AUSTERLITZ : Illuminations d’Austerlitz

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Modérateur : Général Colbert

la remonte

[AUSTERLITZ]

Message par la remonte » 10 mai 2016, 16:56

je n'avais pas vu cette question : en fait il n'y a aucun opportunisme , il applique son plan et mieux il le dévoile à ses troupes la veille ! un traitre aurait pu traverser les lignes :idea:

Soldats,

L'armée russe se présente devant vous pour venger l'armée autrichienne d'Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrunn, et que depuis vous avez constamment poursuivis jusqu'ici.

Les positions que nous occupons sont formidables; et, pendant qu'ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc.

Soldats, je dirigerai moi-même tous vos bataillons; je me tiendrai loin du feu, si, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis; mais, si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s'exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter, dans cette journée surtout où il y va de l'honneur de l'infanterie française, qui importe tant à l'honneur de toute la nation.

Que, sous prétexte d'emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu'il faut vaincre ces stipendiés de l'Angleterre qui sont animés d'une si grande haine contre notre nation.

Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nos quartiers d'hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France; et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple , de vous et de moi.


Signé
NAPOLEON

à Waterloo , en attaquant Hougoumont , il a cherché à faire descendre Wellington du plateau mais ce vieux renard n'a pas bougé :?

:salut:

le sabreur

[AUSTERLITZ]

Message par le sabreur » 10 mai 2016, 19:05

Bonjour,

On a tendance à présenter la disposition des troupes françaises (aile gauche surchargée, aile droite faible) comme décidées par Napoléon pour son plan d'attaque sur le centre. C'est ce qu'on a souvent écrit dès après la bataille jusqu'à nos jours, mais il faut reconnaitre que ces dispositions ne sont pas très logiques puisque le gros des forces (et la cavalerie de Murat) sont assez éloignées de ce qui doit être l'épicentre de la bataille (les environs de Telnitz puis le plateau de Pratzen).
Oleg Sokolov, a écrit un article très bien fait sur la bataille. Il commente en particulier un document rarement exploité par les autres historiens et pourtant fondamental puisque c'est le seul daté d'avant la bataille et qui n'a donc pas été adapté après la victoire. Il s'agit du plan d'attaque dressé le 1 Décembre 1805 à 20h30 au bivouac de Brünn.
La ligne Sokolnitz-Telnitz, sur le ruisseau de la Goldbach, ne devait pas être défendue, aucune percée n'était prévue au centre et il n'était donc pas prévu de d'acculer une partie de l'armée ennemie aux étangs gelés.
Le choc frontal devait avoir lieu au Nord, où le gros des troupes ici stationnées devaient marcher vers l'Est pour tomber sur l'ennemi (qui pensait on alors allait tenter de déborder l'aile gauche française) tandis que Soult à droite devait marcher en ligne oblique pour déborder l'aile gauche coalisée et couper la retraite sur Olmutz.

Or le plan des coalisés n'était pas de déborder l'aile gauche française, mais au contraire de déborder par la Goldbach pour couper la retraite française sur Brünn.

Dans la nuit du 1 au 2 Décembre, les troupes coalisées tentent en vain de s'emparer du village de Telnitz. Averti vers 3h du matin Napoléon se rend sur place et fait appeler Soult. Les éclaireurs rapportent que l'armée ennemie se déplace vers la droite française, selon Ségur Napoléon fit même lui même une reconnaissance du plateau de Pratzen pour se rendre compte du changement de situation. Une reconnaissance risquée puisque l'Empereur se serait heurté à un groupe de cosaques qui aurait contraint le petit groupe à rebrousser chemin sous la couverture des Chasseurs à cheval de la Garde. Cette reconnaissance aurait été décisive. Napoléon, ayant ainsi parfaitement cerné les intentions de son ennemi, change complètement son plan d'attaque pour adopter le plan traditionnel que l'on connait tous. Il donne ses instructions à Soult, qui doit à présent percer le centre, et envoie des ordres à tous ces généraux, notamment pour envoyer des renforts défendre l'aile droite. Malgré tout, le plan de bataille étant changé au dernier moment, les dispositions restent en partie celle du premier plan d'attaque d'où le gros des forces sur l'aile droite au lieu d'être au centre.

Les rapports postérieurs à la bataille ne font souvent mention que du plan final, comme si Napoléon avait dès le début prévu un piège génial et imparable dans lequel sont venus se fourrer naïvement Russes et Autrichiens. Mais je trouve qu'il n'y a rien de dévalorisant envers cette victoire à dire que le plan fut changé à la dernière minute, au contraire, cela montre une grande perspicacité, une grande capacité d'adaptation, de la part de Napoléon.
Modifié en dernier par le sabreur le 10 mai 2016, 22:12, modifié 1 fois.

Cyril Drouet
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[AUSTERLITZ] Le mythe des étangs d'Austerlitz

Message par Cyril Drouet » 30 août 2017, 08:11

Avant de commencer, voici un détail de la carte dessinée en 1805 par Calmet-Beauvoisin. La première zone correspond aux premiers passages sur l’étang de Satschan suite à la fuite d’Aujezd. La deuxième correspond à la fin de la retraite, suite à l’évacuation de Telnitz, par le secteur de la digue de l’étang de Menitz. Les témoignages ne parlent pas forcément des deux secteurs ou parfois les associent en un seul et même évènement.
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Abordons par exemple Barrès (Souvenirs d'un officier de la Grande Armée) : "Parvenu à la descente qui domine les lacs, je sortis un instant des rangs et je vis, par ce moyen, dans la plaine, la lutte terrible engagée entre le 4e corps et la portion de l'armée russe qui lui faisait face, ayant les lacs à dos. Nous arrivâmes pour lui donner le coup de grâce, et achever de la jeter dans les lacs. Ce dernier et fatal mouvement fut terrible. Qu'on se figure 12 à 15 000 hommes se sauvant à toutes jambes sur une glace fragile et s'abîmant presque tous à la fois."

Ce témoignage est en effet dans la droite ligne du fameux 30e Bulletin du 3 décembre 1805 :
« La canonnade ne se soutenait plus qu’à notre droite ; le corps ennemi qui avait été cerné et chassé de toutes ses hauteurs, se trouvait dans un bas-fond et acculé à un lac : l’Empereur s'y porta avec 20 pièces de canon : ce corps fut chassé de position en position, et l’on vit un spectacle horrible, tel qu’on l’avait vu à Aboukir : 20 000 hommes se jetant dans l’eau et se noyant dans les lacs [quatre jours plus tard, le 33e Bulletin parlera de 18 600 morts chez l’ennemi, mais là, pour l’ensemble de la bataille…]. »

, de la célébrissime Proclamation d’Austerlitz en date du même jour :
« Ce qui a échappé à votre fer s’est noyé dans les lacs. »

, du 31e Bulletin (5 décembre 1805) :
« Les colonnes ennemies qui se jetèrent dans les lacs furent favorisées par la glace ; mais la canonnade la rompit et des colonnes entières se noyèrent. »

