Napoléon et le népotisme ?

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

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C-J de Beauvau
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Napoléon et le népotisme ?

Message par C-J de Beauvau »

Une question à débattre si vous le voulez bien
Napoléon a-t-il détruit les acquis de la révolution, par son népotisme , et sa volonté de créer une dynastie, pour son bien personnel " et de sa famille" ? Ou bien était-ce pour renforcer la France , et contrer les errements de la possibilité d'un nouveau Directoire corrompu ? Ou les deux ? Ou what else ? Peut-être une vision politique stable ?
:roll:

Le Briquet

Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par Le Briquet »

Pour savoir si les principes révolutionnaires furent bafoués par la mise en place d'une dynastie, il faut se demander quels étaient les objectifs de la Révolution. Ces objectifs ne sont pas forcément les mêmes pour tous les acteurs, mais en général en 1789 les députés du Tiers et une partie de ceux des autres ordres sont pour une Monarchie parlementaire. Donc l'idée de dynastie n'est pas si incompatible que ça avec les idées de 1789.
Par contre le népotisme, notamment la famille placée à la tête de divers royaumes, remet en cause la méritocratie. Maintenant ça reste un comportement compréhensible dans le cadre de la mise en place du système napoléonien qui est en fait un réseau de monarchies. A chaque royaume ensuite d'appliquer la méritocratie, en théorie...

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C-J de Beauvau
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Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par C-J de Beauvau »

Une question , dans une Monarchie parlementaire "de style britannique, ou suédoise , etc . Le népotisme ne va t'il pas de soi dans les titres héréditaires attribués ? Il n’y a pas de méritocratie non plus ! Seul le pouvoir politique est jugulé apparemment . Certes il ne s'agit plus d'un réseau de monarchies, bien que avant la dernière guerre mondiale , et la révolution de 1917 , ils étaient tous issus des mêmes familles !

Le Briquet

Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par Le Briquet »

Je ne pense pas que le népotisme aille de soit. Je pense qu'il ressort des attentes de 1789 la mise en place d'une monarchie parlementaire, avec une souveraineté populaire s'exprimant à travers un (ou des) chambre(s) et une implacable méritocratie dans les administrations et l'armée.

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Demi-solde
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Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par Demi-solde »

Le Briquet a écrit :
08 févr. 2018, 17:27
Pour savoir si les principes révolutionnaires furent bafoués par la mise en place d'une dynastie, il faut se demander quels étaient les objectifs de la Révolution. Ces objectifs ne sont pas forcément les mêmes pour tous les acteurs, mais en général en 1789 les députés du Tiers et une partie de ceux des autres ordres sont pour une Monarchie parlementaire. Donc l'idée de dynastie n'est pas si incompatible que ça avec les idées de 1789.
Les objectifs révolutionnaires ne sont pas forcément les mêmes pour tous les acteurs, évidemment, ils ne sont pas non plus les mêmes en fonction du temps ; les acquis de la révolutions ne sont plus nécessairement identiques aux idées de 1789.

C-J de Beauvau a écrit :
08 févr. 2018, 14:52
Napoléon a-t-il détruit les acquis de la révolution, par son népotisme
Napoléon n'a-t-il également détruit les acquis de l'Empire, par son népotisme ? En plaçant, par exemple, son frère en Espagne ou son beau-frère à Naples, n'a-t-il pas affaibli l'Empire, puisque Joseph fut incapable de circonscrire la gangrène ibérique ?


Cordialement

Le Briquet

Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par Le Briquet »

Demi-solde a écrit :
08 févr. 2018, 18:45
Les objectifs révolutionnaires ne sont pas forcément les mêmes pour tous les acteurs, évidemment, ils ne sont pas non plus les mêmes en fonction du temps ; les acquis de la révolutions ne sont plus nécessairement identiques aux idées de 1789.
Tout à fait, c'est ce que j'ai essayé d'exprimer dans mon premier message et en me cantonnant à "l'esprit de 1789". ;)

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Demi-solde
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Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par Demi-solde »

C-J de Beauvau a écrit :
08 févr. 2018, 18:20
Le népotisme ne va t'il pas de soit dans les titres héréditaires attribués ? Il n’y a pas de méritocratie non plus ! Seul le pouvoir politique est jugulé apparemment . Certes il ne s'agit plus d'un réseau de monarchies, bien que avant la dernière guerre mondiale , et la révolution de 1917 , ils étaient tous issus des mêmes familles !
Image

Aux funérailles d’Édouard VII, en 1910, ses cousins, neveux, gendre et beaux-frères entourent son fils, George V... Soit la Grande-Bretagne et l'Irlande, l'Allemagne, l'Espagne, la Belgique, la Grèce, le Portugal, la Bulgarie, la Norvège, le Danemark et l'Islande...

