Organisation du courrier

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Avatar du membre
C-J de Beauvau
Adjudant sous-officier
Adjudant sous-officier
Messages : 1368
Enregistré le : 16 sept. 2017, 17:12

Organisation du courrier

Message par C-J de Beauvau » 08 nov. 2017, 09:32

L'acheminement du courrier

Le courrier sous l'Empire et la Révolution n'est pas payé par l'expéditeur mais par le destinataire à réception. Les lettres militaires ne bénéficient pas de la franchise mais du tarif intérieur français. Chaque corps et chaque division possède un bureau de poste qui est identifié par le n° de la marque postale, la plus haute connue est 94. Les marques postales utilisées par la grande armée portent la mention "GRANDE ARMÉE". Elles sont de couleur rouge, noire ou bleue. Les marques postales du Grand Quartier Général de la Grande Armée et du Quartier Général du corps d'armée sont caractéristiques et identifiables. Les autres portent un numéro d'ordre et la mention Grande Armée. Le courrier militaire est centralisé par le bureau principal de la Grande Armée, attaché au Grand Quartier Général et dénommé Bureau Général. Le service des postes est entièrement sous le contrôle des civils, mais sous commandement militaire (intendant général, commissaires ordonnateurs et commissaires des guerres). Il comprend deux divisions une pour les correspondances et les fonds, et l'autre pour le matériel et les coches. Lorsque Napoléon commande l'armée, le service postal est sous la direction du grand maréchal du palais. Le courrier est acheminé par des coursiers professionnels escortés, par coche ou par cheval. Le courrier urgent et confidentiel est confié à des courriers spéciaux attachés à l'armée de chaque corps. Napoléon a son propre service de courriers. A l'armée, les vaguemestres se trouvent à trois échelons. Les vaguemestres généraux sont pris parmi les officiers. Les vaguemestres divisionnaires sont des adjudants choisis par les chefs d'états-majors des divisions dans les corps qui les composent, et sont vaguemestres pour toute la campagne. Au niveau du régiment, les vaguemestres sont des sous-officiers choisis par le conseil d'administration du régiment. Dans les marches le vaguemestre veille à ce que les bagages restent à la place qui leur est assignée et qu'ils marchent dans l'ordre prescrit. Dans les haltes ils les parquent conformément aux dispositions arrêtées par le chef d'état-major. Durant les phases de repos, un de ses devoirs est de prendre à la poste toutes les lettres et les paquets qui y viennent pour le général et pour le chef d'état-major, et de les leur porter au moment où elles arrivent.
La correspondance,
Un moyen de survivre
De tout temps, le désir de rester en contact avec le pays et les membres de la famille a été un élément majeur dans la psychologie des soldats éloignés de chez eux. Cette correspondance, déjà rare sous l'Ancien Régime, le reste durant la Révolution et le Premier Empire. En effet, écrite sur le moment, cette correspondance est éphémère, le temps d'une ou plusieurs lectures et la feuille disparaît.
L'idée de conservation n'est pas établie chez le citoyen et inadaptée à la rigueur de la vie, en effet, la lettre par son contenu peut servir de justificatif administratif ou notarié, tandis que le matériau papier peut être réutilisé. De ce fait, la résurgence des oubliettes de l'histoire de ces lettres est un don pour l'historien ou l'amateur d'épopées. En effet, si les Mémoires des officiers sont monnaies courantes et ont la faveur du public, les lettres des troupiers sont un flash réaliste sur la vie de 90 % des soldats. Si les premiers cherchent à mettre en valeur des exploits personnels souvent incontestables, ces mémoires sont toujours écrits a posteriori. Pour les seconds, que ce soit à l'époque de Philibert Baudet, (la Giroflée des Armées de Louis XV3), ou à celle de Julien Arène de Nantua durant la 1ère guerre mondiale, la correspondance de ces simples hommes du rang "reste quelque chose de moins ambitieux mais historiquement, elle a le mérite d'être écrite sur le moment
Pour le soldat révolutionnaire puis impérial, l'écriture à la famille constitue avec la lecture, dans les moments de calme, de répit, une de ses occupations et un moyen d'échapper temporairement à son univers. C'est un véritable lien avec les autres, sa famille mais aussi ses frères d'armes, car ceux qui savent écrire le font pour ceux qui ne savent pas de plus, la lettre, objet et support matériel n'est pas individuelle et sert parfois pour donner des nouvelles des autres à leurs familles. Alors que pour les Poilus de 14/18, la correspondance se classe en deux catégories : la correspondance orthogonale, à sa famille et la correspondance transverse à ses frères d'armes, pour les hommes du rang républicains et impériaux, la correspondance n'est destinée qu'à la famille. Seuls les officiers d'un rang assez élevés correspondent entre eux. Les courriers à la famille sont policés et tournés vers le correspondant. Ils abordent rarement la dureté de leur quotidien, la violence de leur situation. Leurs préoccupations sont souvent les mêmes et s'articulent autour d'un même schéma : nouvelles de la maison, nouvelles de la santé de la famille et état matériel personnel. Cet état matériel personnel se fait sentir par le manque d'argent récurrent.
Quelque lettres
Dugueri Jean-Pierre est né à Belmont, fils de François-Joseph et de Françoise Julien, sert au 101e Régiment d'Infanterie de Ligne. Il est à l'armée de Naples en 1807. Le 25 mai, il écrit à son père d'Yséchia :
"C'est avec grand plaisir que je mets la main à la plume pour savoir l'état de votre santé et pour garder de mes sœurs le très bonne pour le présent. Je vous la souhaite pareille à tous à pour faire que je vous écris je ne reçois point de réponses. Je ne sais pas si vous n'avez pas reçu la lettre que je vous envoyais. Je vous peux dire que je viens de faire une grande route encore plus grande que la première. Nous avons parti de Mantoue 500, nous avons resté en route 50 jours. Nous avons vue de beaux pays et ne mauvais dans la Romanie il faisait cher vivre, à mais à Rome il faisait meilleur vivre. Nous y avons resté quatre jours. Nous payons le vin 10 sous la bouteille, le pain 3 sous. Je vous peux dire qu'on ne peut rien avoir de si beau que les églises du Saint Père, elle est toute faite en pain de marbre. Je fais bien des compliments à toute la maison et à tous mes parrains et marraines et cousins et cousines et à tous ceux qui parleront de moi. Je peux vous dire que je trouve beaucoup de pays au régiment, je trouve Thimotée Musy,il fait bien des compliments à tous ses parents, et Goyffon de Rivoire ainsi que de Comdan. Je vous envoie le certificat de présence que vous me demandez. Je vous demande des nouvelles du pays. Nous sommes embarqués un jour sur mer, nous sommes à une lieue des anglais, l'on attend tout le jour de se battre mais l'on croit qui ne gagnerons pas tout le jour. On amène la pièce de canon de gueule. Rien d'autres choses à vous marquer pour le présent, je finis mon très cher père et mère et frère et sœurs. Mon adresse est à Naples au 101 e régiment Ier bataillon 6e compagnie, à part Naples, à Ischia. Je vous prie de faire les compliments de Jean-Pierre Degueri,je le trouve à Naples, nous avons bu une bouteille ensemble, il fait bien des compliments à tous ses parents qu'il embrasse de tout son cœur'",

