Repas, cuisine et gastonomie sous l'empire

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Drouet Cyril

Re: Repas, cuisine et gastonomie sous l'empire

Message par Drouet Cyril »

Retour chez Cambacérès. Dans le genre "on ne peut pas plaire à tout le monde" :roll: :

"Vingt-six domestiques prodiguaient leurs services aux trente invités, mais je ne me souviens pas avoir pris part à un dîner aussi peu plaisant. Son seul objet m'a paru être de pratiquer scientifiquement la gastronomie. Le maître de maison alla jusqu'à nous signaler qu'il venait de faire installer un four à proximité de la salle à manger afin de servir les soufflés à la perfection. Les plats et les vins se succédaient : d'abord deux ou trois huitres crues, puis des potages, des pâtés divers, des poissons variés suivis de deux douzaines de plats de viande, les uns plus raffinés que les autres, le tout étant couronné par des desserts. Mes voisins s'étonnèrent de ne pas me voir faire honneur à tous les mets et ils me demandèrent si j'étais souffrant. Je l'aurais été si j'avais su que l'un des convives était l'avocat Target, qui avait refusé de défendre Louis XVI devant la Convention. Certains détails me choquèrent par ailleurs : un cuisinier coiffé d'une toque en papier venait de temps en temps regarder les convives dans l'entrebâillement d'une porte et les couteaux et les cuillers n'étaient pas tout à fait propres."
(Warren, Journal of a British chaplain)


Salutations respectueuses.

villiers

PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par villiers »

bonjour à tous,
je n'arrive pas à trouver l'adresse exact de l'ancien "café de Mars" quai Voltaire, Paris.
Café fréquenté par les demi-soldes.

Christophe

Re: PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par Christophe »

Je ne sais pas si cet établissement existait sous l'Empire. J'ai compulsé "L'Almanach des Gourmands" [de Grimod de La Reynière] des années 1804 à 1812: rien ! :cry: Ce "Guide Michelin" (pour Paris, exclusivement) de l'époque mentionne plusieurs cafés mais point celui-ci. Est-ce une création qui daterait de la Restauration ? Première ou deuxième ? A suivre...[

Christophe

Re: PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par Christophe »

Le café Montansier

En attendant de pouvoir retrouver l'emplacement du Café de Mars, voici une anecdote concernant un autre établissement durant la seconde Restauration.

"VIVE LUI ! " comme s'exclamerait l'ami "Le Barde" ! :salut:
-------------------------------
« Les gardes du corps avaient été réorganisés. Leur première campagne fut contre le café Montansier, aujourd'hui le théâtre du Palais-Royal. Ils s'y portèrent militairement, en occupèrent toutes les issues et brisèrent les glaces, les cristaux, renversèrent les tables et se retirèrent la tête haute et l'oeil fier. Les journaux blancs ne manquèrent pas de célébrer cet exploit et d'en publier un magnifique bulletin. Or, voici ce qui avait excité la colère de ces braves soldats officiers. La salle Montansier était un café-spectacle qui, en 1811, devint le rendez-vous de tous les officiers accourus à la suite de Napoléon. Un soir, une des filles du Palais-Royal chanta à demi-voix un couplet qui ne fut pas seulement entendu des officiers avec lesquels elle était attablée, mais des voisins qui poussèrent de bruyants éclats de rire. Cette fille, bon gré mal gré, fut forcée de monter sur un tabouret et de répéter son couplet, qui fut couvert d'applaudissements. Comme pièce historique, je transcris ici ce couplet, chanté sur l'air Vive Henri IV :

Duc d'Angoulême (bis)
Et vous, comte d'Artois (bis),
Louis dix-huitième,
Je vous p... au c. tous trois,
Duc d'Angoulême et vous comte d'Artois.


Cet incident grotesque devint l'origine de toutes les chansons, bonnes ou mauvaises, chantées au café Montansier pendant les Cent-Jours. Tous les soirs, de six heures à minuit, on chantait. Officiers, sous-officiers, chacun arrivait avec sa chanson dans sa poche. Toutes roulaient sur l'empereur, les Bourbons, sur les malheurs de la France, le regret du passé, l'espoir de l'avenir. Elles n'ont pas été recueillies, c'est dommage : elles seraient pour l'histoire un document précieux. Pour en donner une idée, je citerai deux fragments de couplets que j'y ai entendus et qui sont restés dans ma mémoire. Le premier fait allusion au duc de Berry qui, brutalement et sans raison, dans une revue au Carrousel, arracha lui-même les épaulettes d'un brave capitaine signalé comme un partisan de Napoléon :

Comme ce prince aux mains indiscrètes,
Il n'arrache point d'épaulettes.
Au contraire, dans les combats,
Il en donne à nos braves soldats.
Vive, vive Napoléon !