A quoi on pourrait ajouter la Russie de Nicolas II, absent, mais cousin lui-aussi, bien qu'un tantinet plus éloigné.

Si l'Empire avait survécu à l'Empereur, la même photographie aurait certainement eu un tout autre visage... et les souverains aussi. Et peut-être sous-estimons-nous le poids de ce népotisme impérial dans la chute de Napoléon, le poids du frisson que ce népotisme, cette fratrie corse qui petit-à-petit accaparait les trônes européens ont fait parcourir dans le dos des monarques en place. Il n'était plus question d'état, de richesses ou de territoires, mais de survie personnelle. La légèreté avec laquelle les vieilles dynasties ibériques ont été balayées par cette France qui venait de trancher la tête de la sienne n'a pu que lui aliéner durablement l'ensemble des souverains alentours.


Cordialement

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L'âne
 
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Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par L'âne »

Albert VANDAL « L’avènement de Bonaparte » :
"Chez ce futur distributeur de couronnes à toute sa parenté, nul népotisme encore. Il ne voulait pas que le 18 brumaire parût un coup d'État de famille, l'avènement d'un clan, et il entendait d'ailleurs rapporter à soi seul l'honneur des deux journées. Le rôle de Lucien fut autant que possible obscurci, celui de Leclerc passé sous silence ; le nom de Joseph ne parut nulle part. Murat seul, qui n'était pas encore de la famille, étant simple aspirant à la main de Caroline, recevrait des récompenses : confirmation dans son grade de général de division, commandement de la garde des Consuls."

Alexis SUCHET « Napoléon et le management » :
"Napoléon a aussi été critiqué pour avoir appliqué son népotisme à l'armée. L'Empereur confie en effet à son frère Jérôme, qui n'a jamais combattu, le commandement en Russie de trois corps d'infanterie et d'un de cavalerie. Il ne peut s'en prendre qu'à lui-même quand il écrit à Berthier, un mois après le début de la campagne :« Vous direz au roi de Westphalie qu'il est impossible de manœuvrer plus mal qu'il ne l'a fait. » De même, s'il reconnaîtra à Sainte- Hélène qu'il « n'y avait pas, je crois, deux officiers dans le monde pareils à Murat pour la cavalerie », on peut se demander pour quelles raisons, si ce n'est les supplications de sa sœur Caroline, il a nommé ce beau-frère grand amiral de France. C'est avec Jérôme, intronisé roi de Westphalie à 23 ans, que Napoléon a été le plus excessif dans son népotisme, au point de s'en exaspérer lui-même : « J'ai vu peu d'hommes qui aient si peu de mesure que vous. Vous ignorez tout et vous vous conduisez que d'après votre tête, rien chez vous ne se décide par la raison, mais tout par l'impétuosité et la passion. » L'Empereur ajoute même en post-scriptum : « Mon ami, je vous aime, mais vous êtes furieusement jeune. » Et durant la campagne de Prusse de 1806, les grognards chanteront : « Nous allons chercher un royaume pour le petit frère Jérôme. » Napoléon Ier a dû logiquement faire face à des accusations de népotisme. Une caricature intitulée « La ruine du fabricant de cire » a, entre autres, fait allusion aux trônes créés pour ses frères et sœurs. Le caricaturiste joue ici sur les mots sire et cire. Ces souverains sont représentés dans une baraque foraine en train de fondre comme des bougies. Face à cette accusation, Napoléon se défendra maladroitement en remarquant que « s'il fait un défaut dans ma personne et mon élévation, c'était d'avoir surgi tout à coup de la foule [...] Quels appuis plus naturels que mes proches ? » On peut remarquer que Napoléon III agira de même, sans pouvoir se prévaloir de cette excuse."

Jean-Joël BRÉGEON « Napoléon et la guerre d’Espagne » :
"Joseph est venu de Naples avec une partie de ses familiers. A ses douze aides de camp, s'ajoutent des militaires, des diplomates, des hommes d'affaires qui composent un petit monde clos relevant de la parentèle, de la clientèle quand ce n'est pas du népotisme. Au nombre des aides de camp, on trouve un Tascher de la Pagerie, un Clary, un Roederer (fils aîné du conseiller d'Etat et sénateur), un Desprez (de la famille du régent de la Banque de France) ..."

