L’obsession de l'empoisonnement

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Cyril Drouet
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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par Cyril Drouet » 09 sept. 2018, 14:05

L'âne a écrit :
09 sept. 2018, 12:37
Cyril Drouet a écrit :
09 sept. 2018, 11:47
L'avis de Gueniffey (Bonaparte)
Oui, les Anglais se sont toujours montrés très généreux.
D'ailleurs, c'est à eux que je pense en premier lorsque j'évoque les prisonniers, et à la magnanimité avec laquelle ils les traitaient...
Sans doute ne pensiez-vous pas à cette lettre de Smith à Nelson, le 30 mai 1799, deux jours après le départ de Bonaparte de Jaffa :
« Les navires de l'ennemi, lancés à la mer sans marins pour y naviguer, et les blessés dans le besoin de toute nécessité, même d'eau et de vivres, se dirigèrent directement vers les navires de Sa Majesté, dans la pleine assurance de recevoir les secours de l'humanité; en quoi ils n’ont pas été déçus. Je les ai envoyés à Damiette [port sous contrôle français], où ils recevront une aide supplémentaire comme l’exige leur situation, et qu’il n’était pas à mon pouvoir d’offrir à tant de personnes. »

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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par L'âne » 09 sept. 2018, 14:11

Cyril Drouet a écrit :
09 sept. 2018, 14:05
Sans doute ne pensiez-vous pas à cette lettre de Smith à Nelson, le 30 mai 1799, deux jours après le départ de Bonaparte de Jaffa
Pas vraiment, je l'avoue.
Mais je répète : je pense tout de suite à la générosité anglaise dès qu'il s'agit de prisonniers. À leur magnanimité également...
Chacun a l'Olympe qu'il veut...

S'agissant de l'opium donné aux pestiférés, peut-être est-il judicieux de lire "Dominique Larrey et les campagnes de la révolution et del'Empire, 1768-1842" - Paul Triaire.
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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par Cyril Drouet » 09 sept. 2018, 14:18

L'âne a écrit :
09 sept. 2018, 14:11
Cyril Drouet a écrit :
09 sept. 2018, 14:05
Sans doute ne pensiez-vous pas à cette lettre de Smith à Nelson, le 30 mai 1799, deux jours après le départ de Bonaparte de Jaffa
Pas vraiment, je l'avoue.
Dommage, elle collait pourtant parfaitement aux lieux et au moment... :roll:

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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par L'âne » 09 sept. 2018, 14:25

Cyril Drouet a écrit :
09 sept. 2018, 14:18
Dommage, elle collait pourtant parfaitement aux lieux et au moment... :roll:
Un moment d'absence...J'étais en train de penser à la colonne Seymour...Mais ce n'est pas le sujet...
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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par Cyril Drouet » 09 sept. 2018, 14:41

Cyril Drouet a écrit :
09 sept. 2018, 14:18
L'âne a écrit :
09 sept. 2018, 14:11
Cyril Drouet a écrit :
09 sept. 2018, 14:05
Sans doute ne pensiez-vous pas à cette lettre de Smith à Nelson, le 30 mai 1799, deux jours après le départ de Bonaparte de Jaffa
Pas vraiment, je l'avoue.
Dommage, elle collait pourtant parfaitement aux lieux et au moment... :roll:
Un témoignage :
« L’armée formula contre Bonaparte une accusation plus grave celle de n'avoir pas cherché, avant de quitter Saint-Jean d'Acre, à sauver ses blessés par mer. On disait que l'on eut pu les envoyer chercher par des navires et que Sydney Smith avait offert de les laisser conduire à Alexandrie; qu'il proposait même pour les soustraire au fanatisme des Turcs, de les y transporter sur des bâtiments anglais; que non seulement Bonaparte ne chercha à ouvrir, à ce sujet, aucune négociation avec les Anglais mais qu'il rejeta leurs offres et, par orgueil, finit par défendre, sous peine de mort, d'avoir aucune communication avec eux. […]
Au moment ou ces infortunés [un officier amputé d’une jambe et sa femme] allaient succomber à leurs maux [suite à l’évacuation de Jaffa], une chaloupe canonnière anglaise vint à passer en vue de cette côte déserte. Les marins ayant aperçu avec une lunette quelqu'un sur le rivage, envoyèrent un canot qui les recueillit. Ils en prirent soin et les ramenèrent à Damiette [port sous contrôle français]. Je regrette de ne plus me rappeler les noms de cet officier et de sa femme. Mais on comprend que quand cette histoire touchante se répandue dans l'armée, on en ait conclu que les Anglais auraient fait de même pour tous les autres. Alors tous ceux qui pleuraient un parent, un ami, un camarade, ont amèrement reproché au général en chef d'avoir abandonné devant Saint-Jean-d'Acre des blessés et des malades sans essayer de les sauver en les confiant aux Anglais. Peut-être la présence de la peste aurait-elle fait reculer ceux-ci; mais du moins, Bonaparte aurait dû considérer comme un devoir sacre de tenter la négociation. »
(Vigo-Roussillon, Mémoires militaires)

