Napoléon et l'homosexualité

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Cyril Drouet
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Napoléon et l'homosexualité

Message par Cyril Drouet » 06 oct. 2019, 18:14

Je reviens ici sur le torchon télévisé de Guillemin dont nous avons parlé il y a peu, et plus précisément sur ce passage :
"Il y a une question qu’on ne soulève jamais, et que je voudrais soulever aussi, puisque que je suis là pour essayer de voir la vérité : c’est l’homosexualité. Eh bien, je crois bien que, quand il est à Brienne, Bonaparte était infiniment lié, trop étroitement lié, avec quelqu’un qui s’appelait Laugier de Belcourt. Et Laugier de Belcourt, il avait un surnom à Brienne : on l’appelait « La nymphe ». Et Laugier de Belcourt, il est parti avec Napoléon, lorsqu’ils sont allés tous les deux à l’école militaire de Paris ; donc au moins deux ans, il a vécu à côté de Laugier de Belcourt."

Voyons donc comment Guillemin « essaie de voir la vérité »…
Ainsi, Pierre-François-Marie Laugier de Bellecour avait à Brienne le surnom de « La nymphe » ?… Guillemin fait ici un raccourci avec ce que nous disent les Souvenirs d’un cadet de Brienne, tels que rapportés par Chuquet dans son tome 1 de La jeunesse de Napoléon :
« Jamais V. ne m'a fait une proposition déshonnête. Je n'en puis dire autant de tous mes autres camarades, car les vices de Tournon existaient à un plus haut degré peut-être encore à Brienne.
Ces habitudes vicieuses étaient répandues parmi les élèves de Tournon d'une manière effrayante. Les plus sages n'en étaient pas exempts. Outre les commodités où l'on trouvait, malgré toute la surveillance et les précautions des supérieurs, le moyen de se réunir pour se livrer à ces infâmes plaisirs, on trouvait encore le moyen de se les procurer sous les tables d'études, sous les tables de jeu, car nous avions la permission de jouer le whist, le reversis, le boston. Sous les tables, dis-je, et sans que le jeu fût interrompu, les plus effrénés, et c'étaient quelquefois d'ailleurs les meilleurs sujets, trouvaient le moyen de se satisfaire. Je n'ai bien su tout cela que quand j'ai été un peu grand, dans la dernière année de mon séjour. Cette sale relation d'élève à élève s'appelait faire des immodesties; c'était le terme officiel. Jamais aucune proposition ne m'a été faite; j'y aurais résisté sans doute, comme je résistai au penchant qui aurait pu me porter au vice solitaire par la sage précaution que mon père avait prise de me prévenir et de m'instruire de tout un peu avant que l'âge eût fait naitre en moi les désirs, mais à une époque cependant où je pouvais le comprendre. Il prit son texte de l'exemple de mon cousin F… tellement livré à ce vice à Sorèze qu'il en tomba malade au point qu'on fut obligé de le renvoyer chez lui. L'horrible habitude était tellement invétérée et devenue irrésistible qu'on fut forcé de lui lier les mains dans son lit, ce qui ne l'empêcha pas de mourir misérablement au milieu de sa famille. Ce tableau peint comme mon père savait peindre, les principes religieux que le P. Verdet, mon confesseur, m'inspirait, me préservèrent complètement et des habitudes solitaires et des habitudes deux à deux.
Ce vice était commun à toutes les Écoles militaires. Il n'est pas étonnant qu'il régnât à l'École militaire de Paris qui se recrutait dans les autres. Les élèves de chacune de ces dernières avaient à Paris leur sobriquet sous ce rapport. C'étaient les indécents de Tournon, les nymphes de Brienne, etc. »


De ce seul témoignage, Laugier de Bellecour se voit donc affublé de manière péremptoire du sobriquet de « la nymphe ». Voilà qui apparait comme bien peu sérieux de la part d’un donneur de leçons en quête de vérité.
Sans doute aurait-il été plus prudent (et encore…) d’écrire (puisqu’il semble s’en inspirer) comme Bartel, quinze ans plus tôt, dans « La jeunesse inédite de Napoléon » : « [Laugier de Bellecour] était devenu l'une des « nymphes » de Brienne »

