Quand Jérôme Bonaparte était capitaine de vaisseau...

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Route Napoleon

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Route Napoleon »

La hasard fait bien les choses...
Maubreuil et Dasies sont à l’Hôtel du Grand Monarque à Montereau pendant que Colleville piste les voitures de la reine Catherine.
Dès le 20 avril Colleville expédie un mot à Maubreuil qui s’embusque au relais de poste de Fossard avec Dasies et six cavaliers réquisitionnés à Montereau.
Fossard, carrefour important, que l’on connaît bien lors de nos expéditions à Montereau, sur les pas du maréchal Victor…

Le 21 au petit matin, la berline de Catherine entre dans la cour.
Dasies se présente comme étant Commissaire chargé par le gouvernement provisoire de s’assurer que la reine n’emporte pas les diamants de la Couronne et informe la reine Catherine que le convoi doit remonter sur Paris.
Maubreuil, ancien Westphalien est reconnu. Il est censé représenter la force militaire avec son escouade.
Le comte Fiskenstein qui accompagne la reine propose d’ouvrir les caisses.
Il y a onze caisses : sept renfermant les bijoux personnels de Catherine, une les diamants de Jérôme dont on a pas la clef… Une autre contient l’écritoire personnel, une autre le bidet la reine, et la dernière caisse plus petite et blanche renferme quatre-vingt mille francs en or dans des sacs.
On ouvre deux caisses et Dasies déclare qu’on a assez vu et qu’il faut revenir à Paris.
Fiskenstein commence à enser à un traquenard et demande à vérifier leurs papiers. Dasies présente son ordre de mission, papier officiel que Maubreuil avait conservé de temps du projet de l’assassinat.
La reine Catherine voyant que l’on transfère ses caisses dans l’autre voiture se propose de les suivre à Paris. Maubreuil accepte puis se ravise en ptétextant que c’est impossible…
Catherine s’écrie
- Mais vous voulez me dépouiller de tout ?
Elle lui reproche sa conduite, lui rappelant son passé de capitaine en Westphalie, où elle l’avait nourri pendant six mois, puis elevé au grade d’écuyer...
Maubreuil répond qu’il remplit une mission et lui offre une ceinture de cuir jaune contenant cent louis…
- Gardez votre argent et ramenez-moi à Paris près du Gouvernement. Je ferai voir à ces messieurs que je n’ai rien appartenant à la France et que ce que vous me prenez m’appartient et non à d’autres.

Le comte de Fiskenstein qui n’a pas d’argent prend la ceinture et s’aperçoit qu’elle ne contient que quelques napoléons…

A Paris, Catherine, celle qu’on prenait pour la "dinde de Westphalie ", va immédiatement faire beaucoup de bruit chez son cousin le tsar, qui alerte Talleyrand qui alerte Vitrolles...

Après maintes péripéties dignes d’un très bon feuilleton, Catherine récupère ses caisses…
Sauf une, qui semble-t-il, était cachée au fond de la Seine.

Route Napoleon

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Route Napoleon »

Jérôme passant par Berne en Suisse, va s’installer à Trieste où Catherine le rejoint après le choc de l’affaire Maubreuil.
Elle arrive le 20 août et accouche le 22 d’un fils, Jérôme–Napoléon–Charles...

Le 1er octobre 1814 s’ouvre le congrès de Vienne.

1815 :

Napoléon débarque en mars 1815 et ce sont les 100 jours.
Jérôme, déjà las de son exil de Triestre, accourt, va de Rimini à Florence puis à Naples chez le beau-frère Murat, et le 13 mai s’embarque pour la Corse et de Corse à Golfe-Juan.
De là, il remonte la Vallée du Rhône. A Lyon, Barras le décrit dans ses mémoires, toujours aussi bruyant et tête légère...

Il rejoint Paris, le 27 mai 1815, juste à temps pour le Champ de Mai du 1er juin...
Fête grandiose à Paris : L’ Empereur et ses frères apparaissent en habits rutilants, mais cette mascarade en grande pompe ne cache pas le malaise...

Route Napoleon

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Route Napoleon »

Jérôme est avec Napoléon à la Bataille de Waterloo en juin 1815, il est légèrement blessé l'avant-veille aux Quatre-Bras en attaquant le bois de Bossu.
La défaite met fin aux 100 jours.

