Prisonniers de guerre

Partagez autour de l’armement, de l’équipement et des pratiques des soldats des guerres napoléoniennes.

Modérateurs : Général Colbert, Cyril

Christophe

Les PRISONNIERS de GUERRE

Message par Christophe »

Le passage qui suit est extrait des "Souvenirs" de Louis-Joseph Wagré sur sa captivité à Cabrera. Voici tout d'abors quelques mots sur ce personnage. Wagré est appelé au service en 1807. Après une période où il est réfractaire, et las de sa cacher, il se remet aux autorités. Il rejoint alors la première Légion de réserve de l'intérieur et part pour l'Espagne. Fait prisonnier à Baylen (21 juillet 1808) il est retenu en Espagne puis expédié sur les fameux et sinistres pontons anglais. Le 5 mai 1809, Wagré est envoyé avec 7000 prisonniers sur l'îlot de Cabrera. Ce sera le début de l'horreur... Je fait remarquer au passage à mes amis du FORUM que sous le Premier Empire, aucuns des prisonniers étrangers retenus en France ne subiront de telles épreuves que celles voulues par les anglais et les espagnols. Mais laissons parler Wagré:
"Un jour que nous luttions contre la mort, et qu'exténués de besoins, chacun, dans un morne silence, attendait à tout instant le terme de ses souffrances, un de nos camarades, prêt à périr d'inanition, entra par hasard dans la cabane d'un Polonais qui était aussi prisonnier. Comme personne n'avait rien à faire cuire, ses regards s'étant portés vers la cheminée, il fut très étonné d'y voir un grand feu sur lequel était une marmite qui paraissait contenir quelque chose qu'on y faisait bouillir. Ayant demandé au Polonais ce que c'était, celui-ci lui répondit avec embarras que c'était du poisson qu'il avait trouvé au bord de la mer. Le visiteur, sachant bien qu'il ne pouvait y avoir rien de mangeable, eut la curiosité de découvrir la marmite. Qu'on juge de son étonnement en y voyant de la viande fraîche, quand, depuis notre séjour à Cabrera, nous n'en avions eu que par la mort de notre pauvre âne Martin. Etant sorti de la maison, notre camarade ne manqua pas de faire part de cette circonstance à d'autres, et bientôt le bruit s'en étant répandu dans l'île, tous ceux qui pouvaient se traîner se portèrent en foule chez le Polonais, où l'on trouva les preuves du crime le plus horrible. Je ne puis encore y penser sans que mes cheveux se dressent: ce malheureux avait égorgé son camarade de lit, que l'on trouva mort derrière la cabane, et c'était son coeur et son foie qu'il faisait bouillir. Glacés d'épouvante, tous ceux qui se trouvaient présents se hâtèrent de fuir le théâtre d'un semblable forfait; il semblait qu'en respirant le même air qu'un pareil scélérat, l'on se rendait complice de son forfait."

Ajoutons, que le Polonais sera arrêté par se compagnons de captivité et sera fusillé sur l'îlot de Cabrera par les Espagnols.

Pour en savoir plus: "Souvenirs d'un caporal de Grenadiers, 1808-1809", par Louis-Joseph Wagré. (Edité à la Librairie des Deux Empires, 2003, un volume de 300 pages). :salut:

Gilles

Message par Gilles »

Bonsoir,
Louis-Joseph Wagré, Caporal, 1ère légion, 8ème compagnie, est l'un des héros malheureux du récit de P. Pellissier et J. Phelipeau "Les Grognards de Cabrera" Hachette, 1979.
Les souvenirs de Wagré semblent être une des principales sources de ce récit présenté
comme un roman, mais dont tous les faits sont réels .

Il existe aussi un récit au format PDF sur Gallica .

Pour répondre à Tibule, tous les prisonniers ne provenaient pas de la capitulation de Baylen, et régulièrement de nouveaux arrivants étaient glacés d'effroi à la vue du spectacle qui allait devenir leur quotidien .