, ou encore des bas-reliefs de la colonne de la Grande Armée (inaugurée le 15 août 1810) :
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On peut également citer la relation officielle de la bataille par Tranchant de la Verne. Rédigée sous l’Empire, revue et corrigée par Napoléon lui-même, elle ne fut cependant publiée qu’après la chute de l’Empereur. Elle s’inspire logiquement du 30e Bulletin :
« Les Russes veulent hâter leur retraite ; mais il ne leur restait que la digue entre les lacs pour l'effectuer. L'armée française, appuyée aux lacs par ses deux ailes, près d'Augezd et Menitz, était maîtresse de tous les débouchés, et l'ennemi, cerné de toutes parts, présente bientôt un horrible spectacle ; il espère se sauver sur les étangs glacés ; plusieurs milliers d'hommes, trente-six pièces de canon, une quantité de caissons et de chevaux s'engagent sur ces étangs. Les vingt-quatre pièces d'artillerie de la garde brisent la glace et vomissent la mort. Des colonnes entières sont englouties, et du milieu de ces lacs immenses on entend s'élever les cris de plusieurs milliers d'hommes qu'on ne peut secourir.
[…]
Les débris de l'armée se jettent dans les étangs ou fuient vers Menitz, déjà occupé par le comte Friant.
Sans ressource, sans retraite, foudroyés par l'artillerie de la garde, ces malheureux, saisis d'épouvante, se jettent sur les glaces, et presque tous y trouvent la mort.
Le soleil achevait alors sa carrière, et ses derniers rayons, réfléchis par la glace, vinrent éclairer cette scène d'horreur et de désespoir. C'est ainsi qu'on avait vu dans la journée d'Aboukir dix-huit mille Turcs, poursuivis par le vainqueur, se jeter à la mer et s'y engloutir. »


On peut ajouter que l’affaire des étangs, outre le Bulletin et la Proclamation du lendemain de la bataille, fut véhiculée très tôt. Ainsi, Napoléon écrivait dès le 3 décembre à Joseph :
« Une colonne entière s’est jetée dans un lac et la plus grande partie s’est noyée. »
De même, aussi le 3 décembre, Berthier, paraphrasant le 30e Bulletin, avertissait Masséna :
« L’Empereur d’Autriche et celui de Russie ont eu toutes les peines du monde à se sauver à travers les marais ; une quantité considérable d’hommes ont été acculés à des marais, et à un étang où ils se sont jetés, et où ils se sont noyés comme les Turcs dans la mer, à la bataille d’Aboukir. »

Outre la voix de l’Empereur, le monument « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français de 1792 à 1815 », paru de 1817 à 1825 et qui est vite devenu une référence, a pu également influencer quelques plumes :
« Un parc de cinquante pièces d’artillerie, marchant sous la garde de quatre bataillons, voulut suivre une ancienne digue submergée, servant autrefois de communication, par le lac d’Augezd, entre le village de ce nom et celui de Satschau ; mais la glace qui couvrait le lac n’étant pas assez forte pour supporter ce poids énorme, rompit lorsque le convoi était au milieu du lac : hommes, chevaux, canons, caissons, tout fut englouti. Le nombre des troupes qui périrent ainsi était d’autant plus considérable, qu’un grand nombre de fuyards avaient suivi sur le lac les quatre bataillons russes qui escortaient cette artillerie, et qui, fidèles à leur mission, ne s’étaient point rompus avant cette catastrophe. L’empereur Napoléon ne put s’empêcher de déplorer le sort de ces braves et malheureux soldats, qui méritaient un meilleur sort, et d’avoir des chefs plus habiles. Une pareille scène allait avoir lieu plus loin.
[…]
La division Vandamme, se jeta sur la hauteur où se trouvait la colonne d’infanterie qui filait sur la digue entre les deux lacs [ceux de Stachan et de Menitz], et la mit en désordre. Pendant que cette infanterie, ainsi refoulée par les siens, accélérait sa retraite par la digue, une batterie d’artillerie légère russe, assez avantageusement placée, ripostait vivement au feu de celle de la garde, et permettait à la cavalerie de garder sa position assez de temps pour que le passage s’effectuât, mais non sans une grande perte d’hommes qui se noyèrent encore dans les deux lacs. »



Pour revenir à Barrès, il convient de préciser que ce dernier est bien loin d’être le seul à donner cette version catastrophique des faits. Nombre de mémorialistes vont dans le même sens :

-Thiébault (Mémoires) :
« Au moment où la bataille finissait, quinze à dix-huit cents Russes acculés au lac de Satschan, cernés de tous côtés et venant de voir périr trois ou quatre mille des leurs sous les glaces de ce lac, ne répondaient que par le feu le plus nourri aux feux dirigés contre eux. »


-Bigarré (Mémoires) :
« Nous vîmes périr toute une colonne russe dans le lac Dangerd, ainsi qu’un parc d’artillerie, sans lui donner le moindre secours. Si la caisse d’un corps d’armée n’eût arrêté pour un moment la marche de nos tirailleurs, il est probable que la colonne russe, commandée par le général Doktorov, aurait été obligée de mettre bas les armes avant d’atteindre la digue qui séparait les deux lacs d’Angerd et de Menitz, car cette colonne était si harcelée qu’elle était disposée à se rendre. Dans ces deux lacs, il se noya une quantité prodigieuse de ces intrépides soldats russes qui, voulant les traverser sur la glace, périrent de la manière la plus cruelle. »


-Coignet (Cahiers) :
« Nous continuâmes d'avancer, en tournant à droite jusque sur le revers du plateau qui s'abaisse vers les étangs. De là, nous aperçûmes notre aile droite qui se battait depuis le matin dans les bas-fonds, et en face d'elle toute l'aile gauche de l'armée russe. L'empereur descendit de ce côté avec les grenadiers Oudinot et presque toute sa garde, notamment l'artillerie. Alors les Russes se trouvèrent acculés à des montagnes inaccessibles, formant une espèce de rond-point, et dominées par un clocher que nous apercevions dans le lointain. Ils n'avaient pour s'échapper que les étangs et la chaussée qui les sépare. Or, cette chaussée était encombrée de chariots et de caissons. Ils furent obligés de se précipiter sur la glace des étangs. Malheureusement pour eux, les boulets et les obus brisèrent bientôt cette glace et ils prirent un horrible bain. »


-Major Jérôme Dumas (Journal) :
« L'ennemi en pleine déroute, abandonnant son artillerie, fut coupé sur tous les points. Son aile gauche repoussée vers 4 heures de positions en positions et, acculée vers les lacs de Satczan, croyant pouvoir les traverser, s'engage sur la glace, mais 24 pièces de l'artillerie de la Garde tirent à boulets sur elle et creusent le précipice sous ses pas. Plusieurs milliers de Russes se sont noyés. »


-Général Mathieu Dumas (lettre adressée à Joseph Bonaparte) :
« Un grand nombre de fuyards en essayant de traverser le lac de Satschan meurent engloutis sous la glace qui tout à coup se brise sous leurs pas. »


