ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

lukian54

ÉCONOMIE

Message par lukian54 » 31 déc. 2006, 16:16

:salut: :salut: :salut:
Bienvenue Tom sur ce forum
Votre question demande a être développé et le temps manque à présent
L'ambition de Napoléon était de faire de la France la plus grande nation du monde
Jamais la France n'a été aussi étendue - 130 départements - d'Amsterdam à Naples, une seule France, amis avec des langages différents des lois et des monnaies différentes.
Aussi le premier souci était d'unifier cet amalgame de populations .
Pour briser le commerce des Anglais l'instauration du Blocuas Continental a eu pour effet de développer la recherche de produits de remplacement ..
Les efforts allaient dans tous les domaines...
Mais c'est un peu long a développer.
Il faudra moduler votre question
A bientôt et encore une fois bienvenue.
:salut: :salut: :salut:

tom

Re: ÉCONOMIE

Message par tom » 02 janv. 2007, 17:25

J'ai trouvé un début de réponse.

A/ L'économie sous l'empire

Hostile au libéralisme politiqque, Napoléon est aussi hostile au libéralisme économique.

Les principes économiques de Napoléon repossent sur le mercantilisme (vendre le plus posssible tout en rendant impossible la concurrence étrangère).

Tout au long de l'empire, l'agriculture se développe (blé, pommes-de-terre, betteraves à sucre, élevage bovin) ainsi que l'industrie (textile, industries mécaniques, mines). Le but est de rechercher l'autosuffisance.

Pour combattre le chômage, une politique de grands travaux est mise en place (routes, ponts, barrages, ports, modernisation urbaine Paris et Rome).

Pour réserver à la France l'exclusivité du marché européen, il faut empêcher les produits britanniques de pénétrer sur le continent. D'où la mise en place d'un blocus continental.

Cette politique a permis l'enrichissement de grands industriels, mais aussi des banquiers et des commerçantrs (sauf ceux des ports) et la mise en place d'une société de notables.

B/ Une société de notables.

Les notables jouent un rôle de plus en plus important dans la société et accèdent rapidement à la noblesse d'empire. C'est sous l'Empire véritablement, que la bourgeoisie supplante la noblesse comme groupe dominant dans la société. Elle a abandonné le pouvoir politique mais détient désormais le pouvoir économique.

Le monde paysan voit dans Napoléon le continuateur de la Révolution car il garantit la conservation des biens nationaux. De plus le monde paysan semble satisfait du régime car les prix des denrées agricoles ne cesse d'augmenter durant tout l'empire.

Par contre, l'empire se désinteresse complètement du monde ouvrier qui est sous une étroite surveillance policière et qui vit dans des conditions très précaires (grèves et droit d'association interdits, obligation de porter le livret de travail, 14h de travail par jour).

C/ Une activité scientifique et artistique brillante

Comme monarque absolu, Napoléon se veut être le protecteur des arts et des sciences à la condition qu'ils soient à son service et qu'ils le glorifient (culte de la personnalité).

Le style empire fait son apparition. Il s'agit d'un style pompeux, grandiose dont les références sont à aller chercher dans le passé de la Rome antique (voir David).

Napoléon lance aussi de grandioses projets de rénovation urbaine à comme le dégagement du Forum à Rome, les constructions de l'Arc de Triomphe du Carousel, du Palais de Chaillot, de l'Eglise de la Madeleine, des Invalides à Paris.

source: http://www.stellamaris-edu.net/2/images ... empire.htm

je ne sais pas ce que cela vaux???