A propos des pontons , ceux de Portsmouth étaient également réputés, lire les récits de
<B>Louis Garneray</B> (1783 - 1857) qui y fut prisonnier pendant 10 ans à partir de 1806 .
Je ne connais pas les référence de l'édition originale, mais on peut lire :
"un corsaire au bagne (mes pontons)" Louis-François Garneray, Phebus, Paris 1985 .

Amicalement

Gilles

Christophe

PRISONNIERS : CABRERA: QUELQUES CHIFFRES UTILES...

Message par Christophe »

Suite à l'extrait que j'ai diffusé ici, et pour répondre à Tibule en complément aux infos données à la suite par Gilles, voici ce qu'écrit Alain Pigeard concernant les "arrivages" de prisonnier sur l'îlot de Cabrera: "Arrivèrent dans cette île le 5 mai 1809, 2979 sous-officiers et soldats (1ère et 5ème Légions de réserve, marins de la Garde, Dragons et Garde de Paris, 122ème de ligne); du 9 au 12 mai 1809, 1248 hommes, à la fin de l'été 1810, 2500 hommes environ. En 1810, 800 officiers et sous-officiers furent rapatriés en Grande-Bretagne sur intervention de Marie-Adélaïde, veuve de Philippe Egalité, alors que 600 hommes, surtout des Suisses, des Allemands et des Italiens, furent débauchés pour servir dans l'armée espagnole. En résumé, environ 9000 hommes prisonniers débarquèrent à Cabrera entre 1809 et 1813. De ce nombre, 1500 hommes furent évacués, débauchés ou réussirent à s'évader. Sur les 7500 hommes restants, 3389 rentrèrent en France le 6 juillet 1814."(Dictionnaire de la Grande-Armée". Paris, Tallandier, 2002, p.108). Notons que Wagré parle de 7000 prisonniers qui débarquent avec lui le 5 mai 1809 à Cabrera.. :salut:

Joker

PRISONNIERS : CABRERA: QUELQUES CHIFFRES UTILES...

Message par Joker »

Si l'on s'en réfère à ces chiffres, cela représente tout de mêm un taux de mortalité de plus de 50 % ! :exorbité:
C'est proprement effarant !
De plus, le texte cité par Christophe ne précise pas dans quel état de décrépitude physique sont rentrés les survivants... :cry:

Jean-Michel

Les PRISONNIERS de GUERRE

Message par Jean-Michel »

PRISONNIERS : Pontons


Pontons espagnols

Nous sommes au début du mois d'avril 1810, quelques semaines après la naissance du Roi de Rome, à la pointe sud de la Péninsule Ibérique. Le Général Lejeune, envoyé en mission par l'Empereur auprès de ses lieutenants pour jauger l'état de santé, d'approvisionnement, de moral, etc de l'armée, passe en revue la ligne des forts bordant la ville de Cadix, assiégée par les français. Il remarque à quelques dizaines de mètres du rivage des épaves de bateaux calcinées:

[Ce qui suit est un extrait de ses Mémoires:]

Beaucoup de soldats plongeaient encore dans ces restes submergés, et en tiraient des objets de valeur. M. d’Hérize, l’un des officiers qui étaient avec moi, me dit : « C’est à cet événement que je dois ma délivrance. » Ceci piqua ma curiosité, et je le priai de me dire quel rapport il y avait entre lui et ces restes de vaisseaux anglais ? Alors, en continuant à marcher, il m’amena jusqu’à deux autres carcasses de vaisseaux qui se trouvaient également échouées à peu de distance l’une de l’autre, à quelques centaines de pas dans la mer, et il me raconta le fait suivant.

