La mortalité de la gendarmerie impériale en Espagne

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C-J de Beauvau
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La mortalité de la gendarmerie impériale en Espagne

Message par C-J de Beauvau »

REVUE HISTORIQUE DES ARMÉES

https://journals.openedition.org/rha/6977

« Une mort sans gloire » ?
La mortalité de la gendarmerie impériale en Espagne (1809-1814)
Gildas Lepetit

Parfois stigmatisé par certains gouverneurs militaires servant dans la péninsule, le service de la gendarmerie d’Espagne n’en a pas moins été éprouvant pour les corps et les âmes. Les 900 gendarmes décédés par-delà les Pyrénées font de la guerre d’Espagne la campagne napoléonienne la plus meurtrière pour la gendarmerie. Avec la moitié de leurs pertes concédée au feu, les escadrons sont plus sévèrement frappés que le reste des armées impériales, infirmant l’image d’Épinal d’une arme exclusivement destinée à réprimer les excès de la soldatesque en campagne. L’étude de la mortalité permet de faire apparaître la précarisation matérielle des militaires de l’Arme – notamment des sous-officiers, gradés et gendarmes –, mais aussi l’aguerrissement des insurgés, la montée en puissance de leur armement et le recul de l’influence française dans la péninsule. Au final, bien plus qu’un simple aspect comptable et statistique, l’analyse de la mortalité des escadrons d’Espagne s’impose comme un formidable révélateur des conditions de vie et des évolutions d’un conflit.

Pour les visiteurs de ce forum ou "autres" qui seraient intéressés . Lire le PDF sur le site dont voici un extrait:

Institution réglementairement vouée à réprimer les excès de la soldatesque , la gendarmerie combat pourtant pendant plus de trois ans dans la péninsule. Entrée en Espagne en mars 1810, elle ne retourne en France qu’après l’ultime défaite de Vitoria, le 21 juin 1813, laissant derrière elle plusieurs centaines de gendarmes assiégés dans différentes garnisons. Au cours de ces trois années, les gendarmes œuvrent au rétablissement d’un ordre mis à mal par les insurgés, en participant à des opérations qui s’apparentent chaque jour davantage à des actions de guerre. Ils évoluent dans un environnement hostile, où l’approvisionnement est incertain et l’insécurité physique et psychologique constante. Ils vivent et meurent dans un conflit asymétrique éprouvant pour les corps et pour les âmes. On peut ainsi se demander si la phrase « Espagne, fortune des généraux, tombeau des soldats», reproduite à l’envi par les historiens , pour caractériser le service dans la péninsule, est transposable à la gendarmerie.

Cette problématique pose la question des pertes éprouvées par l’institution, en insistant, dans un premier temps, sur les gendarmes tués à l’ennemi, puis sur les hommes décédés dans d’autres circonstances, avant de conclure par une esquisse sociologique des militaires de l’Arme morts dans la péninsule.....
......Des inégalités sociales devant la mort ?
Tous les grades sont affectés dans des proportions représentatives de leur présence au sein des escadrons, hormis une légère sous-représentation des sous-lieutenants, des maréchaux des logis, réalisée au détriment des gendarmes, tambours et trompettes. Pour autant, cette représentativité résiste-t-elle à la répartition par cause des décès ?
Les simples gendarmes tués ou morts des suites des blessures reçues à l’ennemi sont en proportion plus nombreux. On retrouve une pareille particularité chez les lieutenants, démontrant une forte implication des officiers subalternes dans les missions de contre-guérilla. Pour les maladies, la différence entre officiers et sous-officiers, gradés et gendarmes, s’accroît. Si les officiers représentent 3,3 % des effectifs globaux, ils ne constituent que 1,5 % des cas de décès à l’hôpital. Doit-on y voir un meilleur traitement, notamment nutritionnel, des officiers ?
Un taux de mortalité beaucoup plus important chez les gendarmes à pied est également attesté : deux fois plus de fantassins que de cavaliers ont été tués dans des actions de combats ou par suite de blessures reçues au feu. Dans la composition initiale des escadrons, l’infanterie représente 60 % des effectifs contre 40 % pour la cavalerie. De prime abord, les données sur la mortalité semblent confirmer un emploi accru de la première. Cette surexploitation trouve sa cause dans les difficultés du terrain qui rendent moins efficaces et moins aisées les manœuvres de cavalerie. Pour autant, la réorganisation des escadrons consécutive à la formation de la légion à cheval a probablement influencé les chiffres de la mortalité. Autre point intéressant, trois fois plus de gendarmes à pied qu’à cheval sont décédés à l’hôpital de maladie ou de fatigue. Cette surreprésentation est très certainement imputable à un service plus éprouvant pour les organismes dans l’infanterie, la marche nécessitant une plus grande dépense d’énergie. Ainsi le gendarme à pied Orsini, du 7e escadron, meurt le 25 août 1810 « à la suite d’une marche forcée». A contrario, aucun militaire de la composante à cheval n’est mort pour des causes similaires....

:salut:

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C-J de Beauvau
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Re: La mortalité de la gendarmerie impériale en Espagne

Message par C-J de Beauvau »

Détail sur l'auteur:
Gildas Lepetit

Docteur en histoire, il est officier-concepteur à la Délégation au patrimoine culturel de la gendarmerie. Spécialisé dans les questions historiques, il est l'auteur de nombreux articles sur l'histoire de la gendarmerie sous la Révolution et l'Empire, ainsi que d'un ouvrage coécrit avec le lieutenant-colonel Antoine Boulant et intitulé La gendarmerie sous le Consulat et le Premier Empire (SPE-Barthélémy), paru en 2009. Il a récemment soutenu son doctorat, préparé à l’université Paris IV-Sorbonne sous la direction du professeur Jean-Noël Luc et consacré à l'intervention de la gendarmerie impériale en Espagne (1809-1814).
:salut:

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