AUSTERLITZ : Illuminations d’Austerlitz

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Adjoint

Re: AUSTERLITZ : Le Santon

Message par Adjoint »

Non, évidemment...

on peut voir la portée efficace approximative des pièces du Santon sur le plan du capitaine Beauvoisin :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7 ... itz.langFR

Si la porté pratique d'un canon de campagne de 12 était de 1800 mètres à peu près, elle serait un peu sous-estimée sur ce plan, mais peu importe, la Vieille Poste est à 4,5 km du Santon, à vol d'oiseau.

Le seul moment où ces pièces pouvaient intervenir dans l'action c'était la diversion russe contre Bosenitz. On n'a pas fait descendre les pièces.

J.

la remonte

Re: AUSTERLITZ : Le Santon

Message par la remonte »

superbe ce plan , je ne le connaissais pas . merci .

Henri André

Re: AUSTERLITZ : Le Santon

Message par Henri André »

Adjoint a écrit :Non, évidemment...

On peut voir la portée efficace approximative des pièces du Santon sur le plan du capitaine Beauvoisin :
Merci "Adjoint", ces plans sont superbes et je ne les connaissais pas :oops: .

L'ARCHEONAUTE

Re: AUSTERLITZ : Le Santon

Message par L'ARCHEONAUTE »

n'oublions pas que le Génie a aussi monté ses pièces sur le lLangrafenberg à la bataille d'Iéna.

Christophe

AUSTERLITZ : "Je me souviens du 2 décembre..."

Message par Christophe »

Jean-Stanislas Vivien (1777-1850) s’engage dès 1792 en pleine tourmente révolutionnaire. Il participe à la défense de Lille en 1792 ; il est engagé dans les batailles de Hondschoote et de Wattignies. Il campagne à l’Armée de Sambre-et-Meuse. Nommé sergent-major, puis adjudant, on le retrouve sous-lieutenant début 1796. Il participe à la campagne d’Italie. Son régiment, le 55ème de ligne, rejoint le camp de Boulogne puis Vivien part pour la campagne de 1805. Il est présent à Iéna, à Eylau, à Heilsberg. Il participera à la campagne d’Espagne. Le passage qui suit est extrait de ses « Souvenirs » parus la première fois en 1907 et réédités en 2003 (à la Librairie des Deux Empires).

------------------

Le 2 décembre 1834, dans sa retraite paisible, Vivien se remémore la grande journée d’Austerlitz.

« Je me rappelai l’Empereur passant, écrit-t-il, la veille de la bataille, à dix heures du soir, dans les bivouacs de ses divisions d’infanterie, massée autour du Santon, position qu’il avait fait fortifier la veille et armer de dix-huit pièces de gros calibre ; et les soldats brandissant au-dessus de sa tête des torches de paille allumée ; c’était ainsi qu’ils célébraient leur général, aux cris mille fois répétés de « Vive l’Empereur ! ». Je me rappelai l’armée rangée en bataille, le lendemain, à sept heures du matin, s’ébranlant simultanément : l’infanterie l’arme au bras, marchant en colonnes échelonnées par régiment, contre des lignes doubles d’une étendue incommensurable ; se déployant et, après quelques bons feux à courte distance, les enlevant au pas de charge, les baïonnettes croisées ; et la cavalerie chargeant à fond les nombreux escadrons russes, dispersant ou sabrant des colonnes d’infanterie moscovites, noire de profondeur, ou leur faisant poser les armes. Je me rappelai le corps d’armée du maréchal Soult, dont j’avais l’honneur de faire partie, partant du ravin de Kobelnitz, enlevant le vaste plateau de Praztzen, centre d’opérations de l’armée austro-russe, où commandaient le feld-maréchal Kutusoff et l’empereur Alexandre, rejetant le centre de l’armée ennemie sur Wisschau en lui enlevant ses canons ; et de ce point, par une savante demi-conversion à droite, combinant ses mouvements avec ceux des divisions Bourcier et Friant, du corps du maréchal Davout, et prenant à revers l’aile gauche de l’armée ennemie commandée par les généraux Buxhowden et Langeron, l’acculant aux lacs de Telnitz et de Sokolnitz, où tout son matériel et beaucoup de Russes furent engloutis. Je me rappelai que, de compte fait, il y eut, ce jour-là, dans l’armée austro-russe, huit généraux, dix colonels et quarante-cinq mille hommes tués, blessés ou faits prisonniers ; que deux cents pièces d’artillerie et quarante-sept drapeaux tombèrent en notre pouvoir. Je me rappelai aussi et je n’oublierai jamais la générosité du grand homme envers deux Empereurs vaincus qui, le lendemain de la bataille, imploraient sa clémence, et qui, dix ans plus tard, après l’avoir cité au ban de l’Europe, ne lui laissaient pas même où poser sa tête ! Je fus blessé, à neuf heures du matin, d’un coup de mitraille à l’épaule qui ne me mit pourtant pas hors de combat. Quelques mois plus tard, je reçois la décoration de la Légion d’honneur et le commandement d’une compagnie de grenadiers ; j’avais alors vingt-huit ans.