« Ces vieux vaisseaux que vous voyez, me dit-il, sont les pontons l’Argonaute, et la Castille, sur lesquels deux mille Français qui étaient prisonniers, se sont échappés, il y a cinq semaines, en bravant les plus grands dangers :
« Depuis deux ans, nous gémissions entassés dans ces prisons flottantes ; nous étions privés d’argent, de vêtements, et presque de vivres. Rien n’égalait notre misère. Les officiers étaient confondus avec les soldats, et nous n’avions pas même cette consolation, qu’au milieu des grands malheurs les hommes tirent de leur éducation, en se rapprochant des cœurs formés comme les leurs ; ce qui leur procure bientôt les douceurs de la confiance et de l’amitié. Un grand nombre de femmes et d’enfantes, arrêtés aussi, lors de la révolution d’Espagne, étaient mêlés avec nous. Leur faiblesse rendait leur malheur plus sensible et leurs peines ajoutaient aux nôtres. La mort faisait chaque jour des ravages à bord et nous avions sans cesse à pleurer des mères, des amis ou des fils. L’espoir de voir notre sort s’améliorer était si éloigné, qu’il ne pouvait plus soutenir notre courage.
« Nous étions dans cette affreuse position que rien ne peut décrire, lorsque l’un des trois bâtiments que vous venez de voir, fut un jour détaché par la force du vent et le courant de la marée qui le firent dériver, et l’entraînèrent sur cette plage.

« Il y vint échouer, malgré toutes les ancres et les efforts de l’équipage pour lui donner une autre direction. Cet événement devint pour nous un coup de lumière ; et ce qui était pour d’autres le comble du malheur, devint l’objet de tous nos vœux.
« En étudiant la marche de la marée, chacun de nous commençait à espérer ; et depuis ce moment si quelque paille, ou quelque corps flottant se trouvait sous la main, nous le jetions à la mer, et nos regards le suivaient avidement, aussi loin que possible, dans la direction du rivage heureux, où il allait aborder ; mais notre espoir s’évanouissait à la vue des câbles et des amarres qui retenaient nos vaisseaux, et qu’il semblait impossible de détacher. Une garde espagnole veillait d’ailleurs à la police du bord et nous étions sans armes.
« Cependant le désir de nous procurer la liberté sur le ponton la Castille, que je montais, faisait naître chaque jour de nouvelles idées pour y parvenir et nous eûmes bientôt trouvé le moyen de réunir quatre haches que nous avions dérobées aux charpentiers qui travaillaient à l’entretien de notre vieux vaisseau.
« C’était bien peu pour lutter contre deux cents canons qui pouvaient tirer sur nous dans le même instant, mais c’était assez pour faire travailler nos têtes et nous encourager. J’osai donc, avec six officiers, former un projet d’évasion. Nous en fîmes part à M. Derolles, brave officier de marine qui saisit nos vues, et nous donna l’idée de la plus audacieuse entreprise.
« Nous en gardâmes d’abord le secret, parce que tous n’étaient pas également capables de voir approcher de sang-froid un moment si hasardeux, et que l’hésitation des plus timides pouvait nous perdre. Nous décidâmes que la plus forte marée de la lune qui commençait, devant avoir lieu dans six jours, à quatre heures du matin, c’était l’instant qu’il fallait choisir. Nous communiquâmes ensuite ce plan au plus brave officier du ponton l’Argonaute, auquel on en jeta l’avis dans une boule de pain : celui-ci l’accepte avec transport pour lui et les siens, et nous employâmes les six jours à animer les esprits de manière à faire désirer à toute l’exécution du projet. Nous avons fini par le leur communiquer, en menaçant de la mort, celui qui oserait s’y opposer, ou le dévoiler.
« Enfin, le jour marqué arriva. En attendant le moment indiqué, chacun feignait de se reposer. La nuit était belle, tout était calme excepté nos cœurs. En voyant l’ardeur avec laquelle chacun avait pris part au complot, nous regrettions d’avoir douté un moment du courage de quelques uns. Nous avions touts les yeux sur Derolles, qui s’était armé de la meilleur hache. Lorsqu’il vit la mer suffisamment grossie, et le courant assez fort, il nous fit signe de le suivre en silence.