(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.175-176)

villiers

Re: PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par villiers »

Bonjour à tous,
Bonjour Christophe,
il y avait plusieurs endroits à Paris où se retrouvaient les demi-soldes, principalement des cafés, le café de Mars quai Voltaire, chez 'Lebel' rue de l'Université, au Sacrifice d'Abraham rue de Calandre, le café Lemblin au Palais-Royal entre autres...histoire de parler du petit tondu et de refaire le monde.
les noms des rues ont changés, des rues détruites mais si vous avez des infos sur les lieux, j'irais voir sur place...
Merci. :salut:

Christophe

Re: PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par Christophe »

Bonjour "Villiers". Concernant les emplacement que tu cites, la rue de l'Université existe toujours, le Palais-Royal, bien évidemment, la rue de la Calandre est une voie qui a disparu sous le Second Empire avec le percement du boulevard du Palais (Paris 4ème, Ile de la Cité).

Pour ce qui du Café Lemblin, il se trouvait, selon J. Hillairet ("Dictionnaire historique des rues de Paris", Edition de Minuit, 1979, tome II, p.223) aux numéros 100 à 102 de la Galerie de Beaujolais, de 1805 à 1870.
Il y a une scène dans un épisode la série Vidocq (avec Claude Brasseur) qui restitue assez bien l'ambiance qui pouvait régner dans certains établissement du Palais-Royal, après la chute de l'Empire. L’épisode s'intitule "L'Epingle noire".

La présence d'un estaminet pour Demi-soldes rue de l'Université a de quoi surprendre. Cette voie est en plein Faubourg Saint-Germain qui était loin d'être bonapartiste !

LeBarde

Re: PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par LeBarde »

-Vous avez,si toute fois cela peut vous faire plaisir de par son nom,le "BONAPARTE" ,a St Germain des prés,rue Bonaparte; rien a voir avec nos illustres anciens,mais rien que le nom doit rendre très agréable de s'envoyer un bon godet. Maintenant il faut qu'un demi-solde ait des économies car vu où il se trouve,il faut bien payer l'emplacement. Une fois n'est pas coutume.
Vive LUI.

FRIEDERICHS

Re: PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par FRIEDERICHS »

C'est vrai que c'est un petit clin d'œil de l'histoire de voir la rue Bonaparte située dans le quartier dont le nom seul était , à l'époque , le synonyme d'opposition à son régime ! J'y ai déjà pensé en y passant , mais je n'ai jamais eu le courage de me plonger dans un bouquin sur les rues de Paris pour savoir à quelle époque cette rue avait été nommée ( sous le second Empire je suppose ? )
:salut:

Christophe

Re: PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par Christophe »

La rue Bonaparte a été ouverte en 1852. Elle se trouve dans le quartier de Saint-Germain-des Prés. Lequel n'est pas le Faubourg Saint-Germain !

Celui-ci s'arrêtait à la rue des Saint-Pères, qui existe toujours. Le Boulevard Saint-Germain a été percé bien après (1855/1866) d'est en ouest, c'est pour cela que la circulation se fait à l'inverse de ses numéros (croissants à décroissants) . Le fameux Faubourg Saint-Germain se trouvait bien plus à l'ouest de Saint-Germain des prés. Le boulevard Saint-Germain en traverse une partie dans sa partie ouest. Les rues de Grenelle, Saint-Dominique, de l'Université, de Varenne, du Bac sont situées en plein Faubourg Saint-Germain. Sur un plan de Paris (divisé alors en douze arrondissements) datant de 1811 on peut voir cette délimitation. Notons que cette appellation est tombée en désuétude vers la fin du XIXème siècle.

Pour ceux que cela intéresse, ma "Bible" sur l'histoire de Paris (depuis que j'ai l'âge de seize ans :oops: ): Jacques HILLAIRET, "Dictionnaire historique des rues de Paris", Editions de Minuit, 1979, 2 volumes plus un Addendum.