-Marbot (Mémoires) :
« Dès ce moment, les nombreuses et lourdes masses austro-russes, entassées sur les chaussées étroites qui règnent le long du ruisseau de Goldbach, se trouvant prises entre deux feux, tombèrent dans une confusion inexprimable; les rangs se confondirent, et chacun chercha son salut dans la fuite. Les uns se précipitent pêle-mêle dans les marais qui avoisinent les étangs; mais nos fantassins les y suivent; d’autres espèrent échapper par le chemin qui sépare les deux étangs : notre cavalerie les charge et en fait une affreuse boucherie; enfin, le plus grand nombre des ennemis, principalement les Russes, cherchent un passage sur la glace des étangs. Elle était fort épaisse, et déjà cinq ou six mille hommes, conservant un peu d’ordre, étaient parvenus au milieu du lac Satschan, lorsque Napoléon, faisant appeler l’artillerie de sa garde, ordonne de tirer à boulets sur la glace. Celle-ci se brisa sur une infinité de points, et un énorme craquement se fit entendre !... L’eau, pénétrant par les crevasses, surmonta bientôt les glaçons, et nous vîmes des milliers de Russes, ainsi que leurs nombreux chevaux, canons et chariots, s’enfoncer lentement dans le gouffre !. . . Spectacle horriblement majestueux que je n’oublierai jamais !... En un instant, la surface de l’étang fut couverte de tout ce qui pouvait et savait nager; hommes et chevaux se débattaient au milieu des glaçons et des eaux. Quelques-uns, en très petit nombre, parvinrent à se sauver à l’aide de perches et de cercles que nos soldats leur tendaient du rivage; mais la plus grande partie fut noyée !... »


-Ségur (Mémoires) :
« Cette malheureuse aile, ainsi écrasée de trois côtés sous les efforts simultanés de Davout, de Soult, de Duroc et de ses grenadiers, cernée, poussée, culbutée par nous et Vandamme contre les lacs, y cherche un refuge. Le plus grand nombre, avant de les atteindre, est forcé de mettre bas les armes ; deux milliers seulement s'échappent par la chaussée qui sépare ces deux lacs. D'autres milliers, égarés par la terreur, se livrent à la glace qui en couvre la superficie. En un instant nous vîmes ce miroir, blanchi par les frimas, se noircir de la multitude éparse de fuyards aventurés sur ce dangereux appui, que brisaient sous leurs pas nos boulets impitoyables. A cet aspect l'Empereur, resté sur les hauteurs, s'écria : « C'est Aboukir! »
Quant à nous qui chargions en ce moment, nous nous arrêtâmes saisis de pitié à la vue de ce terrible et nouveau spectacle. Quelques-uns de nous tendirent à ces naufragés une main secourable. Pour ma part ce fut un cosaque qu'en passant je retirai de ces eaux glacées. Je ne me doutais guère, en cet instant, que, l'année suivante, après avoir assisté d'abord à la conquête de Naples et des Calabres, puis à celle de la Prusse, je devais, bien loin de ces lacs, le retrouver, et qu'alors, blessé et prisonnier moi-même au fond de la Pologne, j'y serais reconnu et à mon tour protégé par ce Tartare ! »


-Fantin des Odoards (Journal) :
« Vers le soir, une colonne d’environ 15 mille hommes s’est trouvée acculée sur un des lacs glacés dont les environs d’Austerlitz sont coupés. Ne pouvant la forcer à se rendre, on s’avise de pointer sur elle les pièces de canons, qui, tirant de haut en bas, parviennent à rompre la glace, et les 15 mille hommes sont engloutis. J’ai été témoin de cette catastrophe ; j’ai vu cette glace s’entrouvrir et cette masse disparaître sous ses débris ; j’ai entendu leurs cris de détresse…Jamais un spectacle aussi horrible ne s’effacera de ma mémoire. »


-Thiard (Souvenirs) :
« Nous arrivâmes enfin à la pointe de ce prétendu lac qui n’est autre chose qu’un étang à peu près de l’étendue de celui de Saint-Gratien. La surface en était encore recouverte de glace ; les Russes, trompés par la différence du climat, avaient cru pouvoir hasarder sur cette glace, qui paraissait assez solide, un train d’artillerie avec une escorte d’à peu près 2 000 hommes. La colonne tenait presque toute la largeur de l’étang.
L’Empereur fit avancer sur-le-champ une batterie de la garde, qui joua non sur les troupes mais sur la glace. Au vingtième coup, celle-ci s’ouvrit avec un fracas terrible. En un instant, comme par le feu d’un décor d’opéra, tout fut englouti. J’ai encore présent à ma vue, et je l’y aurai jusqu’à ma dernière heure, le spectacle horrible qui frappa nos regards : des centaines d’hommes cherchant à échapper au naufrage en se hissant sur les corps des chevaux qui périssaient comme eux ou sur les canons qui s’élevaient à peine à quelques pieds au-dessous de la surface de l’eau, suivant la profondeur.
[…]
Inutile de dire que la train d’artillerie, qui se trouve être de 65 canons, ayant sombré dans l’étang, l’Empereur fit cesser le feu, et on parvint à sauver les hommes qui étaient sur les rives.
À l'instant même, l'Empereur aperçut sur la chaussée de l'étang, à la distance d'une demi-lieue ou à peu près, le reste de la colonne qui cherchait son salut par cette issue. À l'époque, il y avait déjà au quartier général bon nombre de sabres inutiles et par conséquent d'ordonnances. L'Empereur envoya Philippe de Ségur les réunir et le lança a la poursuite de ce corps, sur lequel il fit un bon nombre de prisonniers »


-Vivien (Souvenirs) :
« [Les] lacs de Telnitz et de Sokolnitz, où tout son matériel et beaucoup de Russes furent engloutis. »


-Soult (rapport du 2 décembre 1805) :
« Votre Majesté a remarqué Elle-même que les ennemis s'étaient maladroitement laissés enfermer entre le lac de Mienitz et les marais de Tilnitz et Satschan; pour s'en retirer, ils ont essayé de traverser à gué la tête des étangs, mais tous les chevaux engagés et un nombre de 1 000 à 1 200 hommes, tant d'artillerie que de cavalerie, y ont encore péri. On en entend encore qui poussent des cris épouvantables et auxquels on ne peut porter aucun secours. »

-Soult (rapport du 3 décembre) :
« Plus de 4 000 chevaux ont été tués ou noyés dans le lac, ainsi que 1 000 à 1 200 hommes. »

-Soult (rapport du 16 décembre 1805) :
« Menacé par le débouché d’Augezd, le long des étangs sur lesquels la 2e division se dirigeait, [l’ennemi] dut penser à se sauver ; ses troupes s’ébranlèrent; 38 pièces de canon , beaucoup de caissons, des canonniers et 2 ou 3 000 hommes d'infanterie, avec un grand nombre de chevaux, voulurent pénétrer par la tête des marais sur Satczan ; mais, à moitié chemin, la glace, qui jusque là avait porté, manqua, et une partie de ce qui était engagé, s’engloutit; le restant, pressé par la 2e division qui avait débouché d’Augezd, voulut encore échapper, en traversant le l’étang; mais la glace lui manqua également, et presque tous les hommes et la totalité des chevaux périrent.
L’Empereur venait d'arriver sur le plateau d’Augezd, et Sa Majesté, en voyant cet affreux spectacle, se rappela la mémorable bataille d’Aboukir, ou 18 000 Turcs, poursuivis par son armée victorieuse, éprouvèrent le même sort.
[…]
La 2e division eut ensuite ordre de longer l'étang de Satczan et de se diriger sur le plateau de Tellnitz, pour y attaquer, avec les deux autres divisions, ce qui restait d’ennemis et en finir avec eux. Son mouvement s'opéra avec un ordre admirable; mais à peine parut-elle sur le plateau, que l’ennemi, faisant un dernier effort, voulut engager une charge et commença un feu extrêmement vif de mousqueterie et de toute l'artillerie qui lui restait; deux escadrons de chasseurs à cheval de la garde impériale et les dragons repoussèrent la charge; l’infanterie marcha sur les pièces et les enleva; et les deux bataillons, qui avaient voulu tenir pour les soutenir, furent détruits ; le restant se sauva en déroute sur les hauteurs de Mönitz, où vainement il chercha à se rallier.
Poursuivie de tous côtés, et abandonnée par la cavalerie qui avait défilé par la digue de Satczan, l’infanterie russe voulut passer sur l’étang de Mönitz; mais elle éprouva le même sort que sa 1ère colonne, qui avait commis pareille faute : la glace se rompit, et les hommes s’engloutirent : le peu qui s’échappa et qui avait passé profita de l'obscurité de la nuit pour rallier la cavalerie, et disparut. »


