Les Jacobins contre Bonaparte (1802)

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Drouet Cyril

Complot des libelles dit complot des pots à beurre : les Jacobins contre Bonaparte

Message par Drouet Cyril »

Il s'agit du complot de Rennes, aussi appelé complot des libelles, mais resté dans l'histoire sous le nom de complot du pot à beurre (ou des pots à beurre). Cette appellation que l'on doit à Moreau tire son origine du fait que les écrits séditieux (puisque c'est de ceci qu'il s'agit) étaient envoyés de Bretagne vers Paris dans des paniers destinés normalement au transport du beurre. Trois pamphlets étaient en cause : Appel aux armées françaises par leurs camarades, Les moines des ordres de Saint-François au Premier Consul Bonaparte et Adresse des armées aux différents corps et militaires réformés, épars et isolés de la République.
Le préfet de Police Dubois en fut informé le 28 mai par la maîtresse du capitaine Auguste Rapatel, un proche de Moreau, à qui des exemplaires desdits libelles avaient été envoyés. Fouché prit immédiatement en main l'affaire, en collaboration avec Mounier, le préfet de Rennes.

L'enquête, basée notamment sur des aspects typographiques, mena vers l'imprimeur rennais Chausseblanche, un jacobin, puis vers Jourdeuil, l'homme qui avait envoyé les écrits à Rapatelet pour le compte de Bertrand, sous-lieutenant à la 82e demi-brigade et ancien chef des transports et de la poste à l'armée de l'Ouest.
Les soupçons se portèrent alors sur le général Simon, ancien chef d'état-major de l'armée de l'Ouest. Simon et Bertrand avouèrent finalement être les auteurs des pamphlets et avoir agi sans complices.

Le nom de Bernadotte, ancien commandant en chef de l'armée de l'Ouest et ami du général Simon, fut bien évidemment prononcé. L'imprimeur Chasseblanche affirma d'ailleurs tenir du sous-lieutenant Bertrand que l'ordre était venu du colonel Pinoteau, commandant de la 82e, suite à une visite à Paris, lieu de résidence de Bernadotte.
Ce dernier ne fut finalement pas inquiété, et force est de constater qu'il est bien difficile d'entrevoir le véritable rôle du Sergent Belle-Jambe dans cette affaire.


Salutations respectueuses.

boniface de la baffe

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par boniface de la baffe »

Et ils ont fini comment tout ce beau petit Monde ?? Fusillés ?
Non !
Le general Simon et le colonel Pinoteau ont été arrêtés.
Puis ils ont repris du service quelques années plus tard.

Source : mémoires Marbot

Drouet Cyril

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par Drouet Cyril »

-Simon : interné à Oléron, puis au Temple. Placé sous surveillance à Vitry-sur-Marne, il reprit du service en 1809.
-Chausseblanche : interné à Oléron, grâcié en 1804.
-Bertrand : interné au Temple, puis à Oléron. Déporté à Cayenne, il y meurt.
-Rapatel : interné au Temple puis mis sous surveillance à Nantes. Il passera au service de la Russie et se retrouvera dans l'état-major d'Alexandre en 1813.
-Pinoteau : mis en surveillance à Ruffec jusqu'en 1804, il reprend du service en 1808.


Salutations respectueuses.

Matthieu Brevet

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par Matthieu Brevet »

Rapatel ne restera visiblement pas longtemps enfermé, puisqu'on le retrouve à Saint-Domingue, où il a sans doute été envoyé prendre le frais et réfléchir aux vicissitudes de l'engagement politique ... dans le mauvais camp.

Quant à la 82e demi-brigade, qui devait être le moteur de la révolte à Rennes, elle est envoyée par détachements à la Guadeloupe et la Martinique, les troupes restant en France étant purement et simplement amalgamées dans d'autres demi-brigades. Une dissolution déguisée en qque sorte ...

Matthieu
Modifié en dernier par Matthieu Brevet le 07 déc. 2006, 18:29, modifié 2 fois.

Drouet Cyril

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par Drouet Cyril »

L'envoi à Saint-Domingue : d'une pierre deux coups.
Il se souviendra de ses méthodes lors de l'exil de Sainte-Hélène :

"Les Bourbons devraient envoyer à Saint-Domingue 100 000 vieux soldats et les faire périr par le climat et les noirs, se débarrasser ainsi des uns et des autres."

:roll:

Salutations respectueuses.

Jean-Baptiste Muiron

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par Jean-Baptiste Muiron »

-Rapatel : interné au Temple puis mis sous surveillance à Nantes. Il passera au service de la Russie et se retrouvera dans l'état-major d'Alexandre en 1813.
Il doit s'agir du même Prosper-Marie Rapatel, colonel dans l'armée russe, et tué par les troupes de Pacthod le 25 mars 1814 aux marais de Saint-Gond.