Christophe

Re: PARIS : les cafés et le Palais Royal

Message par Christophe »

Un témoignage qui fait écho à celui du Dr Poumiès de la Siboutie.
---------------
« Qui n'a entendu parler du fameux café Montansier, aujourd'hui redevenu théâtre du Palais-Royal ? Qui ne connaît sa dévastation barbare par les gardes-du-corps revenus de Gand après Waterloo; déplorable exemple que des démolisseurs de bonne maison léguèrent aux démolisseurs en casquette, qui l'imitèrent si bien naguère sur l'archevêché de Paris ! M. Thiers, dans son 20ème volume, ne mentionne pas avec assez d'importance le rôle que joua dans les Cent Jours ce café devenu historique ; il ne le désigne même ni par son nom ni par sa situation; les partisans de Napoléon se rassemblaient, dit-il, dans un café de la place du Palais-Royal ; c'était une erreur. Pauvre café Montansier ! que de soirées délicieuses je passai dans les Cent Jours sous ses lambris étincelants de glaces et de lumières ! C'était là le rendez-vous de tous les amis de la gloire nationale, le foyer où chaque soir des milliers de coeurs ardents venaient battre, aux mots de Napoléon, gloire et patrie, refrain de la première chanson qui y fut chantée; sur un air alors en vogue, l'air de Julie, en l'honneur du 20 mars. Je me le rappelle encore ce refrain qui se répétait avec transport ; le voici:
Non, la France n'est plus flétrie,
Et nos lauriers sont toujours verts;
Ah ! répétons ces mots si chers:
Napoléon, gloire et patrie.
- Il y a bien longtemps de cela; mais je vois encore tout l'intérieur de la salle de Montansier, dans ces jours d'ivresse impériale; j'aperçois le devant de la scène, orné d'arbustes et de fleurs; puis, au milieu, le piédestal garni de franges tricolores, supportant fièrement le dieu du temple, le buste de Napoléon, dressé sous un berceau de lauriers. Je vois ces deux rangs de loges, ce vaste parquet, où des visages riants de femmes se mêlent aux visages enmoustachés d'une foule d'officiers; cette variété de costumes qui se heurtent et se froissent. Ici, près de cette petite table, sur le même tabouret, un chapeau de crêpe et un casque de cuirassier; l'amour et la gloire; là, appuyés le long de la même colonne, le sabre d'un hussard et le gourdin du fermier; union et force. Partout la joie au coeur, partout l'éclair aux yeux. Oh! vous qui gémissez sur nos divisions intestines , sur l'avenir si sombre qui se reflète sur nos moeurs, voulez-vous jeter tout-à-coup un soleil d'union et de gaîté dans cette nuit si noire? Faites-vous déclarer la guerre par les oppresseurs de l'Europe! Ouvrez, sur le Rhin, un cratère au volcan démocratique qui bouillonne sous les pieds de la société française, et qui finirait sans cela par la faire sauter. (C'était en 1836 que j'écrivais ceci.) Comme le remède paraîtrait, sans doute, un peu trop héroïque à nos pacifiques diplomates, qui se contentent de tirer le canon des protocoles, je ne m'arrêterai pas à leur démontrer ici qu'il faudra, peut-être, plus tôt qu'on ne le pense, en tirer un autre; et je reviens au café Montansier. La foule y était si grande, chaque soir, qu'il fallait faire queue pour y entrer; deux factionnaires, placés sous le péristyle du Palais-Royal, ne laissaient monter qu'à mesure des sorties du café. Sur la scène et devant le buste de Napoléon, était réservée une place aux orateurs chantants désirant se faire entendre; le premier venu pouvait monter à cette tribune et faire du patriotisme sur des airs de vaudeville, les moins guerriers du monde. C'était une société populaire, sans calomnie et sans sabots; un club purgé d'ail et de bonnets rouges. Ce fut de là que sortirent, pour parcourir la France, toutes les chansons patriotiques des Cent Jours ; les Lanciers Polonais ; le Retour de l'Aigle, etc., etc.; la plupart appartenaient à un chanteur qui en fit un recueil sous le nom de Bouquet de Violettes, dédié au prince Lucien, par Pradel, vieux soldat. Avant de connaître l'improvisateur Eugène de Pradel, je n'étais pas éloigné de penser qu'il fût le Pradel du café de Montansier, mais je me suis convaincu depuis qu'il n'en était rien. L'un des chanteurs les plus assidus était aussi un M. Sourdon , de Rouen, qui fut, plus tard, impliqué dans la conspiration des patriotes de 1816, où trois malheureux ouvriers de Paris, pour avoir été porteurs d'un signe de reconnaissance gravé par l'un d'eux, nommé Tolleron , portèrent leur poing et leur tête dans le panier rouge de la guillotine restaurée. Gouffre béant qui ne devait se refermer pour toujours que sur la tête des quatre sergents du 45ème , que nous autres, Rochelais, eûmes la douleur de voir partir, la chaîne au cou, pour la Grève qui leur était destinée. »

(E. LABRETONNIERE, « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-éditeur,1863 »,pp.221-224).

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