L'Egypte au moment du départ de Bonaparte

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barthelemy

Re: ÉGYPTE : Les buts de l'expédition d'Egypte

Message par barthelemy »

JOKER, je suis heureux de vous entendre écrire ceci ! :

"Elle répondait également à d'autres objectifs à la fois civils et politiques tout en visant à une meilleure connaissance de l'Antiquité et de la civilisation égyptiennes"

Je déduis donc de vos propos que la Campagne d'Egypte n'était pas QUE une vulgaire entreprise de colonisation....
si je m'efforce (compte tenu moi aussi de mon modeste niveau de connaissances historiques) de synthétiser, je dirais :

- but principal : campagne militaire visant à contrecarrer la puissance britannique en Méditerranée et route des Indes

- buts secondaires (dans le désordre) :
- apporter les Lumières à un peuple "abruti" (je cite Bonaparte, qui est une source fiable ;) )
- faire de l'Egypte, province ottomane relativement facile à prendre, une colonie française
- renflouer les caisses du Directoire (dixit L'âne)
- se débarrasser d'un jeune général ambitieux en l'envoyant voir plus loin si on y est :)
Modifié en dernier par barthelemy le 10 sept. 2017, 09:56, modifié 1 fois.

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Demi-solde
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Re: ÉGYPTE : Les buts de l'expédition d'Egypte

Message par Demi-solde »

Joker a écrit :
09 sept. 2017, 17:51
Elle répondait également à d'autres objectifs à la fois civils et politiques tout en visant à une meilleure connaissance de l'Antiquité et de la civilisation égyptiennes.
L'attrait pour l'Antiquité lors de la Révolution puis le Directoire est effectivement considérable (au hasard, les bonnets phrygiens, les faisceaux de licteur, les "toges" écarlates des membres du conseil des Cinq-Cents, Brutus Bonaparte, etc.) ; et s'il ne justifie pas à lui seul l'expédition d’Égypte, il explique la nuée de scientifiques embarqués.

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Cordialement

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L'âne
 
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Re: ÉGYPTE : Les buts de l'expédition d'Egypte

Message par L'âne »

En Europe, l'égyptomanie, qu'illustrera sous le Consulat le style « retour d'Égypte », est bien antérieure à l'expédition de Bonaparte.
Le futur général Kléber a lui-même construit un pavillon de style égyptien alors qu'il était encore architecte (1787).
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Cyril Drouet
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Re: ÉGYPTE : Les buts de l'expédition d'Egypte

Message par Cyril Drouet »

Longtemps restée secrète, l’expédition d’Egypte fut annoncée officiellement le 14 septembre 1798 par le message suivant :

