Le destin de Sulayman après l'assassinat de Kléber.

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

L'âne

L'assassinat du général Kléber

Message par L'âne »

Merci Drouet Cyril. J'avais effectivement lu ces passages relatifs à l'assassinat de Kléber. Jean Cocteau de dire : "Le pal, un supplice qui commence si bien et qui finit si mal !". Bon, il s'agit de Cocteau...

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Il est certaines gloires passées qu'il convient de ne pas trop mettre en lumière...
Et pourtant…
Le 6 septembre 1800, les Consuls rendaient cet arrêté :

"Art. 1. Il sera élevé un monument à la mémoire des généraux Desaix et Kléber, morts le même jour, dans le même quart d'heure, l'un après la bataille de Marengo, qui reconquit l'Italie aux armes de la République, et l'autre en Afrique, après la bataille d'Héliopolis, qui reconquit l'Egypte aux Français.
2. Ce monument sera élevé au milieu de la place des Victoires. La première pierre en sera posée par le premier Consul, le 1er Vendémiaire prochain.
Un orateur sera chargé de prononcer l'oraison funèbre de ces deux illustres citoyens.
3. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui sera imprimé au Bulletin des lois."


Comme prévu par ledit arrêté, le 1er vendémiaire suivant, jour anniversaire de la fondation de la République, Bonaparte se rendit place des Victoires pour poser la première pierre du monument. L’éloge funèbre des deux hommes fut prononcé par le sénateur Garat.
Le discours commençait ainsi :
" Au moment où tous les éclats, toutes les expressions de la joie d'une République puissante nous appellent de toutes parts à la fête de sa naissance, organe de deux grandes douleurs publiques, dans cette enceinte décorée par le deuil, par les représentations des tombeaux et de la mort, je dois donc vous entretenir de tout ce que nous coûtent les trophées de l'Italie et de l'Egypte ! O Kléber! ô Desaix ! ombres immortelles, les larmes que la République verse sur vos urnes rendront sa fête plus sainte, plus propre à remplir tous les objets de son institution. Parler de vous, c'est montrer les vertus qu'elle inspire, c'est tracer les exemples et les modèles des talents dont elle a besoin. La paix, offerte par la victoire et par la modération, est repoussée par le désespoir ou par les nouvelles espérances des vaincus ; des rochers de l’Helvétie aux rives du Danube et du Mincio, retentit de nouveau le signal des combats, lorsque la terre attendait les proclamations de la paix, L'éloge funèbre,de Kléber et de Desaix sera pour nos armées comme l'hymne des batailles ; leurs noms, si souvent répétés dans les rangs de nos soldais vainqueurs, y porteront encore leur héroïsme, et mes paroles, dans leur faiblesse même , auront une éloquence, puisqu'elles seront remplies de leurs actions."

Et se terminait pars ces mots :
"O vous, héros de la liberté et ses victimes, Kléber, Desaix ! en vous armant pour la liberté vous vous étiez dévoués ; et en, contemplant vos exploits , en les racontant mon âme s'est trop approchée de la vôtre pour vous donner ici trop de regrets et trop de larmes. La patrie et la gloire ont été les premiers et presque les seuls objets de vos passions ; et ces hommages si augustes que la patrie vous rend, ces monuments où une grande nation verra sans cesse et vos traits et votre gloire, auraient été de votre vivant la plus haute et la plus douce espérance de votre ambition. Les entretiens des générations avec vous ne seront plus interrompus ; votre vie, toujours rappelée par vos images, perpétuera au milieu de la République les services que vous lui avez rendus. Consacrée par vos tombeaux et par vos statues, cette place sera un temple où la nation viendra recevoir les saintes inspirations du patriotisme et de l'héroïsme. Celui qui fut si souvent dans les batailles ou voire modèle ou votre chef, et qui aujourd'hui, à la tête de la République, acquitte sa reconnaissance envers vous ; vous l'aiderez, vous le servirez encore du fond de ces tombeaux qu'il vous érige. Vous lui rendrez plus facile l'exécution de ses grands desseins pour remplir ce que la France et le genre humain attendent de lui ; pour arracher une République de trente millions d'hommes et aux erreurs de ceux qui ont entouré son berceau, et aux fureurs de ceux qui ont voulu l'étouffer dans son berceau même ; pour proposer, aux pouvoirs chargés par la Constitution du débat des lois et de leur sanction, des lois dictées par cette morale universelle qui aurait dû être toujours le génie de la République, des lois dont l'exécution constante et certaine apprenne à tout un peuple à exercer par la sagesse des droits conquis par la force, et calomniés par la terreur ; pour rendre aux générations qui vont nous suivre le peu de vraies lumières qui nous éclairent plus faciles à acquérir et à multiplier, et faire des lumières elles-mêmes non l'ornement de quelques êtres privilégiés et les instruments des usurpations de leur orgueil, mais l'héritage commun des hommes , et les attributs inviolables de leur égalité ; pour faire rendre honneur enfin, par toutes les puissances, aux principes du nouvel ordre social, en fécondant, pour la terre entière comme pour nous, les germes de vertus et de prospérités qu'ils recèlent; en faisant de la République française l'alliée de la justice de toutes les nations, la protectrice de celles qui sont faibles, l'effroi de celles qui voudraient abuser de leurs forces, et le modèle pour toutes du bonheur que l'homme peut trouver dans la vie sociale et dans la nature."