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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par Cyril Drouet » 11 sept. 2018, 19:27

Cyril Drouet a écrit :
08 sept. 2018, 12:40
Demi-solde a écrit :
07 sept. 2018, 21:30
Bonaparte, puis Napoléon, a-t-il fait l'objet d'accusations sérieuses, ou même de soupçons purement calomnieux, d'usage de poisons au cours de sa carrière ?
A la date où la caricature que vous avez présentée a été réalisée, l'affaire du poison de Jaffa était bien connue.
Par la suite, les pamphlétaires lui ont prêté d'autres empoisonnements.
Je pensais ici tout particulièrement à ce brûlot célèbre :
« [Bruix] donna sa démission de la place d'amiral et de conseiller d'état. Il mourut peu après, sans doute par le poison... Les agents de Buonaparté firent courir le bruit qu'il était mort de chagrin d'avoir reçu cette insulte; mais cela ne saurait être vrai.
[…]
Je tiens de très bonne part que le poison que Buonaparté fait administrer à ses victimes est préparé; il ne corrode pas les entrailles des victimes, et ne laisse même aucune trace. Quand il se propose de faire empoisonner quelqu'un, M Desmarets de la Police Secrète et quelquefois Savary , envoie chercher le cuisinier ou le valet de chambre de la victime désignée , et malheureusement, soit par récompenses, soit par menaces, ils manquent rarement d'en venir à leurs fins sanguinaires. On trouvera dans le cours de cet ouvrage quelques faits important à ce sujet.
[…]
[En 1804] deux émissaires français, le colonel Beauvoisin, et un nommé Guillet, dont je parlerai par la suite, furent envoyés à Varsovie pour concerter avec le consul Galan Boyer des moyens d'empoisonner Louis XVIII et toute sa famille. Cet infernal projet fut découvert; les deux émissaires prirent la fuite, mais. M. Galan Boyer continua d'être l'agent accrédité de Buonaparté à Varsovie.
[…]
Peu de jour avant 11 décembre [1805], le comte de Collorédo mourut dans ses terres de Hongrie […] Il est inutile de faire aucune remarque ; la vérité est ceci : M. de Collorédo et sa famille furent empoisonnés […] Ils moururent tous, il est vrai d'une fièvre maligne; mais cette fièvre était, le poison administré par les agents de Buonaparté […] Ce fut M. Colleville, un des espions de Buonaparté, dont j’ai déjà parlé, qui fit connaissance avec le cuisinier de M. de Collorédo, et lui donna de l'argent avec des champignons de qualité malfaisante pour remplir le but sanguinaire. Ceci n'a rien de singulier. Lorsque Buonaparté et sa cour prétendue étaient à Fontainebleau en août 1807, le Cardinal Caprara, Nonce du Pape, qui y était, fut empoisonné avec des champignons (1). On envoya cependant chercher sur-le-champ un médecin qui administra des antidotes. Le cardinal en réchappa, mais son cuisinier disparut. Le cardinal portait toujours ses papiers sur lui partout où il allait. Pour les avoir, on suppose que Buonaparté le fit régaler d'un plat de champignons bien apprêtés. La vie de son éminence fut bien sauvée, mais elle n'en perdit pas moins ses papiers. Dans la confusion qui suivit l'événement, on les lui vola. Quel trait dans un gouvernement Impérial et Royal !!!
[…]
J'ai appris de [M. Esquérido] que Buonaparté méditai: depuis longtemps le détrônement du Roi d'Espagne ; que ce projet fut d'abord communiqué au ministre d'Espagne à Paris, le chevalier d'Azara, qui, sans hésiter, refusa de rien entendre à ce sujet. En conséquence, au bout de vingt-quatre heures, M. Azara fut empoisonné à temps pour l'empêcher de communiquer à sa cour ce que Buonaparté lui avait fait entendre.»
(Goldsmith, Histoire secrète du Cabinet de Napoléon Bonaparte)

(1) J’ai parlé de cette intoxication ici :
viewtopic.php?f=4&t=60895&p=827183#p827183

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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par Cyril Drouet » 12 sept. 2018, 08:53