« Citoyens représentants,
Le Directoire s'empresse d'apprendre au Corps législatif que les troupes françaises sont entrées en Égypte. La nation française, la Porte ottomane elle-même, et les peuples opprimés de ce pays superbe et malheureux ont enfin des vengeurs.
Cet événement mémorable était dès longtemps entrevu par un petit nombre d'hommes à qui les idées glorieusement utiles sont familières; mais on s'était trop accoutumé à le ranger parmi les objets chimériques. Il était réservé à la France républicaine de réaliser ce nouveau prodige.
Les causes qui l'ont préparé et qui en consacrent le succès doivent être retracées en ce moment.
Depuis près de quarante ans, les Beys, avec leurs Mamelucks, ces esclaves dominateurs de l’Égypte, accablaient des plus odieuses vexations les Français établis dans ces contrées sur la foi de nos traités avec la Porte. C'est de l'époque de la domination d'Ali-Bey, vers 1760, que date surtout l'exercice de ces outrages. Cet audacieux usurpateur, après avoir secoué le joug du Grand Seigneur en chassant ignominieusement son pacha, en refusant son tribut, et en s'arrogeant le droit de battre monnaie à son propre coin, prodigua les insultes à nos consuls, les menaces des châtiments les plus vils à nos drogmans, et des avanies sans nombre à nos négociants.
Ses successeurs, Kralil-Bey et Mohammed-Bey méritèrent quelques-uns de ces reproches; mais Mourad-Bey et Ibrahim-Bey, qui régnèrent après eux, ont surpassé (le premier surtout), tous leurs prédécesseurs en brigandages. Indignée de la conduite de ces oppresseurs, la Porte ottomane parut, en 1786, vouloir en tirer vengeance. A l'aide des forces que commandait Hassan-Pacha, elle les contraignit à prendre la fuite, et leur donna un successeur; mais elle ne sut point ressaisir alors son autorité, et les deux Beys, en 1791, à la mort d'Ismaël-Bey, qui les avait remplacés, recouvrèrent sans obstacle, et par conséquent affermirent leur domination ancienne.
Dès cet instant, mais surtout depuis l'époque où la France se constitua en République, les Français éprouvèrent en Égypte des vexations mille fois plus révoltantes. Il fut aisé de reconnaître là l'influence et les fureurs du cabinet britannique. Les avanies de tous les genres se multiplièrent, souvent même sans le prétexte du besoin, et toutes réclamations furent étouffées.
L'an 2 de la république, le consul voulut porter de justes représentations à Mourad-Bey, au sujet d'exactions extraordinaires ordonnées par cet usurpateur contre les négociants français ; le Bey, loin de se montrer disposé à acquiescer à sa demande, fit à l'instant transporter chez le consul lui-même la force armée, avec ordre d'y rester jusqu'à ce que tout le fruit de cette odieuse concussion lui eût été livré.
Vers la fin de cette même année, les vexations s'accrurent à un tel point que les Français établis au Caire, pressés de mettre leurs personnes et les restes de leur fortune hors de ces imminents dangers, se décidèrent à transporter leurs établissements à Alexandrie. Mais Mourad-Bey s'indigna de cette résolution; il ordonna qu'on les poursuivît dans leur fuite, les fit ramener comme de vils criminels, et redoubla de fureur contre eux tous, lorsqu'il crut savoir qu'un des fugitifs avait pour frère un membre de la Convention nationale, contre laquelle il vomissait d'effroyables injures.
Alors sa tyrannie ne connut plus de bornes ; la nation française se trouva prisonnière en Égypte ; le Bey, tourmenté à chaque instant de la crainte que quelqu'un n'essayât de tromper sa surveillance, osa dire à notre consul que si un seul des Français le tentait, tous et le consul lui-même paieraient cette fuite de leur tête.
Tant d'audace et de fureur se conçoivent à peine de la part même d'un tyran, alors surtout qu'il existait entre celui-ci et les négociants français de si nombreux rapports d'intérêt ; bientôt il sentit que cette excessive tyrannie ne lui serait pas longtemps profitable ; il rendit donc, sur la demande du grand-visir, non les sommes extorquées, mais la liberté aux Français; et alors même, pour prix de ce qu'il réputait une grâce, il leur imposa de nouveaux sacrifices pécuniaires.
Les Français purent donc, dans l'an 3, s'établir à Alexandrie ; mais là, ainsi qu'à Rosette et autres places situées sur les bords de la Méditerranée, ils furent constamment livrés à la rapacité de tous les agents subalternes. Ces agents du bey, plus vils et plus brigands que lui, s'emparaient avec violence des marchandises françaises à mesure qu'elles arrivaient dans le port : ils en fixaient eux-mêmes les prix, et se constituaient encore maîtres du mode de payement. Opposait-on la moindre résistance, la résistance la plus légitime, les moyens de force étaient mis en usage pour la faire cesser. C'est ainsi qu'à Rosette les portes de notre vice-consul furent enfoncées, ses fenêtres brisées, et qu'on osa tourner sur lui une arme à feu, parce qu'il n'avait pas voulu se soumettre à une contribution à laquelle Mourad-Bey lui-même avait ordonné de soustraire les Français. Nonobstant cet ordre du bey, il fallut que le consul cédât à la violence.
Enfin, le 21 nivôse de l'an 6, Coraïn, douanier de Mourad-Bey à Alexandrie, a fait assembler sous ses yeux tous les drogmans, et leur a déclaré que la plus légère violation de ce qu'il nomme les droits de son maître serait punie de cinq cents coups de bâton, sans égard pour le caractère consulaire. Peu de jours auparavant il avait menacé un drogman de lui faire couper la tête et de l'envoyer à son consul.
Ainsi tous les droits des nations étaient violés dans la personne des Français avec la plus audacieuse impudeur; tous nos traités avec la Porte, toutes nos capitulations méprisés par les beys et par les derniers de leurs agents, sous prétexte, disent-ils, qu'eux n'y ont pas concouru; le caractère de notre consul méconnu, outragé; la vie et la liberté des Français à chaque instant compromises, et leur fortune livrée au pillage.
La République française ne pouvait laisser plus longtemps impunis ces nombreux attentats, visiblement inspirés par l'Angleterre. Sa patience avait été extrême, l'audace des oppresseurs s'en était accrue.
Que restait-il alors au gouvernement français pour obtenir justice de tant d'injures ? Plusieurs fois, par l'organe de son envoyé, il avait adressé des plaintes à la Porte; mais, si l'on en excepte l'expédition de Hassan-Pacha, en 1786, qui toutefois ne frappa que les deux beys, sans réparer en rien le passé et sans pourvoir à l'avenir, tout ce que la Porte crut pouvoir faire fut d'autoriser le grand-visir à écrire en notre faveur quelques lettres au pacha d'Égypte, qui ne pouvait rien, et aux deux beys, qui, pouvant tout, étaient bien résolus de n'accorder à cette recommandation qu'une déférence illusoire. C'est ainsi qu'en l'an 4, l’ambassadeur de France à la Porte ayant envoyé en Égypte un agent muni de lettres du grand-visir, cet agent obtint, non des réparations véritables, non la restitution des sommes immenses extorquées aux Français, mais quelques stipulations dérisoires portant réduction de droits sur certaines marchandises, conformément aux anciennes capitulations : or, à peine cet agent fut-il parti, que Mourad-Bey donna l'ordre, bien ponctuellement observé, de remettre la taxe des droits précisément au même taux où, avant l'arrivée de notre agent, ils avaient abusivement été élevés.
L'appui de l'empire ottoman pour protéger les Français était donc évidemment sans force et sans énergie; et comment en eût-il résulté quelque effet durable en notre faveur, lorsque la Porte était parvenue à ne pouvoir plus se protéger elle-même contre les beys; lorsqu'elle se croyait obligée de souffrir que trois millions d'Égyptiens, qu'elle appelait ses sujets, fussent devenus les victimes les plus malheureuses d'une oppression étrangère; que son pacha fût traité en Égypte comme le dernier des esclaves; qu'insensiblement ont eût dépouillé le grand seigneur de l'universalité des droits dont il jouissait sur les terres; qu'enfin on ne lui payât plus les contributions qu'il s'était réservées lors de la conquête d'Égypte par Selim II ? Tout cela démontrait sans doute que sa souveraineté sur ce pays n'était plus qu'un vain nom; et après surtout les essais infructueux de nos démarches, il eût été peu conséquent d'attendre encore de sa part un intérêt plus effectif pour nous, qu'il ne pouvait et n'osait en manifester pour lui-même.
Il ne restait donc évidemment qu'à nous rendre justice à nous-mêmes par la voie des armes, en faisant expier à ces vils usurpateurs, soudoyés par le cabinet de Saint-James, les crimes dont ils se sont rendus coupables envers nous. L'armée française s'est présentée le 13 messidor, elle a été reçue à Alexandrie et à Rosette, et le 5 thermidor elle est entrée au Caire.
Ainsi, d'odieux usurpateurs ne fouleront plus cette terre antique et féconde que le temps n'épuise pas, qui se rajeunit tous les ans par une sorte de prodige, où la végétation est d'une activité incroyable, et où croissent ensemble les plus riches productions des quatre parties du Monde.
Qu'on ne dise pas qu'aucune déclaration de guerre n'a précédé cette expédition. Et à qui donc eût-elle été faite ? à la Porte ottomane ? Nous étions loin de vouloir attaquer cette ancienne alliée de la France, et de lui imputer une oppression dont elle était victime ; au gouvernement isolé des beys ? une telle autorité n'était et ne pouvait pas être reconnue. On châtie des brigands, on ne leur déclare pas la guerre; et aussi, en attaquant les beys, n'était-ce donc pas l'Angleterre que nous allions réellement combattre ?
C'est donc avec surabondance de droits que la République s'est mise en position d'obtenir promptement les immenses réparations qui lui étaient dues par les usurpateurs de l'Égypte. Mais elle ne veut point n'avoir vaincu que pour elle-même ; l'Égypte était opprimée par des brigands ; les Égyptiens seront vengés; et le cultivateur de ces contrées fécondes jouira enfin du produit de ses sueurs, qu'on lui ravissait avec la plus stupide barbarie. L'autorité de la Porte était entièrement méconnue; elle recueillera, par les mains triomphantes des Français, d'immenses avantages dont elle était privée depuis longtemps. Enfin, pour le bien-être du monde entier, l'Égypte deviendra le pays de l'univers le plus riche en productions, le centre d'un commerce immense, et surtout le poste le plus redoutable contre l'odieuse puissance des Anglais dans l'Inde et leur commerce usurpateur. »

