L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

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Modérateur : Général Colbert

Bastet

Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par Bastet » 04 mars 2018, 13:44

" Napoleon's opponents used Palm's execution to inflame public opinion. A deluge of cartoons and pamphlets were directed against the French and Napoleon. It is usually reported that execution particularly outraged the Prussian king, helping to convince him to declare war on France. However it was the formation of the Confederacy and especially the news, which was received by the Prussian King on 6 August 1806, that France had offered Hanover to England in a bid for peace that were the real causes of the war. Orders had been given on 9 August to mobilize the Prussian army. The execution of Palm served as a convenient moral lever to use against Napoleon's France. By the beginning of September Napoleon was already preparing for war.

The "Black Legend" version of the story is presented by Alan Schom:

"When a patriotic Nuremberg bookseller by the name of Palm published and sold anti-French (that is, anti-Bonaparte) pamphlets, denouncing this latest example of French territorial enterprise, Napoleon had the annoying fellow kidnapped by Berthier's troops and summarily executed, much as he had had Enghien and others disposed of before. So great was Napoleon's megalomania, and so vast his actual power, that he no longer cared what other countries might think about any of his actions."

Ceux qui s'opposaient à Napoléon utilisèrent l'exécution de Palm pour enflammer l'opinion publique. Cartoons et pamphlets se multiplièrent contre les Français et Napoléon.. Généralement on déclara que cette exécution était particulièrement outrageante à l'encontre du roi de Prusse, afin, ainsi, de l'aider à déclarer la guerre à la France. Cependant c'était la formation de la Confédération et spécialement les nouvelles que reçut le 6 août 1806 le roi de Prusse affirmant que la France avait donné le Hanovre à l'Angleterre en offre de paix qui furent les vraies causes de la guerre. Le 9 août on donna l'ordre de mobiliser l'armée prussienne. L'exécution de Palm fut une sorte de garant moral utilisé contre la France de Napoléon.Quoiqu'il en soit Napoléon début septembre se préparait à la guerre.

La "légende noire" de l'histoire est du fait d' Alan Schom:
Quand un libraire de Nuremberg, patriote du nom de Palm, publia et vendit des pamphlets contre les Français,( c'est-à-dire contre Napoléon ), dénonçant le dernier exemple de l'entreprise territoriale française, Napoléon avait le gênant exemple de celui qui fut capturé par les troupes de Berthier et sommairement exécuté comme d'autres , comme Enghien, dont il s'était défait précédemment. La mégalomanie de Napoléon était si grande, et si important son actuel pouvoir, qu'il se moquait de ce que les autres nations pourraient éventuellement penser de lui."

William Turner

Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par William Turner » 04 mars 2018, 13:46

Bernard a écrit :
04 mars 2018, 12:31
"Mon intention est qu’ils soient devant une commission militaire et fusillés dans les vingt-quatre heures."
Cette lettre met en lumière la conception que Napoléon avait du système judiciaire. Loin de considérer que les juges devaient rendre des jugements en toute indépendance en appliquant les lois et en respectant les droits de la défense, Napoléon estimait que ces juges n'avaient qu'un simple rôle d'exécutant de décisions qu'il avait prises avant même la tenue du procès.
On retrouve cette même attitude dans la lettre que Napoléon avait expédiée à Eugène pour lui ordonner d'exécuter dans des conditions assez similaires Andreas Hofer.

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Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par L'âne » 04 mars 2018, 13:58

William Turner a écrit :
04 mars 2018, 13:46
Cette lettre met en lumière la conception que Napoléon avait du système judiciaire. Loin de considérer que les juges devaient rendre des jugements en toute indépendance en appliquant les lois et en respectant les droits de la défense, Napoléon estimait que ces juges n'avaient qu'un simple rôle d'exécutant de décisions qu'il avait prises avant même la tenue du procès.
Napoléon était pragmatique et toujours pressé.
Il avait cette vision de la justice lorsque son intime conviction lui dictait qu'il n'y avait d'autre alternative que la mort.
C'était sa façon d'écarter les palabres.
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Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par Général Colbert » 04 mars 2018, 17:13

Le bon terme est "exécutoire" immédiatement.

