Religion : Napoléon et l'Islam

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

cyr-phuong jacobin94

Re: Religion

Message par cyr-phuong jacobin94 » 01 févr. 2011, 14:49

]Oui, cher Albertuk, votre message confirme ce que je soupçonnais depuis longtemps au sujet de la foi de l'Empereur : une croyance en un Dieu créateur, et en l'immortalité de l'âme, mais aussi une opposition, plus ou moins sourde, et que les lois de la politique lui firent un devoir de masquer, à la religion, par essence création humaine. Musulman en Egypte, par intérêt, ultramontain en Italie, il aurait été protestant en Suède ou en Amérique, Hindouiste si son projet d'atteindre les Indes s'était réalisé. Etc...
Maintenant, de l'essentiel, c'est à dire de la foi, seul lui-même, s'il ne jouait pas un rôle social quelconque, aurait pu être à même d'en parler ! Mais l'a-t-il jamais fait, de façon spontanée et sans calcul ? C'est pourquoi on relève ces apparentes contradictions entre des propos tenus à des époques différentes ( l'humanité ou la divinité de Jésus-Christ par exemple ).
Cordiales salutations. :salut:

Saint Clair

Napoléon Bonaparte et l'Islam

Message par Saint Clair » 28 nov. 2012, 20:42

Après la capitulation d'Alexandrie, Bonaparte, qui avait interdit tout pillage et enjoint à se soldats de respecter scrupuleusement la religion et les moeurs musulmanes, fit publier une proclamation dans laquelle il déclarait qu'il n'en voulait ni à l'Islam, ni au peuple égyptien mais aux beys qui l'opprimaient avec l'aide de leurs mameluks.
Il avait bien compris que l'Islam n'était pas qu'une religion et que son emprise s'étendait tout aussi à la vie publique et privée des musulmans qu'à la vie politique du pays. Il avait, ainsi, toutes les raisons de craindre davantage de ce dogme que des mameluks.


Pour ceux ou celles qui ne pratiqueraient pas l'idiome, voici la traduction qu'en fit Bourienne, secrétaire de Bonaparte, dans ses Mémoires :

"A Alexandrie, le 24 messidor VI républicain, le ... du mois du Muharsem, l'an de l'hégire, 1215.

Bonaparte, membre de l'Institut national, général en chef de l'armée française.

Depuis assez longtemps, les beys qui gouvernent l'Egypte, insultent à la nation française, et couvrent ses négocians d'avanies; l'heure du châtiment est arrivée.
Depuis longtemps, ces ramassis d'esclaves, achetés dans le Caucase et dans la Géorgie, tyranisent la plus belle partie du monde; mais Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que leur empire finît.

Peuple de l'Egypte, on dira que je viens pour détruire votre religion; ne le croyez pas ! répondez que je viens vous restituer vos droits, punir ls usurpateurs, et que je respecte, plus que les mameluks, Dieu son prophète et l'Alcoran. Dites leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu; la sagesse, les talens et les vertus mettent seuls la différence entre eux.
Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent les maelucks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie aimable et douce ?

Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple.

Tous les Egyptiens seront amenés à gérer toutes les places; les plus sages, les plus instruits, les plus vertueux, gouverneront et le peuple sera heureux !

Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands canaux, un grand commerce; qui a tout détruit si ce n'est l'avarice, les injustices et la tyrannie des mameluks ?

Caids, cheiks, imans, schorbadgis, dites au peuple que nous sommes amis des vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans ? N'est-ce pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que ces insensés croyaient que Dieu voukait qu'ils fissent la guerre aux musulmans ? N'est-ce pas nous qui avons été dans tous les siècles les amis du grand-seigneur (que Dieu accomplisse se désirs) et l'ennemi de ses ennemis ? Les mameluks, au contraire,, ne se sont-ils pas révoltés contre l'autorité du grand-seigneur, qu'ils méconnaissent encore ? Ils ne suivent que leurs caprices.

Trois fois heureux ceux qui seront avec nous ! Ils prospèreront dans leur fortune et dans leu rrang. Heureux ceux qui seront neutres! ils auront le temps d'apprendre à nous connaître, et ils se rangeront avc nous. Mais malheur ! trois fois malheur à ceux qui s'armeront pour les mameluks, et combattrons contre nous. Il n'y aura pas d'espérance pour eux, ils périront.