En ce temps-là, le chef de l’armée, qui était aussi celui de l’Etat, était entouré des respects et de l’amour de la nation française… »

(Commandant VIVIEN : « Souvenirs de ma vie militaire, 1792-1822 », A la Librairie des Deux Empires, 2003.)
----------
Il y a aussi un 3ème "2 décembre": le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon fait son coup d'état... :salut:

Christophe

AUSTERLITZ !

Message par Christophe »

]« Le 2 décembre [1805], ou 11 frimaire an XIV, à la pointe du jour, on battit la générale partout, la cavalerie monta à cheval ; chacun prit son rang et se disposa à combattre. L’ennemi avança dans le lointain, par division, en colonnes serrées et commença l’attaque ; le canon ronfle partout ; la lutte s’engage ; et ce jour fut donnée la fameuse bataille d’Austerlitz, où les empereurs de France, de Russie et d’Autriche commandaient en personne ; la bataille des Trois Empereurs ! Chacun fit son devoir. L’armée française s’est immortalisé là par son intrépidité en luttant contre deux armées coalisées, de force supérieures. L’affaire a été générale, et, en moins de quatre heures, l’armée ennemie fut coupée ou dispersée et noyée dans les lacs [on sait qu’il s’agit d’une légende]. Le succès de cette journée nous a valu quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canons, vingt généraux et plus de trente mille prisonniers [en fait 9 767 prisonniers russes et 1 686 prisonniers autrichiens, soit 11 453 hommes au total, selon Alain Pigeard].

Jamais on n’a combattu avec tant d’acharnements de part et d’autre. Nous avons bivaqué sur le champ de bataille. ».

(Lieutenant Georges Bangofsky, du 7ème hussards, « Mes campagnes (1797-1815). Présenté et annoté par Ch. Bourachot », Editions du Grenadier, 2012).

Bastet

Message par Bastet »

« Je t’ai expédié Lebrun du champ de bataille. J’ai battu l’armée russe et autrichienne commandée par deux empereurs. Je me suis un peu fatigué, j’ai bivouaqué huit jours en plein air, par des nuits assez fraîches. Je couche ce soir dans le château du prince Kaunitz, où je vais dormir deux ou trois heures. L’armée russe est non seulement battue, mais détruite. Je t’embrasse » ( Napoléon à Joséphine le 3 décembre 1805)
« Vous dites c’est la bonne cause qui sanctifie même la guerre ! Moi je vous dis : c’est la bonne guerre qui sanctifie toute cause.
La guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l’amour du prochain. Ce n’est pas votre pitié, c’est votre vaillance qui, jusqu'à présent , a sauvé les victoires. […]. Vivez donc votre vie d’obéissance et de guerre ! Que peut vous importer une longue vie ! Quel guerrier veut qu’on l’épargne ? " (Ainsi parlait Zarathoustra , Nietzsche)

" Pour chanter dignement un Héros invincible,
Sous qui tremblent les autres rois,
[....]
Il n'est point d'assez fortes voix'" ( Anonyme, XVII°siècle)


« Une vie heureuse est impossible ; le plus haut point que l’homme puisse atteindre, c’est une carrière héroïque . Elle est le partage de celui qui, en n’importe quel ordre de choses, lutte avec les plus grandes difficultés pour le bien de tous et finit par triompher, mal ou nullement récompensé de ses efforts. Ensuite, quand tout est terminé, il reste là, débout, pétrifié, comme le prince dans le Roi Corbeau de Gozzi, mais dans une noble attitude et avec un air magnanime. » ( Du néant de la vie, Schopenhauer)

:salut:

la remonte

Message par la remonte »

ceux qui ont regardé "Des racines et des ailes " hier soir ont pu visualiser le parcours de la grande armée , 1805 et 1809 . Ulm Ratisbonne Melk Vienne :salut:
Ratisbonne et sa Diète qui disparait avec la Confédération du Rhin en 1806 .
je ne connaissais pas le Befreiungshalle sur le Mickelsberg , énorme monument commémorant toutes les victoires des peuples Allemands sur Napoléon édifié par Louis 1

Image
Modifié en dernier par la remonte le 05 déc. 2013, 10:35, modifié 1 fois.