La suite du récit demain. :salut:

Jean-Michel

Re: PRISONNIERS : Pontons

Message par Jean-Michel »

Suite et fin du récit d'hier: :salut:


« Il monta sans bruit le premier sur le pont ; la sentinelle voulut le repousser, il la terrassa d’un coup de hache et se jeta sur le gros câble qu’il coupa en deux coups. La garde cria : « aux armes », elle fut égorgée ou jetée à la mer, et tandis que plusieurs coups de fusil donnaient l’alarme dans les batteries et les bâtiments du port, toutes les amarres étaient coupées, et nos deux vaisseaux sans mâts, et sans agrès suivirent lentement le mouvement de la mer. Aussitôt plusieurs coups de canon partent du rempart. Une de nos femmes est emportée par un boulet. Deux ou trois autres que ce spectacle a saisies de terreur, demandent à grands cris qu’on les ramène au port ; mais c’eut été le vœu de tous, qu’il n’y avait plus moyen de le faire. Les hommes poussent ensemble des cris pour se faire entendre du rivage français : et plus le danger augmente, plus leur courage s’élève et s’anime.
« Les deux pontons se suivaient à peu de distance, et le courant favorable nous avait déjà portés presqu’au milieu de l’espace que nous avions à parcourir. Le calme de l’air semblait aussi nous protéger en retardant la marche d’un grand nombre de chaloupes canonnières qui nous poursuivaient en faisant un feu terrible et nous tuaient beaucoup de monde. Enfin le jour qui commençait à paraître, nous fit voir nos compatriotes accourant sur la plage.
« Dès qu’ils purent distinguer notre langage, et savoir qui nous étions, leur parti fut bientôt pris de voler à notre secours. Les uns apportaient des planches et des cordages et s’avançaient bien avant dans la mer, pour répondre de plus près à nos signaux, en élevant comme nous leurs chapeaux. D’autres amenaient des canons jusque dans l’eau pour raccourcir l’espace qui les séparait de l’ennemi, et nous nous trouvâmes bientôt marchant lentement entre deux feux, dont l’un nous défendait et l’autre nous abîmait. En approchant du rivage, ceux qui savaient nager, et beaucoup de ceux mêmes qui ne le savaient pas, se jetaient à la mer. Enfin, après une heure et demie d’affreuses angoisses, nous vîmes l’Argonaute s’arrêter assez près de terre et tout son monde descendre et se sauver.
« Nous étions restés un peu en arrière et dès ce moment, l’ennemi dirigea tous ses feux sur nous ; cependant quelques minutes après nous sentîmes notre vaisseau toucher, et cette secousse nous fit jeter à tous un cri de joie ; mais il y avait encore environ huit pieds d’eau et plus de deux cents pas jusqu’à terre. N’importe, tout ce qui n’était pas blessé se jeta à la mer, ne balançant pas entre le danger de se noyer, et celui d’être repris ou tué. Plusieurs attachaient leurs enfants sur leurs épaules, d’autres entraînaient leurs femmes par la main, pour les sauver ou périr avec elles ; beaucoup d’intrépides nageurs arrivaient du rivage, malgré la pluie de mitraille que l’ennemi dirigeait sur nous ; et il y eut de ces braves qui sauvèrent jusqu’à vingt personnes.
« Les obus mettaient le feu à notre ponton. Derolles, avec quelques autres, la hache à la main, courait l’éteindre partout où il commençait à prendre et son noble courage sauva la vie à beaucoup de blessés qu’on eut le temps d’arracher aux flammes. En arrivant à terre, nous eûmes la douleur de ne plus retrouver que la moitié de ceux qui étaient partis ; mais le bonheur d’être libres, et le généreux empressement de toute l’armée, et de ces messieurs, qui nous prodiguèrent des vêtements, de l’argent et des soins, dissipèrent nos regrets par les plus vives émotions. » En terminant ce récit, M. d’Hérize avait les yeux humides de larmes, et il pressait la main à un des officiers dont il voulait me détailler les bienfaits ; mais celui-ci aussi modeste que généreux, ne lui permit pas d’achever.

