La déchristianisation de L'An II.

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Route Napoleon

La révolution et le clergé

Message par Route Napoleon »

Le clergé est très riche...
Necker évalue à 130 millions de livres le revenu qu’il tire de ses terres. Sa propriété foncière globale est énorme pesant 6 à 10 % du territoire national.
Mais cet ordre est hétérogène : le haut clergé recruté dans les familles de la noblesse se partageant les places, tous très riches mais pas tous très croyants.
Le bas clergé très pauvre à la campagne partageant le même vie que leurs fidèles.
Aux Etats Généraux ils sont 291 élus dont 47 évêques dont certains sont des libéraux comme Talleyrand, Champion de Cicé ou Boisgelin.
On compte 208 curés, certains monarchistes regroupés autour de l’abbé Maury, mais la plupart partisans de changements, qui seront les premiers à rejoindre les députés du Tiers qui vont se constituer en Assemblée Nationale, à l’appel de l’abbé Siéyès, le dernier élu, qui n’arrivera aux Etats-Généraux que quinze jours après l’ouverture…

Dans l’enthousiaste nuit du 4 août, abolition de privilèges, le clergé commence par perdre la dîme, puis le 2 novembre, sur la proposition de Talleyrand, les biens sont nationalisés pour rembourser la dette de l’ Etat pauvre dans un pays riche…
En revanche deux mois plus tard, la Constituante vote un budget d’entretien pour le culte catholique, ce qui apporte une aisance correcte pour les petits curés.

Le 13 février 1790, à l’instigation du comité ecclésiastique, la Constituante décrète la suppression des ordres et des congrégations. Les rares irréductibles qui veulent rester en couvents reçoivent une pension.
Ce type d’intervention dans la vie de l’Eglise n’a rien d’extraordinaire. En Autriche, le frère de Marie-Antoinette, Joseph II vient au nom du despotisme éclairé, de réformer les structures administratives du clergé, de fermer ce nombreux couvents et d’accorder la liberté religieuse à tous ses sujets...

Jusqu’à l’hiver 1789/90, le clergé, dans sa grande majorité, est engagé dans le mouvement révolutionnaire.
Seuls les catholiques du Midi Languedociens en particulier de la région de Nîmes et d’Uzès ont protesté à la suite des décrets accordant droit de cité aux Protestants et provoqué des troubles au printemps 1790...

Route Napoleon

La révolution et le clergé

Message par Route Napoleon »

Sous l’impulsion de l’abbé Grégoire, curé Lorrain, et futur évêque constitutionnel de Blois, du député de Paris Armand Camus, janséniste et gallican, avocat du clergé de France et enfin de Treilhard, avocat au Parlement de Paris puis avocat de la famille Condé avant d’être un des cinq Directeurs, l’assemblée se met au travail pour réfléchir sur l’organisation administrative de l’Eglise qui doit suivre logiquement la cession des biens et la suppression des ordres, sans qu’on puisse y voir une volonté systématique d’ anticléricalisme...

Du 29 mai au 12 juillet, la Constituante discute et vote au fur et à mesure les articles qui formeront la Constitution civile du clergé. D’inspiration gallicane – l’article 5 du titre I précise bien que l’Eglise de France ne reconnaît aucune préséance d’évêque, donc de Rome – cette organisation réglemente et rationalise les titres et les offices traditionnels, les prébendes, les abbayes, etc…
Cette constitution civile du clergé ramène le nombre des évêques à 83, un par département en création, regroupés en 10 arrondissements dirigés par un archevêque. Les archevêques, évêques et curés sont élus par une Assemblée d’électeurs choisi parmi les paroissiens, au lieu d’être nommés par l’appareil ecclésiastique.
La paroisse reste l’unité de base religieuse.
Il y en a 40.000 en 1789 et quelques-unes sont supprimées en ville. Devenus salariés de l’Etat, les ministres du culte sont contraints de prêter serment de fidélité à la Constitution.
Le titre III détermine les traitements et le titre IV fixe le lieu de leur résidence. L’organisation de l’Eglise est calquée sur celle de l’Etat. L’ensemble est voté pour le 12 juillet 1790.

Aussitôt les évêques font savoir que ces décisions devraient être approuvées par un concile national et par la Pape. Louis XVI, après hésitation, signe le décret de la Constitution civile du clergé, le 24 août. Le Pape ne dit rien officiellement jusqu’au 10 mars 1791.
A partir d’un décret du 26 novembre 1790, la Constituante sentant des difficultés donne deux mois pour prêter serment.

En janvier 1791, un tiers des ecclésiastiques, membres de la Constituante, " jure " comme on le dit alors.
A partir de ce moment là, un peu partout en France, les formalités du serment porte le trouble.
Sauf 7 d’entre eux, les évêques refusent de prêter serment ainsi qu’un grand nombre de curés des départements de l’Est, du Nord et de l’Ouest.
- 92% dans la Moselle et le Bas-Rhin.
- 80% dans le Nord et l’Ouest.

Le 10 mars 1791, le Pape, par un bref "Quod aliquantum", condamne la Constitution civile du clergé, et frappe de suspension les 7 évêques "jureurs " ou " assermentés ". La France des fidèles et son clergé se divisent : le schisme est consommé, c’est le début d’une guerre religieuse latente qui va aggraver les difficultés que rencontre déjà la Révolution. Le conflit politique s’aggrave d’un conflit religieux et bientôt d’un conflit militaire contre toute l’Europe.
Désormais il y a deux clergés : le constitutionnel et le réfractaire. Après une courte période de " cohabitation ", les réfractaires sont considérés comme rebelles à la suite d’un décret du 21 mars 1791 et à partir du 27 mai 1792, ils deviennent passibles de la déportation s’ils sont dénoncés par 20 citoyens.
Beaucoup émigrent ou vivent cachés.

