La mort de Cipriani

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Modérateur : Général Colbert

Macé Jacques

Cipriani Franceschi

Message par Macé Jacques » 26 avr. 2003, 08:45

Tandis que je répertorie mes photos et rédige mes impressions de voyage (que je proposerai à Albert de publier sur le site), je reçois le N° 445 de la Revue du Souvenir Napoléonien qui va être diffusé dans les prochains jours aux Napoléoniens membres du Souvenir (vu la qualité de la Revue et la modicité de l'abonnement, comment peut-on être l'un sans l'autre ?). J'y publie un article de 8 pages qui va leur permettre le 5 Mai de se recueillir sans réticence mentale sur la tombe du Grand Homme, démontrant l'inanité des "arguments" substitutionnistes et tentant d'expliquer la genèse de ce fantasme.

En complément de cet article, je vous donne ici, en première exclusivité, les résulatts de mon enquête autour de la sépulture de Cipriani :
<< Au Castle de Jamestown, il n'y avait pas de registres des naissances et des décès, mais seulement ceux des baptêmes et des sépultures.
Sauf cas exceptionnel, comme celui de Napoléon,l'inhumation avait lieu le lendemain du décès, pour des raisons d'hygiène. Ainsi, l'inhumation de Cipriani est ainsi enregistrée, sur une seule ligne, le 28 février 1818:
Feb. 28 - Cipriani, steward of the general Bonaparte
Le cercueil était fabriqué avec les planches de caisses ayant transporté des marchandises à Ste-Hélène et déposé dans un trou creusé en pleine terre, sans caveau. Une stèle plate, en pierre ou en marbre selon les moyens de la famille du défunt, était placée verticalement pour marquer l'emplacement. Le nom était généralement inscrit à la peinture, sans gravure.Au bout de quelques années, il ne restait plus en terre que des débris de planches, un squelette et, éventuellement, quelques boutons de culotte.

Le cimetière utilisé en 1818 se trouve sur une colline autour de la cathédrale St-Paul, à proximité immédiate de Plantation House. L'église a été démolie, reconstruite et agrandie en 1851. Les tombes de 1815-1821 se trouvent à mi-hauteur dans un secteur aujourd'hui à l'abandon et envahi par les herbes folles. Les stèles sont penchées ou brisées. Les inscriptions ont disparu. Certaines stèles ont dû être volées (des centaines de Boers déportés sont morts à Ste-Hélène).
La tombe du steward Cipriani se trouvait parmi elles, selon les indications des témoins. En 1840, aucun des anciens collègues de Cipriani n'a cherché à se rendre sur sa tombe mais rien ne permet de dire qu'elle a disparu plus rapidement que ses voisines. Personne ne s'en est préoccupé pendant encore plus d'un siècle et, en 1969, Gilbert Martineau a simplement employé le mot "disparue" pour dire qu'elle n'était pas identifiable. Mais l'affaire pouvait commencer !
L'hypothèse de la conservation du corps de Cipriani constitue donc l'une des fouthèses inventées par Rétif de La Bretonne et reprises récemment sans aucune vérification. C'est ainsi que l'on fantasme, parfois avec talent, mais ce n'est pas ainsi que l'on écrit l'histoire >>.

Cipriani

Re: Cipriani Franceschi

Message par Cipriani » 26 avr. 2003, 11:51

L'hypothèse Cipriani quant à moi me gêne pour la simple raison qu'elle sous-entend que les anglais auraient préparé la substitution en 1818 c'est à dire 3 ans avant la mort de l'empereur (à moins qu'ils n'avaient comme projet d'éliminer rapidement Napoléon rapidement mais là on affabule gravement je pense...)ils auraient alors momifié le cadavre dans l'hypothèse...bref ça ne tient pas
Modifié en dernier par Cipriani le 26 avr. 2003, 11:53, modifié 1 fois.