Laugier de Bellecour avait-il donc les vices dont parle cet ancien de Brienne pour être susceptible d’entrer dans la catégorie des « nymphes » ?
Guillemin, comme Bartel ou Chuquet, se base ici sur l’ouvrage du journaliste, dramaturge et poète Louis Abel Beffroy de Reigny, publié au début du Consulat, sous le pseudonyme de Cousin-Jacques : « Dictionnaire néologique des hommes et des choses ».
On peut y lire ceci : « [Laugier de Bellecour] forma quelques liaisons avec d'autres camarades un peu relâchés »

Chuquet, sur cette base, parle d’un jeune homme « d'humeur légère et de moeurs équivoques », l’associant à des condisciples jugés « vicieux et dépravés ».
Il est bien difficile de trancher d’autant plus quand on sait que Beffroy de Reigny n’est en rien un témoin direct. Ainsi, il précise bien :
« Un de mes lecteurs, généralement estimé pour sa franchise, sa prudence et son impartialité, m'a communiqué les détails suivants, que je transcris littéralement, sans craindre que leur publicité ne nuise au héros que je dépeins, et ne puisse lui faire une impression désagréable. C'est ce lecteur qui parle : « Voici quelques traits de l'enfance et de la jeunesse de Bonaparte. Ils sont peu connus ; mais ils sont certains ; je les tiens d'un condisciple de Bonaparte (le Baron de L[augie]r), qui fut son ami d'enfance, et qui me les a cités dans un moment où l'amitié seule pouvait le rappeler à son souvenir ; Bonaparte, à cette époque, n'avait point encore été nommé dans la Révolution. »

Prudence donc…

Mais de prudence, Guillemin n’en a guère ; et pour lui, Laugier, l’homosexuel, est « la nymphe ».
Mais le plus grave est la suite. Guillemin tout attaché à sa recherche de la vérité et à démontrer les pratiques homosexuelles de Bonaparte ose écrire que « Bonaparte était infiniment lié, trop étroitement lié, avec Laugier de Bellecour »
Pourtant, puisque tout ce que l’on connait de l’amitié de Bonaparte et de Laugier provient de l’ouvrage de Beffroy de Reigny, Guillemin (à moins qu’il ne se base sur Chuquet ou Bartel qui reprennent avec quelques modifications de détail la prose de Beffroy de Reigny) ne peut ignorer ce qu’on peut lire chez ce dernier à la suite du passage retranscrit plus haut («[Laugier de Bellecour] forma quelques liaisons avec d'autres camarades un peu relâchés ») : « dont les principes déplurent à Bonaparte. »

Voici comment Beffroy de Reigny poursuit :
« [Bonaparte] dit un jour à L[augie]r:
« Monsieur, vous avez des liaisons que je n'approuve pas ; j'ai réussi à conserver vos mœurs pures, et vos nouveaux amis vous perdront. Choisissez donc entr'eux et moi ; je ne vous laisse point de milieu ; il faut être homme et vous décider. »
L[augie]r lui observait en vain, qu’il se trompait, qu’il était toujours le même, toujours son ami. Bonaparte, se croyant sûr de son fait, répétait toujours :
« choisissez, Monsieur, choisissez ; et comptez ceci pour un premier avis. »
Il l'avertit, à quelque temps de là, une seconde fois ; toujours même réponse de la part de L[augie]r.
Enfin il lui dit sèchement :
« Monsieur, vous avez méprisé les avis de l'amitié, c'est renoncer à la mienne ; ne me parlez de votre vie. »


J’ignore si Guillemin a eu accès au Dictionnaire néologique des hommes et des choses, mais il a forcément, pour connaître Laugier, parcouru Chuquet et/ou Bartel qui reprennent l’échange entre Laugier et Bonaparte rapporté par Beffroy de Reigny.
Bartel note d’ailleurs : « La première amitié [celle liant Bonaparte et Laugier] révèle la pureté de mœurs qui caractérise le jeune Napoléon », et Chuquet : « Plusieurs [des] condisciples [de Bonaparte], vicieux et dépravés, l'avaient pris en haine parce qu'ils lisaient dans son regard le blâme de leur conduite.»