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ÉGYPTE : Institut d'Egypte

Message par Joker »

22 août 1798, ou 5 fructidor an VI : création de l'Institut d'Égypte.
Il "doit en premier lieu s’occuper "du progrès et de la propagation des Lumières en Égypte"", nous explique l'archéologue Vanessa Desclaux dans cet article sur Gallica BnF : https://bit.ly/2Zdruch

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

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Cyril Drouet
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L'ÉGYPTE

Message par Cyril Drouet »

Hypolite a écrit :
03 févr. 2003, 10:54
Quelqu'un avait produit un document sur ce forum, dans lequel le Directoire rappellait officiellement Napoléon ! :?

Missives trop tardives :

Lettre de Barras, Treilhard et La Réveillère-Lepaux (26 mai 1799) adressée à Bonaparte :
" Le Directoire vient en conséquence d'ordonner à l'amiral Bruix d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour se rendre maître de la Méditerranée, et de se porter sur l'Egypte, à l'effet d'en ramener l'armée que vous commandez. Il est chargé de se concerter avec vous sur les moyens à prendre pour l'embarquement et le transport. Vous jugerez, citoyen général, si vous pouvez avec sécurité laisser en Égypte une partie de vos forces; et le Directoire vous autorise, dans ce cas, à en confier le commandement à qui vous jugerez convenable.
Le Directoire vous verrait avec plaisir à la tête des armées républicaines que vous avez jusqu'à présent si glorieusement commandées."