Aidé par Fouché, Jérôme s’enfuit et rejoint Catherine, prisonnière de son père Frédéric, à Göppingen. Le père, jugeant Göppingen pas assez sûr, les envoya à la forteresse d’Ellwangen, véritable prison.
Que faire d’eux ?
Finalement, Metternich leur offre l’hospitalité et ils prennent le nom de comte et comtesse de Montfort, le nom de Bonaparte étant trop compromettant en cette époque troublée.
Ils quittent l’irascible beau-père le 7 août 1816 pour l’Autriche, et Catherine ne le reverra plus jamais.

En 1816, Jérôme a juste 32 ans et encore une longue vie devant lui.
Pour lui commence une longue vie d’errance, sans cesse à courir après l’argent : Graz, Trieste, Rome, Florence sont les étapes de son exil avant de regagner la France.
En 1848 Il est nommé gouverneur des Invalides par son neveu élu Président de la République, futur Napoléon III.
Sous l'Empire il deient maréchal aura le Palais-Royal et sera même Pésident du Conseil par interim, lorsque Napoléon III prend le commandement de l'armée, en Italie, en 1959, à Magenta et Solférino...

Catherine mourut en 1835 à Lausanne.

Jérôme eut 3 enfants avec Catherine :
Jérôme (1814-1847)
Mathilde (1820-1904), la belle princesse du Second Empire, mariée à un Russe Demidoff, dont elle divorcera rapidement.
Napoléon-Charles (1822-1891), dit Plon-Plon, chef de la maison des Bonaparte, opposant farouche de l'Impératrice Eugènie...
Ses descendants sont les actuels princes Napoléon Bonaparte.

Jérôme se remarie en 1841 avec une riche marquise italienne, Justine Batholini
et finit sa vie avec une autre, la baronne de Plancy.
Vieux monsieur aimable et fêté comme le frère de l’Empereur et l’oncle de Napoléon III, il mourut le 24 juin 1860.
On lui fit des funérailles solennelles et il fut enterré aux Invalides aux côtés du grand frère.

Marlène

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Marlène »

il mourut le 24 juin 1860
Juste 97 ans pile avant ma naissance... :)

Il va falloir que je relise depuis le début.
Il y a eu des moments où je ne pouvais plus suivre...

Mais merci pour ce beau et long travail!

:fleur3:

Saalfeld

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Saalfeld »

Je vous félicite moi aussi pour votre chronique, laquelle, m'a apprit énormément tout en ayant beaucoup de plaisirs à lire. :salut:


Une petite question:
Ils quittent l’irascible beau-père le 7 août 1816 pour l’Autriche, et Catherine ne le reverra plus jamais.
Pourquoi, ils ne se revîrent jamais ?

Cordialement. SAALFELD

Route Napoleon

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Route Napoleon »

Merci Major Saafeld, mais j'apprends moi-même tout en déroulant le récit...

Pour répondre à votre interrogation, quelques précisions sur les relations de Frédéric, roi du Wurtemberg par la grâce de Napléon et qui donne sa fille Catherine en mariage au petit frère Jérôme en remerciement.
Celle qu'on disait " La Dinde de Westphalie " va se réveler être une épouse fidèle, aimante, courageuse même dans l'adversité.