Eylau 1807
Après la bataille d'Eylau, un cuirassier bugiste du 11 e régiment, originaire du bas Bugey, écrit à sa mère n.d. Collection particulière:

"Le premier boulet qui est pour la division arrive dans le 11 e,, dans ma compagnie. J'étais le cinquième de file. Il partage un homme en deux et perce le cou à un cheval, il passe. On fait un à gauche, on forme les pelotons puis les escadrons. Les quatre régiments en ligne, la Garde Impériale à notre gauche. La Garde charge. Elle est repoussée avec pertes. Nous chargeons, nous sommes repoussés avec pertes. De nouveau la Garde charge, elle massacre, était massacrée. Nous rechargeons. Nous arrivons sur eux, la mitraille nous abîme. Ils étaient en si grand nombre, c'était leur point le plus fort, nous les hachons. Les canonniers prussiens abandonnent leurs pièces. Il n’y a plus que le feu de l'infanterie, enfin, nous les forçons à se retirer mais doucement. Si nous eussions réussi, nous entrions pèle mêle avec eux dans Koinisberg étant à 7 lieues. Dans la compagnie, sur 5 chevaux, 23 ont été tués, 2 officiers ont été tués et une dizaine de blessés. Monsieur Bahut est du nombre mais ses blessures ne seront pas dangereuses. Notre général, le fameux d'Hautepoul,qui était maréchal de France depuis l'affaire du 6, grand cordon rouge et le crachat, est mort de sa blessure. Le général St Sulpice, ami de mon oncle, a eu le bras droit cassé mais cela va mieux. Pour votre fils, cher maman, il en eu beaucoup de bonheur, un biscaïen m'a seulement enlevé la visière de mon casque. Moi et mon cheval n'avons pas été touchés.
Jean-Marie Sérginat est né en 1792 à Châtillon en Michaille. Il sert 2 ans comme soldat au 102e Régiment d'infanterie de Ligne. Il écrit de Madrid le 3 Avril 1808, à Sébastien Sérignat, meunier à Châtillon de Michaille.
" Mon très cher honoré père
La présente est pour m'informer de l'état de votre santé, tant qu'à la mienne, elle est fort bonne pour le présent. Mon très cher père voilà la deuxième lettre que je vous écris depuis votre dernière et je ne reçois pas de réponse, ce qui me met dans une grande inquiétude, cependant il est possible que vous ne l'avez pas reçu ; mais ça n'empêche pas que cela me met dans une peine terrible , car ça me donne des mauvais soupçons parce que je pense que la mort de ma mère pourrait vous avoir rendu malade, mais Dieu voudra que cela peut être pas vrai ; que vous me ferez réponse aussitôt la présente reçue. J'attendrai toujours la réponse avec impatience mais je vois bien que cela m'est inutile car il y a trop longtemps vous m'avez marqué sur votre lettre de vous faire réponse au premier jour de l'an et sans manquer mon devoir je vous ai écrit à Dax en Gascogne ainsi voilà 3 mois, peut être que vous étiez en peine de moi comme je suis en peine de vous mais Dieu voudra que la présente parviendra à bon port, elle vous rendra content et moi aussi car je vous assure qu'en attendant la réponse, les jours me paraissent des années. Mon très cher père, j'ai fait une connaissance en Espagne qui m'a fait plaisir de m'apprendre des nouvelles du pays. Ça n'a pas duré longtemps, au bout de trois jours après ! 'Avoir vu il est tombé malade et il est à l'hôpital. Maintenant c'est Antoine Burdallet qui a resté 3 ou 4 ans chez Monsieur Vincent, domestique, il est soldat dans le 94e régiment de ligne et nous sommes du même régiment provisoire. Il m'a prié de vous marquer de faire des compliments à son père. Je vous dirai, mon cher père, que dans le pays où nous sommes, il y fait cher vivre, le pain coûte 7 à 8 sols la livre, le vin 12 sols d'Espagne qui fait 16 sols de France, et bien souvent l’on ne trouve pas à changer de l'argent de France pour de l'argent d'Espagne malgré qu'on y perd 30 à 40 sols par écu de 6 francs. Mais ça n'empêche pas que l'on est fort bien nourri avec notre ration, nous avons une petite bouteille de vin par jour, mais en récompense depuis que nous sommes en Espagne nous avons couché sur la terre et nous y sommes encore maintenant. Nous attendons tous les jours l'Empereur pour qui nous fasses cantonner dans les villages ou qui nous fasse entrer en ville, mais y n'arrive pas souvent. Mon cher père il ne faut pas que cela vous fasse de la peine car ça ne m’empêche pas que jouir toujours d'une santé parfaite. Je désire de tout mon cœur que la présente vous trouve de même car j'ai une grâce à rendre à Dieu…..


