La "barbarie" de Smith

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Cyril Drouet
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La "barbarie" de Smith

Message par Cyril Drouet » 12 sept. 2018, 12:07

Ordre du jour du 19 avril 1799 :
« Le commandant de la croisière anglaise devant Acre ayant eu la barbarie de faire embarquer, sur un bâtiment qui avait la peste, les prisonniers français faits sur les deux tartanes chargées de munitions, qu'il a prises près de Caïffa, dans la sortie qui a eu lieu le 18 ; les Anglais ayant été remarqués à la tête des barbares, et le pavillon anglais ayant été au même instant arboré sur plusieurs tours de la place; la conduite féroce qu'ont tenue les assiégés en coupant la tête à deux volontaires qui avaient été tués, doit être attribuée au commandant anglais ; conduite si opposée aux honneurs que l'on a rendus aux officiers et soldats anglais trouvés sur le champ de bataille, et aux soins que l'on a eus des blessés et des prisonniers. Les Anglais étant ceux qui défendent et approvisionnent Acre, la conduite horrible de Djezzar, qui a fait étrangler et jeter à l'eau, les mains liées, plus de deux cents chrétiens, naturels du pays, parmi lesquels se trouvait le secrétaire d'un consul français, doit également être attribuée à cet officier, puisque, par les circonstances, le pacha se trouve entièrement sous sa dépendance. Cet officier refusant d'ailleurs d'exécuter aucun des articles d'échange établi entre les deux puissances; et ses propos dans toutes les communications qui ont eu lieu, ses démarches depuis qu'il est en croisière étant celles d'un fou, mon intention est que vous donniez des ordres aux différents commandants de la côte pour qu'on cesse toute communication avec la flotte anglaise, actuellement en croisière dans ces mers. »

On peut ajouter à cet ordre, la lettre écrite deux jours plus tôt par Bonaparte à l’adjudant général Boyer, adjoint à l’état-major général :
« Le commandant de l’escadre anglaise en croisière devant Acre, ayant eu la barbarie de faire embarquer sur un vaisseau, ou bâtiment de Constantinople qui avait la peste, les prisonniers français, sous prétexte de les envoyer à Toulon, mais uniquement pour s’en défaire en route, vous ferez connaître aux commandants de la côte que mon intention est que l’on ait aucune communication avec lui. En conséquence, les parlementaires seront renvoyés avant qu’ils soient à portée de fusil de la côte. Le présent ordre ne sera exécuté que relativement au commandant de la croisière actuelle. »


Après de telles lettres, on comprend mieux, concernant l’affaire des blessés et des malades de l’armée d’Orient, l’avis de Gueniffey (qui ne sombre pas dans la caricature souvent teintée d’anglophobie que l’on peut malheureusement encore entendre parfois contre les vilains « Perfides ») :
« "Rien de tout cela n'aurait été nécessaire si Bonaparte s'en était remis, pour prendre soin des malades et des blessés intransportables, à la générosité de l'ennemi, à celles des Anglais en tout cas. Sydney Smith n'aurait pas refusé et, suivant à peu de distance l'armée française en retraite, il recueillit sur le bord de la route bon nombre d'éclopés. Mais Bonaparte avait interdit toute relation avec cet homme qu'il avait publiquement traité de fou et accusé d'avoir inoculé la peste à des prisonniers français. Pouvait-il se déjuger et engager avec le vainqueur des pourparlers qu'il considérait comme humiliants ? Réaction d'orgueil, que ses soldats lui reprochèrent pendant la retraite, n'ignorant pas que beaucoup d'entre eux la payèrent de leur vie. »


Mais revenons aux très graves accusations de Bonaparte.
Elles provoquèrent la colère de Smith :
« [L’ordre du jour du 19 avril 1799] désespéra sir Sidney Smith, qui, dans sa fureur, envoya un cartel à Napoléon. Celui-ci fil répondre qu'il avait de trop grandes affaires en tête pour s'occuper de si peu de chose ; que si c'était le grand Marlborough, encore passe, il verrait; mais que si le marin anglais avait absolument besoin de brétailler, il allait neutraliser quelques toises sur la plage, et y envoyer un des bravaches de l'armée; que là le fou de commodore pourrait débarquer, et s'en donner à cœur joie. »
(Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène)