Signé BONAPARTE

Les beys ont couvert nos commerçans d'avanies; je viens en demander réparation.

Je serai demain dans Alexandrie; vous ne devez avoir aucune inquiétude; vous appartenez à notre grand ami le sultan : conduisez-vous en conséquence. Mais si vous commettez la moindre hostilité contre l'armée française, je vous traiterai en ennemi et vous en serez cause; car cela est loin de mon intention et de mon coeur.

BONAPARTE"

Bessières

Religion : Napoléon Bonaparte et l'Islam

Message par Bessières » 30 nov. 2012, 22:12

Bonsoir,
A son entrée au Caire, Bonaparte fit une autre proclamation pour rassurer la population.

Peuple du Caire,
Je suis content de votre conduite, vous avez bien fait de ne prendre parti contre moi. Je suis venu pour détruire la race des mameluks, protéger le commerce et les naturels du pays. Que tous ceux qui on peur se tranquillisent, que ceux qui se sont éloignés reviennent. Que la prière ait lieu aujourd’hui comme à l’ordinaire, comme je veux qu’elle continue toujours. Ne craignez rien pour vos familles, vos maisons, vos propriétés et surtout pour la religion du prophète, que j’aime.


Le 2 Août il participa aussi aux célébrations pour l’anniversaire de la naissance de Mahomet.
Image

Mais, voilà ce que nous rapporte Chabran dans son récit sur la campagne d’Egypte

Toutes ces concessions que Bonaparte faisait aux idées religieuses et aux coutumes du peuple vaincu, afin de gagner sa confiance et son affection, étaient jugées diversement et parmi nous et parmi les musulmans eux-mêmes. Parmi le Français, ceux qui avaient abandonné tous principes religieux, et qui professaient sur cette matière une complète indifférence (et malheureusement c’était la plus grand partie) regardaient les actes de déférence de Bonaparte pour le mahométanisme comme de la haute comédie à la quelle ils s’associaient gravement, se réservant d’en rire intérieurement. D’autre qui avaient conservé les principes de la foi dans la quelle ils avaient été élevés (leur nombre était très restreint mais il y en avait), jugeaient plus sévèrement cette conduite d’un Général victorieux s’abaissant à feindre des sentiments religieux contraires à sa conscience. Quant au musulmans, malgré leur protestations, malgré leur démonstrations les plus bruyantes, ils n’étaient pas dupes de cette mascarade, comme la suite l’a bien prouvé. Les chefs du culte, les austères sectateurs de l’islamisme, loin de regarder comme un bienfait la protection que le jeune général accordait aux musulmans, ne voulaient y voir qu’une honte pour eux, et traitaient de profanation insultante le role que Bonaparte s’attribuait quelques fois dans les cérémonies religieuses. Ainsi le but principal qu’il s’était proposé était bien loin d’être atteint

:salut:

O.Godeille

Message par O.Godeille » 03 déc. 2012, 11:20

Il existe un livre très intéressant sur l'expédition d'Egypte vu par les arabes, quelqu'un aurait-il le titre?

On en parle aussi ici:

http://www.napoleon.org/FR/salle_lectur ... e_les1.asp

Les textes arabes confiment l'opinion de Chabran: ni la tolérance religieuse des Français, ni leurs succès militaires ou scientifiques (démonstration d'aérostation au Caire) ne trouvaient grâce aux yeux de la population, qui ne pouvait accepter d'être gouvernée par des non-musulmans, qu'ils soient catholiques ou athées.
D'ailleurs comme dans tous les monothéismes, l'athéisme et le polythéisme sont considérés comme bien plus graves que la croyance dans un autre monothéisme.

Les notables en particulier n'acceptaient pas le mélange des gens "de toute classe", ni la nouvelle liberté des femmes - ce seront elles qui paieront pour l'exemple, une fois "l'ordre" rétabli.