Lettre de Reinhard du 18 septembre 1799 (approuvée par le Directoire le 20) :
"Le Directoire exécutif est composé des citoyens Sieyès, Barras, Gohier, Roger-Ducos et Moulin.
[...]
Ils regrettent votre absence et qu'ils désirent ardemment votre retour.
[...]
Le Directoire exécutif, général, vous attend, vous et les braves qui sont avec vous.
[...]
Il vous autorise à prendre, pour hâter et assurer votre retour, toutes les mesures militaires et politiques que votre génie et les événements vous suggéreront."

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L'Egypte au moment du départ de Bonaparte

Message par Cyril Drouet »

L'âne a écrit :
11 déc. 2019, 13:01
Cyril Drouet a écrit :
11 déc. 2019, 09:38
Bien dommage de ne pas sourcer cette citation et surtout de ne pas la recontextualiser...
Emmanuel de Las CASES "Le Manuscrit original retrouvé" :
"...tant il est dans le caractère français, disait l'Ernpereur, d'exagérer de se plaindre et de tout défigurer dès qu'on est mécontent."
Bernard a écrit :
11 déc. 2019, 13:16
L'âne a écrit :
11 déc. 2019, 13:01
Emmanuel de Las CASES "Le Manuscrit original retrouvé" :
"...tant il est dans le caractère français, disait l'Ernpereur, d'exagérer de se plaindre et de tout défigurer dès qu'on est mécontent."
La phrase est rigoureusement identique dans Le Mémorial de Saint-Hélène. Elle concerne la campagne d'Egypte perçue par les courriers des soldats français interceptés par les Anglais...



Cette réflexion se réfère en effet aux lettres envoyées d’Egypte suite au départ de Bonaparte. Ce dernier ajoute d’ailleurs à propos de ces missives :
« Tous ces rapports pourtant n'étaient que le résultat de la mauvaise humeur, ou des imaginations malades »

Rien que cela…
La citation de Napoléon sur le caractère français doit ici être grandement relativisée. L’Empereur défend son bilan au terme de la campagne d’Egypte et tend à dégager sa responsabilité dans le cadre de la perte de l’Egypte, les bilans très négatifs couchés sur le papier par ceux étant restés là-bas ayant selon lui poussé les Anglais à l’offensive.
Il rejette en effet ces bilans avançant qu’au terme de la campagne de Syrie, l’armée « n'avait presque pas fait de pertes » et qu’elle était « dans l’état le plus formidable et le plus prospère. » (Las Cases, Manuscrit original)
Même son de cloche dans sa lettre au Directoire, le 10 octobre 1799, écrite d’Aix :
« L’Egypte, à l’abri de toute invasion, est entièrement à nous. […] J’ai laissé l’Egypte bien organisée et sous les ordres du général Kléber. »