« Après mon fameux ordre du jour en Syrie, [Smith] m’envoya un cartel. On vit arriver un parlementaire ; il était porteur d’un défi qui m’était adressé. Je répondis que j’avais bien autre chose en tête ; que si c’était Malborough, passe encore, je venais peut-être ; que du reste, s’il avait absolument envie de batailler, j’avais à côté de moi quelques bravaches qui ne demandaient pas miaux ; qu’on neutraliserait un point de la côte et qu’il pouvait descendre. »
((Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, manuscrit original)

« Quelques jours après, [Smith] m’envoya, en parlementaire, un lieutenant ou un enseigne de marine, avec une lettre par laquelle il me proposait un duel dans un lieu qu’il désignait. Je ris de ce message, et lui fis dire que, quand il amènerait Marlborough pour se battre avec moi, je m’y trouverais. »
(O’Meara, Napoléon dans l’exil)

« Sir Sydney Smith […] fut si piqué [de l’ordre du jour], qu'il m'envoya un cartel pour que je me battisse en duel avec lui sur la plage de Caïffa. Ma réponse fut que, quand Marlborough se présenterait pour cela, je serais à son service; mais que j'avais d'autres devoirs à remplir que de me battre en duel avec un Commodore anglais. »
(Mailtland, Relation du capitaine Maitland, ex-commandant du Bellérophon, concernant l’embarquement et le séjour de l’Empereur Napoléon à bord de ce vaisseau)

« Le contre-amiral, fort de sa loyauté et des sentiments d’humanité qui l’ont toujours distingué, se livra à l’emportement quand il se vit reprocher de seconder les barbaries de Djezzar. Il déclara à son état major qu’il demanderait raison à Bonaparte, et les armes à la main, de cette injustice criante. Notre général en chef apprit à son tour l’effet qu’avait produit son ordre du jour ; et quant à la proposition du duel, il se contenta de dire froidement : « Sir Sidney n’est pas dégoûté… »
(Desgenettes, Souvenirs d’un médecin de l’expédition d’Egypte)



Au regard de la réaction du commandant de l’escadre anglaise, on peut s’interroger sur ce que prétendait Bonaparte.
Plus encore, à l’heure des bilans, à Sainte-Hélène, Napoléon présenta les raisons l’ayant pousser à lancer son ordre du jour d’une toute autre manière :

« On sait que sir Sidney ne s'occupait qu'à débaucher notre armée : les fausses nouvelles d'Europe, la diffamation du général en chef, les offres les plus enthousiastes aux officiers et aux soldats, tout lui était bon. Les pièces sont publiques. On connaît ses proclamations. Elles inquiétèrent même [assez] le général français pour qu'il s'occupât d'y remédier; ce qu'il fit en interdisant toute communication avec les Anglais, et mettant à l'ordre du jour que leur commodore était devenu fou ; ce qui fut cru dans l'armée»
(Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, manuscrit original)

« [Smith] répandit, parmi mes soldats, des proclamations qui certainement en ébranlèrent quelques-uns ; en conséquence, je publiai un ordre par lequel je le déclarai fou, et défendais toute communication avec lui.»
(O’Meara, Napoléon dans l’Exil)


« Quand l'armée française était devant Saint-Jean-d'Acre, [Smith] fit répandre secrètement, parmi les officiers et les soldats, un papier où on les engageait à se révolter et à m'abandonner, ce qui me fit publier une proclamation dans laquelle je signalais le Commodore anglais comme un fou, et je défendais toute communication avec lui.»
(Mailtland, Relation du capitaine Maitland, ex-commandant du Bellérophon, concernant l’embarquement et le séjour de l’Empereur Napoléon à bord de ce vaisseau)

