La nourriturre de la Grande Armée toujours disponible!

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C-J de Beauvau
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La nourriturre de la Grande Armée toujours disponible!

Message par C-J de Beauvau »

Surprenant pour le moins ! par moins 67 ° centigrade dans cette région de Sibérie , où les marchés n'ont pas besoin de "refroidisseur " on trouve la même nourriture que les lambeaux de la grande armée avaient à leur disposition! Âmes sensibles s'abstenir ! Dont du foie de poulain mangé cru surgelé !!!

Peyrusse

Re: La nourriturre de la Grande Armée toujours disponible!

Message par Peyrusse »

A lire votre message, le profane qui tomberait par hasard sur ce dernier, pourrait croire que la Grande-Armée avait pour habitude de se nourrir de morceaux de chevaux crus !
Il faudrait tout d'abord préciser que ce fut pendant la campagne de Russie, en 1812, en proie à un froid infernal et victimes d'ubne famine destructrice, que les soldats et officiers durent se rendre à cette extrémité afin d'avoir une chance de de subsister.
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"Un besoin impérieux força dès-lors les soldats à se sustenter avec la chair de cheval. La nécessité devint générale. C’est vraiment là que le malheur et les premiers besoins établissaient une triste et parfaite égalité parmi les hommes. Les routes, les champs, les ravins étaient jonchés de cadavres de chevaux. Soldats, officiers, médecins , commissaires, administrateurs, employés , tous se jetaient dessus. J’ai vu des hommes, pressés par la faim, manger cette chair crue, mais on la faisait ordinairement rôtir au feu du bivouac, qui ne la rendait que plus dure et plus sèche. "
(Extrait du témoignage du chirurgien-major MAURICHEAU-BEAUPRE qui participa à la campagne de Russie. Depuis octobre 1811, il était attaché au régiment d’Illyrie. Fait prisonnier le 18 novembre 1812, il ne retrouve la France qu’en 1816.)
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"Le cheval fut, durant la campagne, le principal aliment. Déjà, en marchant sur Moscou, les Français avaient fait des grillades avec les chevaux tués en choisissant les plus jeunes dont la chair était plus tendre. Au soir de La Moskowa, ils mangèrent du cheval rôti, car, dit un des combattants, la denrée ne manquait pas et jamais boucherie ne fut si bien approvisionnée. Daru, proposant au mois d’octobre à Napoléon de passer l’hiver à Moscou et de faire de cette ville un grand camp retranché, disait qu’on salerait les chevaux qu’on ne pourrait nourrir. Pendant la retraite, le cheval a, comme dit Castellane dans son «Journal », un grand débit. Les soldats mangent tous ceux qui peuvent être saignés. Ils les volent même pour les manger. Un officier qui se croit suivi de sa monture sent tout à coup que les rênes qu’il a passées autour de son bras viennent d’être coupées ; il se retourne ; il voit son cheval tué, dépecé, partagé. Mais le froid devint si intense qu’on ne pouvait plus tuer et dépecer les chevaux. On leur coupait donc une tranche dans la culotte pendant qu’ils marchaient et le froid les avait tellement engourdis et rendus insensibles qu’ils ne donnaient aucun signe de douleur. Plusieurs cheminèrent ainsi durant quelques jours avec de fortes parties de chair enlevées aux cuisses : le froid avait gelé le sang qui sortait et arrêté tout écoulement. Tout le mois de novembre, le soldat fut hippophage. « Le cheval, remarque Castellane, continue à très recherché, et les soldats n’en laissent pas. » Mais le 4 décembre 1812, Castellane note qu’on ne mange plus le cheval, qu’on a des bestiaux autant qu’on veut et qu’on fait des distributions. La viande de cheval plaisait donc à l’armée, le général hollandais Van Dedem de Gelder raconte que son cuisinier, qui avait vécu à Drontheim en Norvège, savait la préparer à merveille ; ses invités, lorsqu’il en servait, croyaient qu’il leur servait du bœuf. Mais, sous l’empire de la faim, les hippophages commirent des horreurs. Des « hébétés », raconte le général Vionnet de Maringoné, ouvraient le ventre à de chevaux encore vivants et leur arrachaient les rognons, le foie, le cœur qu’ils mangeaient avec voracité pendant que l’animal palpitait encore devant eux. D’autres qui n’avaient ni sabre, ni couteau, déchiraient la chair de leurs dents et suçaient le sang de la bête qui gisait sur le sol sans être encore morte. "