-Lejeune (Mémoires) :
« Le corps austro-russe, repoussé par le maréchal Davout et battu par le maréchal Soult, ne pouvant plus rejoindre le gros de l’armée sur Austerlitz, chercha à se sauver par la digue de Telnitz, pour gagner la route de la Hongrie ; mais déjà la hauteur était occupée par notre artillerie de la garde, et sa cavalerie seule put hasarder le passage en traversant au galop sous le feu de la mitraille. L'infanterie, flottant incertaine sur le parti qu'elle avait à prendre, n'entrevit de salut qu'en essayant de franchir sur la glace les larges étangs qui la séparaient de l'autre rive. Quelques hommes, en effet, purent passer; mais lorsqu'un plus grand nombre fut arrivé sur le milieu des étangs, la glace commença à craquer sous leur poids, et ils s'arrêtèrent; ceux de derrière, continuant toujours à avancer, formèrent bientôt une masse de plus de six mille hommes qui chancelaient en glissant. Tout à coup , cette foule agglomérée, chargée d'armes et de bagage, disparut en deux secondes sous les glaçons brisés, sans qu'un seul homme pût s'échapper en nageant à la surface. Ce bouillonnement des ondes, soulevées par ces milliers d'âmes valeureuses reportant à Dieu des existences bien chères à des pères, à des mères, à des amis, à la patrie, nous fit tressaillir de terreur. Bientôt les glaçons, agités et rompus par des efforts inutiles, perdirent leurs ondulations, et les nuages, en se mirant dans ces eaux redevenues tranquilles, nous montrèrent que le sacrifice était consommé. La douloureuse émotion que nous avions éprouvée de ne pouvoir porter aucun secours à ce grand nombre de victimes eût été plus longue et plus vive, si le bonheur d'être victorieux ne l'eût emporté sur tout autre sentiment. »
On doit à Lejeune l’œuvre suivante (« Vue de l’aile droite de la bataille d’Austerlitz ») :
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-François (Journal) :
« Je vis un parc composé au moins de 50 pièces de canon, avec leurs caissons, vouloir passer le lac glacé d’Aujerzd ; lorsqu’il fut au milieu, la glace rompit, et hommes, chevaux, canons et caissons, furent engloutis, ainsi que quatre bataillons qui escortaient ce parc ; une pareille scène eut lieu sur le lac de Möntitz, que fit éprouver le général Vandamme. »


-Petiet (Souvenirs) :
« L’artillerie de la garde impériale venait de se poster près des lacs et balayait l’ennemi qui cherchait à se rallier. Les boulets rompaient la glace et enlevaient aux Russes le seul espoir de salut.
[…]
On charge pour la troisième fois et, secondé par le feu de l’artillerie et de la division Vandamme, on parvient enfin à enlever la position à l’ennemi qui se dirige dans le plus grand désordre vers le lac de Menitz après avoir laissé ses canons en notre pouvoir.
[…]
L’infanterie ennemie courait sur le lac glacé qui, trahissant son espoir, lui présentait une mort sans gloire. »


-Pelleport (Souvenirs militaires et intimes) :
« Le général russe Buxhœwden, voyant la situation de ses troupes, rallie ce qui reste, se réunit aux débris de Langeron, et gagne Augezd; il est arrêté par le général Vandamme. Ne voulant pas se rendre, cette troupe se jette vers les étangs glacés, et tâche de s'y frayer un chemin : une partie se sauve, l'autre périt.
[…]
Napoléon, arrivé sur les pentes du plateau de Pratzen, du côté des étangs, fait tirer à boulets par une batterie de la garde sur les parties de la glace qui résistait encore, et achève la perte des malheureux qui y cherchaient un passage. »


-Seruzier (Mémoires militaires) :
« Au moment où l'armée russe faisait péniblement sa retraite, et cependant en bon ordre, sur la glace du lac, l'empereur Napoléon vint au grand galop vers l'artillerie. « Vous perdez du temps (s'écria-t-il) à foudroyer ces masses; il faut les engloutir! tirez sur la glace. » L'ordre donné resta sans exécution pendant dix minutes; en vain plusieurs officiers, et moi-même, nous nous étions placés à mi-côte pour produire plus d'effet, leurs boulets et les miens roulaient sur la glace sans l'entamer. Voyant cela, je m'avisai d'un moyen très simple, ce fut de pointer en haut, huit obusiers ; la chute presque perpendiculaire de ces lourds projectiles, produisit l'effet désiré. Mon moyen fut imité par les batteries voisines, et en moins de rien nous ensevelîmes quinze mille Russes et Autrichiens sous les eaux du lac. »


« quantité prodigieuse », « multitude éparse », « toute l’aile gauche de l’armée russe », « des centaines d’hommes », « quinze à dix-huit cents », « trois à quatre mille », « plusieurs milliers », « la plus grande partie » de « cinq à six mille hommes », « plus de six mille hommes », « 12 à 15 000 », « quinze mille »…
Si les termes et les chiffres diffèrent, la plupart s’accordent pour de fortes pertes.
Il est cependant difficile de voir clair dans ce qui a pu être écrit sur ces derniers instants de la bataille ; difficile en effet de démêler ce qui été vu (parfois d’assez loin), ce qui a cru être vu, ce qui a été tout bonnement inventé ou encore simplement recopié avec plus ou moins de liberté à partir de la prose impériale.
Toujours est-il que si l’on en croit Barrès, l’affaire des étangs d’Austerlitz suscita dès la nuit de la bataille bien des commentaires :
« La nuit se passa en causerie : chacun racontait ce qui l’avait le plus frappé dans cette immortelle journée. Il n’y avait point d’action personnelle à citer, puisqu’on n’avait fait que marcher, mais on parlait de l’effroyable désastre du lac, du courage des blessés… »

A noter que « l’effroyable désastre du lac » ne traversa pas seulement les rangs de la Grande Armée. Ainsi, quand on apprit à Vienne que des milliers d’hommes avaient péri noyés dans les étangs, les ventes de poissons s’écroulèrent.