« J'ai traité Sidney Smith de fou, parce que dans le fond il me gênait, que c'était un intrigant, qu'à tâchait de jeter et d'encourager un mauvais esprit dans l'armée en répétant qu'il faciliterait le retour en France »
(Bertrand, Cahiers de Sainte-Hélène)


Oubliées les lourdes accusations du siège d’Acre, la barbarie et la folie de l’amiral anglais ; ne restaient plus que les démarches de Smith, finalement fort anodines, visant à pousser les soldats français à cesser le combat.
A ce sujet, on peut citer ce document tiré de l’ouvrage « Relations de l'expédition de Syrie, de la bataille d'Aboukir, et de la reprise du fort de ce nom », rédigé par Berthier en 1799 :
« Le ministre de la sublime Porte aux généraux, officiers et soldats de l'armée française qui se trouvent en Egypte.
Le Directoire français, oubliant entièrement le droit des gens, vous a induits en erreur, a surpris votre bonne foi, et au mépris des lois de la guerre, vous a envoyés en Egypte, pays soumis à la domination de la sublime Porte, en vous faisant accroire qu'elle même avait pu consentir à l'envahissement de son territoire. Doutez-vous qu'en vous envoyant ainsi dans une région lointaine, son seul et unique but n'ait été de vous exiler de la France, de vous précipiter dans un abime de dangers, et de vous faire périr tous autant que vous êtes ? Si, dans une ignorance absolue de ce qui en est, vous êtes entrés sur les terres d'Egypte ; si vous avez servi d'instrument à une violation des traités inouïe jusqu'à présent parmi les puissances, n'est-ce point par un effet de la perfidie de vos Directeurs ? Oui certes ! il faut pourtant que l'Égypte soit délivrée d'une invasion aussi inique. Des armées innombrables marchent en ce moment; des flottes immenses couvrent déjà les mers. Ceux d'entre vous, de quelque grade qu'ils soient, qui voudront se soustraire au péril qui les menace, doivent, sans le moindre délai, manifester leurs intentions aux commandants des forces de terre et de mer des puissances alliées, qu'ils soient sûrs et certains qu'on les conduira dans les lieux où ils désireront aller, et qu'on leur fournira des passeports pour n'être point inquiétés pendant leur route par les escadres alliées ni par les bâtiments en course ; qu'ils s'empressent donc de profiter à temps de ces dispositions bénignes de la sublime Porte, et qu'ils les regardent comme une occasion propice de se retirer de l'abime affreux où ils ont été plongés.
Fait à Constantinople, le 11 de la lune de Ramazan, de l'an de l'égire 1213, et 5 février 1799.
Je soussigné, ministre plénipotentiaire du roi d'Angleterre près la Porte-ottomane, et actuellement commandant la flotte combinée devant Acre, certifie l'authenticité de cette proclamation et en garantis l'exécution.
A bord du Tigre, ce 10 mai 1799.
Signé : Sydney Smith."


Si cet écrit est postérieur à l’ordre du jour du 19 avril, on peut imaginer que d’autres proclamations de ce type furent envoyées auparavant, justifiant l’arrêt des communications avec les Anglais et le déluge d’accusations (à preuve du contraire, complètement imaginaires) de Bonaparte à l’encontre de Smith.

Pour finir, loin du barbare dénoncé par Bonaparte à ses hommes, quelques réflexions héléniennes :
« Après tout, disait l’Empereur, Sidney Smith n'est point un méchant homme, j'en prends aujourd'hui une meilleure opinion »
(Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, manuscrit original)

« Smith est aussi juste qu’il est brave »
(Warden, Correspondance)

«Actif, intelligent, intrigant et infatigable
[…]
J’aime le caractère de cet homme
[…]
Quoique Sydney Smith m’ait maltraité, j’aurais cependant du plaisir à le voir. J’aimerais à recevoir la visite de ce gaillard-là. Il a quelques bonnes qualités et, comme vieil ennemi, j’aimerais assez à le voir. »
(O’Meara, Napoléon dans l’exil)

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Re: La "barbarie" de Smith

Message par Turos M. J. » 12 sept. 2018, 16:28

Mes remerciements
Je cherchais ces données bibliographiques.