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Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par Joker » 04 mars 2018, 17:43

Afin d'illustrer quelque peu ce fil et de contextualiser les propos échangés, je vous propose ces quelques photographies sélectionnées sur le net :

Image


La presse de l'époque en fait un martyr :

Image

L'exécution :


Image
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Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par Joker » 04 mars 2018, 17:56

Le Brave a écrit :
04 mars 2018, 09:03
"Napoléon n'a pas vu dans le cas de Palm l'exercice de la liberté d'opinion"
Il a raison. Si on écrit un pamphlet pendant une guerre, c'est pas une simple opinion, c'est un acte de guerre. En faisant ça, Palm devait savoir ce qu'il faisait et ce qu'il risquait.
Je vous rappelle une fois encore que Palm n'est pas l'auteur de ce pamphlet mais qu'il s'est contenté de l'imprimer.
Il ne peut donc être considéré au pire que comme complice.

Cette affaire me fait penser à un des actes de résistance les plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale, à savoir l'édition du "Faux Soir" le 9 novembre 1943.
Il s'agit d'un des hauts faits de la résistance en Belgique.
Nous sommes en pleine guerre mondiale, sous l'occupation.
Le "vrai" journal Le Soir a été confisqué par les Allemands.
Des résistants belges vont avoir l'idée de publier un "Faux Soir", qui tourne complètement l'ennemi en dérision.
Certains le paieront de leur vie, d'autres seront emprisonnés.

Parmi les victimes de cette répression figurait l'imprimeur de cette édition humoristique.

https://www.rtbf.be/info/medias/detail_ ... id=8132697
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Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par Bernard » 04 mars 2018, 19:01

Joker a écrit :
04 mars 2018, 17:56
Je vous rappelle une fois encore que Palm n'est pas l'auteur de ce pamphlet mais qu'il s'est contenté de l'imprimer.
Il ne peut donc être considéré au pire que comme complice.
Il n'en est pas seulement l'imprimeur mais aussi l'éditeur. A ce titre, il n'en est pas complice mais le principal responsable !
C'est encore le cas aujourd'hui : aux yeux de la loi, l’éditeur est coresponsable de ce qu’il publie. En cas, par exemple, de diffamation ou d’œuvre plagiée, l’éditeur sera condamné solidairement avec l’auteur, voire plus que l'auteur puisqu'il est considéré comme plus solvable. D'ailleurs, aujourd'hui, les tribunaux sanctionnent plus l'éditeur que l'auteur.
Deux textes sont importants :
1) L’article 1240 du Code civil : "Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.".
2) la loi du 29 juillet 1881 avec des articles comme le 12 : "Le directeur de la publication sera tenu d'insérer gratuitement, en tête du prochain numéro du journal ou écrit périodique, toutes les rectifications qui lui seront adressées par un dépositaire de l'autorité publique, au sujet des actes de sa fonction qui auront été inexactement rapportés par ledit journal ou écrit périodique." L'article 23 : "La diffamation commise envers les particuliers par l'un des moyens énoncés en l'article 23 sera punie d'une amende de 12 000 euros. La diffamation commise par les mêmes moyens envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée sera punie d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ou de l'une de ces deux peines seulement.Sera punie des peines prévues à l'alinéa précédent la diffamation commise par les mêmes moyens envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre ou de leur handicap..." Ainsi que l'article 29 : "Toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l'identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés. Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait est une injure.
Cette responsabilité vaut pour l'éditeur d'un livre, d'une revue ou d'un site internet. Ce blog n'y échappe pas !

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Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par barthelemy » 04 mars 2018, 19:20

Général Colbert a écrit :
04 mars 2018, 17:13
Le bon terme est "exécutoire" immédiatement.
oups.... vous avez raison, Général Colbert :?

La décision de justice est exécutoire

C'est Palm qui est exécutable :lol:

C'est fort dommage pour lui, mais "celui qui a dit la vérité doit être exécuté".... c'est bien connu :salut:

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Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par Joker » 04 mars 2018, 19:50

Voici ci-dessous un lien très complet qui présente les faits en les contextualisant et en reprenant les déclarations des principaux protagonistes.

