Moustache le courrier personnel de L'Empereur

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Cyril Drouet
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Re: Moustache le courrier personnel de L'Empereur

Message par Cyril Drouet » 11 févr. 2019, 09:22

Si on peut être en droit de douter de l’annonce faite par Moustache à Joséphine de la victoire d’Austerlitz comme présentée par Constant, il y a moins de doute concernant l’annonce de Friedland :
« Mon amie, je t’ai expédié hier Moustache avec la nouvelle de la bataille de Friedland. »
(Napoléon à Joséphine, 16 juin 1807)

La missive en question portée par Moustache était celle-ci :
«Mon amie, je ne t'écris qu'un mot, car je suis bien fatigué; voilà bien des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré l'anniversaire de la bataille de Marengo.
La bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour mon peuple. Toute l'armée russe mise en déroute, quatre-vingts pièces de canon, 3otrente mille hommes pris ou tués; vingt-cinq généraux russes tués, blessés ou pris; la garde russe écrasée. C’est une digne sœur de Marengo, Austerlitz, Iéna. Le bulletin te dira le reste. Ma perte n'est pas considérable; j'ai manœuvré l'ennemi avec succès.
Sois sans inquiétude et contente.
Adieu, mon amie; je monte à cheval.
L'on peut donner ces nouvelles comme une notice, si elles arrivent avant le bulletin ; l’on peut aussi tirer le canon. Cambacérès fera la notice. »


En fait si Moustache partit bien avec en poche la nouvelle de la victoire de Friedland, Borghèse partit avec la même annonce douze heures plus tôt (se passa-t-il après Austerlitz avec Lebrun ?) comme le précise l’Empereur dans sa lettre du 22 juin à Joséphine.
Ainsi, si l’on en croit la correspondance de Cambacérès, c’est bien Borghèse qui arriva en premier pour transmettre la nouvelle de Friedland à l’Impératrice :
« Le prince Borghèse est arrivé hier à cinq heures du soir, à Saint-Cloud et à annoncé à S.M. l’Impératrice, la nouvelle de la brillante journée du 14. S.M. a eu la bonté de me dépêcher de suite un page. Au moment où je partais, le courrier Moustache qui venait de porter à l’Impératrice la lettre de V.M. m’a remis celle que M. Maret m’a écrite d’après vos ordre. »
(Cambacérès à Napoléon, 25 juin 1807)
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Re: Moustache le courrier personnel de L'Empereur

Message par L'âne » 11 févr. 2019, 10:51

Jean-Antoine CHAPTAL « Mes souvenirs sur Napoléon » :
"Dans le voyage que je fis en Normandie avec Napoléon, il partit de Saint-Cloud à bidet, suivi de son courrier favori Moustache".

Jean TULARD « Napoléon et 40 millions de sujets » :
"…la malle-poste est retardée par les contraintes : le galop est interdit, les voitures doivent aller au petit trot en pleine campagne, au pas dans la traversée des villages. Contraintes que ne subissent pas les estafettes. Il existe des courriers spécialisés pourvus d’une sacoche de cuir portant sur une plaque de cuivre l’inscription : « Dépêches de S.M. l’Empereur et roi. » Ces courriers professionnels s’appellent Moustache, Clerice, Vidal. Certains messages sont chiffrés, mais surtout dans les campagnes militaires. Les estafettes officielles ont priorité dans les relais. Mais, si leur vitesse est plus grande, elles se heurtent aux mêmes difficultés matérielles que la malle-poste."
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Re: Moustache le courrier personnel de L'Empereur

Message par Cyril Drouet » 14 févr. 2019, 16:52

Cyril a écrit :
07 févr. 2019, 11:27
le pauvre Marco de saint HILAIRE, le voilà bien habillé!!! :lol:

Il est couvert depuis bien longtemps :
« Cet auteur, parmi les meilleurs « fabricants » de la légende impériale n’était en réalité qu’un simple « teinturier ». »
(Jourquin, dans le Dictionnaire Napoléon)
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Re: Moustache le courrier personnel de L'Empereur

Message par Cyril Drouet » 15 févr. 2019, 11:41

Constant a écrit :
05 févr. 2019, 12:25
Joséphine, après l'avoir lue, tira un superbe diamant qu'elle avait au doigt, et le donna au courrier.
Quoi que puisse en dire Constant, les courriers pouvaient être grassement remerciés :
"Au reste, je vous donne toute la latitude convenable pour signer dans la nuit. Vous serez en conférence lorsque vous recevrez ce courrier ; je ne pense pas qu'il arrive avant 9 h. du soir.
Je crois, comme vous, extrêmement important de ne plus perdre un instant. Faites donc tout ce qu'il est possible pour terminer, et signez.
Vous aurez soin de me faire connaître, dans votre réponse, si le courrier est arrivé avant 9 h. lui ayant, dans ce cas, promis 600 francs."
(Bonaparte à Joseph, 9 mars 1802)

Somme rondelette qui correspondait à environ la moitié de la solde annuelle d'un lieutenant...

