Roustam

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Joséphine

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par Joséphine »

Merci à vous, cher Joker. :)

En écrivant ces quelques lignes, je m'interrogeais à nouveau sur le comportement, à la fois simple et complexe de ce Mamelouk, qui avait tout donné à "son Empereur", avec une touchante réciprocité d'ailleurs ; cet ancien esclave qui n'a jamais trop bien compris pourquoi ni comment il s'était trouvé soudainement parachuté dans le monde des "Grands", ayant su toutefois profiter des privilèges qui étaient désormais à sa portée ...
Privilèges qu'il trouvait aussi bien dans le confort matériel d'une vie mondaine, comme dans les attentions de l'Empereur en personne.
Combien en effet, ont dû lui envier ce privilège d'une telle familiarité que son Maître lui accordait !

Ce personnage, simple, immensément dévoué, n'était pourtant pas taillé pour les intrigues.
A Fontainebleau, après avoir ouï dire que sa présence auprès de l'Empereur, qui venait de se rendre malade, aurait pu se retourner contre lui si malheur était arrivé à son Maître, il prit peur et préféra disparaître des lieux.

En a-t-il nourri des regrets par la suite ? Ou au contraire, avait-il reçu décrété avoir reçu suffisamment, désirant une vie plus calme désormais ?

Personnellement, ce que je déplore, c'est son "abandon" , cette faiblesse qu'il a montrée ,alors que l'Empereur l'avait sorti de sa rude condition, et lui avait tout donné, biens matériels comme confiance à toute épreuve...

L'Empereur, qui pourtant , à son retour d'Elbe, pardonnait facilement tout à tous, rétorqua à Marchand qui lui apportait la supplique de Roustam à revenir au service de son Maître :

"C'est un lâche ! Jette cela au feu, et ne m'en parle jamais."

Roustam avait trompé la confiance de l'Empereur ; on peut comprendre alors son amertume, générant cette réaction sans appel ...




:salut:

Joséphine

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par Joséphine »

Comme vous évoquez également le Mameluk Ali, il est intéressant de rappeler que ce fut ce dernier qui remplaça Roustam lors de la désertion rappelée plus haut, à Fontainebleau, en 1814.

Une fois revenu à Paris, il continuera à servir l'Empereur, et, après Waterloo, le suivra à Sainte-Hélène, où, avec Marchand et Noverraz il formera un trio très dévoué, qui saura adoucir le mieux possible les dernières années du grand Captif ...




:salut:

Joséphine

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par Joséphine »

Lorsqu'il coulait sa vie de paisible retraité à Dourdan, Roustam avait l'habitude, après avoir mangé solidement et bu à proportion, de s'installer dans un fauteuil, sa canne entre les jambes, une canne noueuse, grosse comme le bras, se terminant par une tête de nègre ...

Or, dans la ville, se trouvait un vieux soldat de l'Empire, nommé Turgart, pour qui "le Petit Caporal" était un Dieu.
Il ne pouvait jamais rencontrer Roustam sans que la colère, de suite, empourprât son visage ; alors, les yeux lui sortant de la tête, il grommelait de façon à être bien entendu :


"-Traître à l'Empereur ! Traître à son pays ! Renégat !" ...

Papa Tam, de tempérament pourtant bien calme, perdit un jour patience, et, empoignant Turgart par le collet, lui cassa la tête de nègre sur le dos.

Alors, de déplorer :

-"Une canne qui m'avait été donnée par l'Empereur ! Une superbe canne ! Cassée en deux, mon bon ami ! ..."


La légende dit que plus jamais après, il ne se mit en colère, ne se préoccupant plus que de son bien-être.




