Un drôle de trafic…

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Peyrusse

Un drôle de trafic…

Message par Peyrusse »

J’avais déjà entendu dire que sous l’Empire, notamment à Paris, certains fossoyeurs revendaient des cadavres aux hôpitaux pour les cours d’anatomie dispensés aux élèves-médecins, une pratique interdite et punie par la loi, mais ce qui suit est assez peu connu .
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« Rapport du préfet de police [Paris]. Anatomie : ordre a été donné de faire cesser les ventes de graisse humaine à des émailleurs par les garçons d’amphithéâtres d’anatomie. »

Bulletin du mercredi 6 mars 1811 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome II », Honoré Champion, 1998, p.195).
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Bernard
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Re: Un drôle de trafic…

Message par Bernard »

Merci Peyrusse.
Cette époque avait une relation bien différente avec les cadavres... Nous avons déjà évoqué sur ce forum le commerce des os puisés dans les charniers de Waterloo, Leipzig et autres !
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Espagne
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Re: Un drôle de trafic…

Message par Espagne »

Bonsoir.
Je vois mon cher Peyrusse que vous lisez Nicole Gotteri ;) :)
I'll be back !
"Le grand art d'écrire, c'est de supprimer ce qui est inutile" Napoléon Bonaparte-1804
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Cyril Drouet
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Re: Un drôle de trafic…

Message par Cyril Drouet »

Une histoire douteuse de graisse humaine ; celle contée par la comtesse de la Bouëre dans ses Souvenirs :

« En passant à la Flèche, au mois de mai 1829, au lieu d'entrer dans la maison où s'arrêtent les diligences, je continuai de marcher dans la direction de la route qui conduit à Angers, désirant avoir quelques renseignements sur l'affaire qui se passa à la Flèche, lorsque les Vendéens, repoussés d'Angers, se dirigeaient sur le Mans.

Je cherchais des yeux si je ne verrais pas quelques vieilles figures qui auraient pu être témoins des évènements de ces temps malheureux, lorsqu'à ma gauche j'aperçus un homme d'environ soixante-sept à soixante-dix ans d'une haute stature, encore fort droit et robuste, ayant quelque chose de militaire ; j'eus l'idée qu'il pourrait être un témoin de cette époque.

Je m'arrête devant lui :
« Monsieur, lui dis-je, dites-moi, je vous prie, si par hasard vous étiez dans cette ville quand les Vendéens s'en emparèrent, en 1793 ? J'aime à écouter ce qui s'est passé alors.
- Vous ne pouviez mieux vous adresser, madame ; j'ai servi, et assisté à beaucoup de combats de ce temps-là. Je servais les généraux Kléber, Beysser, Canclaux, Duquesnoy, Turreau, Cordellier, etc. »

Je lui fis quelques questions auxquelles il répondit à peu près ce que je vous rapporter.
[…]
Pendant ce temps-là, l'homme qui était venu se joindre à cette conversation, ou du moins l'écouter, car il n'avait rien dit jusqu'à ce moment que des oui ou des non (j'ai su peu après que c'était lui qui louait une chambre au soldat de l'armée infernale, voilà pourquoi sa présence ne l'avait point dérangé), quand, dis-je, le soldat fut assez loin de nous pour ne pas entendre, cet artisan me dit :
« Oh ! Madame, il parle trop de tout cela pour qu'il n'en soit pas occupé sans cesse ; il raconte toujours ces horribles choses qui épouvantent ma femme ... Oh ! Madame, il ne vous a pas dit tout ! ...
- Comment, grand Dieu ! que peut-il donc avoir fait de plus horrible ?
- Il ne vous a pas parlé des femmes qu'il faisait fondre ? ... »

Je ne comprenais pas ce que cela voulait dire, croyant ne pouvoir rien apprendre de plus pour être persuadée de l'atrocité et de la cruauté de cet homme ... quand il se rapprocha de nous. Interpellé par son propriétaire d'expliquer son trafic de femmes fondues, ce cannibale, sans se faire prier, dit « que le 6 avril 1794, il avait fait fondre cent cinquante femmes (il est à croire que ce fanfaron de crimes les exagère) pour avoir leur graisse.
Deux de mes camarades étaient avec moi pour cette affaire. J’en envoyai dix barils à Nantes ; c’était comme de la graisse de momie : elle servait pour les hôpitaux. Nous avons fait cette opération, ajouta-t-il, à Clisson, vis-à-vis du château et près de la Grenouillère. »

