C dans l'air - Napoléon : génie ou tyran

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

le garde

dictateur

Message par le garde » 29 juil. 2006, 22:40

Quand un ou des ami(e)(s) ou de la famille me disent
que l'Empereur est un dictateur ou un tyran je ne sais
pas quoi répondre.

Alors qu'est-ce je peux leur dire ?

merci d'avance :salut:

fantôme

Message par fantôme » 30 juil. 2006, 00:23

De ne pas faire d’anachronisme, ce qui serait compris comme un dictat aujourd’hui, fut nécessaire hier.

Qu’avant de trouvé le chemin de la Laïcité à la française, il a bien fallut construire ce principe, en passant par le concordat, qui eut la vertu de mettre toutes conceptions religieuses sur le même pied d’égalité… que pour passser à la démocratie moderne, il a fallut mener les masses à la connaissance, et que pour faire, il faut bien un point zéro, qu’il y ait un initiateur…

Que le manichéisme est une voie de l’erreur, et que réfléchir le passé avec les yeux du présent est le chemin le plus court vers l’erreur…

Que tout homme est fait comme un pavé mosaïque, avec ses pavés noirs, et blancs… avec ses zones d’ombres et de lumières, et que nécessairement la lumière n’est que par contraste avec l’ombre ; l’Empereur est ainsi, mais qu’il fut –comme il el dit- un Météore destiné à bruler pour éclairer son époque… bref, un personnage surdimensionné, qui a voulut le pouvoir, mais pour en faire quelque chose, et ce pour la multitude, et non pour lui-même… sinon, il eut été bien sage, et eut conservé son trône…

De Bonaparte à Napoléon, et de Napoléon à l’Empereur –celui des Cent Jours- toutes une histoire à méditer avec les yeux du passé, pour bâtir le présent en fondation d’un avenir meilleur.

Fantôme.

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril » 30 juil. 2006, 11:46

Quand un ou des ami(e)(s) ou de la famille me disent
que l'Empereur est un dictateur ou un tyran je ne sais
pas quoi répondre.

Le sujet a déjà été abordé ici. Les noms d'oiseaux avaient volé de manière honteuse…

"Dictateur", "tyran", les deux termes ont été employés à l'époque. Le premier le fut par Napoléon lui-même. Ainsi, à Sainte-Hélène, il affirma avoir aspiré à la "dictature universelle". Tout un programme.
Le second le fut par les opposants à l'Empereur. Il porte en lui des valeurs très négatives que l'on retrouve dans la définition donnée en 1788 par Féraud dans son Dictionnaire critique de la langue française : "Prince légitime qui gouverne avec injustice et cruauté". Définition assez proche de celle de nos dictionnaires actuels : " Souverain, personne détenant un pouvoir politique, qui exerce une autorité arbitraire et absolue, sans respect des lois et en usant généralement de méthodes oppressives et violentes."

Pour beaucoup aujourd'hui, fruit de pas mal de régimes du XXe, dictateur et tyran sont synonymes. Il ne l'était pas vraiment à l'époque. Et quand Napoléon évoquait sa dictature, il ne pensait pas "tyrannie".
C'est dans son acception romaine, qu'il faut entrevoir le terme de dictateur. Ainsi, si aujourd'hui dictateur veut le plus souvent dire : " Celui qui, investi légalement ou non du pouvoir politique, l'exerce de façon autoritaire, voire tyrannique, sans avoir officiellement, en général, le titre correspondant", durant la période napoléonienne, on pouvait le résumer à la définition donnée par Féraud : "Est parmi les anciens Romains, le nom d'un souverain Magistrat, choisit extraordinairement dans des temps difficiles. Dictature est le nom de cette magistrature."

