la médaille de Sainte-Hélène Pourquoi ?

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C-J de Beauvau
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la médaille de Sainte-Hélène Pourquoi ?

Message par C-J de Beauvau » 03 juin 2019, 15:48

...Le neveu de Bonaparte créa en 1857 la médaille de Sainte-Hélène, pour récompenser les quelque 400 000 hommes encore vivants en 1857 , qui avaient combattu aux côtés de Napoléon Ier à partir de 1804. Le faible nombre d’attribution de secours viagers à des vétérans des guerres de 1792 à 1815 laisse cependant planer un doute sur les motivations réelles de Napoléon III. Cette décoration ne fut-elle pas créée dans l’unique but de stimuler la « foi impériale » du peuple français ?
Sans entrer dans cette polémique, notons seulement que cette médaille permit effectivement à Napoléon III de rappeler, à moindre coût, que le nom qu’il portait avait été associé aux grandes heures de la France et que le nombre limité de secours viagers accordés à d’anciens « grognards » encore en vie sous le Second Empire laisse planer un doute sur le réel désir d’un empereur très lié à l’Angleterre de venir en aide à des Français qui avaient sacrifié leur jeunesse à la gloire de Bonaparte.
Jost (Bertrand), op. cit., p. 17 : « Le maire [de Diebolsheim] est d’avis, vu les services loyaux (...)
Comment expliquer sinon que François Brigel de Diebolsheim, présenté par Bertrand Jost dans Vicissitudes militaires, Grandeur et déchéance (1809-1815), n’ait pas reçu d’aide de l’administration du Second Empire, alors que le maire de sa ville et le sous-préfet territorialement compétent avaient clairement soutenu la demande de ce cordonnier indigent en des termes on ne peut plus clairs Est-il possible que cet ancien chasseur à cheval du 1er corps de la Grande Armée ait été exclu de toute aide de la France napoléonienne au motif, non avoué, qu’il avait été capturé ? Auquel cas (restant à prouver), fut-ce en raison d’un impérieux souci de ménager les caisses d’un État engagé dans d’ambitieuses réformes, dans la transformation de Paris en une capitale prestigieuse et dans d’hasardeuses et coûteuses actions guerrières (guerre au Mexique) ? Ou bien fut-ce en raison de l’interprétation personnelle d’un fonctionnaire situé entre la sous-préfecture de Sélestat et Paris ?
Notons pour la période 1852-1870, une propension des historiens de la IIe République et du Second (...)
Au-delà des aspects liés à la grande ou à la petite politique (opportunisme local), d’autres raisons, plus neutres, contribuent à expliquer la rareté des témoignages de prisonniers de la campagne de Russie de 1812. Force est toutefois de constater qu’alors que de nombreux ouvrages, exaltant les facettes glorieuses de la période napoléonienne, sortirent après 1848 14, peu d’anciens prisonniers de la campagne de Russie prirent la plume. À quoi cela tient-il ? Pourquoi, dans un contexte à première vue favorable à l’évocation du Premier Empire, les anciens de 1812 n’ont-ils pas été saisis d’une « soif de témoigner », comparable à celle qui anima, par exemple, les derniers anciens combattants de la Grande Guerre ou qui inspire aujourd’hui les derniers survivants d’événements majeurs de notre siècle, tels que la captivité en URSS ?
Au moins cinq raisons principales contribuent à expliquer pourquoi, même sous le Second Empire, peu d’anciens prisonniers des campagnes napoléoniennes prirent la plume : la différence d’espérance de vie, le taux d’analphabétisme de la population, les coûts de publication, la moindre technicité et la rareté des sites d’impression d’ouvrages ou encore l’absence de pensions de retraite.
Nombre de témoignages de survivants des camps soviétiques sortirent une fois que les témoins eurent atteint l’âge de la retraite. Faisons remarquer qu’une fois encore, aucune comparaison n’est possible avec la situation des rescapés de la captivité en Russie entre 1943 et 1945. En effet, à la différence des gens nés 130 ans après eux en Alsace-Moselle, les survivants de la Grande Armée n’eurent pas la possibilité matérielle de rédiger leurs souvenirs. Non bénéficiaires de retraites, les anciens « grognards » durent travailler jusqu’à la fin de leurs jours pour pouvoir survivre. Tel ne fut bien entendu pas le cas des Français nés au XXe siècle, dont le bénéfice d’une pension permit de trouver le temps et les moyens nécessaires à la rédaction de leurs mémoires, lorsqu’ils n’eurent plus à travailler. Le pauvre vétéran de 1812, de Diebolsheim, décédé en février 1851, présenté par Bertrand Jost, eût-il laissé des mémoires s’il n’avait eu à travailler pour assurer sa pitance ?

Il convient également de tenir compte du fait que l’espérance de vie, qui a plus que doublé en France en deux siècles et demi, peut également expliquer le grand nombre de mémoires publiés par les rescapés des camps russes de la Seconde Guerre mondiale par rapport à celui des quelques récits rédigés par des rescapés des camps tsaristes de 1812. En effet, bien des récits de la « dernière captivité de Français en Russie » ont été écrits lorsque ces vétérans eurent dépassé la soixantaine, un âge probablement inaccessible pour beaucoup d’anciens de 1812. La disparition de nombreux rescapés de la captivité tsariste avant Napoléon III explique certes en partie la rareté des mémoires rédigés entre 1848 et 1870. Elle n’explique, cependant, pas tout. La fréquente présence d’analphabètes parmi les soldats qui servirent au début du XIXe siècle et la différence de coûts de fabrication d’un livre entre le XIXe et la fin du XXe siècle est aussi une des raisons expliquant la relative rareté des mémoires aujourd’hui disponibles sur la captivité en Russie après 1812.

Lire sur la Revue historique des armées
https://journals.openedition.org/rha/7453

:salut:
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
Paul Valéry

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