ÉCONOMIE : L'essor du sucre durant l'Empire

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Route Napoleon

ÉCONOMIE : L'essor du sucre durant l'Empire

Message par Route Napoleon »

:salut: La Brie n'est pas que le pays du fromage, c'est aussi celui de la betterave...
C'est en 1799, que Charles Desrone attire l'attention du grand public sur la possibilité de produire du sucre de betterave dans son " Traité sur le sucre de betterave ". Il faut dire que le prix du sucre, à cause de la guerre avec l'Angleterre donne de l'importance à cette découverte. Alors que le prix du sucre monte à 6 frs le kilo, les bénéfices peuvent être considérables. Deux établissements ouvrent en Seine-et-Marne, dans l'ancienne Abbaye de Chelles, mais échouent par leur méconnaissance des techniques.
Le comte d'Argoult vient tirer cette industrie, sous l'impulsion de l'Empereur qui l'encourage vivement. De nouvelles expériences sont reprises par Benjamin Dellessert. Son cousin, Armand Delessert, posséde une raffinerie de sucre de canne à Nantes qui, avec l'aide de Louis Say, devint plus tard Beghin-Say.
Cette usine, bleue, existe toujours à Nantes...La petite-fille de Louis Say, Baptistine a épousé le petit-fils du Maréchal de Bourmont, un des héros de Waterloo...
Après des tâtonnements, avec l'aide de Jean-Baptiste Quéruel, Benjamin Delessert obtient en grande quantité le sucre cristallisé. Informé, Napoléon s'écrie : '" Il faut aller voir ça ! ". Convaincu, il ordonne par décret le remplacement du sucre de canne prohibé, en faisant produire 32.000 hectares de betteraves. Dès lors, les fabriques se multiplient pour atteindre bientôt une qualité en quantité...
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Joker
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Re: ÉCONOMIE : L'essor du sucre durant l'Empire

Message par Joker »

Durant l'Empire, le sucre est un élément majeur de l’économie.
Le blocus des côtes françaises par les navires anglais, auquel Napoléon répond par le Blocus continental, empêche l’arrivée en France du sucre de canne produit dans les Antilles.
Le prix du sucre grimpe en flèche.
Napoléon accorde alors des crédits à l’Académie des Sciences pour étudier des modes de production alternatifs.
On cherche à extraire le sucre de plantes indigènes comme le raisin, le blé ou la châtaigne, mais les résultats sont décevants.


Jusqu’au jour de janvier 1812 où un fabricant de Passy, Benjamin Delessert, réussit à clarifier le sucre de betterave.
Immédiatement averti, l’Empereur se rend sur place.
A l’issue de la visite, Napoléon est tellement ravi de ce qu'il vient de voir qu'il décroche sa propre Légion d’Honneur pour décorer Delessert !

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Bernard
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Re: ÉCONOMIE : L'essor du sucre durant l'Empire

Message par Bernard »

Joker a écrit :
06 janv. 2020, 18:50
Jusqu’au jour de janvier 1812 où un fabricant de Passy, Benjamin Delessert, réussit à clarifier le sucre de betterave.
Immédiatement averti, l’Empereur se rend sur place.
A l’issue de la visite, Napoléon est tellement ravi de ce qu'il vient de voir qu'il décroche sa propre Légion d’Honneur pour décorer Delessert !
Il faut pondérer ce récit un peu trop rapide. Benjamin Delessert (1773-1847) est un personnage très intéressant, financier essentiellement mais aussi philanthrope. Il est notamment l'importateur du concept des Caisses d'épargne et le père des soupes populaires. Plus qu'un fabricant, c'est un homme d'affaires avisé. Son invention sucrière, qui fit sa fortune, n'est pas seulement le raffinage du sucre de canne mais surtout, à cause du blocus, d'avoir réussi à extraire le sucre de la betterave et à fabriquer le pain de sucre qui a facilité le transport. Il n'est pas l'inventeur proprement dit mais celui qui a réussit à faire aboutir le procédé grâce aux recherches de l'Allemand Franz Karl Achard et du chimiste français Jean-Baptiste Quéruel. Il fut également fait baron de l'Empire... A son décès, il fait un leg qui oblige la Caisse d'épargne de Paris qu'il a longtemps présidée à donner chaque année 50 francs à 3 000 ouvriers... Et il y aurait tellement d'autres choses à dire sur ce personnage formidable.
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Re: ÉCONOMIE : L'essor du sucre durant l'Empire

Message par Joker »

Merci pour le complément d'informations ainsi apporté. :salut:
Le personnage méritait en effet un plus long développement que le raccourci proposé.
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Cyril Drouet
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Re: ÉCONOMIE : L'essor du sucre durant l'Empire