Sérignat écrit à son père de Saragosse, le 24 Octobre 1809 :
Mon très cher père la présente est pour m'informer de l'état de votre santé, ainsi que de votre situation et pour vous demander des nouvelles de mon frère et en même temps pour apprendre ce qu'est devenu le fils de Burdallet,c'est avec peine que je vais vous apprendre sa triste destinée. Etant à Randa,grande ville capitale de province, il est entré à l'hôpital ; quelques temps après le régiment est parti pour Madrid de manière que je l'ai été voir, je lui ai fait les adieux qu'on peut faire à un malade qui se trouve en pareille circonstance comme il était quand je l'ai quitté. Etant à Madrid, je me suis informé de lui par des camarades qui avaient resté à Randa avec lui. Ils m'ont dit que le 2 de Mai il s'était fait une révolution entre les bourgeois et les militaires, de manière que il y avait très peu de troupes ; ils ont été obligéS de se sauver, et ils ont égorgé tous ceux qui étaient à l'hôpital; et je doute bien qu'il s’est trouvé du nombre car il n'a pas reparu au corps depuis cette époque. D'ailleurs si je vous disais que de 13 que nous étions à Madrid du même arrondissement que ce de Nantua, nous ne sommes plus que 3. Le frère de Brunet qui était chez Brissondest mort le 11 dans le mois d'Avrilà Hére en Gascogne au dépôt. C'est pas mon devoir de vous marquer tout cela mais vous pourrez en garder le secret; mais c'est vrai comme j'ai l'honneur de vous le marquer, pour tant qu'à mon frère voilà plusieurs lettres que je lui écris je ne reçois pas de réponse ainsi je ne sais pas pour quel chose, peut-être est-il malade ou mort. Vous me ferez toujours à dire si ça écrit: Cher père je vous dirai que je suis venu à Saragosse conduire des prisonniers et je pars lundi pour rejoindre le régiment et comme l'on ne peut pas écrire d'où le régiment est, je profite de cette occasion pour vous donner des mes nouvelles. J'ai appris à mon arrivée que l'Empereur d’Allemagne parlait de faire la paix, mais ce n'est pas encore bien décidé puisque notre Empereur veut qu'il ne soit que Roi de Bohème et d'Hongrie,et le prince Murat qui a remplacé le Roi Joseph qui est maintenant Roi d'Espagne, va retourner dans son ancien royaume qui est Naples et le prince Murat sera Roi d'Autriche et Beauharnais qui était vice-roi d'Italie est maintenant Roi, l'Empereur lui a cédé sa couronne pour prendre possession de celle d'Espagne, et il veut fouetter les espagnols avec des verges de fer, c'est à dire des baïonnettes, puisqu'ils ne veulent pas reconnaître son frère pour roi, il veut les mener un peu dur. Je finis en vous embrassant du plus profond de mon cœur sans oublier mon frère et mes sœurs et suis pour la vie votre fils.
Mon adresse JS.sergent dans la 2e compagnie 1er bataillon 116e régiment 3e corps d'armée à Frayat en Espagne
Des compliments à mon parrain et à ma marraine et à mon oncle et son épouse sans oublier ma filleule, et à Claude Lacroix et au frère Balivet et toutes la famille, ainsi qu'à François Collaret, le père Evrard et François Tenand. Je les remercie infiniment de leurs entiers souvenirs, vous en ferez aussi à Emmanuel Bonneville ainsi qu'à son épouse, enfin tout le voisinage. J'ai écrit hier à Etienne Julliard,}'attend de ses nouvelles ainsi que de tous les pays qui sont Jean-marie Balivet, et Buffard et Rey-Grobellet. Vous me ferez réponse aussitôt la présente reçue et vous me marquerez ce qu'il y a de nouveau au pays. Adieu je me porte toujours bien, vous désireriez me voir mais j'en suis bien de même envers vous, mais il faut prendre patience peut être qu'un jour Dieu mettra fin à nos désir et nous aurons le plaisir et la satisfaction de parler ce que c'est la guerre et vous verrez votre fils qui est plus grand que vous et plus gros car ne m'appelle que le Gros Sérignat quand je me trouve avec mes collègues.
Sérignat


Société d’Études Historiques Révolutionnaires et Impériales POUR LA NATION, A LA GLOIRE DE L'EMPIRE
Lettres et mémoires inédits De soldats del' Ain 1792-1816
Par Jérôme CROYET, Docteur en histoire
Archiviste adjoint aux Archives Départementales de l'Ain Membre de la société d’Émulation de l'Ain
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
Paul Valéry

Peyrusse

Autres exemples de lettres...

Message par Peyrusse » 08 nov. 2017, 17:33

Merci pour ce passage fort intéressant. Il me semble que c'est à partir de 1845/1850 qu'apparaît le premier timbre-poste (et que la lettre est postée par l'expéditeur), n'est-ce pas ?
-------------
Cette lettre, qui fut publiée en avril 1914 dans le « Carnet de la Sabretache », est signée « Serafino Carocci ». L’en-tête de cette dernière indique « 1er régiment, 6ème escadron, 12ème compagnie ». L’auteur faisait donc partie des quatre régiments de Gardes d’honneur (1er, 2ème, 3ème et 4ème, de 2.500 hommes chacun) crées par un sénatus-consulte du 3 avril 1813 et rattachés à la Garde Impériale. Carocci dans cette lettre adressée à ses parents, y évoque son arrivée récente à Versailles (le 1er régiment était cantonné dans cette ville), quelques précisions uniformologiques, ses petits tracas financiers sa vie de garnison; et quelques détails encore, le tout dans un style simple et clair. Ajoutons que ce document fut traduit de l’italien lors de sa parution dans le « Carnet de la Sabretache ».

A Versailles, le 13 septembre 1813.

Le 11 de ce mois, nous sommes heureusement arrivés à Versailles, mais je suis sans nouvelles de vous depuis Turin. En vous répondant de Turin, je vous demandais de m’adresser une lettre à Lyon, mais je n’y ai rien trouvé. J’ai pensé que vous l’aviez envoyé à Pippo pour qu’il me la remette à Versailles et je n’ai rien trouvé ici non plus ; j’en suis fort mélancolique parce que qui sait si et quand je recevrai et vos lettres et l’argent dont je suis tout à fait dépourvu. Et l’on dit que nous allons bientôt partir pour la Grande-Armée, où l’on a déjà envoyé plusieurs escadrons de notre régiment qui se sont même déjà battus.M. le sous-préfet Borgio m’avait recommandé de ne faire aucune dépense. Et voilà qu’à peine arrivés, on nous a adressé l’ordre de nous faire confectionner un grand uniforme, une veste rouge à boutons d’argent à la hussarde, une paire de pantalons longs, un chapeau, un bonnet de police brodé ; le tout se monte à la somme de 200 francs. Quant à ceux qui ne voudront pas se faire faire ces objets, on les mettra hors des Gardes d’honneur. J’ai répondu que pour le moment je n’avais pas d’argent, ayant dépensé en route ; mais que dans 25 jours j’en aurais certainement reçu. Je vous prie de faire cet effort. Car ce serait un grand déshonneur si on me rayait de ce corps et si on m’incorporait comme petit soldat dans un régiment de ligne. Je vous prie aussi de penser au voyage que j’aurais à faire sous peu. Les vivres sont très chers et il est impossible de s’en procurer rien qu’avec notre paye. Pour vous faire comprendre le prix des choses, le vin : une bouteille de gros verre noir, pleine d’un liquide qui ressemble à de l’eau, et moitié moins grande que les nôtres, coûte 25 sous. Mais nous ne buvons que de l’eau parce que nous n’avons pas de vin. Seulement l’eau est très mauvaise et, de temps à autre, il faut bien boire de la bière qui coûte 7 sous la bouteille. C’est du reste à peine si on peut la boire, car c’est un breuvage fait d’un mélange d’orge et d’eau. Du reste je me résignerai et me ferai à tout. Maintenant je veux vous faire une analyse de notre vie et une description de la ville ; Versailles est une belle ville, on l’appelle le village de l’Empereur. Napoléon y a un palais et je vous assure que ce palais est plus grand et plus beau que celui de Monte-Cavallo à Rome. Vous n’y trouverez rien de pareil. Au milieu du jardin, il y a un grand lac et plus bas un autre jardin tout plein de plantes du Portugal aussi hautes que des noyers et enfin un coup d’œil magnifique de tous côtés. Chacune des rues de la ville est trois fois aussi large que le Corso de Rome. Je ne peux vous parler de tout puisque je ne suis arrivé qu’avant-hier. Mais Versailles est beaucoup plus beau que Lyon. Je ne peux rien vous dire de Paris parce que je n’y ai pas été faute d’argent. Mais j’espère bien recevoir un de ces jours les 50 francs que je vous demandais par ma lettre de Turin, à laquelle vous ne m’avez pas encore répondu comme je vous l’ai dit plus haut, mais que je compte bien voir arriver un de ces jours.