Guillemin omettant de parler de l’échange entre Bonaparte et Laugier arrive, lui, à une conclusion toute opposée.
Voilà donc comment Guillemin « essaie de voir la vérité »… Sa vérité…
Sa malhonnêteté n’est pas seulement ici patente, elle est tout bonnement grotesque.
Modifié en dernier par Cyril Drouet le 06 oct. 2019, 19:11, modifié 1 fois.
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par Joker » 06 oct. 2019, 18:58

Présenter des rumeurs comme de possibles vérités, se livrer à des extrapolations ridicules, voire indécentes, tout cela n'est pas digne de qui se prétend historien.
Guillemin se discrédite lui-même en colportant et en affabulant de la sorte.
Cela porte un nom : de la malhonnêteté intellectuelle !
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par Cyril Drouet » 06 oct. 2019, 19:55

Joker a écrit :
06 oct. 2019, 18:58
se livrer à des extrapolations ridicules, voire indécentes
On peut reprocher pas mal de choses à ce pauvre Guillemin, mais où voyez-vous de sa part des extrapolations contraires à la pudeur, à la morale, aux bonnes mœurs ?
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par Joker » 06 oct. 2019, 20:19

Cyril Drouet a écrit :
06 oct. 2019, 19:55

On peut reprocher pas mal de choses à ce pauvre Guillemin, mais où voyez-vous de sa part des extrapolations contraires à la pudeur, à la morale, aux bonnes mœurs ?
Tout simplement parce qu'il laisse supposer à mots à peine couverts que le jeune Bonaparte a pu avoir "une liaison coupable, dépravée et vicieuse" (selon la terminologie employée à l'époque pour décrire les relations homosexuelles) avec le surnommé "La Nymphe".

Estimez-vous que je suis moi-même en train d'extrapoler en supposant cela ? :o
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par Cyril Drouet » 06 oct. 2019, 20:37

Je n'arrive toujours pas comprendre en quoi les déductions de Guillemin pourraient être contraires à la pudeur, à la morale, aux bonnes mœurs. Qu'elles soient "ridicules", je peux le comprendre au regard de la manière dont il construit son analyse, mais "indécentes"... :?:
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par Joker » 07 oct. 2019, 19:32

Cyril Drouet a écrit :
06 oct. 2019, 20:37
Je n'arrive toujours pas comprendre en quoi les déductions de Guillemin pourraient être contraires à la pudeur, à la morale, aux bonnes mœurs. Qu'elles soient "ridicules", je peux le comprendre au regard de la manière dont il construit son analyse, mais "indécentes"... :?:
Disons donc qu'elles sont tellement ridicules qu'elles frisent l'indécence.
Cela vous convient mieux comme formulation ?
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par Cyril Drouet » 07 oct. 2019, 20:01

Joker a écrit :
07 oct. 2019, 19:32
Cyril Drouet a écrit :
06 oct. 2019, 20:37
Je n'arrive toujours pas comprendre en quoi les déductions de Guillemin pourraient être contraires à la pudeur, à la morale, aux bonnes mœurs. Qu'elles soient "ridicules", je peux le comprendre au regard de la manière dont il construit son analyse, mais "indécentes"... :?:
Disons donc qu'elles sont tellement ridicules qu'elles frisent l'indécence.
Cela vous convient mieux comme formulation ?
;)
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par Cyril Drouet » 16 oct. 2019, 16:44

Toujours dans son torchon télévisuel et toujours pour tenter de nous faire avaler que « Napoléon, de temps en temps, faisait ces expériences-là », Guillemin évoque Gourgaud :
« Gourgaud, qui va l’accompagner à Sainte-Hélène, Gourgaud était un homosexuel ; il était marié, mais enfin on peut être ambivalent. »
Plus explicite ; voici également ce que l’on peut trouver, toujours sous la plume de ce pauvre Guillemin, dans Parcours :
« On sait maintenant, grâce au « décryptage » par Fleuriot de Langle, du très précieux Journal tenu par Bertrand, à Sainte-Hélène, les services homosexuels que Gourgaud rendait volontiers à son maître »

Ainsi, on trouverait dans les Cahiers de Bertrand quelques révélations sur la liaison homosexuelle unissant Napoléon à Gourgaud ?
Fadaises… Guillemin, en bon manipulateur, fait ici référence à ce passage :
« Je suis trois, quatre fois, dix fois heureux depuis que Gourgaud est parti. Quelle fatigue ! Tous les jours, il voulait m'en... malgré moi. »

On en viendrait presque avec la clé de lecture de Guillemin à imaginer que Napoléon ait pu être victime d’une tentative de viol de Gourgaud…
L’Empereur ne fait ici qu’évoquer, en termes crus et agacés, sa lassitude (le mot est faible) face à la jalousie portée à l’extrême de Gourgaud.
Propos dont Stürmer s’est d’ailleurs fait l’écho dans son rapport du 31 mars 1818 :
« Bonaparte a dit dernièrement en parlant le Gourgaud : « Je crois en vérité que cet homme était amoureux de moi: cela commençait à me fatiguer. Je ne pouvais pas coucher avec lui. Sa tête se dérange »