Arthur CHUQUET

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C-J de Beauvau
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Re: La nourriturre de la Grande Armée toujours disponible!

Message par C-J de Beauvau »

Vous avez raison de préciser , j'évoquais bien-sûr la retraite de Russie de 1812
:salut:

O.Godeil

Re: La nourriturre de la Grande Armée toujours disponible!

Message par O.Godeil »

J'interviens - tardivement - sur ce fil pour signaler un livre remarquable sur le sujet: "Vainqueurs ou vaincus ? L'énigme de la Yakoutie" de Éric Crubézy et Dariya Nikolaeva.

Alliant trois sciences : archéologie, génétique et annales russes, les auteurs reconstituent une étrange épopée au coeur de la Sibérie : quelque part au milieu du 16e siècle, des éleveurs des steppes imaginent de s'enfoncer dans la taïga du Nord, pour profiter des "dolines", grandes dépressions herbeuses centrées sur un lac, provoquées par la fonte des neiges, seulement fréquentées jusque là par le grand gibier et les peuples de chasseurs-cueilleurs.
A chaque automne, les fenaisons faites, le clan calcule quelle quantité de chevaux pourra être nourrie à l'étable pendant l'interminable hiver et abat les poulains en surplus. D'où les habitudes alimentaires illustrées par la photo de C-J de Beauveau.

Le reste du livre est une enquête scientifique minutieuse (avec quelques répétitions), montrant les multiples formes prises par la société yakoute et ses lignages chamaniques pour repousser ou dominer les autres peuples, tout en s'adaptant à la conquête et au gouvernement russe, sans jamais perdre sa culture.

La réflexion sur la complémentarité et les contradictions entre les trois sciences mises à contribution intéressera également les passionnés d'histoire.

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Turos M. J.
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Re: La nourriturre de la Grande Armée toujours disponible!

Message par Turos M. J. »

En Yakoutie, la consommation de viande de cheval est associée à un rituel spécial. La tête du poulain est un délice servi lors d'une fête spéciale qui tombe à la fin de l'hiver - malheureusement, je ne peux pas traduire exactement le nom. Certains rituels associés à de telles fêtes sont extrêmement intéressants, par exemple la viande est spécialement divisée et ensuite cuite même pendant quelques jours.

Peyrusse

Re: La nourriturre de la Grande Armée toujours disponible!

Message par Peyrusse »

Chacun sait que le ravitaillement du soldat en campagne est un élément vital. Une des meilleures illustrations en est la campagne de Russie. Dans le domaine de la « survie alimentaire » elle est peut-être la pire des campagnes vécues par la Grande-Armée.

