Le destin de Sulayman après l'assassinat de Kléber.

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Kléber était connu pour son langage et il aurait explosé de colère en apprenant, par lettre, le départ pour la France du général en chef. Il aurait parlé de "désertion" et aurait prononcé la phrase "ils nous ont laissé ici les culottes pleines. Nous allons rentrer et les leur jeter à la figure".
C'est ce que l'on trouve dans les Mémoires de Laréveillière-Lépeaux :
"Kléber dit aux grenadiers qui l'environnaient, en termes des plus soldatesques, mais assurément très énergiques :
"Mes amis, ce bougre-là nous a laissé ici ses culotes pleines de merde. Nous allons retourner en Europe et les lui aplliquer sur la figure !"


Hum... Méfiance, méfiance... :?

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

On peut se souvenir de la correspondance de Kléber au sujet du départ de Bonaparte :

"J'approuve le motif du départ de Bonaparte."
(Kléber à Menou, 25 août 1799, il venait tout juste d'apprendre le départ et sa nomination au commandement de l'armée d'Orient)

Cependant, il est vrai, au regard de la situation laissée par Bonaparte, la colère de Kléber va bientôt grandir... Voir à ce sujet son rapport au Directoire en date du 8 octobre suivant ; rapport bien peu élogieux sur le généralat de son prédéceseur et que Napoélon, à Sainte-Hélène, contredira point par point.

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Petit retour sur la statue de Desaix de la place des Victoires

Comme dit plus haut, elle fut inaugurée le 15 août 1810. Elle avait été fondue par le sculpteur Dejoux, deux ans plus tôt, le 12 novembre 1808, dans l’église désaffectée des Barnabites, à Paris, à partir du bronze de canons pris à l’ennemi.
Haute de 5 m 50, la statue trônait sur un piédestal de style égyptien, œuvre de l’architecte toulousain Raymond. Denon avait fait entouré Desaix de références égyptiennes. On y voyait en effet à ses pieds une tête monumentale, mais aussi un obélisque de granit rose de Syène. Ce monument ornait sans doute à l’origine le temple d’Isis à Rome. A la fin du XVIIIe siècle, il se trouvait toujours à Rome, dans la villa Albani. Prise de guerre française, on jugea bon de l’utiliser afin d’embellir le statue de Desaix.
L’ensemble était entouré d’une grille à fleurs de lotus.
Dès son inauguration, la nudité du général choqua et fut moquée, et bien vite, les Parisiens le surnommèrent le « court-vêtu ».
Le ministre de l’Intérieur Montalivet le fit savoir à Denon. Celui-ci lui répondit en ces termes (30 août 1810) :
« Je viens de recevoir la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 25, par laquelle elle me dit qu'on désapprouve l'exécution du monument érigé au général Desaix sur la place des Victoires. J'ai toujours trouvé cette statue lourde de formes, mais je n'ai eu qu'un vain droit de l'observer à un estimable vieillard qui avait été choisi pour l'exécuter avant que je fusse nommé pour diriger ce monument et qui avait obtenu ce travail en dédommagement d'une figure qu'il avait dû faire pour couronner la coupole de Sainte-Geneviève.
Sa Majesté l'Empereur avec sa sagacité ordinaire avait rejeté un premier projet de l'artiste, il agréa ensuite le second qui ne pèche ni par la pensée ni par le mouvement, et que M. Dejoux fit voir à tout Paris dans son atelier. On aurait pu à la vérité traiter le tout avec plus de style et d'élégance mais, sans vouloir entreprendre la défense d'une chose que l'on réprouve aujourd'hui, je prendrai cependant la liberté de dire à Votre Excellence qu'en tout ce monument n'est pas aussi mal que l'on se plaît à le dire.
Puisque vous voulez bien, Monseigneur, me consulter sur les amendements qu'il y aurait à faire, j'observerai à Votre Excellence qu'il serait facile de changer absolument la draperie qui aurait dû donner de l'empâtement à la figure et la grouper avec l'obélisque. On pourrait ôter ce bout de ceinturon beaucoup plus indécent que ce qu'il cache, mieux encore couvrir toute cette partie par un manteau militaire qui cacherait à la fois la nudité et la lourdeur des cuisses et replacerait la figure au centre du piédestal. Il faudrait aussi hâter par un acide une patine qui ôterait les luisants du métal, qui augmentent encore en ce moment la boursouflure des muscles déjà trop exagérés, et allégerait cette statue qui en général n'est pas dénuée de caractère, mais dont l'exécution tient malheureusement trop au style de la sculpture d'un siècle auquel appartient l'estimable homme qui l'a faite.
J'attendrai vos ordres, Monseigneur, et les ferai exécuter dès que vous aurez bien voulu me les transmettre. »


Un mois plus tard, la statue était cachée derrière une palissade. Sous couvert de défauts dans la fonte, on la descendit et la remisa, avant que l’on ne la fonde, sous la Restauration, afin d’ériger la statue d’Henri IV sur le Pont-Neuf. Chargé de l’opération, Lemot conserva la tête et les pieds et les offrit à Lenoir pour le musée des Monuments français. On ignore ce qu’il advint de ces morceaux.
Le piédestal fut démoli en 1816.
L’obélisque fut rendu aux Albani puis vendu au prince héritier de Bavière. On peut encore aujourd’hui le voir à Munich, devant le Musée national d’art égyptien :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/c ... lisk.4.JPG

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Le "court-vêtu" me fait penser à cette anecdote contée par Madame de Boigne :

"L'Empereur avait voulu faire exécuter, malgré l'amiral, une manœuvre où il avait péri beaucoup de monde; celui-ci s'en était plaint très fortement. Mais ce qui l'avait perdu c'est un propos tenu dans une réunion des grands dignitaires qui voulaient élever une statue au nouvel empereur. On discutait sur le costume; l'amiral, impatienté des flagorneries qu'il écoutait depuis deux heures, s'écria:
« Faites-le tout nu; vous aurez plus de facilité à lui baiser le derrière. »


:lol:
La suite, toujours selon Mme de Boigne, est moins drôle pour le cousin :

"On était accoutumé à ses boutades, mais celle-ci fut rapportée et déplut extrêmement. On épia une occasion de mécontentement. Sur quelques dépenses un peu hasardées, il fut mandé à Paris, assez mal traité; la colère se joignit à une maladie de poitrine déjà commencée, et il mourut dans un état de détresse qui allait, malgré tout l'entourage du luxe, jusqu'à manquer d'argent pour acheter du bois."

