en chef de l’armée d’Orient. Missive dans un ton bien particulier :
« J’arrive à Rosette le 7, à dix heures du soir, mais l’oiseau était déniché et n’avait pas même passé par ici […] J’espère que vous aurez la complaisance de me donner des détails sur le départ de notre héros et de ses dignes compagnons. »
Menou avertit du départ de Bonaparte par la lettre du 22 août, annonça la nouvelle à Kléber le 24, par l’intermédiaire du chef de brigade Eyssautier. Le nouveau général en chef de l’armée d’Orient, de Rosette, répondit à Menou, le 25, en ces termes :
« J'ai reçu le paquet que vous m'avez fait passer par le chef de brigade de la 69e, mon cher général. J'aurais bien désiré que vous vous fussiez rendu vous-même ici. Ma présence me semble très nécessaire au Caire : cependant je vous attendrai jusqu'au 10 [27 août], neuf heures du matin. Hâtez-vous donc d'arriver, afin que nous puissions amplement conférer ensemble. Non seulement je vous maintiendrai dans le commandement du deuxième arrondissement, qui n'aurait jamais dû vous être ôté, mais je ferai encore et toujours tout ce qui pourra contribuer à votre satisfaction, persuadé que vous mettrez toujours en première ligne le bien de la chose, qui est notre bien commun, et d'où seulement peut découler le bien public. Si j'approuve le motif du départ de Bonaparte [Menou, dans sa lettre du 24, avait émis le même avis] , du moins me reste-t-il quelque chose à dire sur la forme.
Adieu, ou plutôt au plaisir de vous voir bientôt. »

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