Après Waterloo, on sait que Jérôme est à Laon où se regroupe l'armée puis il se rend à Paris, où le roi de Wurtemberg, son beau-père, lui propose par lettre une retraite honorable dans ses États.
Confiant en sa parole, Jérôme est arrêté à la frontière, menacé d'être séparé de sa femme et de son enfant et livré à la Prusse, à moins de s'engager par écrit à ne pas dépasser, ni lui, ni les gens de sa maison, certaines limites qu'on lui assigne dans le Wurtemberg, et à abandonner la gestion de ses biens.
Après avoir signé, pour ainsi dire de force, il se rend à Goppingen, où, en le réunissant à sa femme, on lui annonce qu'il est prisonnier.
Il ne peut même obtenir d'envoyer M. Abbatucci réclamer à un banquier de Paris, 1 200 000 francs, que ce mandataire infidèle refuse de restituer sous prétexte que les réclamations d'un prisonnier n'ont pas de valeur, mettant ainsi sa mauvaise foi sous le couvert de la loi.
De Goppingen, Jérôme et sa femme sont transférés au château d'Ellwangen, d'où ils demandent et obtiennent l'autorisation de sortir du Wurtemberg. Il reçoit à Augsbourg des lettres patentes, datées de juillet 1816, par lesquelles son beau-père le fait Comte de Montfort, lettres qu'il renvoit au prince royal son beau-frère avec une protestation éloquente.
La nouvelle de la mort de son beau-père lui parvient au château de Haimbourg, près de Vienne, où habitait la reine Caroline Murat, sa sœur. Le roi de Wurtemberg ne laissait à sa fille que 150 000 fr. de la dot de la mère à répéter.
Jérôme, appelé à Trieste par une maladie de son fils, en octobre 1819, épuise ses dernières ressources et ne se relève un peu qu'en novembre 1820, lorsqu'il obtient du tribunal de la Seine un jugement contre le banquier auquel il avait confié 1 200 000 fr.
Il peut, en 1823, se fixer à Rome, qu'il ne quitte qu'en 1831, pour s'établir à Florence, puis à Lausanne, où il eut la douleur de perdre sa femme, la princesse Catherine, emportée par une hydropisie de poitrine, cette épouse dévouée, qui a dit Napoléon :
" inscrit de ses propres mains, son nom dans l'histoire "

Saalfeld

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Saalfeld »

Je vous remercie Route Napoleon pour ces éclairsissements :salut:

Cordialement. SAALFELD

Route Napoleon

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Route Napoleon »

Tout ça pour ça !
Major Saalfeld, il reste le principal à éclaicir : que fait Jérôme à Hougomont ?!?!

Je n'ai aucune preuve à avancer, mais il est certain que le ministre de la guerre, Davout connaissant le personnage n'a pu lui donner un commandement.
J'ai lu quelque part, que Jérôme avait été autorisé à " marcher " avec le général Guilleminot, comme celà se fait parfois, en observateur.
Armand Guilleminot commande une division sous Reille dans le 1er Corps.
Par manque d'autorité, il se laisse déborder par le culot du frère de l'Empereur ? Possible...
Reille laisse faire pour la même raison, en toute impunité ?

Dans tous les cas, son action dans cette attaque du Goumont est une catastrophe inutile.
Un point de fixation avait été demandé, même en état de faiblesse, si l'Empereur avait voulu prendre ce point, l'artillerie de Drouot aurait été avancée.

Matthieu Brevet

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Matthieu Brevet »

Je cherche les détails précis du périple de Jérôme Bonaparte au commandement du brick l'"Epervier" en 1802 et 1803. Et plus particulièrement les dates de départs et d'arrivée de ses escales.

Nommé enseigne de vaisseau par Villaret à Saint-Domingue, il rentre en France porteur des dépêches du gouvernement (4 Mars 1802). Il débarque à Brest le 11 Avril.
Il rembarque pour les Antilles le 28 Août 1802 sur son propre bâtiment, l'"Epervier". Quelle est sa destination exacte? Saint-Domingue de nouveau, ou la Martinique, où il débarque le 28 Octobre 1802? Je me pose la question car le 29, Villaret, capitaine général de cette île, lui fait savoir qu'il est "autorisé à faire réparer et approvisionner au plus tôt son bateau qui est hors d'état (...) de prendre la mer avant huit jours [et en attendant] la destination assignée par le contre-amiral Villeneuve que j'attends très incessamment". Il semble donc que cette escale soit technique ...
Il est nommé lieutenant de vaisseau le 2 Novembre 1802 et, d'après Six, ce n'est qu'à cette date qu'il reçoit le commandement de l'"Epervier". Pourtant, la lettre de Villaret du 28 Octobre est bien adressé au "citoyen Jérôme Bonaparte enseigne de V[aisse]au, Commandant la Corvette l'Epervier". Six indique en outre "commandant le brick l'"Epervier" aux Antilles ; quitta son commandement en Juillet 1803 et débarqua à la Martinique ; se rendit aux EU sur un bateau américain ; débarqua à Norfolk (EU), 20 Juillet 1803 ; se fixa à Baltimore".
Qu'a-t-il fait entre Novembre 1802 et Juillet 1803? Où était-il? Quels étaient ses ordres? Villaret a-t-il reçu des ordres particuliers le concernant (genre: l'envoyer barboter loin de la fièvre de Saint-Domingue, des canons anglais, des coups de soleil, ...)?