Maintenant voici quelle est notre vie.

A 5 heures du matin la trompette sonne et on va panser les chevaux, puis on leur donne à boire et ensuite l’avoine. Après on va faire l’exercice soit à pied soit à cheval jusqu’à 10 heures du matin. Ensuite, on va déjeuner. Ce repas se compose de la soupe et d’un mets bien accommodé et bien propre, préparé par une femme dans notre chambrée. On est libre jusqu’à 2 heures. A 2 heures, on panse de nouveau les chevaux et après le pansage, on nous rend notre liberté jusqu’à 8 heures, même où l’on va se coucher. Le lit n’est pas mauvais, la chambre non plus et nous ne pouvons pas nous plaindre. Je vous prie de me répondre courrier per courrier, d’autant plus que nous devons partit sous peu et que j’ai mis 25 jours en route. Mais si je partais, je dirais au maître de poste de me faire suivre la lettre sur telle ou telle ville par laquelle nous passerions, ainsi que la lettre de change ou l’argent qu’elle contiendrait. Par charité, je vous prie de ne pas m’abandonner. Je pourrais sans cela faire quelque mauvais coup. Aussi, je vous recommande de m’écrire de suite. Saluez pour moi les amis, M. Gaetano Moronti, le père, le maître de chapelle. Et si vous voyez le comtesse, dites-lui qu’à 3 étapes de Versailles, un capitaine français qui parlait italien et qui avait été à Ruti et qui me dit que ses fils devaient arriver dans 2 heures. J’ai beaucoup regretté de n’avoir pu les voir parce qu’il m’a fallu partir avec le détachement, et qu’eux ils allaient à la Grande-Armée ; mais ils étaient en bonne santé.

Saluez pour moi Luigi, Peppe, Antonio et sa femme. Je vous souhaite bonne santé à tous, à Mamare et à Nonna, et suis,

Votre fils bien affectionné,

Serafino CAROCCI.
-------------------
Voici la lettre d’un sous-officier, blessé à la bataille de la Moskowa, qui présente cette particularité qu’elle a été écrite, faute d’encre, avec de la poudre à canon. La poudre des cartouches devait être également utilisée au cours de cette terrible campagne, pour saler les bouillies et les morceaux de cheval, de même que l’étoupe dont on garnissait les caissons et délivrée par l’artillerie devait servir aux pansements. L’auteur, Antoine-Henry-Félix Bauve, est né à Paris le 12 mars 1785. Il apprenait le métier d’horloger chez son père Gilles Bauve, lorsqu’il fut enlevé à sa famille par la conscription de l’an XIV et incorporé au 9ème régiment d’infanterie, le 15 frimaire (6 décembre 1805).

Nommé caporal le 1er janvier 1807 et fourrier le 30 octobre, sergent-major le 9 juillet 1809, il est adjudant sous-officier depuis le 28 février 1812.

Il a fait les campagnes des années 1809, en Italie et en Allemagne et en 1810, au Tyrol.

Georges MAUGUIN (« Revue des Etudes Napoléonienne », janvier-juin 1935).

----------------------------

Russie, Ghjatsk, le 30 septembre 1812.

Chers papa et maman,

Les communications sont si difficiles et les postes ne pouvant être bien servies dans ce pays, je vous écris plus promptement que je ne l’aurais fait, c’est dans la crainte où je suis que vous n’ayez reçu ma lettre datée du 10 présent mois.

Par cette lettre, je vous faisais savoir qu’à la bataille donnée le 7 [septembre 1812] j’avais été blessé d’un coup de feu, qu’une balle m’était entrée au-dessous de l’épaule droite, était sortie au milieu et au-dessus de la gauche et que par un bonheur presque inouï cette blessure quoique forte n’était nullement dangereuse puisqu’elle ne m’avait attaqué aucune partie et que mes 4 membre étaient du reste très bien portants. Maintenant mes plaies sont dans le plus bel état, celle de l’épaule gauche est bientôt fermée et sans l’évacuation forcée que nous avons fait, puisque nous somme à 45 lieues en arrière de Moscou, je serais bien près de ma guérison.

Je vous donnais aussi avis que Tenins m’avait, dans l’état d’abattement et de dénuement où j’étais, fait prendre 60 francs, dont je lui ai fait un bon pour Madame sa mère et que je vous prie de lui acquitter. Il y a quatre mois que nous n’avions reçu un centimes de paye. Ce cher ami m’a dans cette circonstance rendu je crois la vie.

Le chagrin où j’étais de la perte de ma gargagnace [sic] qui venait de m’être volée au moment où on me pansait à l’ambulance et qui contenait ce que depuis un mois je me forçais de mettre en réserve dans le cas où je viendrais à être blessé, savoir : une petite bouteille de rhum, une chemise, des mouchoirs, des cravates et du biscuit qui venait encore de la Silésie et une gourde pleine d’eau-de-vie, toutes ces choses m’eussent été du plus grand secours, puisque nous avons été 2 jours sans secours et sans vivres et nous pansant nous-mêmes les uns aux autres, nous avons tant bien que mal fait équiper par nos domestiques trois petites voitures et, en volant des chevaux à droite et à gauche, nous avons formé une petite caravane pour nous sauver de ce séjour d’horreur, où à chaque instant nous risquions à périr dans les flammes. Nous avons par un très grand bonheur rencontré une honnête cantinière qui nous a bien voulu vendre du pain dont on n’avait pas voulu ailleurs, et moi, comme le moins riche, j’en pris un du poids de 3 livres qui me coûta 12 francs et un verre d’eau-de-vie pour mes plaies, 6 francs.