Saint Clair

Message par Saint Clair » 08 déc. 2012, 18:45

Il est vrai que la tactique de conquête des coeurs et des pensées des musulmans était un peu simple, pour ne pas dire grossière.
Et cependant, lors de la campagne d'Egypte, où il rencontre pour la première fois l'islam, Napoléon Bonaparte se montre intrigué par la culture du pays et tout particulièrement par la tradition musulmane qui inclut l'appel à la prière et les enseignements coraniques.
Si d'aucuns y voient une stratégie de conquête du peuple musulman, d'autres estiment, au contraire, que Bonaparte est réellement fasciné par la personne de Mahomet, le prophète.
Il confie, dans une lettre adressée le 28 août 1798, au cheikh El-Messiri : "le général Kléber me rend compte de votre conduite et j'en suis satisfait... J'espère que le moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme, fondé sur les principes de l'Al-Coran, qui sont les seuls vrais et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes".

Revenu en France, Napoléon ne pense plus guère à l'Islam. Il s'embarrasse peu de la religion et l'utilise d'ailleurs à des fins politiques.
Il reviendra sur le sujet, lorsqu'à Sainte Hélène, au cours de ses entretiens avec leGénéral Baron Gourgaud, il philosophe sur les trois monothéismes.
Il considère, tout d'abord, que les juifs ont eu tort de vouloir garder le message de Moïse pour le confiner à leur "race d'élus de Dieu".
Il admire Jésus mais déplore que le Christianisme ait été récupéré par un "groupe de politiciens de Rome", pour contrôler le peuple, et qu'il ait déformé l'unicité de Dieu : "ils ont ensuite donné Dieu à des partenaires. Ils étaient maintenant trois en un."
Ensuite, il en vient à l'Islam : "Puis enfin, à un certain moment de l'histoire,apparut un homme appelé Mahomet. Et cet homme a dit la même chose que Moïse, Jésus, et tous les autres prophètes : il n'y a qu'un Dieu. C'était le message de l'Islam. L'Islam est la vraie religion. Plus les gens liront et deviendront intelligents, plus ils se familiariseront avec la logique et le raisonnement. Ils abandonneront les idoles ou les rituels qui supportent le polythéisme, et ils reconnaîtront qu'il n'y a qu'un Dieu. Et par conséquent, j'espère que le moment ne tardera pas où l'Islam prédominera le monde."

Mathieu Dampierre

Religion : Napoléon Bonaparte et l'Islam

Message par Mathieu Dampierre » 01 janv. 2013, 15:41

"j'aime mieux la religion de Mahomet; elle est moins ridicule que la nôtre" ?
Pas si ridicule que ça pour qu'il préfère "mourir dans la religion catholique romaine et apostolique" dans laquelle il fut élevé, d'après le premier article de son testament.
A Sainte Hélène, il dira aussi, à Bertrand me semble t-il, que tous les propos dithyrambiques qu'il avait jadis tenu sur l'Islam n'étaient que de la "haute charlatanerie".

Il me semble que Napoléon (mon humble avis) ne fut attiré par l'Islam que parce qu'elle représentait pour lui une nouvelle "idéologie", un peu comme les "Droits de l'Homme", un nouveau système ou support sur lequel il comptait s'appuyer pour conquérir le monde.

:salut:

Yves Martin

Pragmatique

Message par Yves Martin » 04 janv. 2013, 16:33

Bonjour,

Débat intéressant, mais qu'il faut réellement replacer dans le contexte à la fois de l'époque et de la conquête de l'Egypte. Bonaparte (et Napoléon) fut en tous moments un homme pragmatique poursuivant SON intérêt avant toute chose. On peut citer de nombreux cas (un autre que je connais bien est son attitude vis à vis de la Pologne).

Bon - mais plutôt que de faire du "café du commerce", il vaut mieux reprendre des textes de l'époque.

Les proclamations, sont bien ce qu'elles sont...des proclamations destinés à séduire ou à sévir. On sait de façon à peu certaine que celles à l'intention de la population musulmane furent rédigées par Venture de Paradis, 1er interprète de l'armée, exceptionnel connaisseur de l'Orient, un des meilleurs arabisants de son temps qui pratiquait non seulement l'arabe des lettrés, mais aussi de nombreux dialectes.

Beaucoup plus intéressante est une lettre du général Dupuy, commandant de la ville du Caire, du début de l'occupation jusqu'à la 1ère insurrection où il sera massacré. Ce courrier rédigé à l'intention d'un des ses mais négociant à Toulouse figure dans l'édition de 1852 des mémoires de Lacorre, commissaire aux vivres de l'armée d'Orient, où il est inclus par "l'éditeur" de ces mémoires. Son état d'esprit reflète de manière assez claire celui de l'état-major français tant dans le fond que dans la forme.

