ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

yannick06

Message par yannick06 » 08 juin 2008, 14:32

Merci beaucoup pour toutes ces précisions. M'autorisez-vous à en faire une note sur mon blog en vous citant tous...

Bien à vous,

Yannick Augrandenis

kevin

Message par kevin » 08 juin 2008, 14:37

Bien entendu mon cher Yannick j'aime rendre service et je suis content que vous vous interressez aussi à l'économie.Si vous avez encore besoin de moi faites le moi savoir.Votre blog est très interressant. :)
Merci d'avance. :salut:
P.S:J'ai moi meme écris sur l'économie et des finances sous l'empire en parlant du franc germinal, de la banque de france, comment napoleon a voulut se débarasser des anciennes monnaies ainsi que la valeur des pièces de l'ancien régime en franc et beaucoup de prix sous l'empire.
(enfin pas un livre quelques pages. :) ).Les prix sous l'empire je me les suis procuré grace aux membres du forum qui ont eu la gentillesse de me renseigner et je les remercie encore.
Je vous conseille d'aller voir le sujet "La Paye"à la 2ème page du salon premier empire.

Yves Martin

Aucun problème

Message par Yves Martin » 08 juin 2008, 15:53

Yannick,

Aucun problème - envoyez moi un message personnel et je vous fais parvenir par mail l'original de mon article sous format word qui a le mérite d'avoir pas mal de tableaux et données :=)

YM

yannick06

Message par yannick06 » 08 juin 2008, 16:09

Merci de votre aide.
HM, je viens de vous transmettre mon adresse personnelle.

Hate de vous lire,

Yannick Augrandenis

O.Godeille

Message par O.Godeille » 09 juin 2008, 13:55

Bonjour,

quelques (longues, désolé) réflexions concernant Napoléon et l'économie :

L'archaïsme qui lui est reproché réside dans son application des théories monétaristes, qui recommandaient de ne pas s'endetter et de capter les réserves d'or , considérées comme source de richesse, par le commerce inégalitaire (biens contre numéraire). D'où son refus de l'emprunt et sa décision de vendre du blé à l'Angleterre en 1810, au moment où la disette et le marasme économique donnait sa seule éventualité de succès au blocus continental.

Au contraire l'Angleterre avait découvert au cours du siècle précédent la possibilité de démultiplier sa force financière par l'emprunt, garanti par une monnaie rendue forte par la place de l'Angleterre dans les échanges internationaux.

Il faut nuancer cette notion d'archaïsme :

- Le succès du commerce coloniale français, qui avait rattrapé l'anglais avant la Révolution, montre que dès l'ancien régime il y avait une dynamique commerciale efficace à l'oeuvre en France.
- La Révolution, et surtout le Consulat, comblèrent une grande part du retard accumulé, en abolissant les plus graves inégalités fiscales, en instituant un contrôle des comptes, une Banque nationale, une monnaie fiable.

De plus l' "archaïsme" avait un sens dans le contexte politique de l'époque : Napoléon avait vécu la banqueroute de la monarchie et du directoire, qui n'avait pas su adosser leurs dépenses à des recettes.
En s'attachant à un budget équilibré, une monnaie forte, une "rente" stable, Napoléon garantissait la viabilité de l'Etat, une étape préalable à l'émission d'emprunts, que l'Angleterre avait franchie un siècle plus tôt.

Il est remarquable qu'il ait réussi à mener cette politique pratiquement jusqu'à la fin de son règne.
La robustesse de l'économie française dont héritera la Restauration est encore prouvée par la rapidité avec laquelle, la paix revenue, la France paiera ses dettes et les indemnités de guerre.

Enfin il faut souligner que l'Angleterre n'était qu'un de ses adversaires, le plus riche, mais le moins dangereux :
- Chaque fois que l'Angleterre fut seule contre la France (1802, 1810), elle fut incapable de mener des actions efficaces. Sa puissance financière lui donnait l'hégémonie maritime, pas la capacité de mobiliser des armées de terre significatives.
- L'or anglais comme cause des guerres semble plutôt un prétexte commode invoqué par Napoléon pour masquer les causes récurrentes de conflit, qu'un facteur décisif : il ne jouera aucun rôle dans la volonté de résistance des russes, espagnols, prussiens et autrichiens, ne financera qu'une fraction de leur équipement; et aucune pièce de monnaie ne décidera un homme à se faire trouer la peau - d'ailleurs, la solde était presque toujours en retard, ce qui ne ralentissait pas les combats.