Matthieu

Drouet Cyril

Re: JÉRÔME BONAPARTE

Message par Drouet Cyril »

Je cherche les détails précis du périple de Jérôme Bonaparte au commandement du brick l'"Epervier" en 1802 et 1803.
Petite chronologie :

29 août : départ de Nantes, l'Epervier mouille en rade de Minden.
31 août : départ pour la Martinique. L'Epervier est malmené par le mauvais temps.
4 septembre : en vue de Lorient.
6 septembre : entrée dans le port de Lorient, réparations (Jérôme en profite pour rejoindre Nantes).
18 septembre : départ de Lorient.
25 septembre : en vue de Lisbonne.
28 octobre : l'Epervier mouille au fort du Diamant.
29 octobre : Jérôme rend visite à Villaret-Joyeuse.
2 novembre : Jérôme est nommé lieutenant de vaisseau et obtient le commandement de l'Epervier.
21 novembre : Jérôme reçoit Villeneuve sur son brick.
29 novembre : départ pour Sainte-Lucie. Jérôme y est atteint par la fièvre et le voyage prévu pour Tabago est annulé
10 décembre : Jérôme est de retour à la Martinique (on peut ajouter à ses déboires les désertions et la maladie touchant son batiment). Il demande alors à quitter son commandement, chose qui lui est refusée (Villeneuve reçut à ce propos une lettre ferme de Decrès).
14 janvier : Jérôme, qui a repris finalement la mer, atteint la Guadeloupe où il est reçu par Lacrosse.
9 février : Après une escale à la Dominique, l'Epervier est de retour à la Guadeloupe.
Début avril : Villeneuve désire envoyer Jérôme à Saint-Domingue. Ce dernier, prétextant le douloureux souvenir de la mort de Leclerc, fait part de sa répugnance à mener ce voyage. Villeneuve n'insiste pas.
Fin avril : ordre est donné à Jérôme, alors à la Martinique, de regagner l'Europe. Le départ est retardé par un nouvel accès de fièvre, et par la nécessité de renouveler l'équipage du brick.
1er juin (ou fin mai ?) : départ vers l'Europe. Jérôme fait visiter un navire anglais qu'il croit français, et revient à la Martinique afin de faire son rapport sur l'incident à Villaret-Joyeuse qui, conscient de la fragilité de la paix d'Amiens, lui demande de quitter les Antilles au plus tôt.
15 juin : Jérôme obtempère de mauvais gré et se déclare prêt à partir. Villaret finalement refuse.
20 juillet : l'Epervier appareille sans Jérôme.

Sources :
Mémoires et correspondance du roi Jérôme et de la reine Catherine
Du Casse, Les rois frères de Napoléon 1er.


Salutations respectueuses.

  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Conférence : "Le roi Jérôme"
    par Joker » 10 juin 2018, 19:22 » dans L'actualité napoléonienne
    0 Réponses
    329 Vues
    Dernier message par Joker
    10 juin 2018, 19:22
  • 1814. Deux lettres du capitaine Faré.
    par Peyrusse » 30 janv. 2018, 21:47 » dans Salon Ier Empire
    2 Réponses
    251 Vues
    Dernier message par Peyrusse
    03 févr. 2018, 17:41
  • Re: Le plus grand capitaine de tous les temps
    par Cyril Drouet » 13 nov. 2017, 21:05 » dans Salon Ier Empire
    10 Réponses
    327 Vues
    Dernier message par Cyril Drouet
    15 nov. 2017, 17:39
  • Le capitaine Marbot sauve l'Aigle du 14ème de ligne
    par fanacyr » 27 mars 2015, 16:15 » dans Napoléon à travers les Arts
    15 Réponses
    6088 Vues
    Dernier message par L'ARCHEONAUTE
    15 juil. 2017, 12:54