Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

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Modérateur : Général Colbert

Peyrusse

Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par Peyrusse » 12 nov. 2017, 23:36

Lettre du colonel Puniet de Montfort durant la campagne de 1812.

Celle-ci est adressée à son épouse. Elle est extraite qui rassemble de nombreuses lettres de la Grande-Armée interceptées par les Russes durant la campagne de 1812 (La Sabretache, 1913). Voici quelques mots sur cet officier : « Chevalier de Puniet de Montfort (Joseph), né le 6 avril 1774 à Saint-Privat (Lot).Colonel du génie, directeur du parc général, le 27 janvier 1812, puis chef d’état-major du génie de la Grande-Armée, 1er août 1812 ; maréchal de camp, 1814 ; décédé, 30 janvier 1855 ».

Au bivouac, à deux lieues de Viasma, le 1er novembre [1812].

J’étais si pressé ce matin que je n’ai pu t’écrire deux mots à la hâte. Je veux, ce soir, causer un peu avec toi, quoique je ne sois pas trop à mon aise pour cela. Je suis sûr que tu vas bien me plaindre en me voyant dater une lettre du bivouac, le 1er novembre, le jour de la Toussaint, et dans un climat plus au Nord que Paris de 7 degrés. Tu auras peine à te persuader que je ne meurs pas de froid, quand tu sauras que nous avons, depuis cinq à six jours, un froid de 3 à 6 degrés. Il est cependant vrai que dans une baraque en paille qui n’est qu’un simple abri contre le vent, construit en une demi-heure par six mineurs, et au-devant duquel est un énorme bûcher, j’ai tellement chaud que, comme tu vois, j’écris très couramment à la lueur de ce feu. J’ai, dis-je, tellement chaud que j’ai été obligé de me reculer à quatre ou cinq reprises parce que je me brûlais les pieds, et de m’enfoncer au fond de la baraque. On fait de la soupe et j’espère passer une bonne nuit.
Je marche avec huit compagnies de sapeurs ou mineurs pour assurer les communications, ce qui me donne peu d’ouvrage, puisque nous tenons la même route que nous avons suivie en allant de Moscou et qu’il n’y a qu’à réparer légèrement les ponts que nous fîmes alors, et ce qui me donne le grand avantage de marcher avec des troupes. Quand je suis seul, mes bivouacs ne sont pas aussi bons. Avec les compagnies, chacun me fournit six à huit hommes pour faire une baraque et allumer mon feu. Je suis comme un colonel de régiment, ce qui est bien, sans contredit, le plus beau poste que l’on puisse occuper en campagne. Je n’entre pas dans d’autres détails parce que mon bois, réduit, en brasier, fait moins de flammes et sur je n’y vois plus si clair. Bonsoir, ma bonne amie, ne me plains pas trop de la nuit que je vais passer. Quoique ce ne soit pas une chose très agréable que d’être au bivouac par un froid de six degrés, je t’assure qu’on y est moins mal, beaucoup moins mal que tu ne le figures. Bonsoir, je t’embrasse.
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Lettre d’Alphonse de Vergennes à son épouse...

Il était alors capitaine aide-de-camp du général Doumerc.

Oulianovitschi, le 4 novembre 1812.

Il est midi, ma chère et bonne Gabrielle, et cependant je suis obligé de t’écrire à la lumière. C’est te donner une idée du charmant local qui nous sert de quartier-général. Nous sommes dans une baraque de paysan depuis avant-hier, et dans ce joli pays les habitants des campagnes sont logés dans des fours à peine ouverts à la lumière du jour. Cependant un général qui commande deux divisions de cavalerie se trouve fort heureux d’y être à l’abri du froid. Depuis que nous avons quitté Sollenista dans les environs de Polotsk, il nous est arrivé toute sorte de désagréments ; nous avons été presque continuellement aux prises avec l’ennemi ; dans ces différentes affaires la division s’est parfaitement distinguée, mais elle a beaucoup souffert ; reste à savoir à quoi cela aboutira, je ne sais encore rien. Je t’ai mandé que j’avais la croix [il l’avait obtenue le 25 septembre 1812]. Cette nouvelle dignité m’a fait le plus grand plaisir et me rattache de nouveau à mon général ; il a mis tant d’obligeance à me remettre le brevet de cette décoration que je n’ai pu m’empêcher d’y être infiniment sensible.
J’espère d’ailleurs que je n’en resterai pas là et que la fin de la campagne me donnera une autre épaulette. Malheureusement cette guerre ne nous paraît pas être encore prête d’être terminée. Ce ne sera rien si nous prenions des quartiers d’hiver, car faire, en ce pays, une campagne dans le mois de janvier, ce doit être une chose pénible.
Je t’embrasse de tout mon cœur.