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Cyril Drouet
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Re: La "barbarie" de Smith

Message par Cyril Drouet » 02 janv. 2020, 15:59

Bonaparte a écrit :
12 sept. 2018, 12:07
Le commandant de l’escadre anglaise en croisière devant Acre, ayant eu la barbarie de faire embarquer sur un vaisseau, ou bâtiment de Constantinople qui avait la peste, les prisonniers français, sous prétexte de les envoyer à Toulon, mais uniquement pour s’en défaire en route [17 avril 1799]
[...]
Le commandant de la croisière anglaise devant Acre ayant eu la barbarie de faire embarquer, sur un bâtiment qui avait la peste, les prisonniers français faits sur les deux tartanes chargées de munitions, qu'il a prises près de Caïffa [19 avril 1799]
Si je ne m'abuse, Bonaparte fait ici référence au navire chargé de prisonniers français parti trois jours plus tôt.
La version du général en chef de l'armée d'Orient est cependant contredite par un des prisonniers embarqués : Augustin Delesalle. Ce dernier conte l'affaire dans "Cent heures d'agonie, ou Relation des aventures d'Augustin Delesalle, sous-lieutenant au 3e Régiment de Dragons, fait prisonnier par les Arabes, en Syrie, le 23 ventôse an VII" :
« Le chevalier Sidney Smith fit fréter, par M. Hédoux, lieutenant de vaisseau et Français, un bâtiment Russe, pour transporter sur le continent, et sur leur parole d'honneur de ne plus porter les armes contre la Grande-Bretagne, les officiers et marins qu'il avait à bord de sa flotte; il fit une exception en ma faveur, comme prisonnier des Turcs, et me délivra le passeport qui m'a facilité ma rentrée en France.
[Le 14 avril 1799], nous partîmes, faisant voile pour la France. Nous avions à bord un officier anglais pour montrer nos lettres de marque dans les ports des puissances coalisées, et pour y obtenir secours et protection. »

Après des escales à Rhodes et en Sicile, les prisonniers furent finalement remis aux autorités françaises le 9 juin à Toulon.

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Re: La "barbarie" de Smith

Message par la remonte » 03 janv. 2020, 10:51

une façon comme une autre pour le chef de maintenir les hommes sous les drapeaux :idea: les candidats à la désertion ayant le choix entre la peste ou la décollation ( après sodomie biensûr ) ;)

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Re: La "barbarie" de Smith

Message par Cyril Drouet » 03 janv. 2020, 11:14

la remonte a écrit :
03 janv. 2020, 10:51
une façon comme une autre pour le chef de maintenir les hommes sous les drapeaux
Couper toute communication avec les Anglais visait à amoindrir l'effet de la guerre psychologique que menait Smith dans le dessein de saper le moral des Français.

la remonte a écrit :
03 janv. 2020, 10:51
les candidats à la désertion ayant le choix entre la peste ou la décollation ( après sodomie biensûr )
Sur ce tout dernier point (apparemment assuré), avez-vous des sources primaires concernant le siège d'Acre ?

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Re: La "barbarie" de Smith

Message par la remonte » 03 janv. 2020, 11:46

pour ce que j'ai écrit entre parenthèses ? c'est ce que j'ai lu dans mes toutes premières lectures ( Octave Aubry ou André Castelot je ne sais plus , j'avais 11 ans ) et cela semblait terroriser les soldats plus que tout .
je ne sais pas si les 2 écrivains avaient des sources primaires ou reprenaient à leur compte les folles rumeurs qui devaient entourer l'armée dans cet univers hostile et hallucinant .

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Re: La "barbarie" de Smith

Message par Cyril Drouet » 03 janv. 2020, 11:53

la remonte a écrit :
03 janv. 2020, 11:46
pour ce que j'ai écrit entre parenthèses ? c'est ce que j'ai lu dans mes toutes premières lectures ( Octave Aubry ou André Castelot je ne sais plus , j'avais 11 ans ) et cela semblait terroriser les soldats plus que tout .
je ne sais pas si les 2 écrivains avaient des sources primaires ou reprenaient à leur compte les folles rumeurs qui devaient entourer l'armée dans cet univers hostile et hallucinant .
On a des témoignages concernant les tribus arabes en Egypte, mais pour ce qui est des prisonniers français faits par les Ottomans lors du siège d'Acre, je n'en ai aucune souvenance. D'où ma question.