Cyril Drouet a écrit :
09 sept. 2018, 11:47
L'âne a écrit :
09 sept. 2018, 11:29
Cyril Drouet a écrit :
09 sept. 2018, 11:01
Peut-il exister un seul Français dont le sang ne se glace d'horreur au simple récit d'une telle atrocité ?
D'après la représentation que je me fais de l'époque, des circonstances et de la condition militaire, il y a déjà moi !
Ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas triste à la lecture de ces faits.
L'avis de Gueniffey (Boanaparte) :
"Rien de tout cela n'aurait été nécessaire si Bonaparte s'en était remis, pour prendre soin des malades et des blessés intransportables, à la générosité de l'ennemi, à celles des Anglais en tout cas. Sydney Smith n'aurait pas refusé et, suivant à peu de distance l'armée française en retraite, il recueillit sur le bord de la route bon nombre d'éclopés. Mais Bonaparte avait interdit toute relation avec cet homme qu'il avait publiquement traité de fou et accusé d'avoir inoculé la peste à des prisonniers français. Pouvait-il se déjuger et engager avec le vainqueur des pourparlers qu'il considérait comme humiliants ? Réaction d'orgueil, que ses soldats lui reprochèrent pendant la retraite, n'ignorant pas que beaucoup d'entre eux la payèrent de leur vie."
Gueniffey fait ici référence à l'ordre du jour du 19 avril 1799 qui se terminait par ces mots :
"Mon intention est que vous donniez des ordres aux différents commandants de la côte pour qu'on cesse toute communication avec la flotte anglaise, actuellement en croisière dans ces mers"

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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par Cyril Drouet » 22 sept. 2018, 15:00

A ce sujet, voici une affaire rapportée par le sous-préfet de Montaigu, Bernard, au préfet de la Vendée, Merlet, le 13 août 1808 :

« Monsieur et cher Préfet,
Ma lettre était à peine à la poste que je regrettai de ne vous avoir pas entretenu d’une circonstance qui heureusement n’a eu aucun résultat, mais qui m’a donné une inquiétude bien épouvantable.
Voilà le fait. Cinq minutes après l’arrivée de Leurs Majestés ici [Dans la maison de l’avoué Tortat, à Montaigu, le 8 août 1808], elles demandèrent de l’eau pour se rafraîchir, cette eau avait sans doute été déposée dans un vase malpropre, lequel avait été tiré d’une cuisine où il y avait un feu d’enfer pour les apprêts du souper des illustres voyageurs. L’Empereur après avoir goûté cette eau, ainsi que l’Impératrice, la trouvèrent si mauvaise que l’un et l’autre éprouvèrent des soulèvements d’estomac extrêmement pénibles. Alors Sa Majesté me fit donner l’ordre d’entrer. Aussitôt que je fus introduit, l’Empereur en m’adressant la parole me dit :
« Mr le Sous-Préfet, qu’est-ce que l’eau qu’on nous a servi ? Elle est bien mauvaise. Sentez-la, elle a de l’odeur. Goûtez-la ».
Je pris le verre, sentis et bus tout ce que contenait le verre, pendant ce temps Leurs Majestés continuaient leurs efforts pour vomir.
Je vous avoue que jamais, non jamais je ne me suis trouvé dans une pareille circonstance. J’étais plus mort que vif, ma situation était affreuse, épouvantable. Cependant Sa Majesté qui s’aperçut de mon horrible tourment, essaya de calmer mes inquiétudes et finit par me dire que ce ne serait rien. Ce mot me tranquillisa, mais ne me sortit point de l’état dans lequel j’étais et duquel je ne revins qu’après plusieurs moments.
Voilà les détails très exacts de cet événement qui, grâce au ciel, n’a eu aucune suite. »

Le même jour, un fonctionnaire du département, Coyaud, écrivait pareillement au préfet :
"M. Bernard vous rend compte lui-même de l’événement qui vous cause quelque inquiétude. Vous verrez par les détails qu’il vous donne qu’il s’est trouvé fort embarrassé pendant un moment. Heureusement on s’est facilement aperçu qu’il n’y a eu qu’un défaut de précaution dans le choix de l’eau. Il paraît qu’elle était déposée dès la veille dans un vase peu propre dans la cuisine, et que la grande chaleur avait contribué à sa très mauvaise
qualité.
M. Bernard vous dira qu’elle avait une très mauvaise odeur. Il n’hésita pas à en avaler un grand verre pour dissiper tous les soupçons qu’on eut pu concevoir. Il n’en a pas été incommodé. Du reste les légères indispositions qui étaient de nature à affecter toutes les personnes dévouées à LL. MM. n’ont eu aucune suite. M. Bernard se loue sur tous les rapports de l’accueil favorable qu’il en a reçu, ils ont laissé tout le monde dans l’enchantement. Je vais tâcher de recueillir tous les faits particuliers pour vous en faire part à mon arrivée."

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Re: L’obsession de l'empoisonnement

Message par L'âne » 27 avr. 2019, 08:13

Cyril Drouet a écrit :
30 août 2018, 20:43
Un témoignage concernant ce banquet du 6 novembre 1799, celui de Lavalette (Mémoires et souvenirs) :
« Une immense table en fer à cheval occupait toute la nef. Le général en chef prit place à côté du président du Directoire. Il avait alors si peu de confiance dans le gouvernement, ou plutôt tant de défiance contre lui, qu'il avait fait apporter un pain et une demi-bouteille de vin. J'ignorais cette particularité, et je ne l'appris que parce que Duroc vint me demander dans l'église ces deux objets, qu'on avait placés dans la voiture du général en chef, et qu'il fut obligé d'aller chercher. »
Jean Tulard affirme que Bonaparte mangea des oeufs et une poire.
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