[CHEVAUX] Le cheval de Waterloo

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Modérateur : Général Colbert

L'ARCHEONAUTE

[CHEVAUX] Le cheval de Waterloo

Message par L'ARCHEONAUTE » 28 juin 2015, 09:44

Nous ne connaissons pas le nom de ce cheval, de mémoire l'Empereur a monté plusieurs chevaux à Waterloo (?)

Le cheval de Napoléon ne peut à la fin de ses jours trouver un peu de litière ! apprend-on en 1829, cependant que l’animal, qui porta l’empereur le jour de la célèbre bataille de Waterloo, cherche preneur. C’est du cheval des mauvaises destinées et des jours de malheur qu’un chroniqueur de l’époque nous conte ici les tribulations.

Ce pauvre animal, il a porté le vainqueur de l’Europe et il demande l’aumône ; Bélisaire des chevaux, il est là, sans asile, et chacun le repousse, personne ne veut de lui, peut-on lire en 1829. Cependant lui aussi est un souvenir, un souvenir d’une grande et mémorable époque. Il naquit aux bords du Guadalquivir, il était de pur sang et de race illustre, on vous eût montré sa généalogie aussi bien détaillée que celle du premier grand d’Espagne venu. On l’éleva dans les écuries impériales. Oh ! alors rien ne lui manquait ; c’était plaisir de voir comme on le choyait et caressait ; alors on le soignait, car il devait porter le maître de l’Europe, et aujourd’hui il mendie un maître et il n’en trouve pas.

Au grand jour de Waterloo, jour à jamais déplorable pour la France, il porta le grand capitaine ; il le porta au milieu du combat qui décidait des destinées de l’empire. Ce jour-là, il était léger, vif et agile ; agile comme il le fallait à la rapide pensée de Bonaparte. Et quand tout fut perdu, quand nos soldats furent tués ou dispersés par le sabre des étrangers ; lorsqu’il fallut au conquérant de l’Europe se hâter de fuir encore une fois, et que ce fut fini à tout jamais de la puissance et de l’empire, il partit et laissa là son cheval abandonné sur le champ de bataille.

Son secrétaire le prit, mais bientôt il ne sut qu’en faire : ce n’était pas le temps alors de conserver religieusement des reliques impériales. II ne le vendit pas à un Anglais, et ce fut étonnant, car alors les Anglais achetaient tous les souvenirs de Waterloo ; ils payaient tout, jusqu’aux débris anguleux des cuirasses ensanglantées et des armures brisées par le canon. Il advint donc que le cheval passa honteux et inconnu dans le manège d’un maquignon. Le malheureux animal tombait, comme la France, des splendeurs de la gloire à l’humiliation.

Cependant un duc, oyant parler de son origine et de sa fortune passée, prit envie de l’avoir comme un souvenir de son ancien maître : il l’acheta ; puis il le céda à un homme devenu célèbre par son dévouement héroïque à l’empereur déchu, et depuis peu — nous sommes en 1829 — par son éclatante ruine. Et ce fut là son second Waterloo.

Le malheureux ! Les huissiers et les recors l’ont saisi, comme les bourreaux de l’Angleterre se saisirent, il y a quinze ans, de son glorieux maître. Ils l’ont renfermé et séquestré, mis en fourrière et sous la main de la justice ; puis, comme ils ont vu qu’il était vieux, ils n’ont pas voulu le nourrir, et ils l’ont chassé : sans un pauvre serviteur qui l’a recueilli, il eût erré abandonné, et sans asile.

Si vous l’eussiez vu, ce pauvre animal tout triste et honteux de sa chute, comme il hennit de bonheur et se releva tout joyeux lorsqu’il revit l’ancien ami de son maître ! Lui qui autrefois était si beau, si vif, si fringant, ce jour-là il était harassé de fatigue, sale, couvert de poussière ; il avait l’œil morne, l’oreille basse et la corde au cou ; vous en auriez eu pitié en songeant aux jours passés de ses gloires et de ses triomphes.

Et maintenant il est à vendre, le cheval de Waterloo ! Le premier venu, M. de Bourmont, s’il lui en prend fantaisie, peut se donner le plaisir de se pavaner et parader sur le cheval de Napoléon, de parodier le grand capitaine aux Champs-Elysées. Il est à vendre. Si vous voulez le voir, allez rue de Malte, n. 17. Quelqu’un voudra-t-il échanger quelques louis contre un souvenir historique ?

Note : Louis Auguste Victor de Ghaisne, comte de Bourmont, maréchal de France, est un ancien chouan ayant commandé en 1797 les troupes royalistes du Maine. Il refusa le grade de général de division que lui offrit Bonaparte en 1800, mais effectua d’importantes missions pour l’empereur dès 1813, avant de se rallier à lui. Après Waterloo, il se mit au service du roi Louis XVIII, et fut nommé ministre de la Guerre en 1829.


http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article12709

Dominique T.