Christophe

[AUSTERLITZ]

Message par Christophe »

Jean-Stanislas Vivien (1777-1850) s’engage dès 1792 en pleine tourmente révolutionnaire. Il participe à la défense de Lille en 1792 ; il est engagé dans les batailles de Hondschoote et de Wattignies. Il fait campagne à l’Armée de Sambre-et-Meuse. Nommé sergent-major, puis adjudant, on le retrouve sous-lieutenant début 1796. Il participe à la campagne d’Italie. Son régiment, le 55ème de ligne, rejoint le camp de Boulogne puis Vivien part pour la campagne de 1805. Il est présent à Iéna, à Eylau, à Heilsberg. Il participera à la campagne d’Espagne. Le passage qui suit est extrait de ses «Souvenirs » parus la première fois en 1907 et réédités en 2003.
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Le 2 décembre 1834, dans sa retraite paisible, Vivien se remémore la grande journée d’Austerlitz.

« Je me rappelai l’Empereur passant, écrit-t-il, la veille de la bataille, à dix heures du soir, dans les bivouacs de ses divisions d’infanterie, massée autour du Santon, position qu’il avait fait fortifier la veille et armer de dix-huit pièces de gros calibre ; et les soldats brandissant au-dessus de sa tête des torches de paille allumée ; c’était ainsi qu’ils célébraient leur général, aux cris mille fois répétés de « Vive l’Empereur ! ». Je me rappelai l’armée rangée en bataille, le lendemain, à sept heures du matin, s’ébranlant simultanément : l’infanterie l’arme au bras, marchant en colonnes échelonnées par régiment, contre des lignes doubles d’une étendue incommensurable ; se déployant et, après quelques bons feux à courte distance, les enlevant au pas de charge, les baïonnettes croisées ; et la cavalerie chargeant à fond les nombreux escadrons russes, dispersant ou sabrant des colonnes d’infanterie moscovites, noire de profondeur, ou leur faisant poser les armes. Je me rappelai le corps d’armée du maréchal Soult, dont j’avais l’honneur de faire partie, partant du ravin de Kobelnitz, enlevant le vaste plateau de Praztzen, centre d’opérations de l’armée austro-russe, où commandaient le feld-maréchal Kutusoff et l’empereur Alexandre, rejetant le centre de l’armée ennemie sur Wisschau en lui enlevant ses canons ; et de ce point, par une savante demi-conversion à droite, combinant ses mouvements avec ceux des divisions Bourcier et Friant, du corps du maréchal Davout, et prenant à revers l’aile gauche de l’armée ennemie commandée par les généraux Buxhowden et Langeron, l’acculant aux lacs de Telnitz et de Sokolnitz, où tout son matériel et beaucoup de Russes furent engloutis. Je me rappelai que, de compte fait, il y eut, ce jour-là, dans l’armée austro-russe, huit généraux, dix colonels et quarante-cinq mille hommes tués, blessés ou faits prisonniers ; que deux cents pièces d’artillerie et quarante-sept drapeaux tombèrent en notre pouvoir. Je me rappelai aussi et je n’oublierai jamais la générosité du grand homme envers deux Empereurs vaincus qui, le lendemain de la bataille, imploraient sa clémence, et qui, dix ans plus tard, après l’avoir cité au ban de l’Europe, ne lui laissaient pas même où poser sa tête ! Je fus blessé, à neuf heures du matin, d’un coup de mitraille à l’épaule qui ne me mit pourtant pas hors de combat. Quelques mois plus tard, je reçois la décoration de la Légion d’honneur et le commandement d’une compagnie de grenadiers ; j’avais alors vingt-huit ans.