Il est à noter qu'il n’existe pas de minutes du procès de sorte qu’il est impossible de dire quelles furent les preuves présentées contre Palm.
Il n’y eut pas non plus d’avocat pour aider Palm durant son procès.

http://napoleon-histoire.com/26-aout-18 ... ilip-palm/

Signalons aussi pour être complet qu'il existe une Fondation Palm qui décerne chaque année un Prix Johann Philipp Palm pour la Liberté d'Opinion et d'Expression.

http://www.palm-stiftung.de/fileadmin/R ... ANCAIS.pdf
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Re: L'exécution de Johann PALM, une faute politique ?

Message par Général Colbert » 20 avr. 2018, 22:57

On ne peut pas reprocher à Palm d'avoir trahi son souverain, le roi de Bavière : la ville de Nuremberg était une ville libre d'Empire, dépendant directement de l'empereur (germanique) depuis des siècles, qui venait seulement d'être "médiatisée", c'est à dire absorbée par la principauté ou le dorénavant royaume, dans lequel elle était enclavée (d'où le terme médiatisée, puisqu'elle ne relevait plus directment de l'empire, mais par l'intermédiaire, le média, d'un prince. En fait, elle était en cours de transfert, et un sentiment national bavarois n'y existait pas. Palm se sentait allemand de l'empire (germanique, ex-autrichien)...
"....traité instituant la Confédération du Rhin. Seize Etats de l'Allemagne du Sud déclaraient se séparer de l'empire germanique et s'unir entre eux "par une confédération particulière", dotée d'une Diète et protégée par 'empereur des Français. En outre, tous les anciens membres de l'empire qui se trouvaient encore enclavés parmi les seize, étaient expressément médiatisées et rattachés à l'un ou l'autre des confédérés." (page 48 du livre de M.Kérautret). L'affaire se passe en période de transition, Braunau est encore sous possession autrichienne mais occupée par les Français en 1806, on y emmène Palm pour qu'il soit jugé par une juridiction militaire française, et non remis aux autorités bavaroises. Citoyen d'une ville libre (Nuremberg) en cours de transfert, Palm ne pouvait pas se sentir Bavarois dans sa tête, ni se considérer comme traitre à un roi qu'il ne (re)connaissait pas encore, allié de Napoléon.
Encore sous l'empire de Guillaume II, ces "Mediatstädte" se trouvaient dotées de forces de police spécifiques, les "Königliche Schutmannschaft" (Scchutzmannschäfte au pluriel) à plaques argentées sur le casque, et non d'une Exekutiv Polizei" (ou Kommunal Polizei) à garnitures jaunes ou or. Sauf en Bavière justement où ces forces de police s'appelaient "Kommunal Polizei" et non Schutzmannschaft, mais à garnitures argent, les Bavarois veillant à se singulariser vis à vis des autres Etats allemands......J'avais trouvé ce terme de Mediatstädte pour la première fois dans des livres en allemand sur les coiffures de police "Polizei-Abzeichen - Helme Heraldik - Historie" , en 3 volumes illustrés, par Erich Radecke, éditeur : Soldi-Verlag, et j'avais mis longtemps à comprendre de quoi il s'agissait. Ces survivances ont duré jusqu'à fin 1918. J'avais fini par comprendre, mais je ne l'avais jamais vu aussi clairement expliqué que par Michel Kérautret - et en Français ! :) :) ;)
En gros , Schutzmannscahft correspondrait en France à un "Corps Urbain", mais le terme a aussi été utilisé par les nazis pour qualifier la milice supplétive ukrainienne dite en abrégé "Schuma".
Les institutions allemandes ont toujours été fort complexes, parfois floues, même après les simplifications institutionnelles drastiques opérées par Napoléon.
Psychologiquement, Palm ne pouvait pas se considérer comme un traître, et il n'a pas été condamné pour trahison envers son roi par une juridiction bavaroise, mais pour "haute trahison" envers les troupes françaises.....Reconnaissons qu'il pouvait avoir des difficultés à comprendre ce qu'on lui reprochait en droit. Mais en fait, sans être un fin juriste,il savait bien, pour employer un vocabulaire trivial et actuel, qu'il avait "joué au con", et de surcroît il n'a pas été défendu correctement, n'ayant même pas un avocat présent, et s'est sans doute mal défendu lui-même, nous n'y étions pas pour jauger sa défense...

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