Afin de ne pas tout mélanger, certains historiens préfèrent le terme "despote". Je pense ici à Tulard. Despote est moins "gangrené" que le terme "dictateur" et moins "orienté" que "tyran".
Il existait à l'époque : "Le despotisme est une autorité non seulement absolue, mais arbitraire, et qui n'a d'autres règles que la volonté de celui qui gouverne". Le despote est donc celui qui gouverne arbitrairement, et sans avoir d'autres règles que sa volonté." (Féraud). Définition assez proche de celle actuelle : "Chef d'État qui exerce le pouvoir seul et sans contrôle et qui gouverne avec une autorité absolue et arbitraire; chef d'État qui s'arroge une autorité absolue alors que le pouvoir qu'il détient n'est pas absolu en soi."

Un fidèle parmi les fidèles à Napoléon l'a usité. Je pense ici à Labédoyère qui, au retour de l'Aigle, lâcha : " plus de despotisme, nous voulons être libres et heureux."

Parlant du mode de pouvoir napoléonien, Lentz opte pour la "monocratie autoritaire et centralisée".

Salutations respectueuses.

Saint Clair

De l'intelligence de l'Empereur

Message par Saint Clair » 16 mai 2009, 20:45

[aligner]Le titre est pour le moins racoleur, je n'en disconviens pas, mais il ne pose pas moins une vraie question qui devrait réunir sur ce forum, historiens, ce que je ne suis pas, psychologues, ce que je ne suis pas, philosophes ou médecins, ce que je ne suis pas plus, ou tout simplement, et plus largement, les spécialistes de Napoléon disposant d'une documentation appropriée (ce que je n'ai pas).

Acquise ou innée, je ne reviendrai pas sur ce vieux débat qui, pourtant,, aujourd'hui, tend à s'orienter davantage vers l'intelligence acquise car il est démontré que tout peut se faire jusqu'à l'adolescence, et même encore un peu après. "Il est très facile", comme le dit fort justement le généticien Albert Jacquard, "de ne pas devenir intelligent en s'assoupissant dans la passivité des réponses appprises, en renonçant à l'effort de formuler ses propres questions."

Napoléon Bonaparte manifestait-il des signes de précocité dans le "domaine" de l'intelligence ?
Rien ne le laisse supposer à l'époque où, placé dans une école mixte tenue par des soeurs, on nous dit que, en classe comme chez lui d'ailleurs, il est turbulent et batailleur en permanence. A la maison, sa mère le réprimandait sans cesse tandis que son frère Joseph, pourtant son aîné, calme et docile, se faisait mordre et battre par Napoléon qui était bruyant, désordonné et indiscipliné. A cet âge de l'enfance, on le disait également distrait et négligé.
Certes, il manifestait des facilités évidentes pour l'étude, plus particulièrement pour l'histoire, la géographie et l'arithmétique qu'il apprenait avec aisance.
Adolescent, par contre, éloigné de sa famille, on le dit taciturne et timide, il adresse peu la parole à ces jeunes qui l'entourent et se réfugie plus souvent dans sa chambre où il s'adonne à sa passion : la lecture. Il n'a que seize ans et vient d'obtenir son brevet de lieutenant, 42e sur 58 promus.
On le dit doué pour le métier des armes et, là aussi, toujours appliqué aux cours de mathématiques et de géographie où son maître l'initie à l'art de dresser plans et cartes.

Nulle part, ne transparaît alors ce concept d'intelligence, telle qu'on l'entend communément aujourd'hui et qui est le propre des êtres d'exception (non pas que les autres n'en soient point doté, mais il n'y a pas beaucoup d'égalité dans ce domaine). Cela étant dit, rien n'est fait à ce stade; la mère d'Einstein, impuissante devant la dyslexie de son fils, mauvais élève à l'école, espérait qu'il serait un jour menuisier.