Nous avons, après trois jours de marche très pénible, puis que je ne pouvais que très peu supporter la voiture, gagner la ville d’où je vous écris et où nous y avons trouvé notre colonel, deux chefs de bataillon et tous les autres officiers du régiment qui étaient blessés et formaient un total de 39.

La fortune nous ne veut toujours. Il y a deux jours qu’un incendie qui dura 24 heures consuma 6 ou 8 maisons, tout ce que le hasard avait pu sauver lors du premier feu de cette ville. Nous avons été quittes pour chercher fortune au milieu des champs et le lendemain nous sommes revenus habiter une bicoque près la maison du colonel qui avait été épargnée par sa bonne construction qui n’est pas de bois comme toutes celles de ce pays. Nous espérions aussi aller à Moscou en convalescences. Pas du tout. Cette immense cité aussi grande que Paris est aussi flambée. Je ne conçois rien au système des Ruses, car ce sont eux qui mettraient le feu à leurs villes et villages. Nous avions l’espérance que cet hiver les habitants reviendraient et que nous pourrions y trouver quelques ressources, mais cette dernière circonstance empêche que 20.000 âmes puissent y trouver le moindre asile.

Écrivez-moi toujours au régiment et comme adjudant sous-officier pour que les ports de lettre ne vous coûtent pas comme officier 3 ou 4 francs. Je ne vous ai pas dit dans quelle compagnie j’étais. C’est dans la 3ème du 4ème bataillon. L’ami Legroux a été amputé du bras droit et il va très bien et sera guéri avant ceux qui ont des blessures légères. Il est proposé pour la croix. Ne dites rien de tout cela à sa mère si vous la voyez. Je dois lui écrire demain pour lui. Bartaumine, Baudin et tous ceux qui sont venus à la maison pour m’y voir, ont été blessés, mais légèrement.

Je présente mes respects à ma chère Tante. Embrassez-la comme je vous embrasse tous deux mille fois de cœur et croyez-moi pour la vie, Votre fils.

BAUVE.

Ecrivez-moi, je vous prie. Ayez pitié d’un pauvre diable.

Ecrivez à M. B [Bauve], adjudant sous-officier au 4ème bataillon du 9ème régiment de ligne, 4ème corps de la Grande Armée en Russie.

Avatar du membre
C-J de Beauvau
Adjudant sous-officier
Adjudant sous-officier
Messages : 1368
Enregistré le : 16 sept. 2017, 17:12

Re: Organisation du courrier

Message par C-J de Beauvau » 08 nov. 2017, 18:53

Merci pour ces autres lettres , elles sont poignantes, et en disent long sur ce que ces soldats ont vécu.
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
Paul Valéry

Peyrusse

A lire...

Message par Peyrusse » 08 nov. 2017, 21:15

Image
------------
Sur cette photographie, 4 ouvrages en rapport avec ce sujet.

P. CHARRIE, « Lettres de guerres, 1792-1815 », Editions du Canonnier, 2004.
« Lettres de Grognards. Edition illustrée et commentée par Emile FAIRON et Henri HEUSE. Préface de Louis MADELIN », Paris et Bruxelles, 1936.
« Paroles de grognards, 1792-1815. Lettres inédites de la Grande-Armée recueillies par Jérôme Croyet », Gaussen, 2016.
Ph.-F. de FRANK, « Les marques postales de la Grande-Armée par son histoire, 1805-1808 », Editions Jacques Lafitte, 1948.
-----------------
Composante mémorielle, au même titre que les « Mémoires » et les « Souvenirs », la correspondance recèle souvent de nombreux renseignements. Ecrite bien souvent avec spontanéité, elle reflète l’état d’esprit de celui qui la rédige.

Peyrusse

Lettres de généraux...

Message par Peyrusse » 08 nov. 2017, 23:06

Une lettre du général de Beaumont à son épouse…
--------------
Au bivouac en avant de Moscou, à 18 lieues [72 kilomètres], le 14 octobre 1812.

Mon adorable et tendre amie, voilà huit jours que nous sommes dans la même position sans avancer. Nous augurons donc que l’on traite d’un armistice de six mois. Plût à Dieu que cela soit et que nous soyons cantonnés, car la saison est déjà très froide et l’hiver sera dur à raison du climat. Sur sept lettres que tu m’as écrites de Berlin par estafette, je n’en ai reçu que quatre, les autres auront été interceptées par les cosaques sur nos derrières, car la route depuis. Smolensk à Moscou n’est pas sûre. Il y a au moins un mois qu’il n’est pas arrivé de courrier pour l’armée et par conséquent il n’en part pas ; je n’ai donc pu que profiter des bontés de M. le duc… [de Vicence : le général de Caulaincourt]. Je me porte bien, je n’ai besoin que de repos.

Dieu sait quand il arrivera, et malheureusement je suis si éloigné, et la saison sera si rigoureuse qu’il ne sera pas possible de voyager. C’est le général Sébastiani qui commande notre réserve ; il en a pris le commandement le lendemain de la bataille ; nous en sommes enchantés. On n’est pas plus brave que le roi de Naples [le maréchal Murat]. Il a rendu dans cette campagne de grands services à Sa Majesté Il est d’une bravoure et d’une activité sans égales, toujours aux avant-postes. La paix, ma bonne amie, voilà le plus grand bien qui puisse nous arriver ; s’il y a armistice, la paix s’ensuivra. Je n’en doute pas ; nous la désirons tous.Tu auras lu avec intérêt le bulletin du 7 [septembre 1812 : celle de Borodino], comme tu liras avec horreur notre entrée à Moscou.

Adieu, ton époux.

BEAUMONT.
------------------------------------
Voici une lettre rédigée par un certain « Georges ». Elle est adressée à « Sophie », son épouse.

Au bivouac, le 30 septembre 1812, à 6 lieues en arrière de Moscou.