Et de tout cela, il faudrait penser comme Guillemin que Gourgaud était « ambivalent » et qu’il « rendait volontiers des services homosexuels à son maître » ?
Là encore, Guillemin est d’une malhonnêteté ridicule…
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par Cyril Drouet » 16 oct. 2019, 18:34

Dans "Parcours", Guillemin toujours attaché à fouler au pied l'histoire dans sa "quête de vérité" en ajoute une couche :
"Cipriani « maître d’hôtel » de Napoléon à l'île d'Elbe, et que Napoléon avait emmené avec lui à Sainte-Hélène, attaché qu'il était à ce beau garçon par des liens sexuels. Cipriani aurait été, à Sainte-Hélène, un « rival » de Gourgaud dans ses rapports avec « l'Empereur » "

Sources ? Aucune bien évidemment...

Gourgaud et Cipriani se disputant les faveurs sexuelles de l'Empereur. Rien que cela...
Quand on sait toutes les bêtises qui traînent sur Cipriani, il y a de quoi, avec les révélations de Guillemin en poche, alimenter encore pas mal de romans sur les mystères de Sainte-Hélène... :lol:
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Re: Napoléon et l'homosexualité

Message par C-J de Beauvau » 16 oct. 2019, 18:39

Trouvé en glanant sur le net par Michel LARIVIERE, Historien. On vous l'a caché à l'école " extrait de Têtu"