C'est plus tard, je pense, qu'apparaît et s'affirme cette notion au regard des coups d'éclat militaires qui feront de Bonaparte d'abord, puis de Napoléon, un génie de la tactique. Il a l'intelligence des audacieux ou peut-être l'audace de son intelligence.
Son oeuvre, autant civile que militaire, le fait-elle plus intelligent que ses contemporains ? Son omnipotence avisée en bien des domaines tendrait à militer en faveur d'une réponse positive. Mais je ne détiens pas le savoir suffisant pour être formel quant à ce propos.
Sa vivacité d'esprit le disputait à ses innombrables connaissances et le plaçait, intellectuellement, au-dessus de tous ses maréchaux et généraux. C'est un sentiment que j'éprouve là plutôt qu'une affirmation gratuite. Je vous laisse le soin de commenter la formule.
Il alliera, durant le Consulat et l'Empire, intelligence cognitive, intelligence intuitive, intelligence politique (de polis = la cité), intelligence des armes à une intelligence que l'on pourrait qualifier de "pure" si tant est que l'on puisse qualifier cette intelligence là. C'est d'autant plus difficile que je ne maîtrise pas ce vocabulaire qui relève plutôt de la psychologie, de la sociologie ou de la science.

Si personne, bien au contraire, ne doute d'une intelligence supérieure, comment pourrait-on la quantifier ? Des moyens modernes, fiables à 70% (c'est peu et c'est beaucoup à la fois) permettent, aujourd'hui, de mesurer un niveau ou un degré d'intelligence chez l'homme. C'est cette notion de quotient intellectuel qui classe les individus entre le faible d'esprit, insuffisant mental, soit 5% d'une population donnée et le surdoué qui atteint 145 de Q.I. 70% de la population se situerait entre 80 et 115 de Q.I.

Einstein étant à 160 de Q.I., peut-on supposer que l'Empereur aurait pu égaler, voire dépasser ce génie des temps modernes ?

Si je pose le principe que, seules les personnes ayant un Q.I. supérieur à 120 ont le droit de répondre à cette question, alors, il faut, préalablement, que vous me donniez le nombre qui suit l'année 1806 (en réalité, rien d'historique dans la réponse, c'est purement mathématique) dans cette suite logique :[/aligner]

1 2 6 42 1806 ?... :fou:

C'est juste pour vous divertir un peu avant de revenir au fond du sujet... :roll:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril » 17 mai 2009, 23:05

[aligner]"Bonaparte était un homme d'un génie immense."
(Benjamin Constant, Principes de politique)

"Ce qu'il ignorait, il le préssentait et le devinait pour ainsi dire. Il avait une taille prodigieuse pour apprendre, juger, discuter, retenir dans sa tête et sans confusion une infinité d'objets.
[...]
Il n'était pas parfait, ce n'était pas un Dieu, mais dans sa tête et dans son air il y avait une part immense de la perfection compatible avec la nature humaine."
(Thibaudeau, Mémoires)

"Son génie était inconcevable. Rien n'égalait son énergie, son imagination, son esprit, sa capacité de travail, sa facilité à produire."
(Lord Holland, Souvenirs diplomatiques)

"Ce puissant génie [...] avec une rapidité inimaginable à qui n'en a pas été témoin, il arrivait à des conséquences d'une haute justesse.
[...]
Sa supériorité gisait toute entière dans la faculté de trouver des idées nouvelles, avec une promptitude incroyable, de les juger avec une raison parfaite et de les mettre à exécution avec une force de volonté qui n'eut jamais d'égale."
(Stendhal, Mémoires sur Napoléon)

"Un génie tout personnel, sans commune mesure avec le reste des hommes. Doué d'un esprit vaste et audacieux, pouvant en même temps concevoir les plus magnifiques desseins et embrasser d'un seul coup tous les moyens de les mettre en oeuvre, ainsi que les détails les plus minutieux pour les mener à bien"
(Henry, Events of a Military Life)

"Ses idées se développaient sous sa dictée avec une abondance et une netteté qui faisaient voir que son attention était fortement attachée à l'objet de son travail ; elles sortaient de sa tête comme Minerve sortit toute armée du cerveau de Jupiter."
(Méneval, Souvenirs historiques)

"L'esprit de l'Empereur est la partie de lui-même la plus singulièrement remarquable. Il serait difficile, je pense, d'en avoir un plus étendu.
[...]
La capacité de sa tête semble immense par le nombre de choses qui peuvent y entrer et s'y classer facilement, sans qu'il se fatigue."
(Mme de Rémusat, Mémoires)

"Doué par la nature de la faculté de tout savoir ou de tout deviner"
(Fleury de Chaboulon, Les Cent Jours)[/aligner]

Abraca

Message par Abraca » 17 mai 2009, 23:12

"Il n'a que seize ans et il vient d'obtenir son brevet de lieutenant, 42° sur 58 promus".