Les 600 francs ne furent pas empochés. Le courrier, comme l'indique la réponse de Joseph, n'arriva que vers 23 heures, la conférence étant terminée. Qui fut le malheureux retardataire ? Je l'ignore. En tout cas, Moustache était bien l'un des courriers galopant à cette époque entre Paris et Amiens comme l'indique la missive du 12 mars où il est annoncé que ce même Moustache venait d'arriver à la Malmaison porteur de la correspondance de Joseph.
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Re: Moustache le courrier personnel de L'Empereur

Message par Cyril Drouet » 15 févr. 2019, 11:53

Une anecdote contée par Marbot (Mémoires) où on retrouve Moustache :

« Dans les combats qui venaient d’avoir lieu depuis Iéna jusqu'à la Vistule, les Prussiens ne nous avaient enlevé qu'une centaine de prisonniers, qu'ils employaient aux terrassements de la forteresse de Graudentz, dans laquelle ils étaient enfermés.
Le maréchal Duroc m'avait chargé de distribuer des secours à ces pauvres diables, qui étaient d'autant plus malheureux que, du haut de la citadelle, ils apercevaient les troupes françaises dont ils n'étaient séparés que par la Vistule. Ce voisinage, et la comparaison de sa position avec celle de ses camarades libres et heureux sur la rive gauche, portèrent un prisonnier français, cavalier d'élite au 3e de dragons, nommé Harpin, à employer tous les moyens en son pouvoir pour s'évader des mains des Prussiens. La chose n'était pas facile, car il fallait d'abord sortir de la forteresse et traverser ensuite la Vistule; mais que ne peut une volonté ferme ? Harpin, employé par le maître charpentier prussien à empiler du bois, avait fabriqué en secret un petit radeau, il avait pris un grand câble et s'en était servi pour descendre la nuit son radeau au pied des remparts et sortir lui-même de la citadelle. Déjà il avait mis le radeau dans la Vistule et se préparait à y monter, lorsque, surpris par une patrouille, il avait été ramené dans la forteresse et mis au cachot Le lendemain, le commandant prussien, selon l'usage alors en vigueur dans l'armée prussienne, avait condamné Harpin à recevoir cinquante coups de bâton. En vain ce dragon faisait-il observer qu'étant Français, il ne pouvait être soumis au règlement prussien; sa qualité de prisonnier rendait sa réclamation nulle. Déjà même on le conduisait vers le chevalet de bois auquel on allait l'attacher, et deux soldats se préparaient à le frapper, lorsque, ayant voulu prendre un livre dans la voiture du maréchal Duroc, qui stationnait sur la place d'armes, j'aperçus Harpin se débattant au milieu des soldats prussiens qui voulaient l'attacher.
Indigné de voir un militaire français prêt à subir la bastonnade, je m'élance vers lui le sabre à la main, en menaçant de tuer le premier qui oserait flétrir du bâton un soldat de mon empereur ! La voiture du maréchal Duroc était gardée par un courrier de Napoléon connu, dans tous les relais de l'Europe, sous le nom de Moustache. Cet homme, doué d'une force herculéenne et d'un courage à toute épreuve, avait accompagné l'Empereur sur vingt champs de bataille. Dès qu'il me vit au milieu des Prussiens, il accourut vers moi, et d'après mon ordre il apporta quatre pistolets chargés qui se trouvaient dans la voiture. Nous dégageâmes Harpin, je l'armai de deux pistolets, et, le faisant monter dans la voiture, je plaçai Moustache auprès de lui, et déclarai au major de place que cet équipage appartenant à l'Empereur, dont il portait les armes, il devenait pour le dragon français un asile sacré dont j'interdisais l'entrée à tout Prussien, sous peine de recevoir une balle dans la tête, et j'ordonnai à Moustache et à Harpin de faire feu si l'on entrait dans la voiture. Le major de place, me voyant si résolu, abandonna momentanément son prisonnier pour aller prendre des ordres de ses chefs. Alors, laissant Moustache et Harpin, les pistolets au poing, dans la voiture, je me rendis au logement du Roi, et priai l'un de ses aides de camp de vouloir bien entrer dans le cabinet de Sa Majesté pour dire au maréchal Duroc que j'avais à lui parler d'une affaire qui ne pouvait souffrir aucun retard. Duroc sortit, et je lui rendis compte de ce qui se passait.
En apprenant qu'on voulait bâtonner un soldat français, le maréchal, partageant mon indignation, retourna sur-le-champ auprès du Roi, auquel il adressa une chaleureuse protestation, ajoutant que si on exécutait cette sentence, il était certain que l'Empereur ferait par représailles appliquer la bastonnade, non point aux soldats, mais aux officiers prussiens, prisonniers de guerre. Le Roi était un homme fort doux, il comprit qu'il fallait traiter les militaires de chaque nation selon leur point d'honneur, il prescrivit donc de mettre le dragon Harpin en liberté, et pour se rendre agréable à Napoléon, dont il sollicitait en ce moment la paix, il offrit au maréchal Duroc de lui rendre les cent cinquante prisonniers français, s'il s'engageait à lui renvoyer un pareil nombre de Prussiens. Duroc ayant accepté, un aide de camp du Roi et moi fûmes annoncer la bonne nouvelle aux prisonniers français, dont la joie fut extrême. Nous les fîmes embarquer de suite, et une heure après ils étaient de l'autre côté de la Vistule, au milieu de leurs frères d'armes. »
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