Amour parental...

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

la remonte

Message par la remonte »

Bien sûr la littérature n'est pas l'Histoire , cependant devant des "vides " que sont les vies des anonymes , celles des pousse cailloux pour ce qui nous intéresse, ceux dont la mort n'intéresse personne, il peut être opportun de de référencer aux grands écrivains . Céline comme Genevoix ont mieux traduit le vécu de ceux de 14 comme Balzac ou Erckmann Chatrian l'ont fait pour ceux de 1813 :idea:
Ils ont tous la légitimité sinon d'avoir été acteurs au moins d'avoir été les contemporains de ceux qui ont raconté .
On trouve sur le net et Christophe les connaît mieux que quiconque quantités de lettres de conscrits , elles sont toutes émouvantes d'économies , on aimerait tellement plus de détails !

Briffaut

Message par Briffaut »

Des informations biens intéréssantes.
J'ai une interrogation, au sujet de la censure et du rôle de la poste aux armées.
J'ai trouvé que dès la révolution ses attributions sont étendues : tenir secret les emplacements et mouvement des troupes. Pour des raisons stratégiques.
+ Un règlement de 1809 avec instruction de 1812 (plus d'infos ?).
Donc probablement un retard volontaire d'acheminement des courriers et l'ouverture au hasard de certains plis ?

Christophe

Encore un exemple...

Message par Christophe »

Avec cette lettre rédigée durant la campagne de 1812. Nous ne savons rien de son auteur, Auguste Bonet, si ce n’est qu’il était le frère du futur général Bonet, alors lieutenant en second dans les rangs du 3ème régiment d’artillerie à pied à l’armée de Catalogne. Elle est adressée à sa mère, à Castres (Tarn).
------------------------------
Smolensk, le 10 novembre 1812.

Ma chère maman, écris-moi souvent et longuement, c’est le seul plaisir, la seule consolation qui me reste dans ce pays sauvage que la guerre a rendu désert. Heureusement enfin nous l’abandonnons. Nous voici déjà à près de 100 lieues de Moscou. Nous avons passé le plus mauvais et le plus stérile chemin. Les chevaux morts sur la route ont été aussitôt dévorés. La neige couvre déjà ces contrées ; la marche est pénible, mais à force de fatigues et de souffrances, l’armée se retire. Il paraît que nous irons passer l’hiver à Wilna et, quoiqu’à plus de 500 lieues de Paris, nous espérons rentrer dans notre patrie. Nous sommes déjà fort aises de nous trouver sur les anciennes limites de l’Europe. A quelques lieues d’ici sont les frontières de la Pologne, et ce n’est pas un léger plaisir de laisser derrière nous cette infernale Russie, que nous serons peut-être bien aises d’avoir vue tout en nous désespérant de la voir. Les plus vieux militaires n’ont jamais fait une campagne pareille à celle-ci. Tout ce que je vois me confirme dans les idées de retraite que mon dernier séjour à Castres m’a inspirées.

Adieu, ma chère maman ; je me porte bien, le séjour de Moscou ne m’a pas été favorable. Je t’embrasse de tout mon coeur, papa, mes sœurs.

A . BONET.

Briffaut

Le fric c'est chic ?

Message par Briffaut »

D'où tirez-vous cette étrange idée ? :shock:
D'une vision pas si folle :razz:
Partons du 18e, peu avant la révolution on voit déjà une légère "émancipation" des femmes.
Plus tard des "grandes dames" comme madame de Staël et même Joséphine de Beauharnais, sont des "riches veuves", certes, qui jouissent d'une liberté importante.
J'ai souvent aussi vu dans mes lectures, avec la société bourgeoise de la seconde moitié du XIXe, le retour en force d'une morale occidentale forte et sévère.
Le puritanisme Victorien chez nos amis d'outre manche en est un bel exemple.
En France elle s'exprime surtout par les idées catholiques, très ancrées même après les lois de laïcité.
Que l'on peut donc opposer aux vents de Liberté apportés par la Révolution.
A la Belle Epoque la France est quand même bien conservatrice, j'ai l'impression...