Il a fait deux années en une, et il est le seul dont le français n'est pas la langue maternelle.

Intelligence, oui, mais aussi courage, volonté, persévérance, orgueil...dans une certaine solitude morale, et malgré l'hostilité à son égard.

Abraca :fleur3:

Route Napoleon

LIVRES

Message par Route Napoleon » 19 mai 2009, 10:34

Tout à fait d'accord avec ce message d'Abraca :
volonté, persévérance, orgueil
Je ne suis pas persuadé qu'il ait eu la science infuse.
Venant de faire le tryptique Brienne, Valence, Auxonne,
je crois volontiers qu'il se soit formé tout seul, en autodidacte
et en particulier, à Valence, chez son voisin, le libraire Marc Aurel.

Plutôt démuni, même pas propriétaire d'un cheval, le jeune Napoleone marchait beaucoup, un livre à la main, comme son maître à penser d'alors, Jean-Jacques Rousseau...

Route Napoleon

BIEN ENTOURE

Message par Route Napoleon » 19 mai 2009, 11:49

Voir l'état dans lequel est la France en 1799, le casting d'après Brumaire et les réalisations du Consulat...

Saint Clair

Message par Saint Clair » 19 mai 2009, 21:54

Nous voici tout à fait au coeur du sujet et permettez-moi de vous dire que je ne suis pas loin de partager l'analyse de Route Napoléon à propos d'une intelligence qui s'est forgée au cours des années.
Certes, l'inné n'est pas en lui chose ingrate, il bénéficie, dès la naissance,, d'un capital important de ce côté là. Mais ce caractère quelque peu renfermé qui le caractérise durant ses années d'études l'amène à s'attacher aux livres plutôt qu'aux hommes. Son intelligence sera aussi cognitive, au point qu'il dépassera, notamment dans le domaine des armes, ceux qui sont arrivés à la force du sabre et qui seront ses seconds, obligés.
La science des choses, à mon avis, se doublera d'une prescience qui l'amèneront à briller en tout.
Sur le plan civil comme sur le plan militaire, il n'aura pas d'équivalent en Europe à cette époque. Du moins, je n'en vois pas.

Abraca, comme pour le dédouaner d'un classement peu flatteur à la sortie de l'école militaire, avance un éloignement familial peu enclin au développement psychologique et affectif d'un enfant. Je retiens l'argument, mais pour dire qu'il n'était pas seul dans ce cas. Nombre de cadets ne voyaient plus les leurs durant plusieurs années en raison d'éloignements géographiques peu propices aux regroupements familiaux. A leur différence sans doute, le jeune Bonaparte vient de perdre son père (décédé le 24 février 1785) et se retrouve soutien de famille avec une solde qui ne peut suffire à le faire vivre sur le même pied que ses condisciples. Cette détresse morale confine à la solitude et, partant, pour lui tout au moins, à l'épanouissement intellectuel que lui procure la lecture.

Saint Clair

Message par Saint Clair » 21 mai 2009, 11:20

Pour compléter les citations qui précèdent, j'ai retrouvé dans les Mémoires du maréchal Marmont ceci :
"Si son intelligence était précisément ce qu'elle avait toujours été - la plus vaste, la plus profonde et la plus productive qu'il y ait jamais eu - il n'y avait, en revanche, ni volonté ni résolution, et il y avait une instabilité qui ressemblait à de la faiblesse."
On ne comprend bien cette formule qu'en sachant qu'elle fait référence à une période difficile de la campagne de Russie, à des moments où les décisions prises par l'Empereur n'ont pas toujours été couronnées de succès.

Pour terminer, je fais appel à Victor Hugo : "La raison, c'est l'intelligence en exercice; l'imagination, c'est l'intelligence en érection."

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