Néanmoins, tous les mémorialistes ou témoins français ne peignent pas un tel effroyable tableau.
Poitevin de Maureillan dans son Journal n’évoque la mort que de canonniers :
« Le parc d’artillerie, se voyant pris, a fait plusieurs marches et contremarches, et lorsqu’il a vu la 2e division se porter sur lui par Aujezd, la division étant suivie de la cavalerie légère de la Garde, il a cherché à s’échapper par les marais, et toute cette artillerie s’est noyée ou embourbée.
L’Empereur était arrivé sur la hauteur d’Aujezd, au moment où la 2e division se portait sur Aujezd (vers 4 heures). Après la noyade du parc d’artillerie, de beaucoup de canonniers et de chevaux, la 2e division s’est portée sur Tellnitz. »

Vandamme (Journal) dont la division a pourtant largement contribué à refermer la nasse sur l’étang de Satchan est bien loin de comparer la fin de bataille à Aboukir et dépeint l’évènement de manière bien laconique:
« Ce général culbuta dans le lac de Telnitz beaucoup d'infanterie et le parc ennemi, de 50 à 60 pièces, qu'il prit en personne et seul à l'entrée du lac. »

De même, Davout, reste muet sur les noyades.
Davout à Berthier (2 décembre 1805) :
« Dans l'après-midi, la division Friant s'est portée sur Melnitz pour tourner quelques bataillons et escadrons qui se battaient contre des troupes du 4e corps d'armée [Soult]; ces corps ennemis, n'ayant plus d'issue, ont été en partie jetés dans le lac par les troupes du 4e corps. »

Davout à Berthier (6 décembre 1805) :
« Dans l'après-midi, la division Friant marcha sur Menitz, pour tourner quelques bataillons et escadrons qui étaient aux prises avec les troupes du 4e corps d'armée, qui les culbutèrent en grande partie dans le lac. »

Davout à Berthier (décembre 1805) :
« Tout étant terminé sur les points d'attaque de la division Friant, je la fis porter vers les trois heures de l'après-midi sur le village de Melnitz, afin de couper la retraite à quatre bataillons et escadrons qui étaient aux prises avec les troupes du 4e corps d'armée; celles-ci les culbutèrent en grande partie dans le lac. »


Friant tint le même langage quand il fit son rapport à Davout le 3 décembre 1805 :
« L'ennemi, pour cette fois, est mis en déroute sans retour et sans qu'il lui soit donné un seul moment de reprise. Il se sauve dans le plus grand désordre du côté du lac. Le village, les hauteurs sont emportés. Bientôt nous sommes maîtres du champ de bataille. Vingt pièces ou obusiers tombent eu notre pouvoir, avec un grand nombre de prisonniers. L'ennemi, en se retirant, abandonne ses bagages, jette son butin et ses armes pour se sauver avec plus de vitesse. »


Il convient tout de même de préciser que la prose laconique de Davout sur le sort des fuyards dans le secteur des étangs évolua avec le temps et que dans ses rapports postérieurs les fortes pertes par noyades furent abordées :
Davout à Napoléon (26 décembre 1805) :
« Des divisions du corps du maréchal Soult marchaient par Sokolnitz pour se porter de ce côté; la division Friant suivit ce mouvement en longeant ce ruisseau et se dirigeant sur Menitz. A la hauteur de Telnitz, la brigade du général Heudelet atteignit une forte colonne qui se retirait dans le plus grand désordre et fit sur elle, tout en la poursuivant, un feu très vif de mousqueterie et d'artillerie, qui lui tua encore beaucoup de monde; cette brigade se trouvait alors en potence avec des troupes du maréchal Soult elle eut avec elles le spectacle des Russes se submergeant dans le lac, par leur précipitation à s'échapper. »

Davout à Berthier (13 mars 1806) :
« La division Friant se porta sur Ménitz pour suivre et protéger le mouvement général qui s'opérait sur les lacs, où les ennemis éprouvèrent une si grande perte. »


Comeau, lui, va plus loin et n’hésite pas à contredire ouvertement le 30e Bulletin (Souvenirs des guerres d'Allemagne pendant la Révolution et l'Empire) :
« Ce fut alors que l’armée russe, pour rejoindre l’aile autrichienne qui allait être écrasée par les masses de cavalerie de Nansouty, fit un mouvement de flanc qui fut dérangé par un étang mal gelé. Le Bulletin dit que cet étang en avait englouti des milliers. J’en étais assez prés pour voir ce qui s’y passait. L’armée russe longeait l’étang et le mettait entre elle et cette cavalerie qui l’aurait inquiétée. Quand même quelques pelotons auraient eu le pied dans l’eau, il n’y avait pas de quoi les noyer. Les quelques corps d’hommes et de chevaux que j’y ai vus avaient été tués par le canon; c’était comme sur la rive, et encore moins. Je mets en fait que ce n’est pas deux mille hommes qui ont péri là, mais au plus deux cents, tandis que, sans cet obstacle, cette colonne aurait été écrasée. »



Il faut cependant en convenir ; cette version des faits est très minoritaire chez les mémorialistes français.



Du côté des principaux rapporteurs austro-russes, la prose est bien différente. On peut cependant mettre à part Langeron (Relation de la bataille d’Austerlitz) qui ne tait pas les noyades et évoque leur grand nombre :
« Il y avait près d’Aujezd, un mauvais pont sur le canal ; le comte Buxhowden le passa un des premiers, avec toute sa suite ; bientôt après, il fut enfoncé par une pièce de canon autrichienne ; alors, on vit une forte colonne française traverser le village d’Aujezd et descendre pour occuper le pont. Une batterie placée sur les hauteurs, nous foudroyait au passage des canaux ; il était près de quatre heures, la nuit était arrivée, une neige fondue et froide avait commencé à tomber depuis une heure, le terrain était fangeux et, près des canaux, on s’enfonçait dans la boue jusqu’aux genoux ; rien ne manquait à l’horreur de notre position. Les deux escadrons des dragons de Saint-Pétersbourg et les cent cosaques d’Issayew perdirent leurs chevaux dans les étangs de Menitz, dans lesquels beaucoup de fuyards se noyèrent ; ces étangs étaient gelés, mais la glace s’enfonça. La même chose était arrivée près de Sokolnitz et de Kobelnitz, dans d'autres étangs où périrent un grand nombre d'officiers et de soldats de la colonne de Pribischewski. »

J’ouvre ici une parenthèse qui peut avoir son importance car Langeron aborde là un troisième étang celui de Kobelnitz.
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Une partie des troupes de Przibychevski, après s’être échappée de l’encerclement du village et du château de Sokolnitz, fut effectivement prise dans ce secteur.
On trouve quelques parentés entre le récit de Langeron avec la relation de Tranchant de la Verne :
« Le comte Legrand, placé pendant toute la journée à un poste très difficile, avait, par son sang froid, sa valeur et ses manœuvres, obligé une colonne de 1 200 hommes , qui avait déjà atteint Kobelnitz, à se jeter dans les marais , où elle fut noyée en grande partie. Le reste, en cherchant à gagner Schlapanitz, fut fait prisonnier »

et une reprise quasi textuelle du passage de « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français de 1792 à 1815 » concernant les pertes dues aux noyades dans cet étang :
« L’ennemi, qui avait perdu beaucoup de monde dans cette attaque [celle de Sokolnitz], fut poussé jusqu’a l’étang de Sokolnitz, où étaient déjà acculées les troupes qu’avait culbutées la division Friant. Quelques bataillons réussirent à traverser l’étang; mais la glace, cédant sous le poids des autres, .rompit, et un très grand nombre d’officiers et de soldats s’y noyèrent. Le lieutenant général Przybyschewsky et six mille hommes furent faits prisonniers dans la vallée de Sokolnitz ; il y eût un nombre à peu près pareil de tués et de noyés, et les deux colonnes perdirent toute leur artillerie. »

Soult en parle dans son rapport du 16 décembre :
« Le général Legrand, par une manœuvre savante, obligea la gauche d’une colonne de mille deux cents hommes, qui cherchait à gagner Kobelnitz et avait déjà atteint ce village, à se précipiter dans les marais fangeux de Sokolnitz, où elle fut engloutie et perdue. »