Le philosophe français Michel Foucault a il me semble étudié la question de la morale/sexualité.

Briffaut

La mondaine

Message par Briffaut »

Pour le "libertinage", je n'y pensais plus ! Il ne faut pas en effet tomber dans le cliché des Liaisons Dangereuses et compagnie.
Le souci majeur, c'est quand même les sources de nos informations, elles concernent souvent l'élite et non pas le peuple. J'ai mémoire d'un jeune Mirabeau envoyé en prison par son père pour « le remettre dans le droit chemin » (répression sexuelle ?).
c'est durant le 18e siècle, prétendument liberté, que la "répression de la sexualité" est la plus sévère
D'accord, le goupillon avait encore frappé ?
Et pour la seconde moitié du 19e ? Voyons nous l'apparition d'un néo-puritanisme en occident ?
Face à la décadence des mœurs et comme vous le dites le fléau de la "prostitution".

Je dirai donc surtout que c'était l'ère de l'hypocrisie morale.
La société prône alors les valeurs de l'ordre, de la natalité et de l'hygiène (ordre bourgeois).
Existant entre autre avec le contrôle et la dissimulation d''Etat. Contrôle par la police des "maisons de tolérance", fichage/cartes et chasse des filles "insoumises", descentes de police dans des hôtels de passe hors la loi, arrestations des contrevenants/tes etc
Sans parler d'une corruption endémique.

Pendant ce temps le préfet de police de Paris et les ministres du gouvernement ainsi qu'un général prennent le champagne tranquillement chez Adèle... :shock:

Nous sommes aussi sur la même onde pour les minorités émancipées et opulentes.
Et comme vous le dites les choses évoluent. Et aussi pour la femme du peuple, avec l'augmentation de l'éducation un nouvel élan d'émancipation est favorisé.
Celui-ci enfin réel et général qui sera confirmé durant le 20e.
Michel Foucault a publié trois tomes d'une histoire de la sexualité
Oui Foucault est un peu contradictoire, c'est à creuser.

Je me permets de citer un livre qui digresse une surtout du sujet "amour parental" ...mais bon !
Cette lecture reste intéressante et dans le sujet du débat actuel, peut être que certains lecteurs du forum pourront nous parler du bouquin en question :

"L'Enfer de la IIIe République

Censeurs et pornographes (1891-1914)
Préface de Michelle PERROT

Au début de la IIIe République, la pornographie, répandant le feu du désir pervers, représentait aux yeux d'une élite un redoutable poison menaçant de ronger de l'intérieur l'édifice social. L'alphabétisation, qui multiplie les lecteurs, la liberté de la presse et le développement de l'édition n'allaient-ils pas favoriser la diffusion des écrits obscènes ? Par-delà les clivages politiques ou religieux, de puissantes ligues de moralité se constituèrent, en France et à travers toute l'Europe, bien décidées à protéger le public « faible » et vulnérable contre la suggestion du roman licencieux. Et faisant front contre le vice, la natalité déclinante et la décadence, les « entrepreneurs moraux » parvinrent, par leur influence grandissante, à limiter la liberté d'expression. A partie de l'Enfer de la Bibliothèque nationale, où l'on rassemble alors les livres interdits, Annie Stora-Lamarre met au jour une culture soigneusement refoulée et analyse la lente métamorphose des thèmes occultés. Traçant le portrait d'éditeurs réprouvés, souvent liés aux milieux libertaires, ou de ligueurs tel René Bérenger, le fameux « Père la pudeur » , elle observe finement le jeu complexe de la diffusion, avec ses réseaux clandestins, et de la répression des ouvrages érotiques : elle suit ainsi, de 1881 à 1914, la lutte des censeurs et des pornographes. Histoire des fantasmes sexuels, mais aussi des peurs et des intolérances d'une époque, histoire politique d'une morale, cet ouvrage novateur éclaire, d'une façon qui nous concerne toujours, les rapports paradoxaux de la démocratie et de la censure."

A relier à nos moutons impériaux.
Avec les petites gravures et estampes et livres qui circulent sous le manteau ou sous les capotes...