A.V.
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Lettre de Fesquet, intendant de Mohilew, à son père.

Mohilew, le 8 novembre 1812.

Mon cher bon papa, je vous plaindrais bien si vous vous trouviez ici, vous qui aimez tant la chaleur et qui craignez tant le froid. Quoi qu’il gèle assez fort, on ignore encore à quel degré, parce que cela, dit-on, ne vaut pas la peine d’en parler. Cependant, je crois que nous sommes déjà ici à la température de nos hivers ordinaires à Paris. Puisque le Dniepr, qui est à Mohilew un peu plus fort que la Seine à Paris, charrie beaucoup, je crains qu’il ne vienne à geler, car cela me couperait une assez bonne opération que j’avais commencée. Les chevaux, et par conséquent les charrettes de transport, étant extrêmement petits, pour accélérer un envoi de farine que j’étais obligé de faire, j’ai imaginé de l’expédier par eau, ce qui m’économise et beaucoup de chevaux et beaucoup de temps ; mais adieu si les glaces augmentent ! Me voilà privé du seul plaisir que j’avais ici et qui était de monter tous les jours à cheval ; les chemins sont si remplis de neige gelée qu’il serait dangereux d’y galoper dessus ; mais comme c’était, ainsi qu’au gouverneur, notre plus agréable loisir, nous avons déniché un local qui offre un fort beau manège couvert, et Ignace [son valet de chambre ?] va travailler à me dresser un jeune cheval arable de 5 ans dont on m’a fait cadeau ; c’est un fort présent, surtout dans ce pays où les beaux chevaux sont fort rares. Je me porte toujours fort bien et je pense que tout le monde est de même dans ma famille, quoique nous entrions dans la saison où quelquefois vous éprouvez le plus de souffrance. Ignace me gronde de ce que j’engraisse trop et la plupart de mes effets deviennent petits ; je chercherai cependant de ne pas me corriger de ce défaut. Je ne sais si cela vient du changement de climat ; au commencement de mon arrivée à Mohilew, il m’est arrivé d’avoir quelquefois un peu de fièvre ; seulement comme nous ne sommes pas parmi les petites maîtresses de Paris, j’ai soin, et beaucoup de Français en font autant, de manger tous les matins une soupe à l’ail ; depuis ce régime, rien ne peut me rassasier ; par exemple , mon cher papa, vous ne craindrez pas que le vin [ne] me fasse mal, car nous n’en avons point ; le peu que les habitants possèdent se garde pour les jours de gala ; encore ne se prodigue-t-il pas.

Que le vin de Suresnes ferait ici fortune !

FESQUET
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« 9 novembre [1812]. Nous eûmes un temps affreux [note : « Le froid était devenu excessif ; les hommes et les chevaux tombaient privés de nourriture ; la route était jalonnée par des caissons ou par des voitures brûlées ou abandonnées ; le découragement était à son comble. Cependant l’infanterie de la Garde résistait encore et marchait en bon ordre autour de la voiture dans laquelle l’Empereur voyageait avec le roi de Naples. Ce fut dans ce trajet, l’un des plus désastreux de la retraite, que le postillon de la voiture de l’Empereur s’étant cassé la cuisse, on vit le général [de] Caulaincourt, duc de Vicence, Grand-Écuyer, prendre sa place pendant le reste de la journée ». (Denniée, pp.124-125)] ;nos provisions diminuaient. Si dans les premiers jours de notre retraite nos bivouacs avaient été bien fournis, nous nous reprochions bien amèrement notre prodigalité. Chacun de nous comptait avec ses provisions et se retirait à l’écart pour prendre ses repas ; il n’y avait plus de gaieté. Nous avancions péniblement. L’espoir de trouver un peu de repos et quelques provisions à Smolensk, soutenait nos forces. Nous fûmes forcés de nous arrêter à quelques lieues en arrière de la ville. Une grange démantelée nous garantit un peu pendant la nuit ; nous en brûlâmes les planches et les solives. J’avais sur le devant de mon fourgon un soldat de la 13e légère ; une balle lui avait traversé la mâchoire et coupé la moitié de la langue ; il ne pouvait faire entendre que des sons inarticulés qui ne parurent jamais m’apprendre son nom ; il était souffrant. J’avais jusqu’à ce jour partagé avec lui les provisions que j’avais ; mes domestiques en avaient bien soin ; la nuit il couchait sous le fourgon. Sa reconnaissance, sa discrétion, excitèrent tout mon intérêt. Il avait été souffrant toute la journée. Je lui avais fait donner de l’eau sucrée ; il me parut s’affaiblir. Je m’étais procuré une bouteille d’eau-de-vie de grain, je lui en offris un verre ; nous pensâmes que ce breuvage lui donnerait du ton… Il mourut dans la nuit. Je le fis enterrer au pied d’un bouleau près de la grande route, et sur sa tombe je plaçai une croix. On ne trouva sur lui aucun papier. »