Albertuk

Re: Cipriani Franceschi

Message par Albertuk » 26 avr. 2003, 16:32

Bonjour
L'enquête de Jacques Macé n'apporte rien de nouveau au sujet, si ce n'est une information que Gilbert Martineau avait écrit de facon "hâtive" son article sur Cipriani dans le Dictionnaire Napoléon. Ceci semble confirmé par d’autres coquilles de cet article, à savoir:
Sa fin est aussi mystérieuse que son existence.
Sa fin ne semble pas si mystérieuse, mais due à une inflammation du ventre, diagnostic fort courant à cette époque. D’autres personnes mourraient ainsi à Ste Hélène y compris beaucoup de soldats stationnés à Deadwood. En même temps que Cipriani, deux autres personnes liées au service de Longwood meurent dans des conditions semblables. De plus, un des bateaux à l’ancrage était sous quarantaine à cause d’une épidémie déclarée à bord. Je pense que Cipriani aura simplement attrapé un sale truc par ses contacts avec les bateaux venus de l’Inde ou de la Chine à cette époque de l’année.
…les 3 médecins appelés en consultation discutaient encore de son cas qu'il était à l'article de la mort.
Il n’y eut que deux médecins qui furent appelés auprès de Cipriani: O’Meara, en service permanent à Longwood, et Baxter, en support d’O’Meara, qui vint le consulter le 25 février et recommanda d’abondantes saignées à cause de la virulence de son attaque. Martineau semble donner de l’emphase à un “mystère Cipriani” en suggérant l’importance de ce personnage auprès duquel 3 médecins auraient accouru. Il n’en est rien. Alors, à qui la faute si une “thèse Cipriani” fut reprise plus tard?
Il fut enterré au cimetière de Plantation House sous un monument qui avait coûté à Napoléon 1391 francs, une somme considérable.
Personne n’a jamais parlé de “monument”. C’est une invention de Martineau, je pense. Et, en fait, cette somme (des arriérés encore dûs en 1821) fut de… 1391,90 francs et qu’elle ne fut pas dépensée dans un monument mais comme “frais d’enterrement de Cipriani”. D’où connait on ce détail? Des rapports financiers très précis des dépenses de Longwood et donc des parts testamentaires de ce qui devait rester à distribuer. Ces frais paraissent raisonnables car il fallut payer un certain Smith, charpentier, pour la confection d’un cercueil, six personnes (dont les frères Salomon) pour l’organisation des funérailles et le transport du cercueil puis l’enterrement, ainsi que les deux membres du clergé local qui acceptèrent des dons aux pauvres de leur paroisse (£25). Les frais furent ils exorbitants? Cette question fut posée par Hudson Lowe (qui s’inquiétait sans doute de possibles transferts d’argent illicites entre Longwood et le reste du monde) et une enquête de Gorrequer établit que ces frais furent minimum pour honorer la mémoire du défunt. Donc… pas de somme considérable comme l’écrit Martineau.
La mise en lumière de l'article de Martineau est le point nouveau de cette enquête de J. Macé, et je pense que les coquilles de cet article contribuèrent au “mystère Cipriani”. Pour ma part, je crois que Cipriani a bien été enterré au cimetière St Paul près de Plantation House et qu’il y est resté. Sa Pierre tombale aura subi l’usage des ans comme tant d’autres. Et il n’eut pas droit à un enterrement de prince avec “monument”, ni à de frais considérables, comme l’a écrit Martineau à tort.

Pour l’aspect Joinville et dessinateurs, il faut simplement rappeler que personne ne s’attendait à retrouver une telle conservation de l’exhumé et qu’il n’y avait pas lieu de prévoir de dessinateur ni de daguerréotype sur place. De plus l’ouverture devait être brève donc inadaptée à une “prise de vue”. Cependant, il y eut des dessins faits au retour, et avec l’aide et approbation des témoins de l’exhumation. Ces dessins ont donc valeur de témoignage de quelqu’un sur place à mon humble avis. Quant à Joinville, il ne participa pas à l’exhumation pour une question de protocole, voire… pour éviter d’exposer un Prince de Sang à une épidémie possible lors de l’ouverture. Les familles royales étaient toujours tenues éloignées des choses de la mort.