:mrgreen:

tom

Re: ÉCONOMIE

Message par tom » 02 janv. 2007, 18:26

ET POUR FINIR



Le 10 novembre 1799, quand le général Bonaparte prend le pouvoir la situation de la France n'est guère brillante. L'Etat est couvert de dettes, les fournisseurs et l'armée ne sont plus payés, il n'y a plus de numéraire en caisse, et le repli de l'activité est manifeste. De 1789 à 1800, la production de blé a stagné, alors que la population a augmenté de plus de 2,5 %. Dans la soierie lyonnaise, on ne compte plus en 1800 que 5 142 métiers en activité, contre 16 536 en 1790. A Anzin, la production de houille est passée de 300 000 tonnes en 1789 à 220 000 en 1800. Entre ces mêmes dates, la valeur globale du commerce extérieur a diminué de moitié, de 1 100 millions de livres à 550 millions. Le bureau du commerce de Bordeaux se lamente : « La source de ses richesses est tarie, sa culture est découragée, sa navigation est anéantie, tous les ateliers maritimes sont paralysés et tous les moyens de prospérité ont disparu. » Parlant du commerce de Marseille, Français de Nantes écrit : « L'état des importations et des exportations dans les derniers mois de l'an IX [1800] ne présente pas un mouvement égal à celui qu'offraient autrefois quinze jours de paix. » Le préfet de la Seine ne dresse pas un bilan plus optimiste : « L'état des manufactures parisiennes s'est beaucoup détérioré pendant la Révolution. D'une part, l'insubordination des ouvriers, la guerre, la stagnation du commerce, les faillites, ont forcé les entrepreneurs à restreindre leurs spéculations ; de l'autre, les paiements qu'ils ont reçus en assignats ont englouti toutes leurs avances, détruit leurs ressources, et la plupart d'entre eux ont été obligés d'emprunter des capitaux à de très gros intérêts qui les minent journellement en absorbant le plus clair de leurs bénéfices. »

Même si le Directoire avait amorcé des réformes, l'enrichissement insolent d'une poignée de spéculateurs et la paupérisation des masses avaient préparé le terrain à celui qui aurait la volonté et le courage de le labourer.

Le triomphe du bon sens

Né en 1769, formé à l'école royale militaire de Brienne-le-Château de 1779 à 1784 puis entré en garnison pour y mener la vie insipide d'officier en temps de paix, Bonaparte n'a certainement pas lu la Richesse des nations, d'Adam Smith, publiée en 1776. Même si les doctrines économiques semblent l'intéresser, le libéralisme n'est guère sa tasse de thé - Jean-Baptiste Say, qui se fit le propagandiste de la « main invisible » en publiant en 1803 son Traité d'économie politique, fut écarté du Tribunat. Banquiers, négociants et manufacturiers ne font l'objet de sa part d'aucune sollicitude particulière. Pragmatique, voire opportuniste, indifférent aux exaltations idéologiques, militaire avant tout, Bonaparte est surtout doté d'un solide bon sens et d'une autorité certaine. Napoléon et l'économie, c'est plus l'histoire d'une remise en ordre que celle d'une impulsion à la Schumpeter. L'homme n'est pas innovateur, il est organisateur. Sachant mobiliser les compétences, il a déniché les hommes qui avaient traversé la Révolution sans encombre et qui presque tous conserveront le pouvoir administratif après sa chute. Mollien, Gaudin, Louis, Barbé-Marbois, Bérenger, Lebrun, La Bouillerie, Villemanzy, autant de noms moins célèbres que ceux des maréchaux d'Empire mais dont l'oeuvre a été bien plus durable.