Joker

Re: PRISONNIERS : Pontons

Message par Joker »

La liberté est le plus précieux des biens et le plus noble des combats consiste à la rendre à ceux qui l'ont perdue.
Ce récit est un vibrant hommage à ceux qui ont combattu pour elle.
Merci à vous Jean-Michel de nous avoir permis de le partager ! :salut:

Jonathan

Les PRISONNIERS de GUERRE

Message par Jonathan »

Chez les militaires américains, on dit de ceux qui ne se rendent pas, qui ne cessent jamais de résister, qui n'abandonnent jamais leur devoir comme soldats et
officiers, n'importe comment réduit leurs moyens de combattre devenez - et même si leur seulement arme restante est leur détermination fait de fer - on se dit que tels hommes "meurent dur", ou ils "die hard".

Merci à vous Jean-Michel, de votre excellente récrit de ces "diehards" héroïques.

Bien amicalement,

-Jonathan

Dominique T.

Les PRISONNIERS de GUERRE

Message par Dominique T. »

Je vous conseille la lecture du livre "Les prisonniers de guerre du Premier Empire", par Léonce Bernard, 2002, Ed. Christian.

Très bien fait et documenté.

Deux choses sont évidentes : les Anglais capturés par les Français étaient infiniment mieux traités que les Français capturés par les Anglais.

Bon nombre de Français capturés et qui eurent la chance d'être envoyés en Grande-Bretagne furent très bien traités.

Pour ce qui est des citadelles de Bitche et de Verdun, on y envoya les récalcitrants et ceux qui avaient causé des problèmes ou qui n'avaient pas respecté leur parole. Je cite :[/color][/size]


"Officiers et soldats anglais
Les officiers devaient souscrire un engagement de ne pas s'évader, moyennant quoi ils étaient libres de circuler dans la ville qui leur était assignée et de parcourir un rayon de deux lieues. Le Préfet pouvait les autoriser à voyager dans le département mais seul le ministre de la Guerre délivrait des permissions d'aller au-delà. Ils recevaient la moitié de la solde accordée aux officiers de même grade de l'armée française.

Ce régime ne s'appliquait pas à ceux qui avaient tenté de s'évader ou qui étaient poursuivis par la Justice, notamment pour dettes. Les grandes réclamations des prisonniers étaient toutes examinées par le ministère de la Guerre. Toutefois, les aspirants de marine posèrent problème à Verdun. Ces jeunes gens turbulents furent particulièrement agités quand ils apprirent que les négociations ouvertes pour parvenir à un échange global de prisonniers étaient vouées à l'échec. Une partie fut enfermée dans la citadelle, d'autres furent envoyés à Bitche, mais beaucoup de ceux qui avaient été emprisonnés furent rapidement rendus à la condition de prisonnier sur parole.

Les officiers anglais furent donc traités en France avec moins de sévérité que leurs homologues français en Angleterre. Ils furent aussi, semble-t-iI, mieux acceptés par la population. Libres d'accéder à tous les lieux publics, ils n'étaient jamais insultés par les civils. La plupart de ces gentlemen, bien argentés, étaient naturellement bien accueillis par les commerçants. Beaucoup avaient fait venir leur femme et ils savaient semer livres sterling et guinées pour mener la vie fastueuse dont ils avaient l'habitude.