François, dans son Journal, a également évoqué l’affaire n’hésitant pas à porter les pertes ennemies à plusieurs milliers de noyés :
« Nous vîmes, de notre position, près une chapelle, la division Saint-Hilaire repousser l’ennemi jusqu’à l’étang de Sokolnitz, où étaient déjà à moitié les troupes qu’avait culbutées le général Friant.
Quelques bataillons passèrent sur les glaces de l’étang ; mais la glace, cédant sous le poids des hommes, rompit, et plusieurs milliers d’officiers et soldats se noyèrent. »



De leur côté, les rapports de Davout et de Lochet ne parlent pas des nombreuses noyades, mais plutôt de troupes acculées sur les rives de l’étang et contraintes à la reddition.
Davout à Napoléon (26 décembre 1805) :
« Sur ces entrefaites, le 36e régiment, faisant partie du 4e corps d'armée, arriva par la partie gauche de Sokolnitz et contribua à dégager le 48e ; ces deux régiments, soutenus par les tirailleurs de la division Friant, poursuivirent l'ennemi et l'acculèrent sur des lacs [celui de Kobelnitz], après lui avoir fait éprouver la plus grande perte.
Pendant ce mouvement, les troupes de la division Legrand parurent sur les crêtes en arrière; un des régiments de cette division et le 8e régiment de hussards arrivèrent à portée de l'ennemi, dont la colonne entière mit bas les armes, après quelques coups de fusil. La glace du lac sur lequel cette colonne fut jetée venait d'être rompue par les chevaux des officiers qui s'étaient sauvés; d'ailleurs l'arrivée des troupes françaises de l'autre côté de ce lac ôtait à l'ennemi tout espoir de salut. »

Rapport de Lochet (8 mars 1806) :
« Après le combat vif et meurtrier soutenu par la division, depuis huit heures du matin jusque vers deux heures de l'après-midi, devant le village de Sokolnitz, pendant lequel ce village, défendu par neuf à dix mille Russes, fut pris et repris deux fois de vive force par moins de trois mille hommes, les Russes se trouvèrent acculés au lac qui se trouve à l’extrémité de la droite et près Sokolnitz.
Tant que la glace de ce lac ne fut pas rompue, partie des Russes se jeta en désordre sur la rive opposée, rive droite, partie resta entassée, sans ordre, marchant lentement et sans direction.
La division avait alors reçu l’ordre de se porter sur Tellnitz; le 48e avait été laissé, avec le général soussigné, à la poursuite de l’ennemi en déroute; ce corps, joint au 36e régiment, détaché de la division Saint-Hilaire, était parvenu, une heure au moins avant la division Legrand, à acculer plus fortement la colonne ennemie au lac de Sokolnitz et à la mettre dans un état tel, qu’elle ne pouvait tirer un coup de fusil, et ce ne fut qu’après qu’un grand nombre de tirailleurs de ces deux régiments furent pêle-mêle au milieu d’elle, qu’un escadron du 8° de hussards se porta au trot dans cette mêlée; mais alors l'ennemi avait jeté ses armes et la partie qui, comme on l’a dit, avait profité des glaces pour traverser le lac, était déjà faite prisonnière par les troupes de Saint-Hilaire ou de Vandamme.
Cet escadron qui, sans doute, s’il l'eût fallu, eût bien fait le coup de sabre, n’eut pas, dans cette circonstance, l’occasion d’en user; le corps ennemi se trouvait dans le plus grand désordre et totalement décidé à poser les armes devant les troupes contre lesquelles il se battait depuis le matin. »



Pour revenir au secteur des étangs de Satchan et de Menitz, Mikhaïlovski-Danilewski (Relation de la campagne de 1805) nous peint une affaire bien moins meurtrière que dans le récit de Langeron retranscrit plus haut :
« Doctouroff, ayant rassemblé ses troupes, revint sur ses pas, foudroyé par l'artillerie de la garde française, que Napoléon lui-même avait placée sur les hauteurs d'Aujesd. Abandonné à ses propres forces, il ordonna au général Lœwis de former l'arrière-garde à Tellnitz, et d'arrêter, autant qu'il le pourrait, les Français, pour les empêcher de le charger en queue; puis se dirigeant vers le village de Sartchan, il fit marcher ses troupes par le pont de la Littau, entre Aujesd et le lac de Sartchan, et par la digue entre les deux lacs. Le pont s'enfonça sous le poids des canons. Les troupes se jetèrent sur le lac qui était gelé. D'un autre côté, la digue se trouvait tellement étroite que deux hommes de front pouvaient seulement la traverser. Quelques officiers, en la voyant encombrée, conduisirent leurs soldats et leurs canons sur les lacs. Alors la glace, qui n'était pas assez forte pour les porter, se rompit : les hommes, les chevaux, les canons s'enfonçaient dans l'eau glacée, et le feu meurtrier des batteries de Napoléon faisait pleuvoir sur tant de malheureux les boulets et les obus : aucun cependant ne pensait à quitter ses armes; tous cherchaient mutuellement à s'entraider; ils essayaient même de sauver les canons. Les efforts de cette foule de braves gens furent impuissants pour vaincre de tels obstacles; leurs tentatives, dans cette cruelle situation, étaient au-dessus des forces humaines.
A mesure que nos troupes traversaient les lacs et la digue, Doctouroff les formait en colonne. Craignant que l'ennemi, après avoir passé la Littau, près d'Aujesd, ne lui barrât le chemin qu'il avait à prendre, il ordonna à Kienmeyer d'aller faire le tour du lac avec la cavalerie autrichienne et les cosaques, afin de se placer devant Aujesd; quelques bataillons d'infanterie y furent également envoyés. C'étaient ceux qui les premiers parvinrent à passer le lac.
Doctouroff, avec un inaltérable sang-froid, fit sortir les troupes des défilés de la digue et du lac, et, pendant la nuit, il atteignit Neudorff, où il fut rejoint par Lœwis, qui, pas à pas, s'était retiré avec l'arrière-garde. »


Ce dernier témoignage ne fut pas publié sous l’Empire. Deux autres, ceux de Stutterheim et de Koutousov, au contraire, le furent en 1806. Ainsi, ces deux récits furent annotés lors de leur parution en France dans le dessein de défendre la version fournie quelques temps plus tôt par les Bulletins.