(Baron Guillaume PEYRUSSE, « En suivant Napoléon. Mémoires, 1809-1815. Edition annotée et complétée par Christophe Bourachot » Dijon, Cléa, 2009, pp.158-159).
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Fernand, comte de Chabot, prince de Léon et duc de Rohan, naît à Paris le 14 octobre 1789. Il fut lieutenant aide-de-camp du comte Louis de Narbonne [-Lara]. Ce jeune officier est décoré à Valoutina le 3 octobre 1812 et sera blessé de six coups de lance sur la route de Kalouga le 18 octobre suivant. Maréchal de camp en 1824, il s’éteint le 10 décembre 1869. La lettre qui suit est extraite du très intéressant volume déjà cité ici et qui contient un certain nombre de lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812 (La Sabretache, 1913).

Smolensk, 10 novembre 1812.

Nous voici à Smolensk, mon cher papa, depuis hier et je continue à me porter assez bien ainsi que tous mes camarades ; il fait un triste temps, huit ou neuf degrés de froid, de la neige en quantité et un verglas affreux ; nous sommes obligés de faire la route à pied ce qui est assez fatigant. Je crois que nous ne resterons pas longtemps. L’auditeur qui a apporté le portait de maman est ici ; je n’ai pas pu encore le rejoindre, mais j’espère que ce sera pour aujourd’hui. Je suppose que la chère Adèle est bien de changer de nom [Adèle de Rohan-Chabot épousa le 24 novembre 1812 le comte de Gontaut-Biron, chambellan de l’Empereur]. Je pense bien à elle au milieu de mes fatigues, j’espère que Culman vous verra et vous parlera de moi. Quand aurais-je le bonheur de vous embrasser ?
Parlez de moi à toute la famille, mon cher papa, et agréez ainsi que maman l’assurance de mon bien tendre respect.
Fernand.
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Voici une lettre courte mais très significative sur la situation de la Grande Armée durant la 1ère partie (celle qui va du franchissement du Niémen au passage de la Bérézina) de la campagne de Russie. Elle est écrite par le baron Louis de Joinville (1773-1849). Il était commissaire ordonnateur en chef du quartier-général impérial. Cette lettre est adressée à son épouse, à Paris.

Smolensk, le 10 novembre 1812.

Je me hâte de t’annoncer, ma bonne amie, que je suis arrivé hier à Smolensk, seul à pied, mourant de froid et de faim, et ayant perdu la moitié de mes équipages. Quoi qu’il en soit, je n’aspire qu’à continuer notre route, toute pénible qu’elle en est, pour arriver enfin là où nous devons prendre quelque repos. Ma santé se soutient assez bien, malgré toutes les fatigues que j’éprouve ; fais des vœux pour moi, car les tiens seront exaucés mieux que les miens ; il faut que je me conserve pour mes enfants, qui ont encore besoin de moi.
Adieu, ma bonne amie, je n’ai que le temps de t’embrasser, ainsi que mes pauvres enfants.

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L'âne
 
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Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par L'âne » 13 nov. 2017, 05:26

Alan FORREST « Au service de l’Empereur » :
"La loyauté des soldats envers la Révolution, et surtout envers Napoléon, dans une telle adversité est en effet tout à fait frappante. Les souffrances qu'ils ont endurées sont à peine imaginables."

Marie-Pierre REY « L’effroyable tragédie » :
"La nature des violences, les souffrances physiques engendrées par le froid et la faim, les traumatismes subis par les combattants et les civils, tout cela atteste à quel point la guerre de 1812 constitua une épreuve inédite pour les corps, les esprits et les cœurs."