:salut:

Matthieu Brevet

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par Matthieu Brevet »

Vaste sujet ... :)
Je travaille dessus depuis trois ans!

Paradoxalement, l'envoi aux colonies, pour les officiers, est davantage une récompense, un gage de satisfaction, ou une tentative du premier Consul de s'attacher des proches de ses rivaux Bernadotte et Moreau.
Presque tous ceux qui partent avec les premières vagues des armées expéditionnaires sont volontaires et ont activement réclamé de pouvoir participer à ces expéditions, faisant pour cela jouer toutes leurs relations. Cambacérès, dans ses mémoires, écrit avec justesse à propos de Saint-Domingue: "Il s’en faut bien qu’on regardât alors cette expédition comme le tombeau de ceux qui en feraient partie. A l’exception de quelques officiers du génie, les militaires de tout grade s’empressèrent d’offrir leurs services et de solliciter la préférence sur leurs compagnons d’arme". Pour preuve, Napoléon lui-même y envoie sa soeur Pauline et son neveu en bas âge Dermide, son cousin Ornano, le cousin de sa mère Arrighi (le frère du futur duc de Padou) et son propre frère Jérôme dans la marine. Et ce sans compter son beau-frère Leclerc, dont on lit parfois faussement qu'il voulais se débarrasser. Si cela avait été le cas, ce dernier (qui n'était pas particulièrement chaud pour partir, bien que sachant l'honneur qui lui était fait) n'aurait pas emmené avec lui son frère (le futur général Leclerc des Essarts) et son oncle (le futur général Musquinet de Beaupré). Le consul Lebrun envoie également son frère et recommande des officiers pour la Martinique ; le général Dugua, chef d'état-major de l'armée, emmène son fils ; Savary, Kellermann, Menou, Delmas, ... tous placent des membres de leur famille dans les états-majors de l'armée de Saint-Domingue! Et le phénomène se retrouve à tous les niveaux, au moins jusqu'au grade de capitaine! Saint-Domingue, et dans une moindre mesure la Guadeloupe et la Martinique, sont donc des destinations hautement prisées ...
La première vague de troupes comporte également un bon nombre de vétérans coloniaux (Boudet, Rochambeau, Desfourneaux, Kerverseau, Gobert, ...), preuve que Napoléon avait bien l'intention de voir ces expéditions réussir, et ne les envoyait donc pas à la mort pour se débarrasser de gêneur.

A côté de cela, on trouve quelques officiers, proches de Moreau ou Bernadotte, n'ayant pourtant rien demandé et se voyant malgré tout proposer de faire parti des expéditions. Le cas le plus célèbre est Richepance, l'un des bras droit de Moreau. Le général Salme et le colonel Malenfant, autres proches de ce général, sont également affectés à Saint-Domingue, où les places sont pourtant chères! On retrouve aussi Rapatel à Saint-Domingue. Decaen, qui demande lui-même à servir aux Indes, se voit carrément propulser capitaine général tant sa demande est la bienvenue.
Ces derniers partent pour deux raisons: Napoléon espèrent se les attacher en les envoyant sur le dernier théâtre de guerre où ils peuvent prendre du galon pour les officiers subalternes ou s'enrichir pour les généraux, mais également sans doute pour les éloigner de leurs mentors, isolant un peu plus ceci ... Des autres généraux de division fidèles à Moreau, Sainte-Suzanne fut couvert de titres mais mis en retraite dès l’Empire ; Gouvion Saint-Cyr envoyé comme ambassadeur en Espagne, puis soigneusement tenu éloigné de tous les théâtres d’opération majeurs (et par-là même des honneurs) pendant dix ans ; Lecourbe, le bras droit de Moreau, fut destitué et exilé dans le Jura jusqu’en 1814 pour avoir défendu son chef lors de son procès. Ne pouvant frapper Moreau directement, Napoléon l'isole: les plus "corruptibles" se voient offert l'occasion de gagner argent ou promotions aux colonies, les plus fidèles sont sanctionnés. Un autre ami de Moreau, le commandant Hugo (père du poète), se morfond dans son commandement à la 20e demi-brigade, et envoie sa femme réclamer pour lui une nouvelle affectation auprès de son ami Joseph Bonaparte: "Elle n’obtenait rien, malgré l’intervention active du frère du premier consul. Joseph Bonaparte ne parvenait pas à faire agréer le protégé de Moreau. Au lieu d’une faveur, le chef de bataillon eut un exil. On tria dans sa demi-brigade tout ce qu’il y avait d’aguerri et d’équipé pour l’expédition de Saint-Domingue, et, quand il n’y resta plus que des conscrits mal habillés, on les lui donna pour les conduire en Corse, puis à l’île d’Elbe. Voyant que les sollicitations aggravaient sa disgrâce, il écrivit à sa femme de revenir" (Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Adèle Hugo). Saint-Domingue est donc bien une faveur, ne pas y être envoyé une disgrâce!