:salut:

Jean-Baptiste Muiron

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par Jean-Baptiste Muiron »

L'inscription sur la tombe de Roustam à Dourdan surmontée de 2 stèles :

"Souvenir historique. Tombes de Roustam Raza, mameluk de l'Empereur Napoléon, et de sa femme.
Ici-git Roustam Raza, ancien mameluk de l'Empereur Napoléon, né à Tiflis (Géorgie), mort à Dourdan à l'âge de 64 ans.
Il a emporté avec lui les regrets d'une famille dont il était bien justement chéri.
Qu'il repose en paix parmi ceux qui l'ont apprécié et aimé.
Ici repose A.M.M. Douville, veuve Roustam Raza, née à Paris le 21 janvier 1789, décédée à Versailles le 24 juillet 1857, regrettée de ses enfants et de ses amis
".


Son acte de décès consultable à la mairie de Dourdan :

"Du dimanche sept décembre mille huit cent quarante cinq, à dix heures du matin, acte de décès du sieur Roustam Raza, âgé de soixante quatre ans, ancien mameluk de l'Empereur Napoléon, né à Tiflis en Géorgie, rentier, domicilié à Dourdan où il est décédé aujourd'hui à cinq heures et demie du matin, époux de madame Alexandrine-Marie-Marguerite Douville, actuellement sa veuve, demeurant à Dourdan. Les témoins ont été : 1° M. François-Valentin Mazure âgé de cinquante deux ans 2° M. François-Joseph Baulot âgé de cinquante six ans rous deux propriétaires demeurant à Dourdan, amis du défunt. Lesquels ont signé avec nous, deuxième adjoint délégué de M. le maire de la ville de Dourdan, après lecture et le décès constaté selon la Loi - Signé de M. Houy, Mazuree, Baulot".

Roustam était mort dans sa maison de la rue d'Etampes (actuellement rue de la Poterie) et il laissait une fille, Madame Armand Bonnard.

:salut:

benito

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par benito »

Roustam était géorgien et Ali, lui était versaillais c'était un des fameux mamelucks blancs de Napoléon, l'unité ne comptant plus beaucoup de soldats orientaux, les quelques survivants des de ces orientaux furent en partie massacrés par des émeutiers à Marseille à la chute de l'Empire...

pour la tombe de Roustam, j'habite à coté de Dourdan, et, m'étant rendu au cimetière il y a deux ans sur la tombe j'avais fait un petit reportage...

à signaler qu'il s'y trouve aussi la tombe du général Jubbe de la Perelle...

Joséphine

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par Joséphine »

Comme je l'ai rappellé plus haut, Roustam, retiré vers la fin de sa vie à Dourdan où Louis-Philippe avait nommé son épouse à la Poste de la Ville, se fit immortaliser avec ses grandes moustaches devenues grises, en un portrait où figurent la Légion d'Honneur et le "N" couronné figurant sur le baudrier...

Il y a apposé une dédicace qui tend à prouver qu'il n'a pas mesuré l'ignominie de son comportement :

"Au guerrier vaillant et généreux, Roustam Raza du corps glorieux des Mameluks et garde de la personne sacrée de notre Empereur".




:salut:

benito

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par benito »

Mais une fois avoir obtenu de l'argent et de la renommé, pourquoi n'aurait t'il pas abandonné l'Empereur, pour mener sa propre existence ?
c'est sur, des maréchaux, qui devaient beaucoup plus à l'Empereur que Roustam l'ont bien trahi, Murat par exemple, il a fait de même et revenant après Elbe, Napoléon ne voulut pas de lui...


j'aime beaucoup ce personnage, il a du en voir des choses, et pas toujours très belles :lol: ...

je ne pense pas que tout se trouve dans ses mémoires...

Drouet Cyril

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par Drouet Cyril »

Ainsi, il déserta cette porte, en travers de laquelle il couchait, tel un chien fidèle, depuis quatorze ans.
Mais peut-être que "l'ignominieux" :roll: Roustam avait de la mémoire :

"La reine de Prusse et l'empereur Alexandre me regardaient beaucoup. Napoléon dit à Alexandre : "Sire, Roustam est un de vos sujets !" Il lui répond : "Comment, Sire ?" -Oui, parce qu'il est de la Géorgie ; comme la Géorgie appartient à Votre Majesté, alors c'est un de vos sujets."
(Roustam, Souvenirs de Roustam Raza, mameluck de Napoléon)


:lol:

EMclairon

Re: Roustam Raza, mamelouk de Napoléon

Message par EMclairon »

c'est dans le cimetière de LAVAUR TARN que repose MOISE ZUMERO DERNIER DES MAMELUCK CHEVLIER DE LA LEGION D'HONNEUR décédé LE 9 MAI 1873 .Il est né selon ses papiers militaires à saint jean d'Acre le 12 juin 1789 ,dans une famille chretienne

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C-J de Beauvau
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Roustam Raza le « Mamelouk » de Napoléon

Message par C-J de Beauvau »

Né en Géorgie en 1781 ou 82, Roustam Raza, Il est le sixième enfant d'un négociant arménien, Roustam Honan, et d'une Géorgienne, Bouchid-Vari. Il est âgé de 2 ans lorsque sa famille regagne Aperkan en Arménie, terre natale de son père. Roustam y grandit jusqu'à l'âge de 13 ans. Sa famille est ensuite dispersée lors de la guerre entre Perses et Arméniens. Il est alors enlevé et vendu comme esclave à 7 reprises.
En 1797, il est acheté à Constantinople par Sala-Bey, l'un des 24 gouverneurs de l'Égypte. Celui-ci l'affranchit et l'intègre dans son corps de cavalerie de mamelouks. A sa mort, il passe au service du sheik El Bekri au Caire, ami du général Napoléon Bonaparte. Peu avant le retour en France de ce dernier, en août 1799, il postule pour passer à son service et est accepté.
Dès lors, sa vie bascule : il va suivre comme son ombre le 1er Consul, puis l'Empereur, à travers toute l'Europe, pendant 15 ans. Il fait fonction de garde du corps et caracole en tête des cortèges de parade en superbe costume oriental (notamment lors du Sacre en 1804). Il connaît un incroyable destin au service de la France napoléonienne.
De l’expédition d’Égypte à la chute de l’Empereur en 1814, Roustam Raza partage l’épopée impériale. Il participa même à la tragique campagne de Russie (1812) . Son allure fière et guerrière, la splendeur de sa tenue traditionnelle impressionnent ses contemporains. Roustam Raza est dévoué corps et âme à l’Empereur qui veille à ce qu’il ne manque jamais de rien. Napoléon Bonaparte organise même son mariage avec une grande bourgeoise française : Alexandrine Douville, qui lui donna un fils, Achille, en décembre 1806. Fidèle , Roustam Raza est présent lors de l’abdication de Napoléon Bonaparte le 6 avril 1814.Il quitte Napoléon Ier au lendemain de sa tentative de suicide au poison, refusant de le suivre à l’ile d’Elbe après son abdication de 1814,Isolé sous la Restauration, il est contraint de quitter l’uniforme . Lors des Cent-Jours, l'année suivante, il se propose de nouveau pour le service de l'Empereur, mais celui-ci le fait enfermer à Vincennes, le remplaçant par le mamelouk Ali. Il ne recouvra la liberté que pour être exilé à vingt lieues de Paris. et s’installe avec son épouse à Dourdan où vivent ses beaux-parents. Dans un voyage qu’il fit à Londres, Roustam se prêta complaisamment à satisfaire la curiosité de la haute noblesse, et se donna souvent en spectacle, vêtu d’habillements somptueux. Puis il décroche un emploi à la poste de Dourdan et y vivra jusqu'à sa mort, le 7 décembre 1845. Un parcours fléché guide celles et ceux qui souhaitent se recueillir sur sa tombe dans le cimetière de la commune.
N’ayant jamais renoncé à son attachement à l’empereur, il assiste, avec passion, au retour de ses cendres en 1840. Jusqu’à son dernier souffle, qu’il rend à l’âge de soixante trois ans, le 7 décembre 1845, à Dourdan, Roustam Raza, cavalier mamelouk légendaire, icône des premiers rapatriés d’outre-mer au début du XIXe siècle après le départ d’Égypte des troupes de Napoléon Bonaparte, est toujours resté attaché à la France, sa terre d’adoption.
Mémoires à lire sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5 ... ni*.langFR