Habile à sentir le pouls du peuple, il a surtout su imposer sans déplaire. Molé confiera à Tocqueville : « J'avoue que j'ai été ébloui en voyant cette reconstruction si rapide du gouvernement. Tout me paraissait pulvérisé, détruit sans ressource. Je n'imaginais pas comment on pouvait rien reconstruire. » C'est le même Tocqueville qui note : « Bonaparte impose 25 centimes additionnels en arrivant au pouvoir, on ne dit rien. Le peuple ne se retourne pas contre lui ; l'ensemble de ce qu'il faisait était populaire. Le gouvernement provisoire prendra la même mesure en 1848 et succombera aussitôt sous l'anathème. Le premier faisait la révolution dont on voulait ; le second, celle dont on ne voulait pas. » De ces noces entre le Premier consul et les Français, Chateaubriand, dans ses Mémoires d'outre-tombe, fera le commentaire le plus profond, qui mérite toujours d'être médité : « Une expérience journalière fait reconnaître que les Français vont instinctivement au pouvoir : ils n'aiment point la liberté ; l'égalité seule est leur idole. Or l'égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes. Sous ces deux rapports, Napoléon avait sa source au coeur des Français, militairement inclinés vers la puissance, démocratiquement amoureux du niveau. Monté au trône, il y fit asseoir le peuple avec lui ; roi prolétaire, il humilia les rois et les nobles dans ses antichambres ; il nivela les rangs, non en les abaissant, mais en les élevant : le niveau descendant aurait charmé davantage l'envie plébéienne, le niveau ascendant a plus flatté son orgueil. »

De « bonnes finances »

En quelques années - on dirait aujourd'hui en moins d'une législature - sont prises les mesures de « bon sens » qui vont remettre l'économie française en ordre.

Première et urgente nécessité, rétablir les finances publiques, mises à mal par dix années de troubles révolutionnaires. Au lendemain du 18 Brumaire, il ne restait, dit-on, dans les caisses de l'Etat que 167 000 francs. Cette gêne extrême parle à celui qui, de tous les hommes d'Etat de l'époque, est le seul à avoir personnellement connu la gêne relative dans l'enfance, la misère comme sous-lieutenant, la voracité des fournisseurs de l'Etat dans ses campagnes d'Italie.

Estimant que la dette publique est un malheur et que l'emprunt, moyen immoral d'anticiper sur les recettes et source funeste de charges supplémentaires, doit être banni, se montrant curieux de tout et tranchant les « affaires » selon son « bon plaisir », il jette en quelques mois les bases d'une organisation capable d'assurer la rentrée régulière et rapide des impôts, et, surtout, de garantir la sécurité du recouvrement. Le 24 novembre 1799, quinze jours seulement après le coup d'Etat de brumaire, est créée la Direction générale des contributions directes. Et, pour mieux exercer son contrôle sur la « chose », Bonaparte cultive la rivalité entre deux ministères, les Finances pour les recettes et la préparation du budget, le Trésor pour les dépenses et le « service » quotidien. Une séparation qui affaiblit aujourd'hui la productivité de Bercy et faisait déjà dire à Mollien, directeur de la Caisse d'amortissement et lecteur d'Adam Smith en anglais : « La condition du ministre du Trésor devait être d'avoir l'action sans la prévoyance, en laissant au ministre des Finances la prévoyance sans l'action : il n'y avait alors de ministère proprement dit ni pour l'un ni pour l'autre. » Mais il y avait Bonaparte.

Dès 1802, le budget est en équilibre, et les frais de fonctionnement du système financier, essentiellement constitués des salaires des fonctionnaires, ne représentent plus que 3,5 % du total des recettes ordinaires, qui s'élèvent à 800 millions de francs. Des recettes qui, prenant le contre-pied des principes de 1789, assurent les intérêts du propriétaire plutôt que ceux du consommateur. A la fin de l'Empire comme aujourd'hui, les impôts directs entrent pour 29 % seulement du total des recettes, car, dans la pensée de Napoléon, il convenait de rechercher des taxes indirectes et variées, d'une application facile et d'une productivité automatique. C'est ainsi qu'ont été rétablis les droits sur le tabac, les boissons et... le sel, l'odieuse gabelle dont l'impopularité n'a pas fait reculer celui qui pensait - avec un grand pragmatisme - que l'impôt indirect était l'impôt idéal.