Albertuk

Re: Cipriani Franceschi

Message par Albertuk » 26 avr. 2003, 22:57

Bonsoir
Restons prudent dans la recherche des causes du décès de Cipriani: un décès en moins de trois jours, sans "fièvre maligne" remarquée, demeure suspect.
Mais il y eut d'autres personnes de Ste Hélène, dont 2 relatives au service de Longwood, qui moururent à peu près en même temps et dans les mêmes conditions rapides. Un décès peut d'ailleurs être rapide même de nos jours, surtout si l'organisme cardiaque ne supporte pas les douleurs de la maladie. Alors, en 1818... tout pouvait arriver je pense. Je voulais donc dire que ce décès n'était pas forcément exceptionnel et ne permettait pas de conclure à un mystère.
Doit-on relier ou pas cette disparition prématurée à sa trahison ? Nous n'avons pas de preuves, c'est certain. Cependant, mon "intime conviction" est que Cipriani jouait double-jeu!
A voir. Pour sûr, il ne jouait pas le "jeu" de Longwood selon Hudson Lowe. Aussi, son comportement "neutre" avait été remarqué et Bathurst avait alors suggéré à Lowe d'offrir à Cipriani les moyens de gagner quelques pécules grâce à ses fonctions, pour le récompenser en quelque sorte d'un bon comportement vis a vis des anglais. Ceci montrerait par ailleurs que les anglais ignoraient le personnage Cipriani avant son entrée en scène sur le Bellerophon, et qu'ils ignoraient que Cipriani était en fait très fortuné et qu'il se fichait sans doute de quelques pécules de plus ou de moins. Sinon leur désir de récompensement eut été d'une autre nature je pense. Mais, soit, on peut supposer que Cipriani jouait un sorte de double-jeu. Et à cette époque (fin 1817 et début 1818) c'était idem avec O'Meara et avec Gourgaud, et en bien bien pire!... Ces deux-là se sont ils suicidés? Ont ils été empoisonnés? Je ne crois pas qu'il faille aller jusqu'à cet extrême pour expliquer la mort de Cipriani non plus.
Comment expliquer autrement son absence dans les legs de l'Empereur ? Peut-on affirmer que Napoléon a bien doté sa fille ? Il en a été question, mais cette mesure a-t-elle été effective ? Rien n'est moins sûr...
Gourgaud n'obtînt rien non plus, mais pour d'autres raisons. Concernant Cipriani, la raison était double. (1) Il n'entre au service de l'Empereur qu'à partir d'Elbe, en temps qu'agent à Vienne, comparé à d'autres du "service" régulier depuis des années. (2) Ses moyens financiers étaient supposés être considérables car il n'était pas un serviteur mais était un armateur à Gênes qui décida d'aider Napoléon à Elbe par ses relations sur le continent. Donc, à sa mort en 1818, Napoléon n'a pas eu l'intention de donner une pension à ses enfant héritiers car celle-ci ne devait pas vraiment se justifier financièrement. Pour lever ce doute, Napoléon fait écrire Bertrand à Fesch le 22 mars 1818 pour éclairer ce fait. Je ne pense pas qu'une réponse ait été faite par Fesch, et donc il est probable qu'aucune pension n'ait été versée, jugeant qu'il n'y avait pas ce besoin d'aide. Cependant, les salaires de Cipriani furent versés à sa famille pour un montant de 8287 francs. En somme, je ne pense pas qu'il y eut une punition impériale quelconque envers Cipriani. Au contraire. Mais pour Gourgaud, ce fut bien une punition...!
Avez-vous des éléments précis qui vous permettent d'écarter la présence du Dr Henry ?
Oui, les rapports officiels de l'officier d'ordonnance et de Lowe à Bathurst ne parlent que des docteurs O'Meara et Baxter. Cependant, peut être que l'ordonnance aurait omis la présence du Dr Henry et Lowe aurait répercuté cette erreur à Bathurst. Mais alors d'où vient la certitude de Ganière que Henry était aussi présent? Les seules affirmations d'O'Meara peuvent être mensongères pour se justifier que lui n'était pas le seul médecin à n'avoir pu secourir Cipriani... En tout cas, Henry ne semble pas avoir mentionné sa présence au chevet de Cipriani. Il faudrait vérifier ce point dans son livre “Events of a Military Life”. Je vérifierai à l'occasion, ne l'ayant pas sous la main en ce moment.
En effet, on retrouve cette somme dans les inventaires de Marchand en 1821. Cela dit, 1391 F de 1821, cela correspond au moins à 30 000 F d'aujourd'hui; n'est-ce pas un peu onéreux pour une simple caisse de bois et une stèle toute modeste ?