Natalie PETITEAU « Les Européens dans les guerres napoléoniennes » :
"À la lecture des témoignages écrits qu'ont légués les rescapés de l'enfer de 1812, comme au vu des représentations populaires qu'en ont données les Russes, la campagne de Russie constitua donc une expérience de guerre inédite. Particulièrement traumatique par l'ampleur des souffrances et des violences tant physiques que psychologiques dont furent victimes les combattants, elle aboutit en quelques mois à peine à une dissolution totale de tout esprit de corps et de toute discipline. La Grande Armée avait vécu."

David BELL « La première guerre totale » :
"L'imaginaire populaire associe le désastre de Napoléon en Russie - comme celui d'Hitler - aux victoires du fameux « général Hiver ». Mais une autre saison a elle aussi joué un rôle tout aussi important. Peu après le commencement de l'invasion, les températures montèrent en effet jusqu'à 36 degrés, imposant aux soldats, vêtus de lourds uniformes et chargés d'un pesant paquetage, des souffrances qui durent rappeler aux plus anciens la campagne d'Égypte."

--------------------------------------------------

Albert VANDAL « Napoléon et Alexandre 1er » :
"…Napoléon était à Moscou. L'armée avait fourni sa carrière et tracé sur le sol russe un sanglant sillon. Les étapes de sa route avaient été marquées par des épreuves, des souffrances, des succès qui ne finissaient rien et de glorieuses déconvenues…"

Adrien de MAILLY « Souvenirs de la campagne de Russie en 1812 » :
« Je crois qu'il ne sera jamais possible à aucun peintre ni à aucun historien, de rendre à l'imagination l'horreur de nos souffrances et l'immensité de ce grand désastre. »
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Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par Bernard » 14 nov. 2017, 08:02

"L'analyse d'Alan Forrest et celle de Natalie Petiteau semblent contradictoires."

Je trouve au contraire qu'elles sont parfaitement complémentaires. Comme toute citation, il faut les replacer dans leur contexte...

Peyrusse

Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par Peyrusse » 07 déc. 2017, 21:22

" Le 7 décembre fut le jour le plus terrible de ma vie. Le froid avait monté à trente degrés. A 3 heures du matin, le maréchal [Oudinot] ordonna le départ. Mais lorsque le signal dut être donné, on remarqua que le dernier tambour avait péri gelé. Je me rendis alors auprès des soldats, je leur parlai à chacun, je les encourageai, je les exhortai à se lever, à se rassembler ; toute ma peine fut inutile ; je ne pus réunir que cinquante hommes : les autres, 200 à 300 environ, gisaient roides et morts de froid. " (Margrave de BADE, "Mémoires")
-------------
"7 décembre [1812]. La nuit fut cruelle . Au point du jour, le départ eut lieu. Environnés d’un épais brouillard, nous marchions à l’aventure. Nous n’étions qu’à deux marches de Vilna. Des ressources de tout genre attendaient l’armée ; cet espoir ranimait nos nuits, la chaleur et la fumée faillirent me suffoquer." (Guillaume PEYRUSSE, "Mémoires").

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Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par C-J de Beauvau » 07 déc. 2017, 22:04

Une question de la part d'un béotien , on parle à cette époque de degrés de René-Antoine Ferchault de" Réaumur"qui a défini son thermomètre à partir de la dilatation apparente de l'alcool et en calibrant un intervalle de référence entre le point de congélation de l'eau (valeur : zéro) et le point d'ébullition de l'esprit de vin . Soit , mais tous ces témoins qui donnent des températures précises avaient ils des thermomètres à disposition ? Quand on lit Coignet on a des références à la réalité ressentie et des visuels," des corbeaux qui tombent gelés du ciel", etc , Mais quand on lit il fait 30 ° Réaumur , quel crédit donner à ces assertions !

Cordialement
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
Paul Valéry

Peyrusse

Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par Peyrusse » 08 déc. 2017, 00:22

Il est vrai que l'on peut se demander de quelle façon les "acteurs" de la campagne de Russie ont eu une idée de la température exacte qu'il faisait. :roll:
-----------
-30 °réaumur donnent - 37, 5°celsius.