Napoléon Bonaparte était-il bisexuel ?
Celui qui défend cette thèse est un grand historien Henri Guillemin, célèbre pour le sérieux de ses biographies et pour ses talents de vulgarisateur.
Peu avant, à partir de la 13ème minute, Henri Guillemin a rappelé que Napoléon a eu de nombreuses maîtresse - tout en faisant mine d'affecter, et de faire régner dans sa cour, un certain puritanisme qui lui sert de façade. "Mais, derrière, il y a Napoléon qui se divertit beaucoup"
Napoléon aurait eu pour conquêtes plusieurs actrices de théâtre, "les femmes de ses ministres", "les lectrices" de ses soeurs et de sa femme, les dames "du monde et du demi-monde"... et ses trois soeurs elles-mêmes !
Sur ce dernier point, Guillemin cite Joséphine, Mme de Rémusat, et Caroline, l'une des soeurs de Napoléon, qui l'a dit "publiquement"A côté de Napoléon, Victor Hugo, connu pour ses nombreuses conquêtes, passe pour "un petit garçon" ou "un enfant de choeur"
"Et puis, ajoute Guillemin, il y a une question qu'on ne soulève jamais, et que je voudrais soulever aussi, parce que je suis là pour essayer de voir la vérité : c'est l'homosexualité. Eh bien, je crois bien que, quand il était à Brienne, Bonaparte était infiniment lié, trop étroitement lié, avec quelqu'un qui s'appelait Laugier de Belcourt. Laugier de Belcourt avait un surnom à Brienne : on l'appelait "La nymphe"
Or, il est parti avec Napoléon, lorsqu'ils sont allés tous les deux à l'école militaire de Paris"
Ce serait durant ces deux ans passés ensemble, à Brienne puis à Paris, que Napoléon et Laugier de Belcourt auraient passé quelques nuits ensemble.
Plus tard, Napoléon aurait eu une liaison avec Gaspard Gourgaud, un homme marié, mais connu pour son homosexualité (parce qu'"on peut être ambivalent", remarque Guillemin). Gourgaud accompagne l'empereur déchu sur l'île de Sainte-Hélène, et aurait également été au nombre de ses conquêtes.
Guillemin rappelle qu'au 18eme siècle, et sous l'Empire, l'homosexualité n'était pas considérée comme "quelque chose d'extraordinaire"
Il rappelle également que l'homosexualité était communément admise, dans la cour de Louis XIV comme à l'époque de Napoléon :
"On souriait, on disait ah oui, de temps en temps..."
Guillemin conclut :
"Je crois qu'en effet Napoléon, de temps en temps, faisait ces expériences-là"
Qu'on ne pense pas, cependant, qu'il s'agisse là d'amours homosexuelles : de toute façon, selon Guillemin, Napoléon "est un homme pour qui l'amour n'existe pas"
Il cite Napoléon :
"Je nie l'existence de l'amour.
Je fais plus que la nier, je dis que quand un homme s'imagine que l'amour existe, cela ne peut être que nuisible à son bonheur.
lors, certes, Henri Guillemin n'aimait pas beaucoup Napoléon.
Mais on peut difficilement le soupçonner d'avoir falsifié la vérité historique, d'autant qu'il donne des sources précises.
"Je suis là pour essayer de voir la vérité" déclare l'historien lorsqu'il parle de la bisexualité supposée de Bonaparte.
Rappelons également que Napoléon n'a pas pénalisé la sodomie dans les codes qu'il a fait établir en 1804 et 1810, qu'il était un proche de Cambacérès, homosexuel notoire surnommé "Tante Hurlurette", et que l'historien Michel Larivière lui attribue un autre amant que ceux mentionnés par Henri Guillemin : le sergent Junot, avec qui il aurait eu une aventure durant quelques semaines.
Junot, amoureux de Napoléon :" il ne m'aime plus, il a oublié notre jeunesse
« Voyez, me dit l’Empereur, les lettres d’amour que votre mari m’écrit (…), et dites-moi s’il vous en envoie de pareilles. » Mémoires de Laure Junot, duchesse d’Abrantès.
En décembre 1793, au siège de la ville royaliste de Toulon, le sergent Junot, beau garçon de 22 ans, blond et bien bâti, écrit le rapport que lui a demandé son commandant. Un boulet éclate à ses pieds : « Sont-ils polis ces Anglais de m’envoyer du sable pour sécher ma page ! », déclare Junot en éclatant de rire.
Bonaparte, séduit par la bravoure du jeune sergent, se l’attache comme aide de camp : le destin de Junot est tracé. Bonaparte, devenu général, nomme Jean-Andoche Junot sous-lieutenant. Cette amitié profonde durera toute sa vie. Parce qu’il est l’ami du frère de Robespierre, Bonaparte, après la chute de l’Incorruptible, est dénoncé comme suspect : un matin d’avril 1794, il est arrêté et enfermé au fort d’Antibes.
Aussitôt, Junot échafaude un projet pour délivrer son chef par la force. Bonaparte reçoit secrètement une lettre qui l’avertit du plan et il tempère l’ardeur de son ami :
« Je reconnais bien tes sentiments, mon cher Junot. Depuis longtemps aussi tu connais l’amitié que je t’ai vouée… Il me suffit d’être innocent, ne fais donc rien, tu me compromettrais. » Junot renonce à faire évader son général, qui est bientôt libéré.
De retour à Paris, la situation n’est hélas pas brillante. Le nouveau gouvernement de la Convention a mis Bonaparte en disponibilité. Junot, aide de camp d’un général sans solde, lui offre l’hospitalité dans sa mansarde du quai Conti. Les deux jeunes amis vivent plusieurs mois dans un état de dénuement extrême. Junot s’occupe du ménage et se prive pour nourrir son général bien-aimé. Sans argent, privés de femme, c’est probablement à ce moment-là que la très vive amitié entre les deux hommes s’est transformée, l’espace de quelques semaines, em véritable liaison homosexuelle. Pour Napoléon, cette expérience n’aura pas de lendemain, mais Junot voue à Bonaparte une admiration, une passion exclusive. Le Corse, en souvenir de cette aventure, témoignera une indulgence et une faveur éclatante à son ex-amant.