Reste évidemment que ces recettes ne pouvaient guère couvrir les dépenses de guerre « extraordinaires », qui, au total, se sont élevées à 6 360 millions de francs entre 1806 et 1814, soit une moyenne annuelle de 706 millions, à comparer aux 800 millions de recettes ordinaires ! Rappelons toutefois que les dépenses militaires anglaises ont atteint pendant la même période 11 337 millions de francs, pour une population moitié moindre... Ainsi, au total, le poids de la fiscalité ne s'est pas accru, la charge de la dette s'étant même allégée au point de ne représenter, en 1814, que 129,5 millions de francs, contre 310 en 1789. Pour les mêmes dates, celle de l'Angleterre était passée de 235 à 682,3 millions de francs.

Un franc sonnant et trébuchant

Autre leçon apprise par Bonaparte : puisque la monarchie avait sombré, asphyxiée par ses dettes, et que la Révolution avait été ensevelie par l'assignat, ce papier-monnaie dont on avait symboliquement détruit les planches à imprimer, il fallait rétablir une monnaie stable et convertible à tout moment en métal précieux. Ce fut le franc germinal, qui régla le problème de la monnaie pour plus d'un siècle. Les dispositions générales de la loi du 7 germinal an XI (28 mars 1803) tiennent en une phrase : « cinq grammes d'argent, au titre de neuf dixièmes de fin, constituent l'unité monétaire qui conserve le nom de franc. » L'événement est de taille, et le Premier consul, comme les grands hommes d'Etat, a eu le mérite de faire triompher les solutions les plus simples et les plus claires. Le 16 janvier 1804, il écrit au Sénat : « La refonte des monnaies s'exécute sans mouvement, sans secousse ; elle était un fléau quand les principes étaient méconnus ; elle est devenue l'opération la plus simple depuis que la foi publique et les règles du bon sens en ont fixé les conditions. »

Quelle était, en la matière, la formule du « bon sens » ? Donner des garanties à la propriété et une certaine sécurité à l'économie. Trois principes la guidaient : appliquer le système décimal en établissant « une échelle méthodique et uniforme des coupures » et en éliminant l'ancienne monnaie duodécimale ; écarter de la monnaie républicaine tous les signes de la monarchie ; obtenir une uniformité monétaire qui permette d'obtenir un pair exact avec l'étranger et de « faciliter les paiements en établissant un rapport exact entre toutes les monnaies ». Certes, la loi de germinal n'offre rien de très nouveau comparé à Calonne, qui, en 1785, avait entrepris la refonte de la monnaie d'or du royaume sur la base d'un rapport de 15,5 par rapport à l'argent, ni comparé à la Convention thermidorienne, qui, le 15 août 1795, avait promulgué que « l'unité monétaire [porterait] désormais le nom de franc ». Reste que, en affichant sur une face l'image du Premier consul, c'est-à-dire en affirmant le principe d'autorité, la monnaie devenait brutalement « certaine et fidèle », ce qui n'était pas rien.

Restait à ranimer le crédit. Ce fut la tâche de la Banque de France, à laquelle Bonaparte donna symboliquement son soutien en souscrivant 30 actions. Il s'agissait en fait, après le désastre de Law, au début du XVIIIe siècle, d'émettre un papier-monnaie admis par tous, de faciliter l'escompte du papier commercial et de consentir au Trésor ses premières avances. Fondée le 13 février 1800, là encore quelques semaines seulement après le coup d'Etat, la Banque de France, société privée par actions dirigée par des régents, reçut en 1803 le privilège exclusif d'émission des billets de banque à Paris pour quinze ans, selon les principes définis en ces termes par l'Empereur en 1806 : « La Banque n'appartient pas seulement aux actionnaires [mais] aussi à l'Etat puisqu'il lui donne le privilège de battre monnaie... Je veux que la Banque soit assez dans les mains du gouvernement et n'y soit pas trop. » En 1814, le pari était gagné : les Français, surtout les plus riches, avaient admis qu'un billet de la Banque de France - elle n'avait émis que des grosses coupures - pouvait coexister avec le métal.