Gouvy

Message par Gouvy »

Le cousin, c'est Bruix ?

Sinon merci beaucoup pour la photo de l'obélisque, je ne savais pas que quelque chose subsistait de la statue !

Cordialement,

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Le cousin, c'est Bruix ?
Oui.
Sinon merci beaucoup pour la photo de l'obélisque, je ne savais pas que quelque chose subsistait de la statue !


Il y a aussi :
http://dic.academic.ru/pictures/dewiki/ ... euf_n1.jpg :)

Et dans ce cas, Henri, tout couvert de ferraille, ne risquait pas de choquer outre mesure les âmes puribondes... :lol:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Alors que l’indécente statue était si décriée, Napoléon aurait dit à Dejoux :
« Savez-vous qu’il n’y a que vous et moi qui trouvions votre statue belle ? »

L’Empereur n’était pas forcément connu pour son côté pudique. Une dame choquée, Mme de Rémusat (Mémoires) :
« [Napoléon] ne se faisait aucune idée de la décence que la bonne éducation inspire ordinairement à toute personne un peu élevée, procédant à une toilette complète dans sa chambre en présence de ceux qui s'y trouvaient, quels qu'ils fussent. »

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

la soi disant petitesse de son sexe .
C’est en effet ce qu’affirment les chirurgiens assistants Henry et Rutledge dans leurs notes respectives relatives à l’autopsie de l’Empereur :
ce qui est rassurant quelque part dans l'impudeur de l'Empereur
Outre les Mémoires de Mme de Rémusat, on peut aussi citer les Souvenirs militaires de Girod de l'Ain :
« L'Empereur avait mis pied à terre, au beau milieu d'un champ, pour satisfaire certain besoin, quand la colonne que je suivais lui vint directement dessus..., il ne se dérangea pas le moins du monde , et, laissant complètement à découvert ce que, d'ordinaire, on met quelque soin à dissimuler, se laissant coudoyer successivement depuis la tête jusqu'à la queue de cette épaisse colonne, par les hommes sur le chemin desquels il se trouvait, il acheva tranquillement son affaire ; témoin involontaire de ce tableau, je restai là à cheval en face de lui et jusqu'après le défilé de toute la colonne. »

On peut également se souvenir de l’amusante anecdote datée du 10 mars 1820, où, dans le but de rire de la réaction du capitaine Engelbert Lutyens, Napoléon et Montholon, entièrement nus, s’étaient tranquillement promenés dans les jardins de Longwood avant d’aller prendre un bain dans un bassin.
Lutyens écrivit :
« Vers six heures hier soir, le général Bonaparte s’est déshabillé et a plongé dans le réservoir de pierre dans le jardin. Le comte Montholon était avec lui, et deux serviteurs attendaient pour essuyer et aider le général. »
(Letters of Captain Engelbert Lutyens)

Comme quoi, Napoléon ne faisait pas des gamineries qu’avec Betzy… :)

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Et puis, comme disait Napoléon :
"Si je fusse mort sur le trône, dans les nuages de ma toute puissance, je serais demeuré un problème pour bien des gens ; aujourd'hui, grâce au malheur, on pourra me juger à nu ! » :lol:
(Las Cases, Mémorial)

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Sous la Restauration, la ville de Strasbourg réclama les restes de Kléber reposant encore sur l’île d’If. Ils furent ainsi transportés en 1818 en la cathédrale de la ville.
Le 13 décembre 1838, le corps de Kléber, renfermé dans un cercueil de plomb, lui-même entouré d’un autre cercueil de chêne, le tout placé dans un sarcophage de pierre de taille, fut déposé dans un caveau situé au centre de la place des Cordeliers, débaptisée pour l’occasion place Kléber.
Ledit caveau ne tarda pas à être surmonté d’un monument à la hauteur du Lion alsacien.
La statue, œuvre de M.P. Grass, sculpteur strasbourgeois, représente Kléber au moment où il reçoit les offres de capitulation de Keith et auxquelles il répondit par un vibrant : « Soldats ! On ne répond à une telle insolence que par des victoires. Préparez-vous à combattre. »
Haute de 3 m 10, la statue (coulée par le fondeur Honoré à Paris), repose sur un piédestal en granit rose du ballon de Guebwiller, exécuté par l’architecte Roethlisberger, à partir des dessins de Fries.
On peut y voir deux bas-reliefs représentant les batailles d’Héliopolis et d’Altenkirchen.
Sur la face antérieure, on peut lire :
"J.B. Kléber
Né à Strasbourg le 6 mars 1753.
Adjudant général à l’armée de Mayence.
Général de brigade à l’armée de la Vendée.
Général de division à l’armée de Sambre-et-Meuse.
Général en chef en Egypte.
Mort au Caire le 14 juin 1800."


Et sur la face postérieure :
« A Kléber,
ses frères d’armes,
ses concitoyens,
la patrie.
1840.
Ici reposent ses restes. »


Le monument fut inauguré le jour anniversaire de la mort de Kléber, le 14 juin 1840.

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