Message par Dominique T. » 28 juin 2015, 10:22

L'ARCHEONAUTE a écrit : Après Waterloo, il se mit au service du roi Louis XVIII, et fut nommé ministre de la Guerre en 1829.[/b]
Je dirais plutôt AVANT Waterloo, il se mit au service du Roi, désertant et passant à l'ennemi au matin du 15 juin !

Christophe

Chevaux de bataille...

Message par Christophe » 28 juin 2015, 12:11

[aligner]Voici un article de Jean Brunon qui vient compléter ce sujet.
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« Dans son numéro du mois de mai 1892, la « Revue de Cavalerie » a publié un article anonyme intitulé « Les chevaux de bataille de Napoléon 1er ». Il nous a paru intéressant de reproduire dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes » cette très intéressante étude.

Jean BRUNON (Extrait de la « Revue des Etudes napoléoniennes », 1932)


L’excellente « Revue militaire suisse », qui paraît à Lausanne, contient dans sa dernière livraison, d’intéressants renseignements, en partie inédits, sur les chevaux de bataille de Napoléon 1er. En effet, le piqueur de l’Empereur, Noverraz, était vaudois. Son témoignage est souvent invoqué par l’auteur de l’article qui s’appuie, pour le reste, sur une longue et consciencieuse étude publiée récemment par le « Daily Magazine », la plus anciennes et la plus importante des revues anglaises consacrées au sport, par Sir Francis Lawley, fils de Lord Wenlock. M. Lawley commence par reproduire une conversation à Sainte-Hélène entre l’Empereur et le célèbre médecin O’Meara. Parlant des occasions où, dans sa carrière, il avait connu les plus grands dangers, l’Empereur racontait qu’à Arcole, son cheval rendu furieux par une blessure, s’était emporté et l’emmenait tout droit dans les lignes autrichiennes, lorsqu’il s’enfonça jusqu’au cou dans un bourbier où il faillit rester sous son cheval mort et tomber aux mains des Autrichiens. En comme, Napoléon disait avoir eu, d’Arcole à Waterloo, dix-huit ou dix-neuf chevaux tués sous lui. M. Lawley fait remarquer que ce chiffre n’a rien d’invraisemblable, puisque le maréchal Blücher en perdit au moins autant que le général Forrest, un des plus brillants officiers de cavalerie du Sud, dans la guerre de Sécession, qui vit tomber sous lui trente chevaux en quatre ans. Sans être ce que l’on appelle un écuyer, Napoléon était mieux que cela pour son métier de conquérant, c’est-à-dire un hardi, solide et infatigable cavalier. Pour lui tout cheval devait remplir, en premier lieu, la condition d’être un bon et docile véhicule, allant dans tous les trains, à toutes allures, au gré de sa pensée. Nous le savons par le témoignage de son piqueur Noverraz, de Lausanne, qui nous a souvent raconté les transes par lesquelles il dut passer pour suivre les intrépides cavalcades de son vénéré maître. On le sait aussi par divers récits de ses officiers d’ordonnance, notamment le comte de Ségur : il raconte qu’après sa nomination comme Général en chef de l’Armée de Paris, Bonaparte circulait jour et nuit à cheval dans les diverses rues de la capitale pour surveiller l’exécution de ses ordres, sans nul souci des précautions à prendre sur de mauvais pavés ou dans des défilés encombrés. Il montait et descendait à grande allure les escaliers du jardin des Tuileries et ceux qui existaient alors sous le péristyle, au grand désespoir de sa suite. Quand on lui faisait remarquer que ces inutiles grimpades et dégringolades n’étaient pas sans danger pour lui, il répondait : « Bah ! J’ai mon étoile ! », et quand on lui opposait le danger pour les montures, il répliquait : « La mère aux chevaux n’est pas morte ! » En résumé, dès sa jeunesse, le grand gagneur de batailles était ce que l’on appelle un brillant et heureux cavalier casse-cou. Il est inutile de dire que nous savons fort peu de choses de la plupart des chevaux de Napoléon. Toutefois ce n’est pas le cas pour tous et M. Lawley a réuni des détails sur « Marengo » que l’Empereur montait à Waterloo, « Austerlitz », « Maria » (une jument grise nommée d’après l’Impératrice), « Ali » et « Jaffa ». Le « Daily Magazine » reproduit les portraits d’ « Ali » et de « Marengo » d’après les originaux existant en Angleterre ; ils sont blancs comme, d’ailleurs, presque tous les chevaux du Petit Caporal. Le plus célèbre des cinq est « Marengo » dont le squelette est conservé à l’Institut militaire de Whitehall à Londres, et dont un sabot, transformé en tabatière, est toujours sur la table des officiers de la garde royale au palais de Saint-James, avec l’inscription suivante sur le couvercle d’argent : Sabot de « Marengo », cheval de bataille barbe, ayant appartenu à Bonaparte, monté par lui à Marengo, Austerlitz, Iéna, Wagram, en Russie et à Waterloo. » Autour du sabot se lisent ces mots : « Marengo » fut blessé à la hanche à Waterloo, pendant que son cavalier l’enfourchait sur le terrain des avant-postes. Aussi dans les batailles