Ma chère Sophie, j’ai reçu hier à la fois trois lettres de toi, deux par le général B. du 23 et du 30 août, et une par la poste du 6 août ; tu vois par là que la poste met 24 jours de plus que l’autre moyen et encore cette poste nous ne la voyons pas quelquefois de dix jours et plus, ce qui met dans l’impossibilité d’écrire. Il en est de même du payeur que nous n’avons pas vu depuis un mois. Si j’avais manqué l’occasion à Smolensk, je n’aurais point eu de traites à t’envoyer, le tout sans qu’il y eût eu de ma faute. Heureusement que pour notre correspondance j’ai trouvé des moyens, quoiqu’on m’ait bien observé de n’en point abuser. Je ne dois point te cacher, ma Sophie, que tes lettres ont porté le chagrin dans mon âme, je dirai plus, presque le désespoir. Tes accusations sans cesse répétées de fausseté, d’infidélité, d’hypocrisie ajoutent tant d’idées tristes à ma triste position que je suis quelquefois forcé d’envier le sort de M. d’Erval [Dupont d’Erval, adjudant commandant chef d’état-major de la 2ème division de cuirassiers, tué par un boulet le 7 septembre 1812 à la bataille de La Moskowa], il n’a souffert qu’une heure et moi je prévois qu’il me reste encore beaucoup à souffrir. Le plus cruel de mes maux c’est de voir que je n’ai plus ta confiance, que, malgré mon amour, ma constance et ma fidélité (depuis l’aveu de Bayonne), tu persistes à penser que j’ai menti constamment à ma conscience et à mes principes. M’abandonnant à de viles passions, je n’étais autre chose qu’un débauché honteux, trompant une femme crédule et vertueuse. Que me reste-t-il à faire dans ce malheur ? A désirer que tu reviennes entièrement de tes erreurs envers moi et ma conduite, ou à désirer que le premier boulet de canon mette un terme à ma vie et à mes souffrances.

Il me reste à te parler maintenant de ma situation physique ; elle n’est pas plus gaie que celle de mon pauvre cœur. Je t’écris d’un champ auprès d’un feu de bivouac ; il y a eu cette nuit six lignes de glace, tu t’apercevras facilement à mon écriture que je n’ai pas chaud aux doigts en t’écrivant. La belle jument que j’ai achetée à Berlin a été perdue le soir de la bataille de Mojaïsk, le 7 septembre, avec sa selle et housse galonnée. Quelques jours après, François a manqué avoir une jambe fracassée ; une roue de fourgon lui a passé sur la jambe. Il est guéri maintenant. Le gros cheval de calèche, si vif et si bon, est resté en route hier, ne pouvant plus marcher. Il ne me reste de chevaux pour moi que Bidchado et l’autre cheval que j’ai acheté en Prusse. Heureusement qu’on ne se battra plus probablement. On me remboursera 900 francs pour deux chevaux qui m’ont 1.400 francs et jusqu’à présent point de récompense.

Je suis bien triste, ma Sophie, mais si tes reproches ne m’accablaient point, je supporterais tout avec courage et résignation. Comme mon existence toute entière dépend de toi, il dépend de toi de porter mon désespoir à son comble ou de me rendre à l’espoir et au bonheur.

Je t’embrasse, j’embrasse nos bons petits enfants. Ton amant, époux et ami pour la vie.

GEORGES.

J’ai des schalls pour Sophie et Clara qui sont très beaux, j’espère le leur porter moi-même. C’est quand il gèle qu’on voyage commodément en ce pays en poste ou en traîneau.

6 octobre.- J’ai reçu hier tes deux lettres des 6 et 8 septembre. Je rouvre cette lettre, que je n’avais pu t’envoyer, pour t’accuser réception de ces lettres. Les négociations pour la paix sont commencées. Ma santé continue à être bonne ; tes lettres m’ont un peu calmé. J’y répondrai.

Peyrusse

Lettre du général Compans à son épouse

Message par Peyrusse » 10 nov. 2017, 00:08

Dorogobouje, le [resté en blanc] novembre 1812.

Ma chère Louise, j’ai reçu hier avec une extrême joie cinq de tes lettres. Elles ont calmé une double inquiétude que j’éprouvais depuis plusieurs jours, celle d’être sans nouvelles de toi et celle de voir par ta correspondance qu’aucune des lettres, que j’avais écrites après celle du 7 septembre, ne te parvenait ; cette double inquiétude cesse enfin. Je me rapproche tous les jours de toi et j’espère que cet hiver notre correspondance qui fait tout mon bonheur reprendra toute son activité. Ma division a combattu plusieurs jours de suite à l’arrière-garde et toujours avec beaucoup d’ordre et de bravoure ; mais le 2 de ce mois devant Viasma elle prit part à un combat assez sérieux où elle ajouta beaucoup à la gloire qu’elle s’est acquise pendant cette campagne. Le 57ème régiment a bien justifié le surnom de « Terrible » que l’Empereur lui donne en Italie. Il s’est fort distingué dans cette campagne ; j’ai été aussi très satisfait des trois autres régiments [25ème, colonel Dunesme, 61ème colonel Bouge et 111ème, colonel Julliet]. Mon artillerie ne m’a rien laissé à désirer ; elle était parfaitement conduite. Je connaissais déjà l’intérêt que Mme de Lépine avait bien voulu prendre à ma blessure et je t’avais priée d’être auprès d’elle l’interprète de ma gratitude et de tous mes sentiments. On dirait que je me suis donné le mot avec cette aimable dame pour te mettre dans la confidence de ce que nous avons l’un pour l’autre. Réitère-lui que je l’aime bien et que je saisirai toutes les occasions de le lui témoigner. Je ne m’intéresse pas moins à sa santé qu’elle ne s’est intéressée à ma blessure. Je conçois que ta famille n’ait pas été moins inquiète que toi sur mon compte, voyant ma correspondance cesser après le 7 septembre. Je conçois aussi qu’elle ait vivement partagé toute la joie lorsque tu reçus à la fois cinq lettres qui te donnent de mes de mes nouvelles jusqu’au 14. J’aime cette bonne famille autant qu’elle peut m’aimer et j’espère qu’un temps viendra où nous passerons d’heureux jours ensemble. L’accident d’un de tes beaux yeux n’aura probablement pas de suites fâcheuses, ma chère Louise. C’est ordinairement un mal très passager qu’un coup d’air de cette espèce. Je vois avec plaisir que ta santé et celle du petit Monique-Napoléon [Dominique-Napoléon, son fils] ; ménage-les bien l’une et l’autre.

Je t’écris au bivouac, la neige tombe en ce moment d’une telle force qu’elle m’oblige à finir cette lettre. Je vous embrasse de cœur et d’âme.