Jacques Olivier BOUDON « Histoire du Consulat et de l’Empire » :
"Les principaux dirigeants sont invités à faire connaître leurs préférences. Portalis et son équipe d'un côté, l'abbé Bernier de l'autre, font des propositions, puis Bonaparte tranche, non sans avoir reçu des recommandations diverses émanant notamment de son entourage militaire. Son principe est simple ; il souhaite amalgamer les deux anciens épiscopats et leur adjoindre une moitié de nouveaux venus. De ce fait, le nouvel épiscopat comprend seize évêques d'Ancien Régime, douze évêques constitutionnels et trente-deux prêtres venus, à quatre exceptions près, de l'Église réfractaire. Bonaparte a privilégié les prélats tôt rentrés en France, écarté les trop fortes personnalités, à l'image de Grégoire, et favorisé un certain népotisme, censé lui assurer le soutien de ces nouveaux évêques. Ainsi, son oncle Fesch est nommé archevêque de Lyon et primat des Gaules, tandis que le frère du second consul, l'abbé Cambacérès, est envoyé à Rouen. Des prêtres parents des généraux Miollis, Dessoles, Savary, Caffarelli parviennent également à l'épiscopat. Ces nominations sont importantes, car Bonaparte compte beaucoup sur ces évêques pour contribuer à la paix civile dans le pays."

Thierry LENTZ « Le grand Consulat » :
"Autour de Napoléon, la famille Bonaparte continuait son ascension et prenait place aux premiers rangs de la société consulaire. On a souvent raillé ce « népotisme » - le mot fit d'ailleurs son apparition dans la littérature politique sous le Consulat. Le comte de Lille utilisa, nous l'avons dit, le terme de « clan » pour désigner la famille du Premier consul. C'est oublier que, sous l'Ancien Régime, les hommes au pouvoir n'hésitaient pas à placer leurs familiers aux postes de choix et à créer ainsi des réseaux qui maîtrisaient, en les rendant hermétiques, des pans entiers de l'Etat ou de l'administration. Ce fut le cas, sous Louis XIV, de Colbert ou de Fouquet. En plaçant ses parents, Bonaparte ne créa donc pas un système nouveau, prétendument importé de Corse. Il ressuscita à son profit les pratiques de l'Ancien Régime. Et il y eut à faire. Le Premier consul avait quatre frères (Joseph, Lucien, Louis, Jérôme), trois sœurs (Élisa, Pauline et Caroline), une famille corse (parmi laquelle l'oncle Fesch) et des amis venus de son île natale. Il lui fallut aussi placer le clan Beauharnais, des enfants de Joséphine aux neveux ou nièces issus de son premier mariage, en passant par les Tascher de La Pagerie."

Luigi MASCHILLI MIGLIORINI
"La constitution des féodalités impériales, la redéfinition, comme on l'a vu, du rapport entre pouvoir civil et pouvoir ecclésiastique, ou le népotisme véritable de son utilisation de la famille sont parmi les exemples les plus évidents de la naissance d'une forme politique extrêmement originale, mais dont l'originalité était paradoxalement due, comme le note Bourrienne, au fait qu'elle « rappelait plutôt la domination des Romains et les conquêtes de Charlemagne que les habitudes et les oscillations politiques de l'Europe moderne »."

Mais Napoléon n’était pas le seul…
Évelyne LEVER « Louis XVIII »
"Bien des hommes politiques et bien des courtisans essayaient de capter leur bonne volonté pour se faire entendre du souverain. Dépositaires de bien des secrets, dont ils étaient les gardiens jaloux, ces personnages avaient également pour fonction d'entretenir l'appartement du roi. Ils régnaient sur une vingtaine de valets de chambre et sur plusieurs valets de pied que l'on chargeait de missions subalternes. La plupart d'entre eux étaient fils ou petits-fils de ceux qui avaient occupé la même charge sous Louis XVI ou même sous Louis XV. Fidélité et népotisme se retrouvaient à tous les échelons de la hiérarchie."

Même à l’étranger…
Georges LEFEBVRE « Napoléon »
« Wellesley ne cessa, pourtant, de se plaindre du népotisme et de l'incurie de l'aristocratie, de son obstination à maintenir ses privilèges fiscaux."
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Demi-solde
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Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par Demi-solde »

L'âne a écrit :
09 févr. 2018, 05:03
Alexis SUCHET « Napoléon et le management » :
"(...) Napoléon Ier a dû logiquement faire face à des accusations de népotisme. Une caricature intitulée « La ruine du fabricant de cire » a, entre autres, fait allusion aux trônes créés pour ses frères et sœurs. Le caricaturiste joue ici sur les mots sire et cire. Ces souverains sont représentés dans une baraque foraine en train de fondre comme des bougies. (...)"
"La ruine du fabriquant de cire", par Saint-Phal, en 1815 :

Image


A rapprocher évidemment de cette caricature de Gillray, en 1806...

Image

... qui inspira également Cruikshank, en avril 1814 :

Image


Cordialement

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L'âne
 
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Re: Napoléon et le népotisme ?

Message par L'âne »

Demi-solde a écrit :
09 févr. 2018, 09:17
La ruine du fabriquant de cire", par Saint-Phal, en 1815 :
Merci Demi-solde.
Je me demandais quelle était cette caricature, car j'aurais voulu la poster.
Voilà qui est fait.
Je pensais évidemment à la deuxième, mais comme il était question de cire...
Aurea mediocritas

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