Par contre la vision monétariste a eu une conséquence beaucoup plus grave : pour accumuler les richesses en France, elle a conduit à une politique douanière protectionniste.
Au lieu de développer la concurrence et les échanges entre la France, l'Allemagne Rhénane et le Royaume d'Italie, ce qui aurait atténué les effets du blocus anglais et marginalisé la contrebande, la politique menée, pour protéger les producteurs français, avait ruiné leurs concurrents allemands et italiens, alimentant la rancoeur envers l'Empire.
Pourtant le précédent de l'abolition des droits entre provinces françaises avait montré les gains générés par la multiplication des échanges.

Sur ce sujet l'Angleterre n'était pas plus avancée : la notion d'abaissement des barrières douanières n'interviendra que bien plus tard au cours du XIXe siècle (accord de libre échange franco-anglais sous Napoléon III, Zollverein allemand à la même époque).

Donc l'opposition entre une France à l'économie "d'Etat" incapable de maîtriser les outils financiers, et vaincue par eux, et une Angleterre "moderne" championne du libre échange, a peut-être plus à voir avec les frictions actuelles entre les modèles politiques libéral/anglo-saxon et social-démocrate/européen, qu'avec l'épopée napoléonienne.

Cordialement, :salut:

Olivier

yannick06

Message par yannick06 » 09 juin 2008, 14:15

Bonjour Olivier,

Je suis d'accord avec votre analyse mais avec votre conclusion. L'Angleterre a effectivement menée une politique monétaire dangereuse (risque d'inflation, etc...) mais la politique d'investissement et le cadre juridique en place a permis l'essor de la première révolution industrielle...
La France a du attendre 1850 pour connaître les premières effets de la croissance due à la RI.

L'archaïsme économique napoléonien a toujours un sens sur le plan: innovation, recherches, industrialisation. La France demeurait essentiellement agricole sous Napoléon.

Bien à vous,

Yannick Augrandenis
http://napoleon1news.canalblog.com

O.Godeille

Message par O.Godeille » 09 juin 2008, 17:17

Bonjour Yannick,

j'ai sans doute forcer le trait, mais qualifier la France d' "agraire", au sens où la Russie ou la Hongrie pouvait l'être, me parait impropre : s'il y a eu conflit entre la France et l'Angleterre, c'est bien aussi parce qu'il y avait rivalité commerciale entre ces deux nations.

- Les chercheurs français (notamment en chimie, médecine, zoologie, mathématique, astronomie...) étaient au moins les égaux de leurs interlocuteurs anglais, allemands, italiens, avec lesquels ils ne cessaient d'échanger.

- L'investissement était certainement très en-dessous des réalisations anglaises, il a cependant des améliorations significatives à son actif (routes, canaux) en partie par le volontarisme de l'Etat - une notion très décriée outre-manche, mais acceptée en Allemagne et Scandinavie.

- Dans le domaine de l'innovation technique, l'avance anglaise était criante sous Napoléon en métallurgie et en construction navale (l'industrie textile commençait seulement à se développer), elle sera rattrapée vers 1850 (frégate cuirassé Gloire).

L'avance anglaise ne condamnait pas la France à être vaincue économiquement, car celle-ci disposait de richesses naturelles et d'une population plus importante, et avait développé une classe bourgeoise dynamique (assez pour faire une Révolution :) ). Tout au long du 19e siècle, la Grande-Bretagne sera deux fois plus riche par habitant que la France; mais bien moins peuplée.
La grande erreur de Napoléon est de ne pas avoir renforcé cet atout en l'étendant au régions développées allemandes et italiennes.

Et pour finir, à l'époque qui nous intéresse, l'avance économique anglaise ne donnait aucun avantage marquant à ses militaires : la différence de coût des uniformes, ou de qualité des aciers, n'a pas créé le type de différence qui séparera au 19e siècle les puissances occidentales des autres états du monde. Et les navires anglais dominaient le monde "partout où une planche peut flotter", mais nulle part au-delà.

Cordialement,

Olivier :salut:

yannick06

Message par yannick06 » 09 juin 2008, 18:48

Je vous rejoins tout à fait sur ces points.

L'avance économique anglaise a eu des répercussions militaires:

incapacité de battre les anglais en mer+trésorier de l'Europe => Blocus continent=> besoin de le défendre=> guerre d'Espagne => campagne de Russie=> effondrement de l'Empire.

Cet argument est simpliste mais il prouve que la force économique anglaise a eu un impact majeur.

Bien à vous,

Yannick Augrandenis

O.Godeille

Message par O.Godeille » 10 juin 2008, 14:47

Bonjour Yannick,

ce schéma est effectivement le plus communément admis de nos jour, et celui pour lequel milite l'historiographie anglaise.