Message par Cyril Drouet »

Bernard a écrit :
06 janv. 2020, 20:15
Joker a écrit :
06 janv. 2020, 18:50
Jusqu’au jour de janvier 1812 où un fabricant de Passy, Benjamin Delessert, réussit à clarifier le sucre de betterave.
Immédiatement averti, l’Empereur se rend sur place.
A l’issue de la visite, Napoléon est tellement ravi de ce qu'il vient de voir qu'il décroche sa propre Légion d’Honneur pour décorer Delessert !
Il faut pondérer ce récit un peu trop rapide.
Voici ce qu’on pouvait lire dans le Moniteur du 3 janvier 1812 :

«  S.M. est allée voir aujourd’hui [2 janvier 1812] la fabrique de sucre de betteraves établie par M. Benjamin Delessert, à Passy, où se trouvait M. le Comte Chaptal, sénateur. S. M. a visité cet établissement dans le plus grand détail : elle en a témoigné sa satisfaction à M. Delessert, à qui elle a accordé la décoration de la Légion d'honneur. Elle a fait donner une semaine de paye en gratification aux ouvriers.
La révolution dans le commerce colonial que des succès heureux et multipliés opèrent, et qui entraînera la ruine des sucreries de cannes, est consommée. Un arpent semé en cannes à sucre dans les colonies ne produit qu'un tiers de plus qu'un arpent cultivé en betteraves dans une partie quelconque du continent. Le résidu de la fabrication du sucre de betteraves fournit de plus une nourriture abondante pour les bêtes à cornes. Le prix du sucre non raffiné de cannes, en y ajoutant le droit d'occident, les frais du transport par mer , et ceux du transport par terre pour approcher la denrée du consommateur , était au minimum à Paris, avant la révolution, de 12 sols la livre. On fabrique aujourd'hui du sucre de betteraves qui ne revient qu'à 18 sols , et qui ne coûtera pas 15 sols lorsqu'on aura perfectionné les procédés et les machines. Ainsi, en mettant sur le sucre étranger un droit de vingt-cinq pour cent, non seulement le sucre de betteraves pourrait, dans tous les temps, soutenir la concurrence, il jouirait même d'un avantage assez grand pour encourager puissamment la fabrication.
Dans l'état actuel des choses, si le tarif du 5 août était réduit au quart, la prime qui resterait pour le sucre de betteraves serait encore plus avantageuse : mais ce qui garantit aux fabricant de grands bénéfices, c'est l'intention où est S. M. de maintenir, pendant plusieurs années, les droits sur le sucre des colonies au taux fixé par le tarif du 5 août.
La même révolution s'opère à l'égard de l'indigo. La fécule du pastel produit un indigo absolument semblable à celui de Guatimale. Il en a toutes les qualités, et il est beaucoup moins cher.
La balance de notre commerce gagnera donc quatre-vingt-dix millions que payait la France à l'étranger pour le sucre et l'indigo. L'Allemagne et les autres pays de l'Europe ayant déjà établi et protégeant la fabrication du sucre et de l'indigo indigènes, on peut estimer à 2 ou 300 millions la perte qui en résultera pour le commerce anglais.
Le ministre de l'intérieur a mis sous les yeux de S. M. l'état de la récolte faite cette année, en betteraves, dans les divers départements, et celui des établissements formés pour l'extraction du sucre. Les mesures prises pour la culture ont marché plus vite que celles qui ont été adoptées pour la formation des fabriques, de sorte que, quoiqu'elles soient déjà nombreuses, elles n'ont pas suffi pour la quantité de betteraves qui ont été récoltées. Les propriétaires des raffineries n'ont pas saisi assez promptement une circonstance qui leur était si favorable. Un capital de 20 à 30 mille francs par fabrique aurait fourni les établissements nécessaires à la fabrication de cent ou deux cent milliers de sucre; c'est pour les propriétaires des raffineries surtout que cette industrie serait avantageuse, puisqu'ils fabriqueraient le sucre l'hiver, qu'ils le raffineraient l'été, et qu'ils tireraient ainsi parti du capital si longtemps inactif de leurs raffineries. Il faut cultiver cent mille arpents en betteraves pour produire une quantité de sucre qui suffise à la consommation totale de la France. Tout porte à penser qu'en 1813 on approchera beaucoup de ce résultat. Avec l'avance d'un capital de 6 millions on établira deux ou trois cents nouvelles fabriques, et la France n'aura plus besoin d'envoyer son numéraire outre-mer, pour acheter le sucre qu'elle consomme. Elle le recueillera sur son propre sol, et nos raffineries ne dépendront plus de l'avidité de nos ennemis. Voilà ce que l'Angleterre devra aux ordres atroces du conseil de 1806 et de 1807. »
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