En ce temps-là, le chef de l’armée, qui était aussi celui de l’Etat, était entouré des respects et de l’amour de la nation française… »

(Commandant VIVIEN : « Souvenirs de ma vie militaire, 1792-1822 », A la Librairie des Deux Empires, 2003.)

Christophe

A propos de la bataille d'Austerlitz.

Message par Christophe »

En ce jour-anniversaire, voici un témoignage s'y rapportant.

A propos de son auteur : « Né le 28 octobre 1771 à Létenville (Calvados), VIEL Antoine, l’auteur de cette missive, a donc à la date qu’elle porte, trente-quatre ans. Entré au service, comme volontaire dans la cavalerie de Bayeux, le 16 brumaire an II [6 novembre 1793], et passé peu après au 19ème régiment de cavalerie, il a guerroyé partout : en Vendée, en l’an II ; aux armées de Sambre-et-Meuse et du nord, en l’an III ; à l’armée du Rhin les deux années suivantes. En l’an VI, devenu fourrier, il est avec son régiment à l’armée d’Allemagne ; en l’an VII, à celle du Danube, où il se fait nommer, à quelques jours d’intervalle, maréchal des logis chef et adjudant. Revenu à l’armée du Rhin, il s’y couvre de gloire et se fait citer plusieurs fois à l’ordre, aux cours des années VIII et IX. C’est le 5 pluviôse an XI (25 janvier 1803), qu’il est passé avec son grade au 9ème régiment, devenu le 9ème de cuirassiers. Le 10 prairial [30 mai 1803] suivant, le premier Consul lui a décerné un sabre d’honneur, et, de l’an XI à l’an XII, il est resté employé dans les 25ème et 26ème divisions militaires. Sa nomination de sous-lieutenant date de quelques mois à peine : elle est du 16 pluviôse an XIII [5 février 1805] : il a été, à sa grande joie, maintenu à son cher régiment, désigné pour faire partie de la 1ère division de grosse cavalerie de la Grande Armée. C’est ici le moment de lui laisser la parole. Voici sa lettre, in extenso :
-------------------------------------------

A monsieur Guérould Pierre, commune de Létenville (Calvados), par Isigny.

[Nom de lieu illisible], le 6 nivôse an 14 [27 décembre 1805]