Vous faites les mêmes remarques que Lowe... ;-) qui trouvait les dépenses de funérailles trop importantes et demanda à Gorrequer d'y enquêter! La conclusion fut que ces dépenses étaient réelles. Pour mettre les choses en proportion de l'époque et compte tenu que la vie a Ste Hélène coûtait prés de 10 fois plus cher que sur le continent depuis l'arrivée de Napoléon, comparons à certains frais des funérailles de l'Empereur:
- 70 aunes de drap noir pour chapelle ardente: 3.024 francs
- habillement des palefreniers conduisant le char: 216 francs
- gratification aux soldats anglais qui ont porté le cercueil: 2.000 francs (plus coûteux que les funérailles de Cipriani!)
Difficile de savoir qui a influencé l'autre entre Rétif et Martineau...

Ils se sont trompés tous les deux, à mon avis. Mais il semble possible que le "mystère Cipriani" date de leur époque. A voir avec d'autres sources antérieures éventuelles pour creuser cette question de l'origine de cette hypothèse.

Albertuk

Re: Cipriani Franceschi

Message par Albertuk » 27 avr. 2003, 13:52

Bonjour
Avez-vous le détail pour ces 1391 F entre la caisse en bois et les frères Salomon ?
Non, pas le détail à ma portée. Le montant de 1391,90 F est par ailleurs indiqué dans les décomptes de Longwood, dont ceux de Marchand, comme arriérés des funérailles de Cipriani. L'enquête de Goerrequer montre que ces dépenses étaient en phase avec les coûts nécessités pour honorer la mémoire du défunt.
Pour Henry, par contre, je pense qu'il a bien été au chevet de Cipriani...
C'est le cas, en effet, car Henry en parle dans ses mémoires et parle aussi de la tentative de O'Meara de lui transmettre un cadeau impérial (un ensemble du service en argent) en remerciement, ce que Henry considérait comme une tentative déguisée de corruption afin d'en faire un "homme de l'Empereur", vu les restrictions qui régnaient sur Ste Hélène à cette époque. Donc l'ordonnance ne mentionne pas la présence de Henry et Lowe ne la mentionna pas non plus dans son rapport à Bathurst. Etrange attitude d'Henry toutefois de refuser une forme de gratification pour ses soins, et d'y voir une tentative de corruption, alors que ce même docteur se plaigna que Montchenu, à qui il donna aussi des soins, ne lui offrit que... une note de remerciement. Rosebery considère que le docteur Henry était un disciple du gouvernement anglais et de Lowe. Ce n'est pas l'avis de tout le monde cependant. C'est un débat.

Hypolite

Re: Cipriani Franceschi

Message par Hypolite » 27 avr. 2003, 15:49

Voila des explications qui remettent en question la these de la traitrise de Cipriani ! :salut:

caron

Re: Cipriani Franceschi

Message par caron » 28 avr. 2003, 22:07

L'inventaire des pierres tombales de tous les cimetières de Sainte-Hélène date de 1984
La tombe de Cipriani n'y figure pas.
c'est sans doute à partir de ce constat que Gilbert Martineau à conclu que la tombe avait disparu.

Toutefois,on admettra volontiers que le fait que le nom de Cipriani ne figure pas sur la liste des tombes inventoriées ne prouve ni que sa tombe a disparu ni,à plus forte raison,qu'une exhumation a eu lieu dans le cadre d'une substitution de cadavres.

Car,en dépit de l'inventaire de 1984,il existe des tombes non identifiées à saint-Hélène, comme nous l'a confirmé M Michel Martineau

Tant qu'une recherche n'est pas consciencieusement entreprise,personne n'est autorisé à dire que Cipriani n'est pas enterré dans une de ces tombes, conclut M michel Martineau

barthelemy

Re: Cipriani Franceschi

Message par barthelemy » 26 févr. 2018, 20:03

Le 27 Février 1818, à 4 heures de l'après-midi, mourait brutalement à Longwood, Sainte-Hélène, Jean-Baptiste Cipriani Franceschi, maitre-d 'hôtel et espion de l'Empereur Napoléon 1er :(

200 ans se sont écoulés depuis cet évènement, qui agita la petite colonie française en exil....