Ce dernier (sous le coup de la mauvaise humeur ou d’une imagination malade, exagérant, se plaignant, défigurant tout dès qu’on est mécontent ? pour paraphraser Napoléon) n’avait pas la même vision des choses. Ainsi, le 26 septembre 1799, il avertissait le Directoire :
« Le général en chef Bonaparte est parti pour France le 6 fructidor, au matin, sans en avoir prévenu personne. Il m'avait donné rendez-vous à Rosette le 7. Je n'y ai trouvé que ses dépêches. Dans l'incertitude si le général a eu le bonheur de passer, je crois devoir vous envoyer copie et de la lettre par laquelle il me donne le commandement de l'armée, et de celle qu'il adressa au Grand-Vizir à Constantinople, quoiqu'il sût parfaitement que ce Pacha était déjà arrivé à Damas.
Mon premier soin a été de prendre une connaissance exacte de la situation actuelle de l'armée.
Vous savez, citoyens Directeurs, et vous êtes à même de vous faire représenter l'état de sa force, lors de son arrivée en Egypte. Elle est réduite de moitié ; et nous occupons tous les points capitaux du triangle des Cataractes à El-Arich, d'El-Arich à Alexandrie, et d'Alexandrie aux Cataractes. Cependant, il ne s'agit plus aujourd'hui, comme autrefois, de lutter contre quelques hordes de Mamelouks découragés; mais de combattre et de résister aux efforts réunis de trois grandes puissances : la Porte, les Anglais et les Russes.
Le dénuement d'armes, de poudre de guerre, de fer coulé, et de plomb, présente un tableau tout aussi alarmant que la grande et subite diminution d'hommes dont je viens de parler. Les essais de fonderie faits n'ont point réussi ; la manufacture de poudre établie à Roudah n'a pas encore donné, et ne donnera probablement pas le résultat qu'on se flattait d'en obtenir ; enfin la réparation des armes à feu est lente, et il faudrait, pour activer tous ces établissements, des moyens et des fonds que nous n'avons pas.
Les troupes sont nues, et cette absence de vêtement est d'autant plus fâcheuse, qu'il est reconnu que dans ce pays elle est une des causes les plus actives des dysenteries et des ophtalmies qui sont les maladies constamment régnantes; la première surtout a agi cette année puissamment sur des corps affaiblis et épuisés par les fatigues. Les officiers de santé remarquent, et le rapportent constamment, que quoique l'armée soit si considérablement diminuée, il y a cette année un nombre beaucoup plus grand de malades qu'il n'y en avait l'année dernière à la même époque.
Le général Bonaparte, avant son départ, avait à la vérité donné des ordres pour habiller l'armée en drap, mais pour cet objet, comme pour beaucoup d'autres, il s'en est tenu là et la pénurie des finances, qui est un nouvel obstacle à combattre, l'eût mis dans la nécessité, sans doute, d'ajourner l'exécution de cet utile projet.
Il faut en parler, de cette pénurie.
Le général Bonaparte a épuisé les ressources extraordinaires dans les premiers mois de notre arrivée : il a levé alors autant de contributions de guerre que le pays pouvait en supporter. Revenir aujourd'hui à ces moyens, alors que nous sommes au dehors entourés d'ennemis, serait préparer un soulèvement à la première occasion favorable.
Et cependant Bonaparte, à son départ, n'a pas laissé un sol en caisse, ni aucun autre objet équivalent. Il a laissé au contraire un arriéré de près de dix millions ; c'est plus que le revenu d'une année dans la circonstance. La solde arriérée pour toute l'armée se monte seule à quatre millions.
L'inondation actuelle rend impossible le recouvrement de ce qui reste dû sur l'année qui vient d'expirer, et qui suffirait à peine pour la dépense d'un mois. Ce ne sera donc qu'au mois de frimaire qu'on pourra en recommencer la perception ; et alors il n'en faut pas douter, on ne pourra pas s'y livrer, parce qu'il faudra combattre. Enfin, le Nil étant cette année très mauvais, plusieurs provinces, faute d'inondation, offriront des non-valeurs auxquelles on ne pourra se dispenser d'avoir égard.
Tout ce que j'avance ici, citoyens Directeurs, je puis le prouver, et par des procès verbaux, et par des états certifiés des différents services.
Quoique l'Egypte soit tranquille en apparence, elle n'est rien moins que soumise. Le peuple est inquiet, et ne voit en nous, quelque chose que l’on puisse faire, que des ennemis de sa propriété ; son cœur est sans cesse ouvert à l’espoir d'un changement favorable.
Les Mamelouks sont dispersés, mais ils ne sont pas détruits. Mourad-Bey est toujours dans la Haute-Egypte avec assez de monde pour occuper sans cesse une partie considérable de nos forces. Si on l'abandonnerait un moment, sa troupe se grossirait bien vite, et il viendrait nous inquiéter jusque dans cette capitale, qui, malgré la plus grande surveillance, n'a cessé jusqu'à ce jour de lui procurer des secours en argent et en armes.
Ibrahim-Bey est à Gaza, avec environ deux mille Mamelouks; et je suis informé que trente mille hommes de l'armée du Grand-Vizir et de Djezzar Pacha y sont déjà arrivés. Le Grand-Vizir est parti de Damas il y a environ vingt jours. Il est actuellement campé auprès d'Acre. Enfin, les Anglais sont maîtres de la mer Rouge.
Telle est, citoyens Directeurs, la situation dans laquelle le général Bonaparte m'a laissé l'énorme fardeau de commandement de l'armée d'Orient. Il voyait la crise fatale s’approcher : vos ordres ne lui ont pas permis de la surmonter ; que cette crise existe, ses lettres, ses instructions, sa négociation entamée en font foi ; elle est de notoriété publique, et nos ennemis semblent aussi peu l'ignorer que les Français qui se trouvent en Egypte.