Enfin, la fortune sourit à Bonaparte : il épouse Joséphine de Beauharnais, la maîtresse du directeur Barras, et ce dernier le nomme commandant en chef de l’armée d’Italie. Junot ne dissimule pas son hostilité à la Créole qui vient lui voler son ami. Mais comme l’usage veut que les militaires partent en campagne sans leurs épouses, voilà notre Junot de nouveau seul aux côtés de son général, pendant la victorieuse campagne d’Italie, puis durant l’expédition d’Égypte. Les officiers jasent sur « le nouvel Antinoüs du nouvel Hadrien », et les soldats, voyant « le chouchou à qui tout est permis » remplir de nombreuses caisses, s’indignent que « Bonaparte laisse son favori piller le trésor des pharaons ». Fausse accusation montrant toutefois que la liaison étroite entre les deux hommes était de notoriété publique.
De retour en France, Bonaparte, Premier consul depuis novembre 1799, continue à manifester son attachement à Junot : « Je vais te nommer au commandement de Paris. C’est une place de confiance. Mais il faut que tu te maries… cela est plus convenable pour la dignité de la place que tu vas occuper. » Junot devient donc gouverneur de Paris à 26 ans ! Et il épouse le 30 octobre 1800 Laure Martin de Permon, qui en a 16. « C’est un fort mauvais mariage que tu fais là : il n’y a pas de fortune ! », dit cyniquement Napoléon. Pour arranger les choses, il donne 140 000 francs-or à Junot, comme dot.
Nous possédons tous les détails grâce aux mémoires de Madame Junot. Bientôt, la légèreté et l’incompétence du trop jeune gouverneur de Paris indisposent le Premier consul, qui, lors d’une fête, lui témoigne sa froideur. Junot rentre précipitamment dans son hôtel des Champs-Élysées. Saisi de fièvre, il délire toute la nuit : « Il ne m’aime plus, il a complètement oublié notre jeunesse ! » Madame Junot, atterrée, ose déranger Napoléon. Celuici accourt auprès de son ami, l’embrasse, le console, et voilà Junot rétabli ! Mais cette scène extraordinaire ne se renouvellera pas. Napoléon est las de cet amour fou que lui porte Junot.
Il se produit alors ce qu’un psychanalyste appellerait un « transfert » : Junot devient l’amant de Caroline, la soeur… de Napoléon ! L’Empereur va-t-il sévir ? Non, il se contente d’éloigner Junot, en le nommant ambassadeur à Lisbonne. En 1805, il envoie Junot commander le corps expéditionnaire français au Portugal. Le brave Junot s’empare de Lisbonne en novembre 1807, et l’Empereur, pour le récompenser, le nomme duc d’Abrantès. Hélas, six mois plus tard, le tout nouveau duc est battu par les Anglais.
Disgracié, il essaie de retrouver la faveur de Napoléon en évoquant leurs anciennes amours. Mais ces souvenirs importunent désormais l’Empereur, qui n’hésite pas à em faire le reproche à la duchesse. Nous possédons seulement les commentaires sur ces lettres et non les lettres originales. En revanche, le billet que Junot envoie à l’Empereur pendant la désastreuse campagne de Russie a bien été conservé : « Moi qui vous aime avec l’adoration d’un sauvage pour le soleil, moi qui me suis donné tout à vous, je vous supplie de me laisser revenir en France, parmi mes enfants… Assez d’honneurs et de massacres : assez, je ne veux plus faire la guerre ! »
Junot se montre imprévoyant. À la bataille de Smolensk, il tarde à faire attaquer son bataillon. Ce coup l’achève. Il commence à radoter, il montre à ses compagnons la lettre que Bonaparte lui avait envoyée em égypte et qu’il porte toujours sur lui : « Sois sûr, Junot, que dans n’importe quelles circonstances je te donnerai toujours les preuves de la tendre amitié que je t’ai vouée. » Pour se débarrasser de lui, Napoléon le nomme gouverneur de l’Illyrie (actuelles Slovénie et Croatie). Avant de partir, le duc d’Abrantès fait jurer à sa femme que, s’il meurt, elle brûlera sans les lire les « cent cinquante-deux lettres manuscrites de Napoléon enfermées dans un coffre-fort à secrets ». À peine arrivé à Raguse, le duc est atteint de troubles psychiques graves. On le fait revenir d’urgence en France.
Napoléon lui interdit de rentrer à Paris et l’oblige à demeurer dans son château de Montbard. Là, le 22 juillet 1813, Junot devenu fou se jette par la fenêtre, se casse une jambe, essaie de s’amputer lui-même et meurt. Dès l’annonce du décès, Napoléon ordonne à Savary d’aller récupérer sur-le-champ ses lettres de jeunesse. Le ministre de la Police va chez la duchesse d’Abrantès, trouve le coffre-fort à secrets, l’ouvre, compte les cent cinquantedeux lettres et les apporte à l’Empereur qui les brûle aussitôt. Si Napoléon s’empresse de brûler ces lettres de jeunesse, c’est qu’elles étaient compromettantes pour lui : elles contenaient peut-être le témoignage de ses faiblesses quand ils habitaient ensemble la même mansarde…

http://napoleon1er.over-blog.org/articl ... 58504.html

:salut:
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
Paul Valéry

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