Christophe

Lettre du lieutenant Pierre de Constantin.

Message par Christophe »

Elle est adressée à sa sœur.
-----------
"Au bivouac, à quinze lieues de Moscou, sur la route de Kalouga, le 15 octobre 1812.

Ma chère sœur,

Après deux mois de date, ta lettre m’est parvenue et j’y réponds. J’avais cependant promis à maman, dans la lettre que je lui adressai le 3 septembre, que je lui écrirai aussitôt notre arrivée à Moscou ; mais des raisons m’ont empêché de le faire. Je la prie de ne pas en être fâchée. Depuis le 3 septembre, nous avons assisté à deux grandes batailles le 5 et le 7. Celle du 7 a été très meurtrière et décisive pour nous. Les détails ont dû vous être donnés par les journaux. Qu’il te suffise de savoir que notre corps d’armée s’y est couvert de gloire et a reçu des compliments. Le général [de] Grouchy, qui commandait ce corps [le IIIème corps de réserve de cavalerie de la Grande Armée], eut deux chevaux tués et fut blessé de deux balles et d’un biscaïen. Le général Thiry, commandant notre brigade [cet officier commandait depuis le 9 janvier 1812, la 1ère brigade de la division de cavalerie La Houssaye, selon G. Six, tome II, p.495, de son « Dictionnaire.. »], fut blessé de plusieurs coups de sabre. Mon colonel eut deux chevaux tués. Sur dix-sept officiers de mon régiment qui étaient présents, dix ont été tués ou blessés. Quatorze chevaux d’officiers on été tués, parmi lesquels le mien est du nombre. Sur trois cents et quelques hommes que nous avions dans les rangs, cinquante-six ont été tués ou blessés, et soixante-dix chevaux de troupe sont restés sur le champ de bataille. En cela je ne parle que de mon régiment croyant inutile de te parler des autres qui font partie de notre corps d’armée. Dans cette journée, j’ai été distingué parmi mes camarades et, pour récompense, j’ai reçu le titre et la croix de chevalier de la Légion d’honneur, prix flatteur et qui me dédommage des fatigues, misères et disette que j’ai éprouvées et éprouve encore. Depuis le 7, le IIIème corps des Réserves de la Cavalerie a toujours été à l’avant-garde et, par conséquent, nous avons dû tous les jours avoir des affaires d’avant-postes, souvent même toute la journée. Depuis environ douze jours, les deux armées sont en présence sans tirer un coup de fusil. Nos vedettes sont à quarante pas de celles des Cosaques.

Hier, étant de garde, j’ai bu l’eau-de-vie avec des officiers cosaques. Cette tranquillité à laquelle nous ne sommes pas accoutumés nous fait croire qu’on traite de la paix. Dieu le veuille ! Car la campagne d’hiver serait très rude dans ce pays-ci. La glace et la neige commencent à se faire sentir. Que sera-ce donc à Noël ? Nous avons été bivouaquer aux environs des murs de Moscou plusieurs jours. Tu sais sans doute, que cette superbe grande et immense capitale a été pillée et réduite en cendres. A peine en reste-t-il encore quelques maisons isolées, entourées de jardins, et que les flammes ont respectées. Cette ville offrit beaucoup de ressources, mais presque toutes ont été dévorées par le feu.

Avant-hier, j’ai eu des nouvelles de mon frère. Il est à Moscou et se porte bien.

Adieu, mon amie, ton frère t’assure de son éternel attachement.

P. de Constantin.

Embrasse maman pour moi ainsi que ton mari et ta fille. Ne m’oublie pas auprès des dames de Montsec, etc.

Mon adresse est, à présent que je suis légionnaire et chevalier : à M. le chevalier de Constantin, lieutenant au 23ème Dragons, dans la 6ème division de cavalerie de réserve, au IIIème corps des réserves de la cavalerie, à la grande Armée."

------------

Pierre de Constantin, « Journal et lettres de campagne », in « Carnet de la Sabretache », n°299, juillet 1925. L’auteur était, depuis le 9 juin 1812, lieutenant au 23ème régiment de dragons.

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