« Si cette année, me dit le général Bonaparte, et malgré toutes nos précautions, la peste est en Egypte, et vous tuait plus de quinze cents soldats, etc., je pense que dans ce cas vous ne devez point hasarder à soutenir la campagne prochaine, et que vous êtes autorisé à conclure la paix avec la Porte Ottomane, quand même l'évacuation de l'Egypte devrait être la condition principale, etc. »
Je vous fais remarquer ce passage, citoyens Directeurs, parce qu’il est caractéristique sous plus d'un rapport, et qu'il indique surtout la situation réelle dans laquelle je me trouve. Que peuvent être quinze cents hommes de plus ou de moins dans l'immensité de terrain que j'ai à défendre et aussi journellement à combattre.
Le général dit ailleurs : « Alexandrie et El-Arich, voilà les deux clefs de l'Egypte. » El-Arich est un méchant fort à quatre journées dans le désert. La grande difficulté de l'approvisionner ne permet pas d’y jeter une garnison de plus de deux cent cinquante hommes. Six cents Mamelouks et Arabes pourront, quand ils le voudront, intercepter sa communication avec Katieh, et comme, lors du départ de Bonaparte, cette garnison n'avait pas pour quinze jours de vivres en avance, il ne faudrait pas plus de temps pour l'obliger à se rendre sans coup férir. Les Arabes seuls étaient dans le cas de faire des convois soutenus dans les brûlants déserts, mais d'un côté ils sont été tant de fois trompés, que loin de nous offrir leurs services, ils s'éloignent et se cachent ; d'un autre côté l'arrivée du Grand-Vizir, qui enflamme leur fanatisme et leur prodigue des dons, contribue tout autant à nous en faire abandonner
Alexandrie n'est point une place, c'est une vaste camp retranché ; il était à la vérité assez bien défendu par une nombreuse artillerie de siège, mais depuis que nous l'avons perdue, cette artillerie, dans la désastreuse campagne de Syrie, depuis que le Général Bonaparte a retiré toutes les pièces de marine pour armer au complet les deux frégates avec lesquelles il est parti, ce camp ne peut plus offrir qu'une faible résistance.
Le général Bonaparte enfin s'était fait illusion sur l'effet que devait produire le succès qu'il a obtenu au poste d'Aboukir. Il a en effet détruit la presque totalité des neuf mille Turcs qui avaient débarqué. Mais, qu'est-ce qu'une perte pareille pour une grande nation, à laquelle on a ravi la plus belle portion de son empire, et à qui la religion, l'honneur et l'intérêt, prescrivent également de se venger et de reconquérir ce qu'on avait pu lui enlever ? Aussi cette victoire n'a-t-elle pas retardé un instant ni les préparatifs ni la marche du Grand-Vizir.
Dans cet état de choses, que puis-je et que dois-je faire ? Je pense, citoyens Directeurs, que c'est de continuer les négociations entamées par Bonaparte ; quand elles ne donneraient d'autre résultat que celui de gagner du temps, j'aurais déjà lieu d'en être satisfait. Vous trouverez ci-joint la lettre que j'écris en conséquence au Grand-Vizir ; en lui envoyant duplicata de celle de Bonaparte.
Si ce ministre répond à ces avances, je lui proposerai la restitution de l'Egypte aux conditions suivantes :
Le Grand-Seigneur y établirait un Pacha comme par le passé ;
On lui abandonnerait le miri que la Porte a toujours perçu de droit et jamais de fait ;
Le commerce serait ouvert réciproquement entre l'Egypte et la Syrie ;
Les Français demeureraient dans le pays, occuperaient les places et les forts, et percevraient tous les autres droits avec ceux des douanes, jusqu'à ce que le Gouvernement français eût conclu la paix avec l'Angleterre.
Si ces conditions préliminaires et sommaires étaient acceptées, je croirais avoir fait pour la patrie, plus qu'en obtenant la plus éclatante victoire. Mais je doute que l'on veuille prêter l'oreille à ces propositions ; si l'orgueil des Turcs ne s'y opposait point, j’aurais à combattre l'influence de l'or des Anglais. Dans tous les cas, je me guiderai d'après les circonstances.
Je connais toute l'importance de la possession de l'Egypte. Je disais en Europe qu'elle était pour la France le point d'appui par lequel elle pourrait remuer le système du commerce des quatre parties du monde ; mais pour cela il faut un puissant levier ; ce levier, c'est la marine. La nôtre a existé ; depuis lors, tout a changé, et la paix avec la Porte peut seule, ce me semble, nous offrir une voie honorable pour nous tirer d’une entreprise qui ne peut plus atteindre l'objet qu'on avait pu s'en proposer.
Je n'entrerai point, citoyens Directeurs, dans les détails de toutes les combinaisons diplomatiques, que la situation actuelle de l'Europe peut offrir. Ils ne sont point de mon ressort. Dans la détresse où je me trouve, et trop éloigné du centre des événements, je ne puis guère m'occuper que du salut et de l'honneur de l'armée que je commande : heureux si dans mes sollicitudes, je réussis à remplir vos vœux. Plus rapproché de vous, je mettrais toute ma gloire à vous obéir.
Je joins ici, citoyens Directeurs, un état exact de ce qui nous manque en matériel pour l'artillerie, et un tableau sommaire de la dette contractée et laissée par le général Bonaparte.
Salut et respect. »