Certains officiers généraux, comme Scott et Murray, vivaient dans une liberté à peu près complète. À l'exception d'obtenir l'autorisation d'effectuer certains déplacements, ils se comportaient pratiquement comme ils l'entendaient. À Sainte Hélène, un officier anglais racontait même q qu'étant prisonnier de guerre à Verdun, il avait obtenu la permission de résider à Paris. Lord Blayney, major général capturé à Cadix et prisonnier de 1811 à 1814, se voua à améliorer la situation de ses compagnons de captivité.

Bien que l'effectif des prisonniers anglais n'atteignit jamais celui des Espagnols, leur nombre eut tendance à augmenter malgré les rapatriements et les décès. En 1812, on créa deux nouveaux dépôts dans les Ardennes destinés à recevoir un convoi de 1 906 prisonniers anglais venant d'Espagne. En 1807 était arrivé à Verdun un régiment irlandais de près de 1 000 hommes. De nombreux soldats de cette unité furent incorporés dans les régiments étrangers mais, en 1810, Napoléon, furieux d'apprendre les conditions lamentables de détention des Français en Angleterre, décida de désarmer et de rayer des contrôles de l'armée et d'envoyer dans les dépôts de prisonniers Anglais, Écossais, Irlandais et Hanovriens. Mais beaucoup d'Irlandais prouvèrent qu'ils avaient été incorporés de force dans l'armée anglaise et libérés. Les Danois recouvrèrent eux aussi leur liberté.

Les sous-officiers et les soldats étaient groupés par bataillons qui relevaient le plus souvent de l'Administration des Ponts et Chaussées. Toutefois, certains restaient dans les dépôts souvent installés dans les citadelles et travaillaient pour des entreprises et des particuliers. À Valenciennes, par exemple, 119 prisonniers étaient employés par les habitants. Quelques malversations commises par des chefs de dépôts provoquèrent des inspections. Elles révélèrent que des fournisseurs de vivres étaient parfois payés trois par jour pour nourrir les hommes, alors que l'officier de gendarmerie responsable avait reçu un sou de plus. Le nombre de travailleurs à dom déclarés pouvait être minoré de telle sorte que le dépôt était censé nourrir un nombre de prisonniers supérieur à la réalité.
Des prisonniers, surtout officiers et sous-officiers, étaient admis au de loges maçonniques. En 1814, à la loge L'Aimable Sagesse à l'Orient de Marseille, on vota un secours qui fut remis « aux frères prisonniers anglais qui étaient présents aux travaux, cela a été exécuté sans blesser leur délicatesse ».

Curieusement, les captifs n'en voulaient pas à Napoléon, qu'ils appelaient Boney, de la longue détention à laquelle ils étaient astreints. À Verdun, le colonel commandant le dépôt, apprenant le passage de l'Empereur dans la ville décida de consigner les prisonniers pour deux ou trois jours. Ces derniers. vexèrent car ils avaient grande envie de voir passer l'Empereur des Français, ils ne voulaient guère qu'on les prît pour des assassins. Napoléon désapprouva cette consigne et, le jour où il traversa Verdun, l'ordre fut rapporté. Sans escorte, Napoléon traversa les rangs des prisonniers et il reçut de ces derniers et des Verdunois les mêmes acclamations enthousiastes.

Cette alacrité peut surprendre. On conçoit mal que des marins et des soldats français, prisonniers en Angleterre, aient pu se rendre librement sur le passage du cortège du Roi ou du Premier Ministre britannique et aient éprouvé le besoin de pousser des vivats à la vue de ces hauts personnages. Les soldats britanniques recrutés, comme on sait, n'étaient pas particulièrement haineux vis-à-vis de la France et de son empereur. En captivité, traités correctement, ils échappaient aux châtiments corporels qui fleurissaient dans l'armée britannique et la Royal Navy. On peut expliquer ainsi le nombre relativement faible d'évasions. Au contraire, les militaires français étaient beaucoup plus motivés, comme on dirait aujourd'hui. Fiers de la Révolution et de l'Empereur qui, selon eux, la continuait et, au surplus, maltraités en Angleterre, ils vouaient à leurs geôliers et parfois à la population une détestation qui survivra bien longtemps après la fin de l'Empire.