"Le travail excessif que nécessite le commandement du Caire a légèrement altéré ma santé. Cela serait-il possible autrement ? Une ville de six cent mille âmes où l'on ne peut être entendu de personne, et où nous devons faire tout par nous-mêmes, c'est à dire où nous formons une colonie et des établissements en tout genre. Tout semble prospérer, et la fortune n'abandonne pas notre héros comme notre ami. Nous célébrons ici avec enthousiasme les fêtes de Mahomet; nous trompons les Egyptiens par notre simulé attachement à leur religion, à laquelle Bonaparte et nous ne croyons pas plus qu'à celle de Pie le défunt. Cependant, et quoi qu'on nous dise, ce pays deviendra pour la France un pays inappréciable, et avant que ce peuple ignare revienne de sa stupeur, tous les colons auront le temps de faire leurs affaires.
Nous remplaçons des scélérats qui ne laissaient au peuple que la chemise et en le faisant contribuer d'une manière uniforme, il trouvera encore un grand changement. Déjà la rudesse du caractère des habitants s'adoucit; notre aménité leur paraît extraordinaire, et peu à peu nous les rendrons moins farouches, quoique nous soyons obligés de les tenir sous un régime sévère, pour leur inspirer une crainte nécessaire, en en faisant punir quelques-uns de temps à autre. Cela les tient au point où ils doivent être.
Bonaparte est toujours le même; il n'a pas dormi qu'il n'ait eu chassé les deux beys régnants: l'un Ibrahim, dans les déserts de la Syrie; l'autre Murad, dans la Haute-Egypte, au dessus des cataractes du Nil. Toutes ces expéditions ont été exécutées avec la rapidité nécessaire et aujourd'hui nous sommes en repos. Voilà encore une des plus grandes provinces romaines conquises en quinze jours, et si ce n'était la guerre continuelle que nous avons avec les Arabes et les Bédouins, je t'assure que nous serions aussi tranquilles qu'à Paris.
Nous avons célébré avant-hier l'ouverture du Nil; c'est la plus belle fête de l'Egypte et nous y avons déployé toute la gaîté et la folie françaises. dans les trois jours, nous devons célébrer la fête de Mahomet; tu ne croiras pas, mais je t'assure que nous sommes aussi fervents que les pèlerins les plus fanatiques. Enfin, voilà la troisième pantomime que nous allons jouer, car l'entrée solennelle de la caravane de la Mecque que nous avons faite ici n'est pas peu de chose; tu aurais ri de me voir avec nos musiciens à la tête de ces pèlerins.
Ah ! mon cher, si tu voyais nos soldats ! Ils ont chacun un gros âne qui galope ventre à terre; ils sont on ne peut plus contents, et dans l'affaire qu'a eue ma brigade elle a gagné plus de trois cent mille francs; l'or roule, et cent louis sont une chose commune parmi nos volontaires; enfin ce pays deviendra plus utile à la France que toutes les îles possibles puisque sans travailler, on recueille, et c'est le Nil qui fait tout. Enfin mon cher, la charge du superbe blé vaut 140 paras, ou 5 fr. 50 c. et la charge pèse trois quintaux.
Signé Dupuy."

Quelques commentaires factuels :

la lettre est donc datée du surlendemain de la fête du Nil, soit le 5 fructidor an 6 (22 août 1798) et donc du 7 fructidor an 6 / 24 août 1798.
Dupuy avait été promu général de brigade (ordre du jour du 5 thermidor an 6 / 23 juillet 1798) au commandement du Caire (rappel dans l'ordre du jour du 4 fructidor an 6 / 21 août 1798) après la bataille dite "des pyramides", c'est "l'affaire" dont il parle. On sait que les soldats firent effectivement "fortune" en dépouillant les cadavres des mamelouks et en pillant leur camp.
L'anecdote sur les ânes est bien réelle et très connue - en effet, un ordre du jour de l'armée en date du 16 fructidor (soit 9 jours après) indique:
"Il est arrivé plusieurs accidents dans les rues du Caire, par la vitesse avec laquelle on fait courir les ânes. Tous les Français et notamment les militaires doivent aller plus doucement à travers la foule pour les éviter ; ils sont prévenus qu’en cas d’accident et de plainte, ceux qui ont causé quelque dommage seront condamnés à le payer."