Comte D.COMPANS


Avatar du membre
C-J de Beauvau
Adjudant sous-officier
Adjudant sous-officier
Messages : 1368
Enregistré le : 16 sept. 2017, 17:12

Re: Organisation du courrier

Message par C-J de Beauvau » 04 févr. 2019, 14:40

Seuls les gens aisés peuvent recevoir des lettres. Car le port est payé par le destinataire et non par l'expéditeur, comme cela se fait généralement aujourd'hui. Le tarif est le suivant pour la lettre simple pesant moins de 7 grammes.
Jusqu'à 100 km…………….2 décimes
100 à 200 km…………….3 décimes
200 à 300 km…………….4 décimes
400 à 500 km…………….5 décimes
500 à 600 km…………….7 décimes
600 à 800 km…………….8 décimes
800 à 1.000 km…………….9 décimes
au-dessus de 1.000 km……1 franc
Ce tarif, fixé par la loi du 27 frimaire an VIII sera modifié par la loi du 14 floréal an X ramenant à 6 grammes le poids de la lettre simple
Enfin la loi du 24 avril 1806 établit onze zones de taxation au lieu de huit précédemment.
Comment envoyer des lettres ? Soit en les déposant au bureau le plus proche, soit comme à Paris en les jetant dans les boîtes disposées dans certaines rues. Paris dispose de huit bureaux et, en 1810, 308 boîtes à lettres ont été installées dans les rues. En hiver, les boîtes sont levées 5 fois par jour et 5 distributions sont assurées. En été, du 30 mars au 1er octobre, le nombre est porté à dix. Les habitants de la banlieue parisienne sont moins privilégiés : une seule levée et une seule distribution par jour. En province certaines communes disposent d'un bureau de poste et le départ des courriers est variable, mais en général on compte un départ tous les deux jours.

Pour la province, en général une levée et une distribution chaque jour de la semaine, ou seulement trois jours par semaine selon l'importance de la localité ( » le public est prévenu qu'il est très essentiel de mettre sur l'adresse le nom du département dans lequel se trouve la commune où l'on écrit « ).
Pour les pays étrangers les lettres seront affranchies non plus par le destinataire mais par l'expéditeur » sous peine de rester au rebut « .
L'affranchissement sera total jusqu'à destination pour le royaume d'Italie, la principauté de Piombino, Rome, et de nombreuses cités allemandes appartenant à la Confédération du Rhin et tout le Hanovre.
Il sera partiel pour les colonies, jusqu'au port de mer; l'Angleterre, jusqu'à Douvres ; les possessions de la Maison d'Autriche, jusqu'à Strasbourg; l'Istrie et l'Illyrie, jusqu'à Vérone ; les isles d'Italie, jusqu'à Vérone ; le bassin méditerranéen, jusqu'à Marseille ; la Suisse, jusqu'à Huningue ou Pontarlier…
On ne peut affranchir pour les royaumes d'Espagne et de Portugal, pour le royaume de Hollande.
L'affranchissement est facultatif pour la Prusse, tout en demeurant partiel jusqu'à Clèves, Erfurt' Hambourg.
Quelques exemples de durée des parcours par relais de poste en 1809 :
Paris-Anvers………………..3 jours 1/2
Paris-Bruxelles…………….3 jours
Paris-Lille……………………3 jours
Paris-Lyon……………………4 jours
Paris-Mayence……………..5 jours
Paris-Genève………………..6 jours
Paris-Nantes…………………4 jours
Paris-Strasbourg…………..5 jours
Paris-Toulouse……………..8 jours
Paris-Rouen…………………13 heures
Paris-Caen…………………..1 jours1/2
Paris-Bordeaux…………….5 jours
Ces renseignements,sont tirés de l'almanach Impérial de 1809
https://www.napoleon.org/histoire-des-2 ... nications/
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
Paul Valéry

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2332
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36
Localisation : Pays du Peuple des Géants