Un épisode resté célèbre est celui de Givet, un jour où une pluie très abondante fit déborder la Meuse, casser un pont de bateaux et rendit impossible le passage du fleuve. Les mariniers des environs se déclarèrent incapables de faire traverser la Meuse à l'Empereur qui se trouvait sur les lieux et impatient de continuer son voyage. Il y avait à proximité 500 prisonniers anglais, tous marins, que l'on fit venir.
« - Je veux savoir, dit Napoléon, s'ils veulent se charger de me transporter sur l'autre rive ».
Quelques vieux marins réussirent à faire passer l'Empereur. Ils les remercia, fit habiller à neuf tous ceux qui avaient rendu ce service, leur donna de l'argent et leur rendit la liberté. Avec cinq napoléons en poche, ils furent dirigés sur Morlaix et remis au « Transport Office» à qui on fit connaître la raison de leur délivrance."

M. de Grèce doit être de l'école des Caratini et des Savant...

Dominique Contant

Les PRISONNIERS de GUERRE

Message par Dominique Contant »



Pour ceux qui habitent en France je conseille d'aller aux Archives départementales ( Pourquoi pas un jour de RTT)

Vous y trouverez bon nombre de documents. Je souscris à l'idée que les Prisonniers étaient raisonnablement bien traités. En tous cas rien de comparable aux infâmes pontons de Plymouth, Cadix et autres Cabrera.

1 – Oui de nombreux liens se nouaient entre la population et les prisonniers, en particuliers dans les campagnes. En Corrèze le maire d'un village s'est trouvé bien embêté lorsqu'un Espagnol demanda de convoler une brave jeune paysanne. Rien dans le Code Civil n'autorise ni n'interdit le mariage. Le Préfet fait suivre la requête à Paris. Pas de réponse. Une seconde demande arrive à la préfecture. Un autre Espagnol veut se marier. L'auditeur se réveille enfin, potasse le Code et trouve la solution : Il faut une paperasse en français, en particulier les autorisations parentales, des extraits de naissances ou déclarations du curé que les pauvres Espagnols ne sauraient fournir. Donc Mariage interdit.

2 – Les demandes de naturalisation française furent reçues avec enthousiasme par les autorités. Faisant suite à une demande d'un Prussien, le Préfet transmet à Paris et le ministère de la guerre répond immédiatement OUI, OUI, mille fois OUI. Et si vous en trouvez d'autres, d'avance merci.

3- Les prisonniers souffraient surtout en route. Lorsqu'ils étaient arrivés au dépôt, ils pouvaient souvent trouver de petits boulots moyennant des accords de gré à gré ( Le prix de la journée devait être celui d'un ouvrier Français). Mais en route c'était souvent la galère : Promiscuité des étapes, étapes incertaines, souliers réduits en bouillie, gardes pas toujours sympa ni honnêtes, maladies, privations etc.. Ainsi le Maire de Saint Germain les Belles dresse un tableau assez horrible des différents passages de prisonniers Espagnols: Malades, blessés, sans soins ces convois se traînaient sur les routes et la mortalité était effroyable. J'y vois plus de la négligence qu'autre chose. D'ailleurs de nombreux documents officiels émanant de Paris se trouvent encore dans les archives. Les ordre sont clairs : ' Les prisonniers doivent être traités selon les lois de l'humanité '.

4 – La population locale était disons ' indifférente '. C'est toujours pareil dans les grands évènements de la vie d'un pays ; que ce soit l'occupation ou autre chose très peu sont des héros, très peu sont des salauds, l'immense majorité ne pense qu'à vaquer à ses occupations.