Sur le fond:

- On aura noté les allusions à l'antiquité. On sous-estime aujourd'hui l'importance de l'influence "classique" sur les hommes de la révolution. "province romaine conquise". La France d'alors se voit réellement comme la nouvelle Rome. On sait que les harangues des officiers comparaient souvent les fantassins des demi-brigades aux légionnaires de Rome. l'effet n'était d'ailleurs pas toujours réussi !

- On notera surtout à quel point Dupuy est net et tranché sur la notion de colonie...une phrase est très révélatrice: "ce pays deviendra plus utile à la France que toutes les îles possibles ", allusion transparente à la perte des colonies insulaires (Antilles et océan indien), restes du 1er empire colonial français. On sait que l'armée d'Orient, surtout les officiers finit par se diviser entre "colonistes" et "non colonistes". L'épilogue de ce débat qui deviendra un conflit ouvert au sein de l'état-major est probablement la phrase du général Lanusse, agonisant, disant à Menou:"l'armée est foutue et aussi ta colonie !"

- Enfin, et pertinent pour ce débat est le rejet (intime) très net de toutes religions: "nous trompons les Egyptiens par notre simulé attachement à leur religion, à laquelle Bonaparte et nous ne croyons pas plus qu'à celle de Pie le défunt"...Vatican et La Mecque sont mis dans le même sac (qu'on me pardonne ce raccourci) aux yeux de ces officiers (des lumières) de l'an 6. Les discours (pompeux) et la phraséologie pro-Islam de Bonaparte ne sont que des artifices témoignant du redoutable pragmatisme d'un conquérant désirant parvenir à ses fins. En cela, il se révèle politique. L'Italie, puis l'Egypte ont été pour lui l'occasion de faire ses armes à l'exercice du gouvernement d'une nation.

YM

Yves Martin

Visions "égyptiennes" de l'expédition

Message par Yves Martin » 04 janv. 2013, 16:41

Il existe deux textes essentiels, traduits en français:

- La chronique de Nicolas-le-turc (Nakoula el Turk) qui est disponible via google books:

http://books.google.fr/books?id=i0E-AAA ... la&f=false

et surtout Al Jabarti:

http://books.google.fr/books?id=5yo-AAA ... CDwQ6AEwAA

Al Jabarti a bénéficié d'une bien meilleure traduction plus récente avec introduction par Jena Tulard etc. mais qui n'est évidemment pas disponible "en ligne". Notable du Caire, membre du Divan, fin lettré,c'est une excellente source et un utile contrepoint...lire ou relire ses commentaires sur le port de la cocarde, l'envoi d'un aérostat etc. remet utilement les choses en place !

On consultera aussi avec intérêt les sources anglaises (Wilson, Walsh, Wittmann) et on peut aussi s'intéresser aux textes que les hommes de l'expédiiton d'Egypte emmenèrent avec eux et qui décrivaient l'Egypte: Volney, Savary (pas l'aide-de-camp de Desaix !)


YM

Yves Martin

intime = "en silence"

Message par Yves Martin » 04 janv. 2013, 20:02

"Nous célébrons ici avec enthousiasme les fêtes de Mahomet; nous trompons les Egyptiens par notre simulé attachement à leur religion, à laquelle Bonaparte et nous ne croyons pas plus qu'à celle de Pie le défunt."

Je pense que cette phrase suffit en elle-même à justifier le qualificatif de "rejet intime" de toute religion.

YM

Mathieu Dampierre

Message par Mathieu Dampierre » 04 janv. 2013, 22:22

Les discours (pompeux) et la phraséologie pro-Islam de Bonaparte ne sont que des artifices témoignant du redoutable pragmatisme d'un conquérant désirant parvenir à ses fins. En cela, il se révèle politique.
Effectivement, et Napoléon le dit lui-même. Il existe une phrase du genre: je me serais fait catholique pour conquérir l'Italie, mahométan pour conquérir l'Egypte, pour conquérir les terres juives j'aurais été jusqu'à rétablir le temple de Simon." (merci à celui qui retrouverait la citation exacte).

Nous parlions du rapport de l'Empereur à la franc-maçonnerie sur un autre post et j'y avais écrit qu'il me semblait que Napoléon y avait le même rapport, s'y serait initié si cela avait été indispensable pour servir ses desseins.

:salut:

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