Voici quatre extraits de témoignages.
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« Les approvisionnements des palais et des maisons particulières surpassaient toute attente. S’il y avait eu de l’ordre on aurait pu distribuer des vivres à toute l’armée pour trois mois ; mais déjà il n’y avait plus de discipline. Les employés des vivres ne pensaient qu’à eux. On a refusé à des généraux blessés du vin de Bordeaux sous prétexte qu’il n’y en avait point, et lorsque, six semaines plus tard, le maréchal duc de Trévise [Mortier] fit sauter le Kremlin, il y fit casser deux mille bouteilles à long bouchon pour empêcher que les soldats de la Jeune Garde n’en bussent en trop grande quantité. Il fallait une permission de l’Intendant général (le général comte Mathieu Dumas) pour obtenir un sac d’avoine, et c’était chose difficile à obtenir ; et à notre dé part il en resta dans les magasins pour nourrir vingt mille chevaux pendant six mois. En quittant Moscou, j’ai vu un magasin dont les voûtes, d’une longueur immense, étaient remplies de sacs de belle fleur de farine : il fut livré au pillage ; cependant je n’avais obtenu qu’avec peine, huit jours auparavant, un sac de grosse farine. Avec plus d’activité et de zèle de la part des employés, surtout des subalternes, l’armée aurait pu être habillée et bien nourrie. Plus d’un tiers de la ville était resté intact et regorgeait de tout ce dont nous avions besoin. Il n’y avait que le foin et la paille qui manquaient. Le prince de Neufchâtel [maréchal Berthier] lui–même envoyait dans les villages pour s’en procurer. Souvent les Cosaques enlevaient chevaux, voitures et domestiques. Les habitants, fatigués des vexations de la valetaille, avaient fini par s’armer contre eux ; ils les tuaient, ou bien ils allaient chercher les Cosaques pendant que nos gens ribotaient et chargeaient leurs voitures ou leurs chevaux. Je crois qu’avec plus de prudence on eût mieux réussi. J’ai été assez heureux de voir rentrer, tous les quatre ou cinq jours, mes fourrageurs, qui à l’ordinaire m’apportaient des œufs, des pommes de terre et quelquefois des volailles, grâce à l’ordre très sévère que j’avais donné de ne rien prendre que des fourrages, d’acheter tout le reste. Un sergent, homme de bien accompagnait mes laquais, avec quelques soldats armés. Il empêchait toute vexation, et cette méthode réussit à merveille. Un jour, plusieurs des habitants d’un village où ils avaient été souvent vinrent au-devant d’eux, leur apportant deux poules et des œufs, mais les engagèrent à ne pas s’approcher parce que les Cosaques étaient chez eux. Leur avis fut complètement avéré. »

« Un général hollandais sous le Premier Empire. Mémoires du général baron de Dedem de Gelder (1774-1825) », Plon, 1900, pp.252-254.En 1812, cet officier commandait une brigade sous les ordres du maréchal Davout. Plus tard, lors de la retraite, il se trouve à l’avant-garde sous les ordres de Murat.
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« Nos beaux jours d’abondance disparurent aussi vite qu’ils étaient venus. Il fallut bientôt aller faire des vivres au loin. On organisa, par régiment, un bataillon formée d’officiers, sous-officiers et soldats pris dans toutes les compagnies, et commandé par un chef de bataillon assisté d’un officier d’état-major. Le prince Eugène et Murat étant en avant de Moscou vers l’Est, on allait dans les directions couvertes par leurs troupes. Je fis partie de la première de ces expéditions qui nous mena, à trois heures de marche de Moscou, dans les premiers jours d’octobre, jusqu’à un superbe et immense château, près duquel se trouvait un misérable village à toits de paille. Reconnaissance de la position par un détachement de trente hommes dont je faisais partie, entre en pourparlers avec les vieux domestiques restés dans cette demeure, par l’intermédiaire d’un soldat polonais. Après avoir placé des postes de sûreté le bataillon se forma dans la cour du château et personne autre que les officiers et les hommes de corvée portant les vivres, ne pénétra dans cet édifice. Aucun objet, de quelque nature qu’il fût, en dehors de ce qui était destiné à notre alimentation, ne fut déplacé, grâce aux ordres très sévères donnés à ce sujet. Nous pûmes ramener, sur une charrette attelée d’un misérable cheval trouvé dans le village, un bon chargement de provisions de toutes sortes, on avait même découvert de la farine et des légumes secs dans les pauvres maisons de ce hameau. Étant le plus ancien sous-officier du détachement, j’obtins la permission de visiter, à la suite du chef de bataillon et de l’officier de l’état-major, ce palais princier, d’une richesse inouïe. Ce qui me frappa le plus, ce fut une collection d’armures, depuis les temps les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, et j’estimai que celles des Maures d’Espagne étaient les mieux appropriées pour le combat, les plus artistiques, et les plus finies. Nous quittâmes ces splendeurs les mains vides. Le lendemain, 9 octobre, nous rentrions au régiment où nous fûmes joyeusement reçus. La répartition des vivres eut lieu de suite, le surplus versé au magasin pour ajouter aux distributions journalières déjà commencées et qui consistaient en pommes de terre et en choucroute [choux conservé dans une saumure]. Nous fîmes des barils de cette dernière denrée comme provisions pour l’hiver !!! »

Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815...», A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.136-138. L’auteur était à cette époque sergent dans les rangs du 7ème régiment d’infanterie légère, lui-même faisant partie du 1er corps (Maréchal Davout).

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« La dévastation des campagnes environnant la ville était à son comble ; tout y était ravagé et détruit : il n’y avait ni vivres, ni fourrage ni habitants. Dans cette fatale position, l’armée était entourée de nombreuses hordes de cosaques ; ses communications avec Smolensk étaient coupées, et par conséquent elle ne pouvait recevoir de convois de vivres. Nos cavaliers forcés de s’éloigner à quelques lieues de leurs corps pour chercher du fourrage, devaient se battre avec les cosaques pour en avoir ; en sorte que lorsque nos fourrageurs n’étaient pas en grand nombre, ils étaient enlevés ou massacrés. Le fourrage manquant, les chevaux crevèrent, et les hommes s’en servirent de nourriture. »

Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-Solde, 2011, pp.89-90. L’auteur était à cette époque médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (Maréchal Ney).
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« Le 2 novembre 1812, j’ai bivouaqué dans un bois, à droite de la route, à une petite lieue de Viasma. Nous commencions à éprouver fortement le froid et manquer presque totalement de vivres. Les chevaux morts de fatigues ou de faim servaient déjà de nourriture à une infinité de soldats. Je dis « morts de faims ou de fatigue », parce qu’on n’en tuait pas pour faire des distributions, et que les hommes qui en mangeaient en coupaient en morceau quand ils en trouvaient sur ma route ; ce qui n’était pas rare. Ce jour-là, 2, je fus forcé par l’impérieuse nécessité de prendre, pour boire et pour faire la soupe de l’eau d’un petit lac dans lequel il y avait des cadavres d’hommes et de chevaux depuis notre premier passage. Elle infectait.
Le 6, il tomba une grande quantité de neige et il souffla un vent très violent et très froid : sa rigueur et la faim commencèrent à débander l’armée. Déjà la famine et la misère avaient faire succomber beaucoup d’hommes. La plupart des officiers et soldats ne mangeaient plus que du cheval. Dès qu’il tombait un cheval, on allumait un feu à côté, chacun en coupait de quoi faire une grillade qu’il faisait cuire au bout d’une baguette de fusil. La famine devint tellement grande dans peu de jours, qu’on passait rarement près d’une de ces charognes sans la voir entourée de militaires de tous les grades, s’en disputant les lambeaux comme les chiens le font à la voirie. Ce spectacle faisait horreur. Nous traversâmes Dorogobouï sans recevoir de distribution. Les magasins furent pillés, et les maisons que le premier incendie respecta n’échappèrent pas au second. Les milliers d’hommes et de chevaux que le manque de nourriture, la fatigue et le froid détruisaient journellement, firent sentir au capitaine Gegout, au sous-lieutenant Thomas, à moi et à nos six dragons combien il était très important de ne pas nous séparer tant que dureraient ces calamités. Quoique l’armée fût désorganisée et que chacun voyageât pour ainsi dire pour son propre compte, nous prîmes la résolution de nous secourir mutuellement et de ne pas calculer les dangers pour aller au loin nous procurer des subsistances. »

Pierre de Constantin, « Journal et lettres de campagne », in « Carnet de la Sabretache », n°299, juillet 1925. L’auteur était, depuis le 9 juin 1812, lieutenant au 23ème régiment de dragons.

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