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Cyril
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Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par Cyril » 08 déc. 2017, 07:50

Peyrusse a écrit :
08 déc. 2017, 00:22
Il est vrai que l'on peut se demander de quelle façon les "acteurs" de la campagne de Russie ont eu une idée de la température exacte qu'il faisait. :roll:
-----------
-30 °réaumur donnent - 37, 5°celsius.
C'est une vraie question! Je vois mal des soldats en campagne emmener un thermomètre pour vérifier, surtout qu'ils sont partis en été et qu'alors la question du froid ne se posait pas. Mais presque tous annoncent dans leurs récits des températures plus ou moins précises.
Je découvre en plus les Réaumur....
Pour avoir connu des -40 (belle province) et des -20 (Plateau des 1000 vaches Aubrac France), la situation joue beaucoup sur le ressenti du froid. Je dormais sous tente et marchais sous armes à 20 degrés de froid (suivant l'expression d'époque) et je peux vous assurer que dans ma mémoire il faisait bien plus froid que les 40 de froid chez mon père, où nous dormions bien au chaud et nous baladions tranquillement en raquettes.
"Servir est mon devoir"

Peyrusse

Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par Peyrusse » 08 déc. 2017, 09:47

Merci Cyril pour ce commentaire sur un fait que tu as vécu. Il y a sans doute un élément important à prendre en compte lors de la campagne de Russie, c'est le fait que la majorité des militaires et civils étaient sous-alimentés. La faim faisait partie des maux rencontrés durant la retraite. Or, on sait qu'un corps auquel il manque des milliers de calories pour se maintenir à une température acceptable dans un milieu hostile peut avoir des conséquences... mortelles. Le froid a dû être plus cruellement ressenti.

Peyrusse

Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par Peyrusse » 08 déc. 2017, 10:22

Voici une notice d'Arthur CHUQUET. Cet historien a consacré plusieurs de ses volumes à la mémorable campagne de Russie. Ce passage est tiré de l'un d'entre eux.
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"De longues lettres de Berthier à l’Empereur, retracent les derniers jours de la retraite. Débarrassons ces lettres des noms propres et des détails purement militaires ; il reste ces traits terribles. Lorsque l’armée entre le 8 décembre 1812 à Vilna, presque tous les hommes sont hébétés par le froid, et, malgré les ordres que donnent Murat et Berthier et bien que les Russes soient aux portes de la ville, officiers et soldats restent dans les maisons, refusent de marcher. On marche pourtant, le 10 décembre, sur Eve et Kowno. Mais le froid excessif et la grande quantité de neige achèvent d’accabler l’armée. Le 10, le 11, elle se débande totalement. Ce n’est plus qu’une colonne qui chemine, plusieurs lieues durant, sur une route couverte de cadavres, et qui part au jour et arrive au soir, confusément et pêle-mêle. Ce n’est même plus une armée. L’armée peut-elle exister par 25 degrés de froid ? Hélas ! Ce ne sont pas les ennemis, c’est la plus rigoureuse, la plus cruelle des saisons qui lui fait la guerre, qui la met dans l’impuissance d’agir, qui lui inflige des souffrances dont on ne peut se faire une idée. Berthier, comme Murat, voudrait tenir le 12 décembre à Kowno. Mais le désordre est extrême ; on pille, on saccage les maisons ; on brûle la moitié de la ville ; on passe le Niémen de tous les côtés ; impossible d’arrêter le torrent des fuyards. A peine s’il y une escorte pour garantir le roi de Naples, les généraux et les aigles. Le froid, toujours le froid, ce froid qui jette l’homme « dans un état de stupeur qui lui ôte tout sentiment ! » Les quatre cinquièmes de l’armée ou de ce qui porte ce nom-car ce n’est plus qu’une masse incohérente et où il n’y a point de combattants- ont des membres gelés, et lorsqu’on atteint Königsberg dans la désorganisation la plus complète, les chirurgiens ne font que couper aux officiers et aux soldats le phalanges des doigts du pied et de la main.

Les maladies se manifestent, Lariboisière meurt, Eblé meurt et Berthier reconnaît tristement que les maux sont plus grands encore qu’on ne croyait et qu’ils ne sont pas finis ! "

Arthur CHUQUET.

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Re: Russie 1812 : froid et souffrances. Témoignages…

Message par C-J de Beauvau » 08 déc. 2017, 12:13

Peyrusse a écrit :
08 déc. 2017, 00:22
Il est vrai que l'on peut se demander de quelle façon les "acteurs" de la campagne de Russie ont eu une idée de la température exacte qu'il faisait. :roll:
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-30 °réaumur donnent - 37, 5°celsius.
Donc en effet la question reste en suspens ! Certes il reste le ressenti , car un grand froid sec est plus supportable , qu'un petit froid très humide! Surtout avant les tissus de type Gore-Tex , qui laisse sortir l'humidité du corps sans laisser entrer celle du dehors ! Personnellement j'ai eu plus froid en Irlande par moins 5 °c très humide, que par moins 20°c sec en lorraine!
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
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