Sous l’aspect des finances, Branda (Le prix de la gloire – Napoléon et l’argent) peint un tableau bien noir, et fort éloigné de ce que pouvait confier un Napoléon satisfait et affermissant sa légende à Las Cases seize ans après les faits (« [Kléber] disait qu’il était sans argent et les comptes du Trésor montraient de grandes sommes »] :
« Le commandement de Bonaparte se termina par une quasi banqueroute[…] On était près de la catastrophe.
[…]
Plus grave encore, l’armée manifesta sa mauvaise humeur à plusieurs reprises. Marmont évoqua même dans ses mémoires des projets de mutineries.
[…]
Poussielgue, au moment de la prise de fonctions de Kléber, dressa un inventaire des sommes dues par l’armée d’Orient. Le résultat était édifiant : il y avait plus de 11 millions de francs d’impayés. »



Alors, les Français exagérant, se plaignant et déformant tout dès qu'ils sont mécontents... Mouais... :?
Ils ont ici bon dos. Mais c'est sans doute le prix de la Légende...
[/justify]

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Re: L'Egypte au moment du départ de Bonaparte

Message par Joker »

L'ouvrage que J-O Boudon a consacré à la Campagne d'Egypte (Editions Belin) et qui est basé sur de nombreux témoignages et sources documentées ne manque pas d'intérêt pour mieux appréhender la campagne tant sur le plan militaire que scientifique mais aussi dans ses aspects sociétaux et économiques, en ce y compris après le départ de Bonaparte.
La colonie gérée par Kleber, puis par Menou y est abondamment décrite, notamment par le biais de lettres rédigées par les officiers et soldats du contingent.
J'en ferai état de manière plus détaillée sous peu lorsque je disposerai d'un peu plus de temps libre. ;-)
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Re: L'Egypte au moment du départ de Bonaparte

Message par Cyril Drouet »

Si Bonaparte a trouvé bon de lancer son aphorisme cité plus haut sur le caractère français pour mieux défendre son bilan au terme de la campagne d’Orient, il s’est montré, toujours dans le même dessein, particulièrement accusateur vis à vis de Poussiegle (le cas Kléber, lui aussi soumis aux coups de griffes impériaux, étant à relativiser par le fait qu’outre les critiques, Napoléon considérait que l’Egypte ne serait pas tombée si le Lion de Strasbourg n’avait pas été assassiné) :
« Dans les lettres qui lui tombèrent alors dans les mains, il trouva des horreurs contre sa personne : elles durent lui être d'autant plus sensibles, que plusieurs venaient de gens qu'il avait comblés, auxquels il avait donné sa confiance, et qu'il croyait lui être fort attachés, un d'eux, dont il avait fait la fortune, et sur lequel il devait compter le plus, mandait que le général en chef venait de s'évader, volant 2 millions au trésor. Heureusement, dans ces mêmes dépêches, les comptes du payeur témoignaient que le général n'avait pas même pris la totalité de son traitement. « A cette lecture, disait l'Empereur, j'éprouvai un vrai dégoût des hommes : ce fut le premier découragement moral que j'aie senti; et s'il n'a pas été le seul, du moins il a été peut-être le plus vif. Chacun, dans l'armée, me croyait perdu, et l'on s'empressait déjà de faire sa cour à mes dépens. »
(Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène)

Bien plus tard, Thiers (Histoire du Consulat et de l’Empire) reprit la prose impériale du Mémorial et des dictées à Bertrand (Guerre d'Orient: Campagnes de Égypte et de Syrie, 1798-1799) :
« Après s'être fait rendre compte de l'état de la colonie, [Kléber] adressa au Directoire une dépêche pleine d'erreurs, et la fit suivre d'un rapport de l'administrateur des finances, Poussielgue, rapport dans lequel les choses étaient présentées sous le jour le plus faux, et surtout le plus accusateur à l'égard du général Bonaparte. Dans cette dépêche et ce rapport, datés du 26 septembre (4 vendémiaire an VIII), le général Kléber et l'administrateur Poussielgue disaient […] qu'il y avait un déficit considérable dans les finances, car on devait aux soldats quatre millions sur la solde, et sept ou huit millions aux fournisseurs sur leurs divers services; que la ressource d'établir des contributions était déjà épuisée, le pays étant prêt à se soulever, si on en frappait de nouvelles ; que l'inondation n'étant pas abondante cette année, et par suite la récolte s'annonçant comme mauvaise , les moyens et la volonté d'acquitter l'impôt seraient également nuls chez les Égyptiens
[…]
M. Poussielgue terminait son rapport par une calomnie : le général Bonaparte, en quittant l'Égypte, avait, disait-il, emporté deux millions. Il faut ajouter, pour compléter ce tableau, que M. Poussielgue avait été comblé des bienfaits du général Bonaparte. Telles furent les dépêches envoyées au Directoire par Kléber et M. Poussielgue. Le général Bonaparte y était traité comme un homme qu'on suppose perdu, et qu'on ne ménage guère.
[…]
A l'égard des finances, le rapport de Kléber était également faux. La solde était au courant. Il est vrai qu'on n'était pas encore fixé sur le système financier le plus propre à nourrir l'armée sans fatiguer le pays; mais les ressources existaient, et, en maintenant seulement les impôts déjà établis, on pouvait vivre dans l'abondance. Il était dû sur les impositions de l'année de quoi pourvoir à toutes les dépenses courantes, c'est-à-dire plus de seize millions. On n'était donc pas réduit à soulever les populations par l'établissement de contributions nouvelles. Les comptes des finances présentés plus tard prouvèrent que l'Égypte, en étant fort ménagée, pouvait fournir vingt-cinq millions par an. »