En 1807, la Cour des comptes, chargée de vérifier « le maniement et l'emploi des deniers publics », était rétablie. Cette même année, l'établissement d'un cadastre pour mettre sur pied un dénombrement général des terres dans toutes les communes du pays, avec arpentage et évaluation de chaque parcelle, marquait la volonté de mettre un terme aux inégalités choquantes entre propriétaires. En 1808, 1 248 communes étaient déjà cadastrées. On en comptait 5 242 en 1811, et le double environ à la chute de l'Empire. Le moins qu'on puisse dire est qu'en ces temps fort éloignés on perdait moins de temps qu'aujourd'hui ! En quelques années avaient été posées les bases financières de la France contemporaine.

Les frémissements de l'« évolution » industrielle

Encore fallait-il stimuler la croissance, qui avait été vive au XVIIIe siècle, mais que la Révolution avait brisée. Napoléon a pu confier à Caulaincourt en 1812 : « C'est moi qui ai créé l'industrie française. » Le propos est trop vaniteux pour être retenu, même si le gouvernement s'est montré réellement plus attentif aux problèmes économiques que ses prédécesseurs. Incontestablement, les années napoléoniennes coïncident avec une vigoureuse expansion industrielle qui amène la production de 1810 à un niveau largement supérieur à celui de 1789, pourtant élevé. C'est que le protectionnisme de guerre du Blocus continental a été opportunément exploité par tous ceux qui ont saisi l'occasion de recueillir la clientèle européenne de l'industrie britannique et de s'abriter de sa concurrence. Ainsi le royaume d'Italie est-il contraint de diriger ses soies brutes vers Lyon et d'accueillir les toiles françaises, à l'exclusion des helvétiques. L'industrie cotonnière, qui s'était affirmée dans les années 1760, monte en puissance. A Rouen, l'indice de production des indiennes, à partir d'une base 100 en 1789, s'établit à 169 en 1800 et à 300 en 1810. Dans le même temps, le nombre des métiers qui tissent le coton quintuple en Picardie. En Alsace, la production de tissus triple dans les six dernières années de l'Empire. L'équipement en broches du département du Nord passe de 45 000 unités en 1806 à 200 000 en 1810. Pour le coton, l'Empire a bien été une véritable aubaine.

Stimulée par la demande militaire, la sidérurgie lourde n'est pas en reste. La production de fer (dans les limites territoriales de 1790) est passée de 65 000 tonnes en 1789 à 100 000 en 1809. L'extraction de charbon, qui s'élevait à environ 600 000 tonnes en 1789, atteint 941 000 tonnes à la fin de l'Empire. La productivité a fortement progressé. Alors que la main-d'oeuvre, les matériaux, les outils et les chevaux ont vu leurs prix doubler par rapport à 1789, le charbon est proposé au marché à peine un tiers plus cher qu'en 1789. Surtout, rompant avec la loi du 28 juillet 1791, qui laissait toute liberté aux « propriétaires de la surface », le nouveau droit minier, codifié par la loi du 21 avril 1810, sépare la propriété du sol et celle du sous-sol, attribuant à l'Etat le droit de concéder l'exploitation de ce dernier, moyennant le paiement d'une redevance modique. C'était abolir les survivances de l'Ancien Régime et favoriser la concentration.