-Stutterheim (La bataille d’Austerlitz par un militaire témoin de la journée du 2 décembre 1805) :
« Au moment où la colonne arriva dans Aujest, les Français fondirent de la hauteur sur ce village, où il y eut d'abord une fusillade très vive, mais courte , et ils s'emparèrent du village. C'était la division Vandamme qui avait été à l'extrémité de la droite sur les hauteurs de Pratzen, et qui à mesure que les Français couronnèrent cette hauteur, avait filé sur celle de la chapelle au dessus d'Aujest. Le Général d'infanterie Buxhoevden passa le village avec quelques bataillons et rejoignit l'armée près d'Austerlitz ; il y eut sur ce point du désordre, et 4 000 hommes furent pris dans et autour d'Aujezd ; ils perdirent leurs canons. Beaucoup d'entre ceux qui étaient en déroute se jetèrent sur le lac qui était gelé, mais pas assez cependant pour que quelques-uns n'y périssent. L'ennemi, qui en attendant avait reçu son artillerie poursuivit vigoureusement avec elle ces fuyards, qui passèrent ensuite par Satschan et vinrent le soir rejoindre l'arrière-garde sur les hauteurs de Neuhof. Le centre et la queue de cette 1ère colonne , qui était très forte, se replièrent, sous le Lieutenant général Dochtorow, sur la plaine entre Tellnitz et le lac , après que les Français eurent occupés Aujest. Cette infanterie était ensemble mais pas en ordre. Le lieutenant général Dochtorow parvint un moment à le rétablir et ne songea dès lors plus qu'à la retraite. Elle était difficile et ne pouvait s'effectuer que sur une digue très étroite entre les lacs où on ne pouvait marcher qu'à deux de front. Il était à craindre que les Français en passant Aujest et Satschan et faisant le tour du lac, ne coupassent ainsi cette digue et toute retraite aux Russes. Alors il eut été impossible de sauver les restes de la gauche des alliés. Le Lieut. général Kienmayer prit les devants avec les hussards de Hesse-Hombourg afin d'assurer cette retraite, et se plaça sur les hauteurs entre Satschan et Ottnitz pour observer ce point.
[…]
Lorsque la 1ère colonne se porta en avant, les Français avoient appuyé leur droite au lac; actuellement ils y avaient leur gauche, et les Russes leur droite. Il était environ 2 heures après midi et le combat sur le reste de la ligne était décidé et fini, lorsque la division Vandamme vint l'achever. Il y avait en arrière de Tellnitz, entre ce village et Menitz, une hauteur assez élevée dont la droite touchait au lac. L'infanterie russe se retira sur elle, toujours sous la protection de la cavalerie autrichienne, qui fut criblée de coups de mitraille. Le village de Tellnitz bordé de fossés, comme il a été dit plus haut, offrit un moyen de défense; on l'employa, et pour donner au reste de la colonne la facilité et le temps de filer, un régiment d'infanterie russe, sous le général-major Lewis, se plaça derrière ce fossé; il y fut attaqué et se défendit vigoureusement. La retraite du Général Dochtorow continua dès lors. La cavalerie occupa la hauteur dont il a été fait mention pour sauver une grande masse de cette colonne, qui de nouveau était dans un désordre complet. Les Français s'emparèrent de Telnitz, beaucoup de traîneurs russes y furent pris; ils firent avancer jusqu'aux bords du lac l'artillerie légère de la garde pour éloigner la cavalerie autrichienne, placée sur la hauteur, et prenant ainsi les chevaux-légers d'Oreilly en flanc, ils leur firent perdre beaucoup de monde. Mais rien n'empêcha ce brave régiment de couvrir avec intrépidité la retraite des Russes.
[…]
L'infanterie russe, fatiguée, exténuée, se retirait lentement, et la cavalerie dût longtemps soutenir son poste. Enfin, cette fameuse digue, qui était l'unique retraite qui restait à la disposition des débris de la 1ère colonne des alliés et qui avait donné de justes inquiétudes, fut heureusement passée ; sur elle encore les Français, qui en attendant avaient occupé la hauteur que la cavalerie venait de quitter, poursuivirent celle-ci de leur canon.
Les deux Généraux autrichiens qui protégeaient la retraite du général Dochtorow, s'arrêtèrent au delà de la digue sur les hauteurs en avant de Neuhoff, où on tâcha de remettre l'ordre dans les bataillons russes qui formaient encore un corps de huit mille hommes, au moins. Il était alors environ 4 heures et déjà il commençait à faire nuit. »

Notes d’un « officier français » ajoutées à l’édition française :
« A cette circonstance [« Beaucoup d'entre ceux qui étaient en déroute se jetèrent sur le lac qui était gelé, mais pas assez cependant pour que quelques-uns n'y périssent »], les rapports officiels français donnaient dans le commencement beaucoup de relief, pendant que de l’autre part elle était niée. Bulletin. A ce qu’il parait l’auteur de notre relation est demeuré fidèle à la vérité ! »


-Koutousov (Relation officielle de la bataille d’Austerlitz présentée à l’Empereur Alexandre) :
« Nous avons perdu, dans cette bataille, les pièces de batterie et de compagne de nos 1ère et 2e colonnes. Ces colonnes furent, par la méprise des guides autrichiens, conduites par un chemin sur lequel il n'était pas possible de traîner du canon; en outre, le pont sur lequel on devait passer rompit; en conséquence, on donna l'ordre d'abandonner l'artillerie. »

Ce rapport fut annoté par l’Empereur. L’ensemble fut ensuite publié dans le Moniteur, les observations devenant, là aussi, celles d’un « officier français ».
Au passage reproduit ci-dessous, répondait cette note :
« Vous n'avez pas abandonné vos canons parce qu'un pont s'est rompu ou que les chemins étaient impraticables, mais parce que, enfoncés à votre centre, cernés par les différentes divisions de l'armée française, acculés à des marais, tout le matériel a dû rester. Un grand nombre de soldats s'est échappé sans doute, mais à la débandade et en déroute »


A ces derniers témoignages, sans doute pourrait-on opposer qu’ils tendent, à l’inverse de la démarche des bulletins impériaux, à minimiser les pertes et la catastrophe des étangs.
Mais comme il a été déjà dit dans le fil, l’étang de Satschan fut vidé.
Voici comment Suchet en rendit compte à Berthier le 16 décembre 1805 :
« Suivant les ordres de Sa Majesté, j’ai fait retirer les eaux de l’étang supérieur d’Aujezd, cette opération a duré cinq jours, elle eût été beaucoup plus longue s’il eût fallu faire couper la digue qui est construite en pierre et a plus de 20 pieds d’élévation. Dès les premiers jours la baisse des eaux a permis de retirer 12 pièces russes de 13, ce qui a porté à 36 le nombre de celles qui ses sont trouvées dans cette partie de l’étang ; 138 chevaux et 3 cadavres sont les seules choses qu’il ait été possible de découvrir. En interrogeant les habitants, j’ai appris que quatre compagnies de chasseurs russes avaient péri dans les eaux, mais je présume qu’ils ont été retirés dès les premiers jours. »

A noter que les archives locales ne disent mot sur les dizaines de cadavres supposément repêchés par les riverains.
A ce rapport, on peut ajouter celui rédigé par le bailli de Chirlitz, le 27 mars 1806 :
« Dans l’étang de Satchan, qui fait partie de ce domaine, on a trouvé en 1805, après la bataille d’Austerlitz, un chasseur mort de ses blessures sur la glace et un cosaque resté au bas de la digue. Tous deux ont été enterré devant l’étang. Quand cet étang fut pêché, ainsi qu’au moment de la réunion d’une commission d’enquête dont faisait partie le maître de ce domaine, on n’a trouvé dans le susdit étang ni soldats russes, ni soldats autrichiens, ni soldats ennemis.
Il y avait dans l’étang, après cette bataille, 28 ou 30 canons, embourbés auxquels étaient attelés 130 chevaux, et un certain nombre de boulets.
Les chevaux attelés aux canons furent tués par l’ennemi, qui retira les canons et les fit conduire à Brünn, sous sa surveillance, par des sujets des environs. »

Le 36e Bulletin se fit l’écho de l’opération le 14 décembre 1805. Deux jours avant le rapport de Suchet, les trois cadavres devenaient « une grande quantité ».
« On a fait écouler l’eau du lac, sur lequel de nombreux corps russes s’étaient enfuis le jour de la bataille d’Austerlitz, et l’on en a retiré quarante pièces de canons russes, et une grande quantité de cadavres. »




Il ressort des deux rapports retranscrits plus haut que la noyade de milliers d’hommes dans l’étang de Satchan est un mythe.
Reste un point d’interrogation sur les étangs de Menitz et Koblenitz. Je n’ai pas connaissance que ces deux étangs aient été vidés par les Français (sans doute présentaient-ils bien moins d’intérêt en terme de repêchage de pièces d’artillerie), mais les archives locales sont muettes concernant d’éventuelles récupérations de cadavres ou tout autre fait pouvant corroborer les nombreuses noyades ; ce qui ne plaide guère au final, là encore, en faveur des hécatombes sensées s’être déroulées en ces deux derniers lieux…



Quelques œuvres relatives à l'étang de Satchan (Menitz étant souvent associé à Satchan et le cas de celui de Kobelnitz étant moins connu, ces deux derniers étangs semblent avoir bien moins inspiré les artistes...) :

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Quelques photographies des lieux. Les trois étangs ont été asséchés.