Poussielgue écrivit de suite cette lettre à Thiers pour défendre son honneur face aux accusations de Napoléon relayées dans l’Histoire du Consulat et de l’Empire :
« Je suis bien vieux, j'ai quatre-vingt-deux ans. Dans ce long espace de temps, que d'événements se sont passés sous mes yeux ! J'ai appris à connaître les hommes et les choses ; j'ai acquis enfin ce que donne une longue expérience.
J'ai lu toutes vos œuvres, j'ai su les apprécier; au fond de ma retraite, je viens de lire encore votre dernier ouvrage. Je vous le dirai franchement, sans flatterie pour vos talents comme sans ressentiment pour ce qui m'est personnel (car on juge sainement des choses de la vie aux portes du tombeau ), j'ai admiré la vivacité et la vérité de vos récits qui me reportaient aux lieux et aux temps où ils s'étaient passés sous mes yeux. Cependant, au milieu de tant d'exactitude, quelques erreurs importantes se sont glissées ; je viens les signaler à votre impartialité d'historien. Je n'ai jamais écrit que le général Bonaparte avait emporté d’Égypte deux millions, je ne pouvais ni le dire, ni le penser : c'était impossible. A l'époque de son départ, il n'y avait pas de fonds en Egypte à la disposition de l'armée française; toute solde était arriérée et il n'emporta comme paiement de ses appointements que quelques bijoux : un collier de perles fines et un diamant dans une boîte de cristal. Le général Kléber et moi, nous envoyâmes nos deux rapports séparés. Le sien était un compte-rendu de l'état de l'armée ; le mien, de l'état des finances. Kléber fut au moment d'envoyer son rapport sans me le communiquer, je m'en plaignis à lui-même et j'insistai pour qu'il me le montrât, il m'en fit la lecture. Frappé des sentiments d'aigreur qu'il manifestait contre le général Bonaparte, je lui représentai fortement l'inconvenance d'une telle conduite, si contraire même à ses propres intérêts, puisque, blessant au vif le général Bonaparte, elle le disposerait fort mal, sans doute, à demander et à obtenir les secours dont l'armée avait tant besoin. J'obtins de lui le changement et l'adoucissement de plusieurs paragraphes. J'étais cependant, moi-même, fort mécontent. Le général Bonaparte m'avait fait la promesse formelle qu'il me ramènerait en France avec lui. Je ne l'avais accompagné qu'à cette condition. Il avait manqué à sa parole envers moi, et quelques traces de mécontentement percèrent dans mon rapport. Je le dis franchement, sans détours, parce que cela devait être. Mais que, pour un sujet de plainte personnelle, j'aie calomnié le général Bonaparte, non, non, une telle bassesse me révoltait alors comme aujourd'hui; je ne l'ai jamais ni adulé, ni calomnié : lui-même le savait bien. Je ne peux, depuis tant d'années que mes infirmités et mes souffrances m'ont obligé de m'exiler de mon pays et que je n'ai plus mes papiers sous les yeux, relever les inexactitudes des documents que vous avez consultés. Mais voyez, Monsieur, les journaux anglais de cette époque qui publièrent nos dépêches : ce sont là vraiment les documents authentiques, car il n'y eut pas alors de double expédition : les dépêches adressées au Directoire et confiées au cousin de Barras, furent prises par les Anglais, et ne parvinrent à la connaissance du général Bonaparte qu'après avoir été imprimées et publiées à Londres. Il en éprouva un vif ressentiment, non parce que je le chargeais de fausses accusations, mais parce que ma relation était un compte-rendu fidèle, exact, de la déplorable situation dans laquelle il nous avait laissés, tandis qu'il voulait qu'on crût, qu'à son départ la colonie était dans un état prospère. Mon rapport contenait des faits évidents qui prouvaient malheureusement le contraire; il était impossible de les contester, et, en effet, personne alors ne les contesta. »

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Joker
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Re: L'Egypte au moment du départ de Bonaparte

Message par Joker »

La campagne d'Egypte a été une expédition militaire d'une rare violence, surtout dans les premiers mois de la conquête, de l'été 1798 à la seconde révolte du Caire, au printemps 1800.
C'est à ce prix que les soldats français sont parvenus à imposer leur domination au pays, transformant cette portion de l'empire ottoman en colonie française.
Il est à noter également que ce fut une campagne particulièrement meurtrière pour l'armée conquérante qui perdit quelque 40 % des effectifs engagés en trois années d'occupation.

En 1801, à l'époque du général Menou, la volonté d'enraciner la colonie est réelle.
A certains égards, cette campagne prolonge la lutte contre l'Angleterre qui est en réalité la grande bénéficiaire de cette guerre.
En Egypte, les Anglais ont vaincu sur mer à Aboukir, sur terre, au cours d'une bataille rangée à Canope et ils ont contraints les Français à capituler après deux sièges réussis, au Caire et à Alexandrie.
Sans s'emparer de l'Egypte, l'Angleterre y exerce son influence et la campagne lui permet de renforcer ses positions en Méditerranée avec la conquête de Malte.
Au total, la défaite est donc cuisante pour Bonaparte qui ne renoncera pourtant pas à ses ambitions coloniales.
L'expédition de Saint-Domingue en fait foi.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

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