L'industrie chimique, enfin, connaît un essor spectaculaire dont témoignent assez l'activité et la réussite de Chaptal. Industriel et ministre de l'Intérieur, il a le souci de favoriser tout ce qui contribue à l'essor de l'industrie et au renforcement de la puissance française. Il développe l'enseignement technique, crée le Conservatoire national des arts et métiers, transfère l'Ecole des mines de Paris sur un lieu d'extraction, à Moûtiers, à proximité des mines de plomb de Pesey, monte la première exposition des produits de l'industrie française, en 1801, stimule la Société d'encouragement à l'industrie nationale, fait appel aux conseillers généraux pour qu'ils donnent « leur opinion sur l'état et les besoins de chaque département », met les préfets à contribution pour élaborer les statistiques qui constituent le premier outil de connaissance de la France. Il crée aussi la première école nationale de sages-femmes, organise des écoles de pharmacie, fait assécher les marais du Cotentin par des immigrés hollandais, sans oublier de développer ses propres affaires : l'usine parisienne des Ternes, l'usine de la Folie à Nanterre et l'usine de soude montée au Plan d'Aren, près de Martigues, un ensemble qui devient le plus grand complexe chimique français. Autre leçon à tirer de cette expérience : dans la mesure où il jouissait d'une grande aisance matérielle et d'une incontestable supériorité intellectuelle, Chaptal put contribuer à la grandeur de la France sans servilité, mais avec le zèle d'un remarquable serviteur de l'Etat.

Une nation agricole

Cependant, avec son « bon sens » et ses lectures physiocratiques, Napoléon estimait toujours que l'agriculture était « la base de la richesse de l'Etat » et « l'atelier principal où tous les autres viennent se pourvoir ». Au total, toutefois, hormis la culture de la betterave, encouragée par le décret impérial de 1811, et l'extension accélérée de celle de la pomme de terre, la routine n'a guère été bousculée, même si l'abbé Delille, qui régnait alors souverainement sur le Parnasse français, lançait sans son Homme des champs, publié en 1800 : « N'allez pas, trop superstitieux,/ Suivre fidèlement les pas de vos aïeux ;/Créant à l'art des champs de nouvelles ressources,/Tentez d'autres chemins, ouvrez-vous d'autres sources. »

Reste que, et c'est bien l'essentiel pour les campagnes, le salaire agricole journalier masculin a augmenté de plus de 30 % au cours de la période, alors qu'il avait stagné pendant tout le siècle précédent. Ainsi, note le maire de Carpentras dès l'an XI, « les haillons de la misère ont presque disparu de notre sol malgré l'excessive quantité de non-propriétaires que nous comptons parmi nos citoyens ».

Agriculture puissante et rétive au changement, industrie repliée sur le marché national et largement soumise aux impulsions étatiques, administration renforcée et corps social remodelé, la France économique que Napoléon laisse en héritage est plus organisée que celle de Louis XVI, mais elle est sans doute aussi, paradoxalement, plus conservatrice. Les brillants échanges maritimes qui animaient les arrière-pays et amorçaient un développement économique « à l'anglaise » ont été anéantis. La France retourne à ses plaines, à ses montagnes, à ses frontières. Au grand arc du golfe de Gascogne, entre Brest et Bayonne, se sont substitués les foyers du Nord et de l'Est. Paris, surtout, avec ses presque 700 000 habitants, est le gagnant de ce nouvel ensemble jacobin où se marient la politique, les métiers d'art et du luxe, les ronds-de-cuir et les rentiers. Napoléon Ier avait déposé les masses de granit destinées à stabiliser une société chamboulée par le choc de 1789. Le soin de la plier aux exigences et aux contraintes de la révolution industrielle devait échoir à Napoléon III. De quoi le rendre moins populaire que son oncle, tant il est difficile, en France, de préférer le marché à l'Etat.


:aigle: :salut: :salut: :salut:

Le grenadier

Re: ÉCONOMIE

Message par Le grenadier » 03 janv. 2007, 17:14

Avec les 130 départements français de 1811 , la France napoléonienne allait en fait d' Hambourg , département des Bouches de l'Elbe , à Rome , département du Tibre . Largement plus loin qu'Amsterdam en direction du Nord-est .

Yves Martin

Re: ÉCONOMIE

Message par Yves Martin » 03 janv. 2007, 22:04

En fait - on est là au coeur du problème et de l'incompréhension entre vision anglaise et française de Napoléon.