Convaincu comme je le suis, mon cher M. Guéroult, de l’intérêt que vous prenez à moi, je profite d’un moment de repos pour vous écrire et vous faire connaître que malgré les efforts de nos ennemis je vis encore. Vous saurez aussi que depuis le 26 messidor [15 juillet 1805], époque où nous sommes partis de Mayence pour aller à Lille, où nous arrivâmes le 25 thermidor [13 août 1805] et fûmes de suite sous les ordres du général Nansouty, qui réunit là sa division composée ainsi qu’il suit : les 2ème, 3ème, 9ème, 12ème de cuirassiers et les 2 régiments de carabiniers (convenez que c’est un joli commandement, mais il en est digne). Huit jours se sont passés dans des revues et manœuvres. Mais pas plus surpris de voir arriver l’ordre de partir sur le champ pour nous diriger sur le Rhin et notamment sur la ville de Mannheim où nous le passâmes le 8 vendémiaire [30 septembre 1805]. Voilà donc 300 lieues faites pour les Capucins, puisque nous sommes revenus à onze lieues d’où nous étions partis) et cela à grandes journées, ce qui nous a ruiné nos chevaux. Il faut vous dire, cher ami, que dans mon retour la fièvre me prit et j’ai fait cent lieues passées avec ce maudit fardeau : elle m’a mis dans un état déplorable ; vous ne aurez une faible idée dans ce petit détail. Jugez d’un homme qui a la fièvre des plus violentes pendant sept ou huit heures, qui à peine passée, se met dans une voiture et fait des 7, 8 et 9 lieues, qui, les jours qu’elle lui donne congé, part d’un grand matin, arrive à dix ou onze heures, se met au lit et au bout de deux heures prend médecine ; le lendemain, part croyant arriver avant lui. Jugez quelle jouissance d’avoir de grands maux de tête et d’avoir à supporter les cahots d’une mauvaise voiture. Dix-sept jours de jeûne, d’émétique, de médecine et de limonade m’en ont débarrassé ; huit jours de repos dans un très mauvais village m’a mis à même de pouvoir passer le Rhin et de partager avec mes camarades les maux de cette glorieuse campagne. Je dis « les maux » car je crois que jamais on en a fait une pareille. Jamais un jour de repos. Tous les jours monter à cheval avant le jour, n’en descendre qu’à 9 et 10 heures du soir, enfin nous sommes restés jusqu’à 22 heures à cheval, mais très souvent dix-huit mais quand on remporte une victoire complète, on doit oublier tous ces maux. Que pourrai-je vous dire, cher ami, quand les papiers publics vous ont instruits mieux que je ne pouvais le faire, attendu qu’ils vous ont appris tout ce qui s’est passé dans l’armée, et moi, je ne pourrais vous dire que ce que j’ai vu en grand et cela dans la position qu’a occupé la division. Je me permettrai seulement une réflexion : c’est qu’il n’appartient qu’à notre empereur de faire la guerre quand on considère qu’en dix jours il a détruit à l’Autriche une armée de 80 à 90 mille hommes ; cela paraît incroyable et cependant c’est vrai. J’en fus témoin et notre division ne les battit que par sa présence, nous ne mîmes pas même le sabre à la main pour les faire rentrer dans Ulm au nombre de 20 mille hommes.La Garde Impériale et nous, fûmes la seule cavalerie qui y parut et ils n’eurent pas le front de se mesurer avec nous. Cependant, nous désirions avoir cet honneur-là. Seulement une brigade de notre division fut détachée à la poursuite du prince Ferdinand qui le rejoignit à quelques lieues où conjointement avec d’autres, lui prit 17 à 18 mille hommes de 25 mille qu’il avait sauvés et dont le reste fut pris en détail. Nous continuâmes notre route sur Vienne où nous arrivâmes sans de grands combats : presque toute la cavalerie se rassembla sous ses murs le 20 brumaire [11 novembre 1805] ; le 22 [13 novembre 1805] ce fut notre division qui traversa la ville capitale de ce grand empire, passa le Danube, traversa les troupes autrichiennes, et fut s’établir à deux lieues au-delà, où un régiment de cuirassiers d’Autriche lui céda la place. Après notre passage, toutes ces troupes furent désarmées, nous nous crûmes en paix, on nous dit même que nous allions prendre des cantonnements. Nous marchâmes pendant deux jours dans cette douce espérance, quant on nous dit que les russes ne voulaient pas s’en retourner chez eux sans un ordre de leur souverain : il nous fallut donc encore battre ces messieurs pour les mettre à la raison, mais une fois ni deux n’ont pas suffit. Il en fallut venir aux gros mots.

Aussi, j’ose croire qu’ils se rappelleront de la bataille d’Austerlitz. Celle-là, je l’ai vue de tout mon saoul, et je peux dire que jamais champ de bataille de fut aussi sanglant. Jugez que cent cinquante mille mousquetaires tirèrent depuis sept heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi et que plus de deux cents pièces d’artillerie tirèrent également. Jugez, dis-je, du carnage que cela a pu faire. Je n’ai pu encore deviner ce que c’est que le caractère russe, mais je n’ai pas vu sans une surprise étrange, des russes sans nombre, mutilé par le boulet, par la mitraille et autres armés, les uns des bras, les autres des jambes emportées, et bien, ils ne poussent pas un soupir, pas une plainte. Je suis repassé au bout de six jours sur le champ de bataille : on travaillait à enterrer les morts, j’en ai vu qui ne l’étaient pas, par des temps semblables, et blessés : quel courage !