Re: Organisation du courrier

Message par Cyril Drouet » 04 févr. 2019, 17:59

QUENNEVAT Jean-Claude a écrit :
04 févr. 2019, 14:40
Ce tarif, fixé par la loi du 27 frimaire an VIII
La suite :
« Art. 2. Les distances de bureau à bureau de poste aux lettres établi, seront calculées par kilomètres, et toute fraction abandonnée.
Art. 3. Il sera dressé un tableau des services de postes aux lettres actuellement existants; et les principes déterminés par l'article 1er y seront appliqués, sans aucune altération, pour l'avenir.
Art. 4. Ce tableau sera déposé dans les archives du Gouvernement ; une copie certifiée conforme par le ministre des finances, restera entre les mains du commissaire central près l'administration des postes.
Art. 5. A dater du 1er germinal prochain , les lettres seront taxées en francs et décimes, et il ne sera fait usage, dans tous les bureaux de postes, pour la taxe des lettres, que des poids républicains.
Art. 6. Les lettres au-dessous du poids de sept grammes seront taxées comme lettres simples.
Art. 7. La lettre du poids de sept et jusqu'à dix grammes exclusivement, paiera un décime en sus du port simple. La lettre ou paquet du poids de dix à quinze grammes exclusivement, paiera moitié en sus du port simple ; et ainsi de suite de cinq en cinq grammes, jusqu'au poids de cent grammes ;
De cent grammes à deux cents grammes, par chaque poids de dix grammes, la moitié du port simple en sus ;
A deux cents grammes, une fois le port en sus pour chaque trente grammes.
Toutes les fois que le poids des lettres ou paquets donnera lieu à une fraction de cinq centimes, il sera ajouté cinq centimes pour parvenir à la taxe en décimes, conformément à l'article 5.
Art. 8. La taxe des lettres de et pour la même commune, est réglée ainsi qu'il suit :
La lettre simple au-dessous du poids de quinze grammes sera d'un décime ;
La lettre ou paquet du poids de quinze grammes, et au-dessous du poids de trente grammes, paiera deux décimes; celle du poids de trente à soixante grammes paiera trois décimes; et ainsi de suite par chaque poids de trente grammes, un décime en sus.
Pour le service des environs ou arrondissements des grandes communes, il ne sera perçu que,
Pour la lettre simple, deux décimes ;
Pour celle du poids de sept grammes et au-dessous de quinze, trois décimes ;
Pour celle du poids de quinze grammes , et au-dessous du poids de trente grammes, quatre décimes ;
Et pour chaque poids de quinze grammes en sus, un décime.
L'administration des postes sera autorisée à faire servir par ses courriers les bureaux de distribution des arrondissements des grandes communes, lorsqu'ils se trouveront sur leur passage.
Art. 9. Il ne sera rien innové à la taxe et affranchissement des lettres de et pour l'étranger, dont les proportions sont applicables aux départements réunis, jusqu'au renouvellement des traités avec les offices étrangers concernant la taxe des lettres. Et lorsque cette taxe donnera lieu à une fraction de cinq centimes, on ajoutera encore cinq centimes pour arriver à la taxe en décimes.
Art. 10. Quant à la taxe des lettres de l'étranger, entrant en France par des communes frontières de départements faisant nouvellement partie de la République, pour ces mêmes départements, elle sera du prix fixé par le présent tarif; plus, du remboursement fait aux postes étrangères.
Art. 11. L'autorité exécutive pourra entrer en négociation avec les offices étrangers, pour le changement ou le renouvellement des différents traités qui existent avec eux
relativement aux lettres.
Art. 12. La lettre envoyée des départements du Golo et de Liamone pour les autres départements, et réciproquement, paiera deux décimes pour voie de mer, en sus de la taxe fixée par le présent tarif pour la distance parcourue tant dans les deux départements ci-dessus que dans ceux de l'intérieur de la République.
Art. 13. Les lois actuelles concernant le transport des ouvrages périodiques ou objets de librairie, les articles d'argent, le chargement des lettres et paquets, leur affranchissement, ainsi que toutes les dispositions relatives à l'affranchissement des lettres pour les militaires, sont maintenues.
Art. 14. Il en est de même des taxes relatives aux lettres venant des colonies, ou qui y sont adressées : ces taxes auront lieu, comme par le passé, à raison d'un décime en sus pour la lettre. Quant aux paquets pesant, ils seront taxés d'un décime de plus par chaque poids de trente grammes. »
QUENNEVAT Jean-Claude a écrit :
04 févr. 2019, 14:40
modifié par la loi du 14 floréal an X
« Art. 2. Les lettres au-dessous du poids de six grammes, seront taxées du port fixé par l'article 1er de la loi du 27 frimaire an VIII.
Art. 3. La lettre du poids de six grammes, et jusqu'au poids de huit grammes exclusivement, paiera un décime en sus du port simple.
La lettre du poids de huit grammes, et jusqu'à dix grammes inclusivement, paiera une fois et demie le port.
La lettre ou paquet au-dessus du poids de dix grammes, et jusqu'à quinze grammes exclusivement, paiera deux fois le port de la lettre simple.
La lettre ou paquet du poids de quinze à vingt grammes exclusivement, paiera, deux fois et demie le port; et ainsi de suite, la moitié du port en sus par chaque poids de cinq grammes.
Toutes les fois que le poids des lettres ou paquets donnera lieu à une fraction de cinq centimes, il sera ajouté cinq centimes pour parvenir à la taxe en décimes, conformément à l'article 5 de la loi du 27 frimaire an VIII.
En conséquence les articles 6 et 7 de la loi du 27 frimaire an VIII, concernant la taxe des lettres et paquets, sont abrogés en ce qu'ils ont de contraire aux dispositions ci-dessus.
Art. 4. A mesure qu'il sera conclu de nouvelles conventions avec les offices étrangers, la taxe des lettres de et pour l'étranger sera perçue, savoir, sur les lettres partant de l'intérieur de la République, selon les progressions de la présente loi et celles non abrogées de la loi du 27 frimaire an VIII; et sur les lettres arrivant de l'étranger, selon les précédentes lois, et proportionnellement aux prix perçus chez l'étranger sur les lettres de la République.
Le Gouvernement pourra déterminer plus particulièrement, dans la forme établie pour les règlements d'administration publique, les taxes de départ et celles d'arrivée, selon les circonstances et la nature des conventions.
Art. 5. L'article 12 de la loi du 27 frimaire an VIII est applicable aux lettres destinées pour l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, pour le passage de mer de Calais à Douvres, et réciproquement. »
QUENNEVAT Jean-Claude a écrit :
04 févr. 2019, 14:40
Enfin la loi du 24 avril 1806 établit onze zones de taxation au lieu de huit précédemment.
Jusqu'à 50 km : 2 décimes
De 50 à 100 km : 3
De 100 à 200 km : 4
De 200 à 300 km : 5
De 300 à 400 km : 6
De 400 à 500 km: 7
De 500 à 600 km : 8
De 600 à 800 km : 9
De 800 à 1000 km : 10
De 1000 à 1200 km : 11
Au delà de 1200 km : 12

A noter que la taxe des lettres portées à l'intérieur de Paris et de ses faubourgs était portée de 10 à 15 centimes.
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2332
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36
Localisation : Pays du Peuple des Géants

Re: Organisation du courrier

Message par Cyril Drouet » 04 févr. 2019, 20:27

Cyril Drouet a écrit :
04 févr. 2019, 17:59
QUENNEVAT Jean-Claude a écrit :
04 févr. 2019, 14:40
Enfin la loi du 24 avril 1806 établit onze zones de taxation au lieu de huit précédemment.
Jusqu'à 50 km : 2 décimes
De 50 à 100 km : 3
De 100 à 200 km : 4
De 200 à 300 km : 5
De 300 à 400 km : 6
De 400 à 500 km: 7
De 500 à 600 km : 8
De 600 à 800 km : 9
De 800 à 1000 km : 10
De 1000 à 1200 km : 11
Au delà de 1200 km : 12

A noter que la taxe des lettres portées à l'intérieur de Paris et de ses faubourgs était portée de 10 à 15 centimes.[/justify]
A noter que la loi du 24 avril 1806 a été modifiée par celle du 20 avril 1810 :

« Art. 15. Le maximum de la taxe des lettres , fixé par l'article 10 [20] du titre 5 de la loi du 24 avril 1806, à douze décimes pour toute distance au-delà de douze cents kilomètres indéfiniment, dans l'intérieur de l'empire, est supprimé.
Art. 16. A dater du jour de la publication de la présente loi, il sera perçu pour le port des lettres, au-delà de douze cents jusqu'à quatorze cents kilomètres : 12 décimes.
Au - delà de quatorze cents kilomètres jusqu'à seize cents : 13
Au - delà de seize cents kilomètres jusqu'à dix-huit cents : 14
Et ainsi successivement, un décime de plus pour chaque nouvelle distance de deux cents kilomètres. »
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)

  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Moustache le courrier personnel de L'Empereur
    par augustin1813 » 12 déc. 2014, 17:00 » dans Salon Ier Empire
    14 Réponses
    569 Vues
    Dernier message par Cyril Drouet
    15 févr. 2019, 11:53
  • L'Armée Napoléonienne Organisation et Stratégie
    par Loïc Lilian » 26 août 2016, 16:49 » dans Livres - Revues - Magazines
    4 Réponses
    755 Vues
    Dernier message par Loïc Lilian
    27 août 2016, 21:58