à cette occasion, le Souvenir Napoléonien (Délégation Languedoc-Cévennes) associé au Cercle Napoléonien de Montpellier, y consacre un billet intitulé Cipriani meurt à Longwood :

Le texte n'apporte pas d'éléments nouveaux, c'est une synthèse de ce que l'on connait déjà de la vie de ce compagnon d'exil de Napoléon

Image

Qui était Cipriani ? Celui dont l’histoire a retenu comme nom Cipriani, s’appelait en fait Jean-Baptiste Franceschi Cipriani. Sa vie, son origine, est aussi mystérieuse que sa mort. Il serait né en 1773 dans le petit village de Guagno, près d'Ajaccio. Son père présumé serait Antoine Christophe Saliceti, (ou Salicetti), avocat, député aux États généraux, qui fit voter le 30 novembre 1789, l'intégration de la Corse au royaume de France. Puis, député au Conseil des Cinq-Cents, siégeant aux côtés des montagnards, il vota la mort du Roi. A-t-il comme certains l’affirment été élevé dans la famille Bonaparte ? Est-ce Lucien qui lui aurait appris à lire ? Ce que l’on sait, c’est qu’il fut, avec son père présumé, qui commandait l'artillerie, aux côtés du jeune Bonaparte assiégeant Toulon. On retrouve sa trace en 1806 à Naples, auprès de Saliceti, nommé, par le nouveau roi Joseph Bonaparte, ministre de la police. Puis lors de la prise de Capri en octobre 1808, où, pour Murat, le nouveau Roi de Naples, avec le lieutenant du génie Colletta, il va, déguisé en pêcheur, espionner les anglais et repérer les points de débarquement possibles. A Capri, 1300 hommes, sous le commandement de Hudson Lowe, le futur geôlier de Sainte-Hélène, soutenus par une flotte de quarante bâtiments, capituleront devant le général Jean- Maximilien Lamarque, et ses 800 soldats, en abandonnant sur place toute l'artillerie et les munitions. En 1809, son protecteur, Saliceti, meurt mystérieusement, probablement assassiné. On retrouve ensuite Cipriani à la tête d’une petite mais prospère compagnie de transport maritime. Il a été écrit que, pour démarrer son affaire, il avait reçu du cardinal Fesch une importante somme d’argent. Il se marie à Adélaïde Charmant dont il a un garçon et une fille. Selon d’autres versions, il serait entré dès 1810 au service de l’Empereur en tant que maitre d’hôtel. Une seule certitude, à l’île d’Elbe, Cipriani est aux côtés de l’Empereur, en qualité d’intendant. En fait, il sert d’agent secret, est en Corse, en Italie, et à Vienne, où il apprend le projet d’exil de l’Empereur aux Açores ou à Sainte-Hélène. Saliceti Lamarque Pendant les Cent-Jours, le voilà maître-d ’hôtel de la maison impériale. Sa femme et sa fille sont à Rome, avec Madame Mère, son fils est auprès du cardinal Fesch. En 1815, il abandonne tout pour suivre Napoléon en exil à Sainte-Hélène, en tant que majordome. le 23 février 1818, alors qu’il sert le dîner, une douleur atroce le terrasse. Il s’effondre. Trois médecins, O’Meara, Baxter et Henry tentent sans succès de le soigner. Pendant sa maladie, Napoléon ne cesse de demander de ses nouvelles. Le 25, à minuit, devant l’aggravation de l’état de Cipriani, Napoléon propose à O’Meara d’aller le visiter, pensant que Sa présence pourrait agir comme un stimulant et lui donner des forces pour lutter contre le mal, et peut-être le surmonter. O’Meara refuse, argumentant que, en raison de l’attachement et du respect qu’il portait à l’Empereur, le malade ferait un effort pour se lever, et qu’il risquait de ne pas résister à cette secousse. Napoléon, à regret, ne se rend pas au chevet de Cipriani qui meurt le 27 à quatre heures de l’après-midi. A sa mort, l’Empereur, ayant interdiction formelle de quitter la zone dite des Quatre Miles, autour de Longwood, demande que l’on creuse une fosse à Longwood même, pour pouvoir ainsi assister aux obsèques de son compagnon. Refus catégorique de ses geôliers. Cipriani sera enterré dans le petit cimetière de l’église Saint- Paul, tout près de Plantation House. Faute de prêtre catholique, ce sera le révérend Boys qui récitera les prières protestantes sur son cercueil. Bertrand, Montholon, Sir Thomas Reade, plusieurs officiers anglais et des habitants de l’île l’accompagneront à sa dernière demeure. Gourgaud : « Il nous donnerait tous pour Cipriani ! » Montholon : « son dévouement était égal à son intelligence, remarquable pour conduire ou dévoiler une intrigue quelconque. La nature l’avait doué de toutes les qualités nécessaires à un ministre de la Police. » Cipriani vu par le Grand Maréchal Bertrand Cahiers de Sainte-Hélène - tome 2 - p73 (26 février I8I8). - A 7 heures du matin, l’Empereur envoie chercher le Grand Maréchal. Cipriani est mourant. A 4 heures, il meurt en réclamant sa mère, son épouse. On fait vérifier ses effets : il ne laisse qu’une centaine de livres. Il est tombé malade le lundi, a été emporté le vendredi. On croit que ses courses pendant sa maladie ont contribué à sa mort, ainsi que l’habitude où il était souvent de boire avec le capitaine et le docteur. Il y a eu