La vision anglaise du monde est simple. Ils ont déjà entamé la révolution industrielle et toute la prospérité de la nation et des peuples doit se développer à partir du libre commerce et de la liberté de chacun d'entreprendre.

La prospérité s'organise

Pour Napoléon, au contraire, l'économie reste fondamentalement dirigiste au sein d'un carcan mercantiliste.

La prospérité est organisée

Les guerres de conquêtes organisent la prospérité future...et empêchent la prospérité de s'organiser.

Si l'on s'arrête un peu sur ces nuances on comprend totalement la vision anglaise. Napoléon ets pire qu'un empêcheur de tourner en rond...la guerre n'est pas bonne pour le commerce, car l'Angleterre ne se conçoit que comme le fournisseur du monde - d'ailleurs les seuls qui vont tenter d'un jouer un rôle similaire vont se retrouver en guerre aussi contre eux: les USA.

Il faut se rappeller (ce que je citais dans un article de G&E sur la guerre de 1812) que le cri de guerre américain du début de ce conflit ne fut pas pour conquérir le Canada ou abattre le tyran anglais mais plutôt "free trade and sailors' rights" en clair "libre échange et droit des marins"...

Autre condition de la prospérité anglaise - intérieure celle-là - la démocratie (ou plutôt ploutocratie en l'occurence) permettant à la société de gérer la prospérité économique, pas de se la voir imposer...

On comprend mieux dans ce contexte les analyses d'un Richard Holmes. Au final, l'argent étant le nerf de la guerre et l'économie anglaise étant bien plus efficace...on connait le résultat. On a eu droit à un remake de cela au 20e siècle d'ailleurs et à une plus grande échelle: économie libérale contre économie dirigiste...

bon je repose ma casquette d'économiste...

YM

Brigadier 4H

Re: ÉCONOMIE

Message par Brigadier 4H » 03 janv. 2007, 23:32

Je partage complètement cette analyse. En cherchant l'asphyxie complète de l'Angleterre, Napoléon la mit en état de lutte pour sa survie. De là, une détermination mortelle!
C'est déjà Milton contre Keynes...

yannick06

Napoléon et l'économie

Message par yannick06 » 07 juin 2008, 21:29

Dans le domaine économique, Napoléon a stimulé l'industrie et consolidé la formation des capitaux financiers entre les mains d'une riche bourgeoisie, principale bénéficiaire du régime... Malgré cette politique de "stimulation", la France n'a jamais réussi à concurrence économiquement l'Angleterre qui venait d'entamer la première révolution industrielle tout en renforçant son système financier (basé sur la confiance en la Livre Sterling).

Que pensez-vous de la politique économique menée par Napoléon Ier? :salut:

Yannick Augrandenis

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril » 07 juin 2008, 21:47

Sur ce point, je ne peux que vous conseiller la lecture du très bon Le prix de la gloire - Napoléon et l'argent, de Pierre Branda.
En guise de conclusion, l'auteur écrit ceci :

"Napoléon voulait détruire la nouvelle Carthage. Mais, au faîte de sa puissance, il resta finalement impuissant face aux forces de l'argent.
[...]
Si l'Empire napoléonien employa plusieurs fois des solutions passéistes [...], l'Angleterre était, elle, entrée dans la modernité. Son crédit public et sa monnaie étaient des solutions d'avenir. Mollien lui-même ne put que le constater dans ses Mémoires : "L'Angleterre faisait la guerre des temps modernes ; Napoléon, celle des temps anciens. Il est des temps et des cas où l'anachronisme est mortel."

Salutations respectueuses.

yannick06

Message par yannick06 » 07 juin 2008, 22:03

Merci du conseil. Ce livre a été primé si ma mémoire est bonne. La technicité et la précision historique ont été vantées lors de la publication de cette ouvrage.

Yannick Augrandenis

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril » 07 juin 2008, 22:06

Ce livre a été primé si ma mémoire est bonne.
Oui : Grand Prix de la Fondation Napoléon.

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