1-L’étang de Kobelnitz pris à partir de la digue le coupant en deux l’étang et servant de chemin entre Turas et Kobelnitz. A l’arrière plan : Kobelnitz ; à droite, l'ancien emplacement de l’étang du même nom.
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2-L’étang de Satchan pris de la digue servant de chemin pour relier Aujezd à Satchan. A gauche, l’ancien emplacement de l’étang de Satchan ; à droite les anciens marais de la Littawa ; à l’arrière plan, Aujezd. La flèche indique (plus exactement le petit point blanc sous la flèche) la chapelle Saint-Antoine de Padoue d’où Napoléon dirigea la dernière phase de la bataille (située à environ 1 km 700, vol d'oiseau, du point de prise de vue).
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La chapelle inspira logiquement les artistes :
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Elle fut reconstruite en 1843 :
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3-Vue prise à partir du secteur de la digue reliant Menitz à Satchan et séparant les deux étangs du même nom. A gauche, l’ancien emplacement l’étang de Menitz ; à droite, celui de Satchan. La route à gauche mène à Menitz, celle de droite à Telnitz. A l’arrière plan, on peut voir les hauteurs d’où la cavalerie alliée protégea la retraite sur Satchan.
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Modifié en dernier par Cyril Drouet le 30 août 2017, 15:02, modifié 1 fois.

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Re: Le mythe des étangs d'Austerlitz

Message par L'âne » 30 août 2017, 08:40

Merci Cyril Drouet pour ce post. Cependant je ne comprends pas quelle en est la conclusion.
Depuis quelques années pas mal d'historiens pour ne pas écrire "la plus majorité" affirment que les tirs sur les étangs gelés et les noyades qui s'ensuivirent relèvent de la fiction, comme les noyades en général.
Si j'ai bien lu votre post, beaucoup de témoignages indiquent bel et bien que des soldats ont été victimes de noyades dans la plupart des étangs initialement gelés.
Thierry LENTZ (Napoléon et la conquête de l’Europe) écrit :
"Dès ce moment, la bataille était gagnée. La retraite austro-russe commença, sous la pluie mêlée de neige. Elle fut marquée par l'épisode légendaire de la traversée d'étangs gelés par les fuyards, la canonnade de la glace par l'artillerie française et la noyade d'une poignée de soldats que les bulletins de victoire et les récits postérieurs allaient compter en milliers."
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Le Briquet

Re: Le mythe des étangs d'Austerlitz

Message par Le Briquet » 30 août 2017, 08:46

Et bien je pense qu'il est intéressant de voir comment les témoignages, souvent écrits à postériori, sont consciemment ou inconsciemment faussés pour coller à une mythologie de l'épopée qui a déjà commencé à être écrite.

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Re: Le mythe des étangs d'Austerlitz

Message par L'âne » 30 août 2017, 09:53

Le Briquet a écrit :
30 août 2017, 08:46
une mythologie de l'épopée qui a déjà commencé à être écrite.
Je crois qu'il s'agit, en l'occurrence, plus de légende, effectivement écrite en parallèle de ceux qui étaient contemporains de l'épopée.
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Re: Le mythe des étangs d'Austerlitz

Message par Bernard » 30 août 2017, 11:47

Cette accumulation de témoignages est formidable. Bravo pour l'exercice ! Bravo aussi pour l'iconographie !
Elle permet de faire la part des choses entre les témoins directs (Bigarré, Coignet, Dumas, Fantin des Odouards, Thiard, Comeau, etc.) et les relations indirectes. Que les seconds exagèrent, c'est évident en comparant toutes ces sources ; la surenchère est d'ailleurs habituelle quand on ne revient pas aux sources primaires. Les premiers n'ont pas tous fait l'objet d'hallucinations et les Victoires, conquêtes, etc. me semblent comme à l'accoutumée plus objectives. Il y a donc bien eu des pertes liées à la rupture de la glace sur ces étangs. Par contre, on est loin des milliers de morts parfois annoncées et la réalité est heureusement plus modeste même si, en se basant sur les rapports locaux après la vidange de l'étang, une trentaine de pièces d'artillerie ont été retrouvées dans l'étang.

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Re: Le mythe des étangs d'Austerlitz

Message par L'âne » 31 août 2017, 07:24

Il est toujours nécessaire de faire la différence entre le mythe et la réalité lorsqu'on aborde l'histoire napoléonienne.
Napoléon veut écrire l'histoire telle qu'il la souhaite et je crois que beaucoup de personnes de cette époque procédaient de même.
Pour ne donner qu'un exemple, 5 relations de la bataille de Marengo ont été écrites avant l’officielle et plus on écrivait plus la réalité était altérée.
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Re: Le mythe des étangs d'Austerlitz

Message par Cyril Drouet » 31 août 2017, 07:54

Un autre version rocambolesque :

« Tout fuyait. Le lac de Socolnitz, couvert d'une glace fort épaisse, paraissait devoir faciliter sa retraite. Les Russes s'y précipitèrent imprudemment avec artillerie et bagages. Mais une batterie de la Garde, placée au bord du lac, tira sur eux, d'abord sans grand effet : les boulets ricochaient sur la glace, sans la rompre. Napoléon survint. Nous le suivions. A la vue de cette folle retraite, je l'entendis s'écrier plusieurs fois : « Ils vont tous se noyer ! » Et, jugeant avec la sûreté de son coup d'œil le boulet inefficace en cette circonstance, il ajouta vivement : « Ce ne sont pas des boulets qu'il faut leur envoyer, mais des obus à... » Je ne pus entendre la suite, mais il voulait évidemment parler de la courbe des projectiles. Une foule d'ennemis trouva son tombeau dans ce lac. Et cependant, j'ai vu l'Empereur lui-même donner la main aux soldats de sa Garde pour les aider à tirer de l'eau le plus grand nombre possible de Russes, et les encourager par l'exemple et la parole. »
Billon (Souvenirs) :


En illustration, ce bon vieux Job :
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Re: Le mythe des étangs d'Austerlitz

Message par Joker » 31 août 2017, 13:43

En illustration, ce bon vieux Job
Joli coup de crayon, mais l'illustration est plus que probablement allégorique.
Suite à la supplique que lui avait adressée Koutouzov, Napoléon avait donné des ordres pour qu'on vienne en aide aux blessés russes.
Toutefois, je doute qu'il ait lui-même participé aux opérations de sauvetage de ceux-ci...
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

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