corruption dans les intestins. L’Empereur dicte une lettre à Lord Liverpool et au cardinal Fesch faisant 600 francs de pension à la femme et à la fille de Cipriani. (Dans la marge du manuscrit ). - On enterre Cipriani à Plantation House. Le colonel Reade, le docteur, le capitaine, le Révérend Boys dans la voiture commandée à cet effet, les domestiques, quelques familles anglaises, les deux Chinois, au total 30 ou 32 personnes suivent le convoi. Il est porté par des Chinois. Trois des habitants qui suivent le cortège sont des enfants. On entre dans l’église de Plantation House, et de là dans le cimetière, où le prêtre fait les prières d’usage. Il a été pourtant convenu que l’on ferait mettre en détail dans l’acte de décès que Cipriani est mort dans les sentiments de la religion catholique et romaine. Lettre à son Éminence le cardinal Fesch (extrait) Longwood, 22 mars 1818. Monseigneur. Le sieur Cipriani maître-d ’hôtel de l'Empereur, est décédé à Longwood le 27 février dernier, à quatre heures de l'après-midi. Il a été enterré dans le cimetière protestant de ce pays, et les ministres de cette église lui ont rendu les mêmes devoirs qu'ils eussent rendus à quelqu'un de leur secte. On a eu soin de faire mettre dans l'extrait mortuaire que je vous enverrai, mais dont l'extrait de ma lettre peut tenir lieu, qu'il était mort dans le sein de l'église Fesch Bertrand apostolique et romaine. Le ministre de l’église de ce pays aurait volontiers assisté le mort, et celui-ci aurait désiré un prêtre catholique; comme nous n'en n'avons pas, il a paru ne pas se soucier d'un ministre d'une autre religion. Je serais bien aise que vous nous fissiez connaître quels sont les rites de l'église catholique à ce sujet, et si on peut faire administrer un catholique mourant par un ministre anglican. Nous ne pouvons du reste trop nous louer du bon esprit et du zèle que dans cette circonstance ont montré les ministres de la religion de ce pays. Cipriani est mort d'une inflammation de bas-ventre. Il est mort le Vendredi, et le Dimanche précédent il avait fait son service sans aucun pressentiment. Un enfant d'un des domestiques du comte de Montholon était mort à Longwood quelques jours avant. Une femme de chambre est morte il y a quelques jours d'une même maladie. C'est l'effet du climat malsain de ce pays, où peu d'hommes vieillissent. Les maux de foie, la dysenterie et les inflammations de bas-ventre font beaucoup de victimes parmi les naturels, mais surtout parmi les Européens. Nous avons senti dans cette circonstance, et nous sentons tous les jours le besoin d'un ministre de notre religion. Selon le livre de compte de Bertrand, les dépenses d'obsèques et de sépulture de Cipriani se sont élevées à 2 144 francs. Cipriani vu par le Comte de Montholon Histoire de la captivité de Sainte-Hélène – p 151 – 156 La mort du maître d’hôtel Cipriani fut une perte sensible pour notre colonie. Il servait le dîner de l’Empereur, quand il se sentit pris de douleurs violentes, qu’il lui fut impossible de regagner seul sa chambre ; le malheureux se roulait par terre en jetant des cris déchirants ; vingt-quatre heures après, nous accompagnions son cercueil au cimetière de Plantation-House. Grand nombre de colons et d’officiers de la garnison lui donnèrent la même marque d’intérêt. Montholon L’Empereur le regretta et fit écrire par le Grand Maréchal, à Mme Cipriani, une lettre touchante, par laquelle il lui donnait une pension comme témoignage de sa satisfaction des bons services de son mari. Cipriani était jeune encore quoique depuis longtemps il se fût fait remarquer de l’Empereur par son dévouement et la manière distinguée dont il avait rempli des missions bien difficiles dans les affaires de Napoléon et de la haute Italie. Il était alors employé dans la police secrète ; ce n’était que depuis l’Elbe qu’il était entré dans la domesticité de l’Empereur, en qualité de maître d’hôtel. C’est à lui que l’on devait la prise de l’île de Capri ; et toujours nous avions envie de rire en voyant en présence l’un de l’autre, à Sainte-Hélène, sir Hudson Lowe et Cipriani qui, tous deux, avaient joué dans cette circonstance un rôle si différent, sans que jamais le premier se doutât que le second l’eût si cruellement mystifié. (…) Cipriani rendit aussi d’importants services politiques pendant le séjour de l’île d’Elbe. Il fit plusieurs voyages à Gênes, à Livourne et à Naples, et réussit à tenir l’Empereur au courant des changements qui s’opéraient dans l’opinion publique des populations italiennes. Il organisa avec Vienne des correspondances secrètes au moyen desquelles l’Empereur recevait, une fois par semaine, le bulletin de tout ce qui s’était passé dans le congrès et dans les cercles diplomatiques. Le malheur voulut que M Fleury de Chaboulon arriva à l’île d’Elbe en même temps que le chevalier Colonna d’Istria, que le roi de Naples envoyait avec une dépêche de son ambassadeur de Vienne, lui