Cependant, la fin fut quelque peu différente de celle annoncée…
Ainsi, le 1er octobre 1802 était rendu ce nouvel arrêté :

« Article 1. Une statue colossale sera érigée sur la place des Victoires à la mémoire du général Desaix, mort à la bataille de Marengo.
Art. 2. Sur le piédestal, il sera placé des bas-reliefs relatifs à la conquête de la haute Egypte et à la bataille d'Héliopolis, que ce général a gagné.
Art. 3. L'exécution de cette statue sera confiée au citoyen Dejoux, sculpteur.
Art. 4. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté. »



Ainsi, le monument dédié au Lion de Strasbourg était jeté aux oubliettes.
On notera que le vainqueur d’Héliopolis se voyait arraché les honneurs de la victoire. Le 20 mars 1800, Desaix n’était même plus en Egypte… :roll:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Kléber, même s'il apparaît comme une figure emblématique de la République, est mort trop tôt pour être considéré comme un véritable opposant politique. Néanmoins, l’arrêté du 1er octobre 1802 remplaçant celui du 6 septembre 1800 s’inscrit dans un contexte particulier où la grogne de certains militaires s’était transformée en opposition radicale. Je pense ici au complot des libelles du printemps 1802. Peut-être faut-il y voir un signe ?

L'attitude de Kléber en Egypte qui aurait déplu à Napoléon ?
Les deux hommes aux caractères bien trempés se sont opposés en Egypte. Leur rivalité marqua la campagne de Syrie. On peut se souvenir également du départ d’Egypte et de la lettre un mois plus tard de Kléber où ce dernier dressa un bilan assez calamiteux du généralat de son prédécesseur. La lettre logiquement arriva dans les mains du premier Consul.
Napoléon ne le tenait pas vraiment dans son cœur. Sans doute faut-il y voir aussi la cause majeure de l’oubli d’If et du jeté aux orties de l'arrêté du 6 septembre.

L'âne

Message par L'âne »

J'ai lu quelque chose dans ce sens Drouet Cyril. Je crois qu'effectivement l'oubli au Chateau d'If n'est pas un hasard...

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Je ne l'ai jamais vu à Paris. A dire vrai, je n'en avais jamais entendu parler...
Pour faire court, il s'agit du monument, dit "court vêtu", inauguré, bien tardivement, le 15 août 1810. La statue ne plaisait pas. Elle fut, en attendant une autre, remisée.
En 1814, elle fut envoyée au creuset pour servir à couler le Henri IV du Pont-Neuf.

Patton

Message par Patton »

Les cendres de Kléber ont tout de même fini par revenir à Strasbourg, elles sont placées sous la magnifique statue qui trône en plein milieu de la Place Kléber. Je vous encourage vivement à venir voir cette Place redevenue superbe depuis qu'elle a été réaménagée il y a deux ans.

http://photoenligne3.free.fr/BasRhin/St ... leber.html

L'âne

Message par L'âne »

Napoléon avait dit au médecin du Roi de Rome qui était très grand : "Pourquoi n'ai je pas eu votre stature ? Si j'avais eu les avantages physiques de Kleber, quels résultats n'aurais je pas eu ...".

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Accrochage sérieux entre Bonaparte et Kléber conté par Bernoyer lors du siège d'Acre :

"Le général Kléber proposa assez brusquement à Bonaparte d'aller visiter les ouvrages du siège. Bonaparte parut satisfait de cette proposition ; il sortit de sa tente, accompagné par une grande partie de son état-major et de plusieurs officiers généraux. Ils visitèrent tous les ouvrages avec le plus grand soin. Après avoir parcouru tous les points d'attaque et de défense, Kléber dit à Bonaparte, en présence de nombreux assistants : "Général, si je ne savais pas moi-même que Bonaparte commande ici, je croirais que tous ces travaux ont été dirigés par des enfants !" Bonaparte eut l'air de ne pas faire attention au soufflet qu'il venait de recevoir de la part d'un général qui ne connaissait pas la flatterie et dont le jugement avait une grande influence sur l'esprit de l'armée. Il concentra au fond de son âme le dépit que suscita en lui la dureté des propos de Kléber."

Bastet

Message par Bastet »

C'est que Bonaparte sentait bien l'antipathie que le "Nestor de l'armée" avait pour lui :"Il ne veut point de maître, mais je prévois très bien qu'un jour il voudra l'être".
On peut penser que Kléber, un grand soldat, était jaloux, et frondeur ....Au fait, avait-il oui ou non l'accent allemand très appuyé,comme le lui reprochait Bonaparte? :roll: "Tiaple! Ces pricands se pattent pien!"....... :fou:

:fleur3:

L'âne

Message par L'âne »

Je ne sais pas pour ma part si Kléber avait un accent allemand appuyé, mais si Bonaparte le lui reprochait, c'est qu'il ne manquait pas d'air, car le sien n'est pas une légende ! Si on peut imaginer que l'Empereur parlait avec un accent et roulait les "r" imaginons ce que ça devait être dans sa jeunesse....

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