Quant à Bernadotte, moins dangereux, c'est à lui-même que Napoléon propose de commander l'expédition de la Guadeloupe (qui ira finalement à Richepance), celle des Indes (qui ira à Decaen), celle de la Louisiane (qui ira à Victor, avant d'être abandonnée), et enfin l'ambassade de Vienne. Chaque fois, Bernadotte refusa. Pourtant, il souhaitait être nommé capitaine général de Saint-Domingue, et éprouva une vive aigreur à la nomination de Leclerc, qui lui avait déjà soufflé le commandement du Corps d'observation de la Gironde.

Le gouvernement de métropole n'est véritablement informé de la situation dramatique de Saint-Domingue qu'avec le retour de la dépouille de Leclerc (3 ou 4 janvier 1803). Pire, la transmission des informations entre Saint-Domingue et Paris prend au minimum un mois, quand les aléas de la météo ou de avaries maritimes ne rallongent pas le voyage. Ainsi, lorsque Leclerc envoie des aides de camp ou envoyés spéciaux(Ornano le 18 septembre 1802, Boudet le 28, Bruguière le 7 octobre)informer Napoléon de la résurgence des troubles, ceux-ci n'arrivent qu'entre les 5 et 25 novembre ... dans l'ordre inverse de leur départ! Et quand ils arrivent à destination, ces derniers délivrent des informations complètement dépassé: même Bruguière, le mieux informé puisque le dernier parti, ignore la reprise généralisée de l'insurrection (défection de Pétion et Clervaux, 14 octobre), le siège du Cap (15-16 octobre), le repli des forces françaises sur les côtes (fin octobre) et même la mort de Leclerc (2 novembre)! Autant dire qu'à la fin de 1802, le gouvernement de métropole est encore complètement ignorant de la situation, puisqu'il croit que seuls quelques brigands ont repris les armes ... La preuve: il renvoie Ornano auprès de Leclerc dès le 5 décembre!
Il faudra donc l'arrivée de la dépouille de Leclerc (4 janvier 1803) et avec lui de ses aides de camp et officiers de sa Garde, qui font alors leur rapport. Ce n'est qu'à cette période que Napoléon comprend l'étendue du désastre. Au même moment, des renforts sont déjà en préparation dans les ports de France, mais les prochains renforts seront constitués en circonstance: plus de troupes étrangères, plus de troupes hors ligne pour épargner les troupes de ligne françaises, et des généraux désormais insignifiant: Poinsot, Morgan, Spital, ... voire peu à peu des gêneurs: Sarrazin, Ambert, ... et même très brièvement Fournier(-Sarlovèze) en 1805. Mais les officiers généraux envoyés à Saint-Domingue sont désormais de moins en moins nombreux, étant donnés qu'après avril 1803, les renforts ne sont plus envoyés qu'au compte-goutte, exception faite de l'expédition de l'amiral Missiessy en 1805.

Grosso modo, donc, l'année 1802 voit essentiellement des officiers favorisés par le régime consulaire partir aux colonies, ainsi que qques proches de Moreau dont Napoléon espère ainsi s'attacher les bonnes grâces. Par la suite, en 1803 et plus tard, lorsque le rêve colonial s'est effondré, les quelques officiers supérieurs envoyés aux colonies sont davantage des "réprouvés". Mais ils sont peu nombreux ...

Matthieu[/b]

Drouet Cyril

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par Drouet Cyril »

Il doit s'agir du même Prosper-Marie Rapatel, colonel dans l'armée russe, et tué par les troupes de Pacthod le 25 mars 1814 aux marais de Saint-Gond.
Le profil du Rapatel de la boucherie de Fère-Champenoise, par ailleurs ancien aide-de-camp de Moreau (dont il reccueillit les dernières paroles), correspond assez bien.
Etes-vous sûr de son prénom ? Le Rapatel de l'affaire des pots de beurre se prénommait en effet Augustin.


Salutations respectueuses.

Jean-Baptiste Muiron

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par Jean-Baptiste Muiron »

Etes-vous sûr de son prénom ? Le Rapatel de l'affaire des pots de beurre se prénommait en effet Augustin.
J'ai un doute. Je recherche. Je me demande si Prosper n'est pas le prénom de son frére (du moins celui de la mort de Moreau et aide de camp d'Alexandre), frére également présent lors des combats de Saint-Gond/La Fère Champenoise.... du côté de Pacthod.

:salut:

Drouet Cyril

Re: Complot des pots à beurre (complot des libelles)

Message par Drouet Cyril »

On trouve un capitaine Prosper-Marie Rapatel servant au 8e d'artillerie.

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