annonçant la clôture du congrès et le départ de l’empereur Alexandre, et que l’Empereur prit sur l’heure la résolution de rentrer en France sans attendre le retour de Cipriani, qu’il avait expédié en mission spéciale. S’il l’eût attendu, il n’aurait quitté l’île d’Elbe qu’après la dissolution du congrès et le retour de l’empereur Alexandre en Russie. On reste confondu, quand on considère ce qui aurait pu arriver si les choses se fussent ainsi passées ; car alors, plus de déclarations de congrès, plus d’unité dans les résolutions des souverains ! Que de chances de plus pour l’Empereur ! L’Empereur était parti le 26 février au soir ; Cipriani arriva à Porto-Ferrajo le 27 ; il apportait des nouvelles du congrès et Lowe des dépêches de Vienne qui démontraient toute l’importance qu’il y avait à différer de quinze jours le départ de l’expédition. Cipriani vu par Albine de Montholon Souvenirs Cipriani allait chaque jour prendre les ordres de Napoléon avant de descendre à Jamestown. « C’était un Corse bien dévoué à l’Empereur, fin et sachant bien mettre à profit sa course quotidienne en ville pour tenir autant que possible au courant de ce qu’on avait à savoir. » Il s’était ménagé des intelligences parmi les habitants pendant les deux mois de séjour qu’il avait passés à Jamestown avant l’installation de l’Empereur à Longwood. Son centre d’informations était la maison Porteus, cette auberge où Napoléon descendit le soir de son débarquement et dont le patron restait lié avec ses principaux domestiques. Cipriani était au premier rang dans la hiérarchie des serviteurs. C’est lui qui à l’office présidait la table où s’asseyaient les employés les plus importants, le premier valet de chambre Marchand, le chef d’office Pierron, l’ex mameluck Ali Saint- Denis faisant fonction de bibliothécaire. Le docteur O’Meara éprouvait une vive sympathie pour le policier de Napoléon. Il a recueilli ses confidences sur le rôle qu’il joua à Naples. Cipriani vu par Marchand Mémoires de Marchand - p.184, 185. A cet affligeant départ (celui de Gourgaud), se joignit, quinze jours après, une mort aussi sensible que regrettable pour toute la colonie. Cipriani venait de mourir, frappé de mort en deux jours ; il succombait à d’affreuses douleurs intestinales qui ne lui donnèrent pas le temps de se reconnaître. L’Empereur lui donna de véritables regrets, et me dit qu’il l’aurait accompagné à sa dernière demeure, si elle eût été dans l’enceinte. Grand nombre des habitants notables de l’île et d’officiers de la garnison se joignirent à toute la colonie française qui le suivit au cimetière de Plantation House. Seul, je restai auprès de l’Empereur en cette triste journée. Le général Gourgaud, qui n’avait point encore quitté l’île, demanda à se mêler au cortège, mais la permission lui en fut refusée. J’avais beaucoup connu Cipriani à l’île d’Elbe; il avait alors une jeune femme charmante et deux enfants qu’il avait emmenés avec lui ; j’ai connu ses joies et ses douleurs, et notre amitié de l’île d’Elbe n’avait fait que s’accroître à Sainte-Hélène. Cipriani était Corse, il avait été presque élevé dans la maison de l’Empereur. Il attachait du mystérieux à la mort de sa mère qui, disait-il, avait été trouvée étranglée dans son lit. Devenu jeune homme, il trouva un protecteur dans M. Salicetti, alors en Italie ; il devint intendant de sa maison, et vu sa rare intelligence, reçut des missions délicates dont il s'acquitta avec succès. Il fut bientôt mêlé aux affaires secrètes de la police et serait arrivé à une place éminente sans la mort de son protecteur. Ayant assez d’argent devant lui, il se fit armateur et courut la mer. 1815 le surprit dans cette condition lorsqu’il entra au service de l’Empereur à l’île d’Elbe comme maître d’hôtel. Cipriani professait pour l’Empereur le plus grand attachement, son caractère était fortement trempé, son cœur bon et son âme sensible. Il est mort d’une inflammation du bas-ventre, qui se montra avec les symptômes les plus alarmants ; bientôt il fut à toute extrémité. L’Empereur, fort inquiet, m’envoyait à chaque instant connaître de ses nouvelles. Le premier jour, il put me parler encore de sa femme et de ses enfants qu’il recommandait à l’Empereur. Dans la nuit du 25 au 26, l’Empereur fit venir le Dr O’Meara et lui demanda si sa présence ne pourrait paas être ‘’un effet salutaire à Cipriani" ; le docteur le lui déconseilla, lui lisant qu’il avait encore assez de connaissance pour que son amour et sa vénération pour lui amenassent une émotion qui hâtassent sa mort. Le lendemain, Cipriani n’était plus. Cipriani s’était fait lui-même, il avait beaucoup vu, beaucoup retenu, ce qui rendait sa conversation intéressante et animée. C’était un homme d’un commerce sûr, ses sentiments étaient républicains et son admiration toute aux Girondins, dont il avait connu quelques-uns, liés d’amitié avec lui. Qu’il reçoive ici le souvenir que j’en conserve encore.