Laissons là ce champ de tristesse et de carnage et revenons au 11 frimaire [2 décembre 1805], où Napoléon les écrasa tous, quand je dis « tous », je pourrais ajouter que nous lui avons aidé un peu… Voici comment nous avons travaillé. Vous savez, ou vous ne savez pas, la grosse cavalerie ne doit pas donner à propos de rien et on doit la regarder comme emporte-pièce à qui rien ne doit résister, en voici une preuve : à midi, les affaires n’allaient pas des mieux pour nous. L’ennemi nous chagrinait fortement, quand le prince Murat envoya l’ordre à notre général de se porter en avant pour charger la cavalerie. Cette cavalerie (la tête de l’armée russe) était placée sur un plateau assez élevé, flanquée de 8 pièces d’artillerie qui faisant un feu croisé sur nous. Ils comptaient par cette manœuvre, sans doute, nous arrêter. Point du tout ! Nous avons manœuvré avec sécurité et avec autant de sang-froid que si ce fût pour notre instruction. L’ennemi fit si tellement effrayé de cela qu’il n’osa pas faire un pas sur nous. Nous montâmes sur le plateau, nos têtes hérissées de nos sabres, que nous leur avons enfoncés dans le ventre et partout, car ils sont restés là comme des murs, on en a tué tant qu’on a pu, forcé le reste à la retraite ; mais la majeure partie ont emporté des blessures mortelles. Nous avons pris les 8 pièces qui nous avaient fait tant de mal, donné l’exemple à toute la ligne, une charge générale s’opère, l’ennemi partout est mis en fuite et là se termine la journée du 11 frimaire, dite « Bataille des trois empereurs ou d’Austerlitz ». Mon cher Monsieur Guéroult, ce qu’il y a de flatteur pour nous c’est que nous avons perdu très peu de monde et que ce fut notre régiment qui perça le premier l’ennemi, ce qui fut remarqué par le prince Murat, qui, sur le champ de bataille passa devant. « Braves cuirassiers, dit-il, vous avez chargé l’ennemi avec intrépidité et sang-froid, cela est digne de vous ! » Tous criaient : " Vive le prince Murat ! " Le prince Murat dit : « Vive les cuirassiers qui savent vaincre nos ennemis, etc. ». Il fit son rapport à l’Empereur qui dit qu’il portrait les régiments de cuirassiers à 1.000 hommes, ce qui fait une augmentation de 400. J’écris beaucoup sur une grande feuille de papier et je vous dis peu, mais vous excuserez le petit génie de votre ami et vous direz mille choses honnêtes de ma part à Mme Guéroult ainsi qu’à tous ses enfants.

Mes compliments à ma sœur et à son mari, je vous prie de leur donner de mes nouvelles le plus tôt possible. Je ne leur écrirai pas par la raison que ici on ne peut affranchit les lettres pour la France, étant trop éloignés de la poste. Nous sommes cantonnés à douze lieues de Vienne du côté de la France.

Nous avons repassé dans cette capitale le 23 frimaire [14 décembre 1805] après avoir parcouru les belles plaines de la Moravie. Milles choses à tous nos amis. Je suis, en attendant votre réponse, votre bien sincère,

VIEL.

J’ai oublié de vous dire que l’on vient de nous payer trois mois de solde en billets de banque de Vienne lesquels perdent seulement 45 %. Il est vrai que l’on nous a donné un tiers en sus. Convenez que si cela n’est pas gratifiant ce n’est pas galant de la part de notre Empereur. Mon adresse est : VIEL, sous-lieutenant au 9ème régiment de cuirassiers, membre de la Légion d’honneur, 1ère division de cavalerie commandée par le général Nansouty, à la Grande armée. Bonsoir, je vais faire un lit avec deux bottes de paille. Le papier me manque comme vous voyez. Je ne peux vous en dire davantage. Portez-vous aussi bien que moi. C’est tout ce que je désire ; il est dix heures, je veux cacheter ma lettre pour l’envoyer demain matin à la poste, car si je manque cette occasion je serait 8 jours sans la retrouver.
------------------------------

L’année suivante, Viel gagne ses galons de lieutenant à la bataille d’Iéna ; en 1807, il se bat à Eylau comme lieutenant adjudant-major ; en 1809, capitaine commandant, il est blessé à Wagram d’un éclat d’obus au pied. Il fait en 1812 la campagne de Russie et, en 1813, celle de Saxe, au cours de laquelle, pour sa belle conduite à la bataille de Dresde, il est fait officier dela Légion d’honneur, ce qui l’incite à se distinguer de plus belle à celle de Leipzig, où il reçoit trois coups de sabre. Nommé chef d’escadron au début de la campagne de France, le 19 février 1814, il passe le 6 août suivant au 10ème cuirassiers. Il fait enfin la campagne des Cent-Jours avec la 14ème division de cavalerie, assiste à la bataille de Ligny et couronne sa glorieuse carrière en prenant part, le 18 juin 1815, à l’immortelle chevauchée de Mont-Saint-Jean. Le 25 décembre 1815, après le licenciement de l’armée, il se retire dans ses foyers à Létanville ; il est dans toute la force de l’âge, n’ayant que quarante-quatre ans. Il en vivra quarante encore, entouré de l’estime et de la considération de tous et mourra maire de sa commune, le 16 février 1855.

Valère FANET.

Cette lettre fut publiée en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ».

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