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Re: La "barbarie" de Smith

Message par Cyril Drouet » 03 janv. 2020, 16:31

Cyril Drouet a écrit :
03 janv. 2020, 11:53
la remonte a écrit :
03 janv. 2020, 11:46
pour ce que j'ai écrit entre parenthèses ? c'est ce que j'ai lu dans mes toutes premières lectures ( Octave Aubry ou André Castelot je ne sais plus , j'avais 11 ans ) et cela semblait terroriser les soldats plus que tout .
je ne sais pas si les 2 écrivains avaient des sources primaires ou reprenaient à leur compte les folles rumeurs qui devaient entourer l'armée dans cet univers hostile et hallucinant .
On a des témoignages concernant les tribus arabes en Egypte
« J’ai dit que Bonaparte avait fait partir le général Leclerc pour Belbeis avec des employés, des officiers du génie, des sapeurs, des boulangers, ils furent pris en partie et les paysans et les Arabes après les avoir sodomisés, leur coupèrent aux uns le nez, les oreilles, les bras, les jambes, etc., jusqu’aux parties même. Ceux échappés à la mort après ces opérations, furent forcés de chauffer les fours qu’ils avaient établis, et furent mis dedans par ces cannibales. »
(François, Journal)

"Les Arabes, intrépides à l'arme blanche, mais ayant peur du canon, n'osaient porter obstacle à la marche de nos troupes. Mais ces brigands, montés sur de petits chevaux rapides, voltigeaient autour des colonnes, arrêtaient et massacraient tous ceux qui s'en écartaient. Plusieurs qui avaient été pris par ces scélérats eurent le bonheur de s'évader et revinrent à Alexandrie dans l'état le plus effroyable, ayant pendant plusieurs jours satisfait à la cruelle passion de ces monstres. Il y eut même une femme française qui fut du nombre."
(Bricard, Journal)

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Re: La "barbarie" de Smith

Message par Cyril Drouet » 08 janv. 2020, 16:57

Bonapartet a écrit :
12 sept. 2018, 12:07
Cet officier refusant d'ailleurs d'exécuter aucun des articles d'échange établi entre les deux puissances
Bonaparte fait sans doute référence ici à ses démarches lancées le 23 mars auprès de Smith :
"Le général en chef Bonaparte, commandant une des armées de la République française, me charge de vous faire connaître , Monsieur, qu'en conséquence du cartel d‘échange qui existe entre les deux nations ils vous renvoie les prisonniers anglais faits à Hayfà.
Il a donné également l'ordre dans les différentes villes d'Égypte , dans les îles de la Réunion, ci-devant de France et de Bourbon, que tous les prisonniers anglais qui pourraient avoir été faits fussent renvoyés, soit à Alexandrie, soit à Saint-Jean-d'Acre, ou dans les possessions du roi d'Angleterre dans l’Inde, selon que vous le désirerez.
Le général en chef de l'armée française vous prie de lui renvoyer au camp, devant Saint-Jean-d'Acre , les prisonniers français, spécialement ceux pris sur les derniers bâtiments, sous la condition qu’ils ne serviront pas contre les troupes de Sa Majesté Britannique jusqu'à l'échange total.
Le général en chef me charge de vous remercier de sa part du renvoi que vous lui avez fait d'un de ses courriers. Ne doutez pas, Monsieur le Commandant, du désir que j'ai de vous être agréable, ainsi que de mon empressement à saisir l'occasion d'être utile aux hommes de votre nation que les hasards de la guerre rendraient malheureux."

Smith, comme on l'a vu plus haut, ne refusa pas les échanges mais opta pour une libération à Toulon et non, comme désiré par Bonaparte, au camp des assiégeants.