Source : Bulletin N°15, Souvenir Napoléonien Languedoc-Cévennes, Février 2018

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C-J de Beauvau
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Re: Cipriani Franceschi

Message par C-J de Beauvau » 27 févr. 2018, 23:38

CIPRIANI, intendant de Salicetti fait partie à Naples d' une officine de renseignements dont la cible serait Hudson Lowe !
Plus tard le général Lamarque s'empare de Capri,forçant Hudson LOWE à capituler
cette défaite est restée comme une disgrâce. À Sainte Hélène, Napoléon le désignait avec mépris comme "le héros de Capri !!!
Cipriani connaissait Lowe mais l'inverse est-il vrai ? Alors aventurier ou espion ? La vie de Cipriani est mystérieuse.
En 1817 une lettre de Londres encourageait H. Lowe à manifester sa satisfaction envers Cipriani "pour lui prouver que sa bonne conduite n'est pas restée inaperçue ???!!! ( TULARD).
Cette lettre, encourageait Lowe à promouvoir le travail de Cipriani, par moyens de menus revenus de son rôle d'intendant, car il paraissait aux Anglais d'une honnêteté correcte comparée aux autres serviteurs jugés par trop dévots à Napoléon. Bien entendu, c'était le rôle de Cipriani d’être en bons termes avec les Anglais, de gagner leur confiance, afin de mieux servir Napoléon?!. Ici, comme à Capri, Cipriani était encore prêt à tromper l'attention de Lowe et du gouvernement anglais et ceux-ci ne se doutaient de rien. Cette lettre prouve le bon travail d'infiltration de taupe de Cipriani qui avait ainsi gagné la confiance des gens qu'il espionnait ?! Ça mort intervint à peu près 3 mois après cette lettre. :oops: Curieux !
:salut:
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
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Joker
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Re: Cipriani Franceschi

Message par Joker » 28 févr. 2018, 19:01

Cipriani serait donc un agent double ?
Voilà une piste qui mérite d'être creusée... ;-)
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