Mais je trouve qu'il fait la part trop belle au rôle de l'Angleterre, qui est le pays qui s'est le moins impliqué physiquement dans la lutte contre Napoléon.

D'autre schémas sont possibles, qui me paraissent mieux correspondre à la réalité (peut-être par chauvinisme? C'est dur de voire traiter un grand homme d'arriéré économique, surtout quand les critiques à l'encontre de Napoléon ressemblent fortement à celles dirigées actuellement contre les social-démocraties française, allemande ou scandinaves).

Pour l'Espagne :

Déclaration menaçante de Godoy en pleine guerre de Prusse (1806)
+ inefficacité de l'Espagne contre le Portugal (1801) ,dans la lutte maritime (1805) et passivité lors de l'invasion du Portugal (1808)
+ subsides des Bourbons d'Espagne, dernière branche régnante en Europe Continentale, à Louis XVIII en exil en Angleterre
+ volonté de fiabiliser et de fortifier l'Espagne en lui imposant le modèle social et économique français, y compris la personification du pouvoir dans un Bonapartide
... et pas d'infraction au Blocus continental : l'Espagne ne veut pas du commerce anglais, elle a ses propres produits coloniaux, et veut maintenir son monopole sur le commerce d'Amérique Latine (affaire des frégates de l'or en 1803, attaque de Buenos-Aires en 1806)

=> invasion de l'Espagne

Pour la Russie :

Menace représentée par le modèle français pour l'aristocratie des pays de servage (Russie, Pologne, Hongrie)
+ Impossibilité de concilier la monarchie de droit divin russe et la monarchie nationale française (illustrée par l'échec du mariage de Napoléon à la soeur du tsar, et après 1812 par la "mission divine" qui incite Alexandre à poursuivre la lutte jusqu'à Paris)
+ résurrection (1807) et agrandissement (1809) de la Pologne et accession d'un général français au trône de Suède qui remettent en cause le principe des conquêtes de l'empire russe en Lithuanie et en Finlande
+ alliance matrimoniale de la France avec l'Autriche, rivale de la Russie dans les Balkans
+ nécessité de vendre les matières premières russes au plus haut prix pour financer la modernisation du pays, la guerre contre la Turquie et une armée de taille à résister seule à l'Empire français.

=> volonté de rupture de la part du tsar pour des raisons plus politiques qu'économiques. Elle est obtenue spectaculairement par une infraction massive au blocus continental.

Dans les deux cas Napoléon met en avant l'or anglais et le non-respect du blocus continental pour justifier une agression dont les autres causes ne sont recevables ni pour les pays tiers ni pour les soldats qu'il mobilise. Et l’Empereur était un chef d’état et d’armée attentif à obtenir l’adhésion de ses hommes aux guerres qu’il engageait.

L'erreur de Napoléon a été de vouloir exporter l'état français, par la force, au lieu de créer un espace économique continental franco-italo-allemand qui aurait pu faire pièce au commerce anglais; mais cette idée-là, étrangère à l’Angleterre, ne germera réellement sur le continent qu'un demi-siècle plus tard (Union Latine, Zollverein,...)... voir 150 ans plus tard (CECA franco-italo-allemande).

Cordialement, :salut:

Olivier

Duc d'Elchingen

Message par Duc d'Elchingen » 10 juin 2008, 15:24

quelles ont été les methodes economiques de napoleon ,colbertiste ou liberales ? voire pré -keynesienne ?

  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • [ Napoléonothèque ] L'économie selon Napoléon
    par L'âne » 25 oct. 2017, 07:55 » dans Napoléonothèque
    0 Réponses
    123 Vues
    Dernier message par L'âne
    25 oct. 2017, 07:55
  • La guerre toujours la guerre...
    par L'âne » 20 janv. 2018, 15:15 » dans Salon Ier Empire
    23 Réponses
    1711 Vues
    Dernier message par Le Briquet
    26 janv. 2018, 08:22
  • Usages de la guerre
    par Bessières » 04 févr. 2017, 10:00 » dans Salon Ier Empire
    113 Réponses
    6787 Vues
    Dernier message par Maria Kel
    27 févr. 2017, 13:46
  • PRISONNIERS de GUERRE
    par Cyril Drouet » 01 nov. 2017, 10:01 » dans Bivouac des reconstitueurs & militaria
    209 Réponses
    17918 Vues
    Dernier message par Dominique Contant
    30 juin 2018, 13:40
  • La guerre d'Espagne
    par Eric LM » 27 oct. 2017, 14:50 » dans BIBLIOTHÈQUE EMPIRE - L'actualité du livre napoléonien
    1 Réponses
    196 Vues
    Dernier message par Eric LM
    27 oct. 2017, 15:04