5 – Ce qui gênait un peu c'étaient les réquisitions pour les étapes des convois de prisonniers. Car ils circulaient beaucoup, chaque Préfet essayant de faire passer le convoi pour passer le problème au Préfet voisin. J'ai même vu la lettre d'un Préfet informant qu'il ne pouvait plus accepter de passage de prisonniers, vu l'état de précarité de son département. Mais, je disais, la réquisition des étapes était un problème. Un riche propriétaire de Brive, réclama que le passage des prisonniers lui avait causé du tort, que des Russes avaient ' souillé' son foin lors d'un précédent passage, qu'il ne pouvait plus les recevoir vu que le toit de sa grange était en piteux état et que de toute façon comme la grange était en centre ville il y avait grand risque de transmission de maladie contagieuse. Non sans perfidie il suggérait le couvent des sœurs Ursulines, hors du Centre ville. Le sous Préfet se laissa convaincre. D'ou les protestations indignées des sœurs. Qu'il était inadmissible de leur envoyer des prisonniers comme ça, qu'elles avaient des pensionnaires 'jeune filles' et elles rappelaient au passage que c'était l'Empereur qui leur avait rendu l'autorisation d'avoir un établissement d'Enseignement au Couvent. Le sous préfet, bien gêné, finit par écrire au propriétaire : Bon alors on va payer pour les dégâts, on va faire réparer le toit de la grange, car on en a besoin. Certains papiers ont du se perdre dans ce dossier, mais toujours est-il qu'on trouve à la suite une lettre du sous-préfet disant au propriétaire qu'il exagère, que le prix demandé pour la toiture est absurde et décide enfin : Monsieur, puisque nous savons que vous possédez plusieurs granges, par arrêté du Préfet une au moins de vos granges sera obligatoirement réquisitionnée. On a presque envie de dire ' Bien fait '

Vous trouverez mille histoire semblables et je crois qu'un auteur trouverait matière à faire un très bon livre rien qu'en fouillant les archives des départements. Comme toujours les auteurs de mauvaise foi trouveront toujours matière dans la quantité de documents disponibles pour démontrer une chose ou son contraire.

Au fait, pour ce qui est de Verdun, le cas relève du Criminel et non de la Politique envers les prisonniers : Je ne me souviens plus du nom du responsable, mais il avait monté un gang de gardes chiourmes qui 'dévalisaient ' littéralement les prisonniers. Faire d'un fait divers déplorable comme celui-ci un exemple de politique gouvernementale relève de la mauvaise foi.
Je n'ai pas lu le livre dont vous parlez, mais a-t-il au moins dit que lorsque l'histoire remonta à Paris il fut destitué, jugé et se suicida pour ne pas être condamné ?


:salut: Dominique

  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Français prisonniers de guerre en Angleterre
    par Britman » 06 févr. 2018, 14:27 » dans L'actualité napoléonienne
    13 Réponses
    876 Vues
    Dernier message par Cyril Drouet
    07 sept. 2018, 17:07
  • Liste de seize mille militaires Français ou au service de France, faits prisonniers de guerre de 1810 à 1814, et
    par hugues » 08 sept. 2018, 08:03 » dans Espace visiteurs
    1 Réponses
    568 Vues
    Dernier message par Général Colbert
    09 sept. 2018, 00:16
  • Prisonniers Boers à Sainte-Hélène
    par Joker » 31 mars 2020, 19:53 » dans L'actualité napoléonienne
    18 Réponses
    867 Vues
    Dernier message par Cyril Drouet
    20 mai 2020, 17:29
  • prisonniers boers à Sainte-hélène
    par d'hautpoul » 26 avr. 2020, 18:49 » dans Espace visiteurs
    0 Réponses
    63 Vues
    Dernier message par d'hautpoul
    26 avr. 2020, 18:49
  • La guerre toujours la guerre...
    par L'âne » 20 janv. 2018, 15:15 » dans Salon Ier Empire
    29 Réponses
    1963 Vues
    Dernier message par O.Godeille
    10 avr. 2020, 00:29