Sibuet

La révolution et le clergé

Message par Sibuet »

Pourtant,la période révolutionnaire est par nature chaotique, semée de désordres et de troubles. :)

Dans la mémoire collective reste la fin tragique de ces vieilles religieuses qui, jetées hors de leur couvents, de leurs lieux de vie, se sont laissées mourir à leurs portes plutôt que d'être des pensionnées de l'Etat. :(

Vous évoquez un comité ecclésiastique à une époque où les comités pullulent dans toute la France révolutionnaire.

Est-il représentatif du clergé ou seulement de lui-même, de quelques ambitieux qui ont revêtu la soutane pour atteindre plus facilement les sommets de l'Etat :?:
Jusqu'à l'hiver 1789/90, le clergé, dans sa grande majorité, est engagé dans le mouvement révolutionnaire.
Avez-vous les résultats d'une réelle consultation électorale de tous les membres du clergé :?: Ou de sondages par nature trafiqués, sources de désinformation :?:

Selon vous, ce clergé est engagé, dans sa grande majorité, dans le mouvement révolutionnaire : les curés seraient donc des volontaires de 1789, de 1790, prêchant la Révolution, incitant leurs ouailles à se croiser pour la liberté universelle, à la Française, imposée à tous les peuples de la Terre. :)

En d'autres termes, dans la grande majorité des églises, le message religieux aurait été remplacé par le message révolutionnaire ?

Vos cours magistraux d'instruction civique à propos du département sont agréables à lire et à suivre.

Dommage que ces cours aient débouché sur une vision quasi monolithique de l'Église de France au début de la Révolution, d'une Eglise majoritairement activiste dans le mouvement révolutionnaire. :fou:

:ViveLeQuebec:

Route Napoleon

La révolution et le clergé - Déchristianisation de la France

Message par Route Napoleon »

LA DECHRISTIANISATION

...La France, à la veille de la Révolution, est globalement catholique. On naît et on meurt catholique dans la foi de Rome. Les Juifs et les Protestants sont peu nombreux, environ un million de Protestants.

Pourtant, malgré un clergé paroissial en constant progrès intellectuel, on a pu noter un affaiblissement de la pratique religieuse et du nombre des ordinations. Le Jansénisme a joué un rôle non négligeable en donnant l’exemple de l’émancipation par rapport à l’autorité.
La Philosophie des Lumières contestant le pouvoir politique et comparant la religion à la morale s’est répandue dans tout le royaume y compris chez les prêtres.
Dès le début de la Révolution, la marche des esprits va s’accélérer. La suppression de la dîme, la nationalisation des biens de l’Eglise et l’adoption de la Constitution civile du clergé en sont les points de départ.

Mais on ne peut parler de déchristianisation qu’à partir du décret du 26 août 1792 qui va entraîner une forte émigration des prêtres. Faisant suite à la journée du 20 juin et à l’insurrection et prise des Tuileries du 10 août, l’Assemblée Législative se radicalise, sous l’impulsion de la Commune de Paris.
Le 14 août est voté un décret mettant en vente les biens de émigrés ainsi qu’est imposé aux ecclésiastiques un nouveau serment " à la liberté et à l’égalité ".
Le 26 août, un décret de la législative oblige les prêtres qui ont refusé le serment du 14 août à quitter la France.
On est à la veille d’arrestation qui seront suivies des Massacres de Septembre et à la veille de Valmy qui marque le début de la 1ère République.

Le 20 septembre, jour de Valmy, à la dernière séance de la Législative qui n’a duré qu’un an, sera décrété le mariage civil, le divorce et l’autorisation du mariage des prêtres. Avec la déportation des réfractaires, la phase violente de la déchristianisation est entamée quand on porte atteinte au sacrement du mariage et celui de l’ordre ecclésiastique.
L’adoption du calendrier républicain qui détruit le rythme temporel chrétien achève l’action qui sera concrétisée par les campagnes des Enragés d’Hébert, et certains Représentants en mission, tels que Fouché dans la Nièvre, Dumont dans la Somme, Bô dans le Cantal.
Un peu partout on ferme les églises dans des mascarades anticléricales, détruisant les statues, volant les objets précieux.
Le 7 novembre 1793, l’évêque de Paris, Mgr.Gobel abjure son sacerdoce entraînant avec lui la presque totalité des députés ecclésiastiques de la Convention.

Trois jours plus tard sera célébré en Notre-Dame le culte de la Raison…
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La déchristianisation de L'An II.

Message par Joker »

"Les séquelles de la déchristianisation de l'an II : l'héritage laïc sous le Consulat et l'Empire", de Xavier Maréchaux.

"La déchristianisation de l’an II est vue comme un phénomène limité dans le temps par la plupart des historiens de cette période.
Cependant des aspects déchristianisateurs propres à ce phénomène vont perdurer bien au-delà de l’an II,[...]"

👉 Lire la suite sur Napoleonica. La Revue : https://www.cairn.info/revue-napoleonic ... nu=article


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Re: La déchristianisation de L'An II.

Message par Turos M. J. »

C'est l'un des articles les plus intéressants que j'ai lus.

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Re: La déchristianisation de L'An II.

Message par Joker »

Turos M. J. a écrit :
31 mars 2019, 15:16
C'est l'un des articles les plus intéressants que j'ai lus.
En ce cas, je suis ravi de l'avoir partagé.
Mes amitiés, ma chère Maria-Joana. :salut:
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Re: La déchristianisation de L'An II.

Message par Turos M. J. »

Mes remerciements pour votre gentillesse.
Si j'ai le temps, je lis régulièrement des articles de ce magazine