Je ne me rappelle pas lui avoir demandé ce que c'était que cette Grenouillère, si c'était une auberge portant ce nom, ou de la rivière dont il voulait parler… [il existe le village de la Grenotière sur la commune de Cugand, ainsi qu’un ruisseau du même nom, à deux kilomètres environ de Clisson]

Au reste, je puis, malgré la promptitude avec laquelle j'ai pris des notes, faire quelques erreurs, particulièrement dans les dates que je m'étais étudiée à bien retenir, mais qui ont pu faire confusion dans ma mémoire, malgré l'effort que j'ai fait pour retenir tout ce qu'il me disait.
C'est cet effort de mémoire qui m'a fait oublier de demander à cet homme comment il s'appelait.
Il entreprit ensuite de m'expliquer comment il faisait cette horrible opération.

« Nous faisions des trous en terre, dit-il, pour placer des chaudières afin de recevoir ce qui tombait ; nous avions mis des barres de fer dessus, et puis les femmes dessus…, puis au-dessus encore était le feu. »




La prudence est grandement de mise ici.
Le doute s’alourdit encore avec l’évocation du massacre du puits de Clisson ; massacre perpétré à deux pas du lieu où les 150 femmes ont sensées avoir été brûlées pour pouvoir récupérer leur graisse. La voici :
« Il était à Clisson… Sur la question des brigands entassés dans le puits de Clisson, il me l’affirma, ajoutant que toutes les personnes trouvées dans les bâtiments avaient été sabrées et jetées dans ce puits.
J’en ai sabré pour ma part au moins deux cents, dit-il ; j’étais encouragé par Carrier, qui assistait à cette exécution, et qui excitait les soldats à n’épargner personne.
[…]
Après avoir précipité ces brigands dans ce puits, lui et ses camarades avaient jeté dessus des bourrées, des fagots et des planches, afin que ceux qui n’étaient pas encore tout à fait morts ne pussent s’échapper. On entendait, disait-il, des cris et des gémissements sourds et étouffés.
Selon lui, ces infortunés étaient au nombre de plus de trois cents ! »


Une tuerie a bien eu lieu à Clisson ; elle aurait été perpétrée dans les premiers jours de février 1794 ; le 2 par les hommes de l'adjudant-général Flavigny, commandant de l'avant-garde de Cordellier, ou plus vraisemblablement le 5, par un détachement de la colonne de Cordellier en marche vers Tiffauges. En tout cas, certainement pas sous la direction de Carrier…

On connaît les détails de la tragédie clissonnaise principalement par M. Perraud, un érudit local, qui interrogea au milieu du XIXe des témoins, amis ou descendant des survivants.
Il y eu effectivement des survivants : une fillette Robert, âgée de 4 à 5 ans, Mme Bazire épargnée à la demande de sa soeur, Mme Dutemple, deux soeurs du nom de Douillard qui parvinrent à s'échapper (l'une se cassa la jambe dans sa fuite) et quelques adolescents. Les prisonniers furent transférés à Nantes.
Le reste fut mis à mort. Deux hommes : Branger (sa femme et ses deux enfants allaient périr) et Douillard (le frère des deux soeurs sus-nommées) furent tués avant le massacre alors qu'ils tentaient de fuir. Plusieurs jeunes filles furent dans un premier temps violées. L'une d'elle sera retrouvée morte dans l'abreuvoir de la Fontaine Grenouillet.
Suite au massacre, pratiqué à l'arme blanche, les victimes furent jetées dans le puits. Les assassins recouvrirent alors les corps à l'aide de boulets en fonte qui traînaient ça et là dans la cour du château.

Vers 1820-1830, le puits fut comblé, et un épicéa commémoratif fut planté et bien vite surnommé "l'arbre aux Vendéens" ou "l'arbre qui saigne" ; les Clissonnais affirmant que sa sève rouge était le sang des victimes.

L'épicéa étant mort, on le déracina et des fouilles furent entreprises du 17 au 29 février 1960. 18 crânes furent exhumés. Parmi ces dix-huit corps, six étaient ceux d'enfants.
Deux plaques commémore aujourd’hui ce massacre, l’une sur le puits, l’autre en la chapelle du Prieuré où ont été inhumés les restes des victimes : Julien Brochard, François Vinet, Branger, Mme Branger et ses deux enfants, Mme Crabit et ses trois filles, Jean Douillard, Mme Gaudin et ses trois filles, Mme Judex et sa fille, et Mme Robert.


On est bien loin des trois cents victimes de Carrier du récit de la célèbre mémorialiste vendéenne… quoi penser alors de la sordide histoire de graisse humaine ?...
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