précédentes, ce bon destrier avait été blessé. Si nous devons ajouter foi à cette inscription, Napoléon a dû le monter pendant au moins quinze ans, de Marengo à Waterloo ; nous nous permettrons d’en douter. Quoiqu’il en soit « Marengo », dont le portrait aussi bien que le squelette est conservée à l’Institut militaire, est bien le cheval que l’Empereur avait à Waterloo, et probablement celui dont le colonel Charras veut parler dans sa « Campagne de 1815 », lorsqu’il raconte que Napoléon, en montant à cheval le matin de Waterloo, se mit dans une violente colère contre un soldat maladroit qui, en l’aidant à se mettre en selle, faillit le faire tomber par dessus son cheval. C’est encore « Marengo » qui porta l’Empereur jusqu’à Charleroi après la bataille, mais M. Lawley ne nous explique pas comment il se fait que le cheval soit venu finir ses jours à l’Institut militaire et c’est un point qu’il serait intéressant d’élucider. Peut-être devint-il la propriété d’un gentilhomme français établi vers 1815, au château de Glassenburg, dans le comte de Kent, pendant la minorité des propriétaires légitimes. Ce gentilhomme, dont le nom n’a malheureusement pas été conservé, était l’ami de l’Empereur et avait avec lui un autre cheval de bataille , « Jaffa », un arabe que Napoléon avait pris en Egypte. Le vieux coursier fut très bien soigné à Glassenburg ; mais, en 1829-il avait alors 37 ans- il était tellement affaibli qu’on se décida à l’abattre.
e fils de celui qui lui déchargea un coup d’escopette vit encore [1892] et, dans son parc, on peut lire sur une petite colonne l’épitaphe suivante : « Sous cette pierre repose « Jaffa », fameux cheval de bataille de Napoléon, âgé de 37 ans ». C’est de lord Wolseley, qui connaît à fond tout ce qui a trait au grand capitaine, que l’auteur tient cette anecdote. Un autre admirateur anglais de Napoléon a remis à M. Lawley un portrait d’ « Ali » avec cette légende : «Ali », cheval de bataille de Napoléon 1er. Ce cheval fut pris en Egypte sous Ali-Bey, monté par un soldat du 18ème dragons, capturé par les Mamelucks et repris par les Français.Ceci le fit remarquer du général Menou qui l’emmena en Europe et en fit cadeau au Premier Consul. Depuis lors, Bonaparte le monta dans toutes les batailles ; à celle de Wagram, par exemple, où il resta en selle de quatre heures du matin à six heures du soir. Il faut faire la part de la confusion et de l’exagération en ce qui concerne les noms des chevaux montés par Napoléon dans ses diverses campagnes, mais il serait nullement impossible que, par exemple, « Ali » et « Marengo » aient été montés par Napoléon dans ses diverses campagnes, mais il ne serait nullement impossible que, par exemple, « Ali » et « Marengo » aient été montés le même jour, puisque, dans ses « Mémoires », Mme de Rémusat nous dit que son protecteur éreintait souvent quatre ou cinq chevaux en un jour. Il semble y avoir contradiction entre la légende qui attribue à « Marengo » l’honneur d’avoir porté Napoléon à Austerlitz et les « Mémoires » du général Vandamme [Il s’agit ici d’une confusion car cet officier n’a pas laissé de « Mémoires ». Note de C.B.], où il est fait mention d’un cheval gris de fer, 1 mètre 60, qui fut baptisé « Austerlitz » après la victoire. Il est certain de Napoléon avait un cheval de ce nom correspondant bien à la description donnée par Vandamme, puisqu’il y a un portrait de lui à Londres chez Lors Rosebery, un des hommes les plus compétents sur tout ce qui se rattache à l’épopée napoléonienne. Passons à la jument « Maria ». M. Lawley a eu la bonne fortune de rencontrer un vieux Mecklembourgeois, nommé Schallen, âgé de plus de 95 ans, qui se souvenait d’avoir vu les régiments de cavalerie française traverser la petite ville d’Ivenack, dans le Mecklembourg, en marche sur Moscou. Le général Lefebvre-Desnouettes y admira beaucoup les chevaux de race du baron de Plessen, et, en particulier, une jument grise qui descendait de « King–Herald » un des plus fameux étalons du Stud-Book britannique. Le général l’acquit et l’envoya à l’Empereur, qui lui donna le nom de « Maria »-celui de sa femme- et la monta pendant une grande partie de la campagne de 1813. Plus tard, la jument tomba on ne sait comment, aux mains des Prussiens, qui la restituèrent au baron de Plessen. Elle mourut à Ivenack, et Schallen raconte qu’on y voit encore son squelette religieusement conservé par les héritiers du baron dans leur vieux château d’Ivenack. Naturellement l’équipement des chevaux de Napoléon était de « primo cartello ». La sellerie ne laissait rien à désirer : siège, troussequins, genouillères, tout était parfait de matériaux et de confection. Le Musée de Lausanne en possède des spécimens probants, c’est-à-dire : trois excellentes selles à l’anglaise, revêtues de velours cramoisi, avec housses et fontes à l’avenant et étriers en argent suspendus à de fortes et fines courroies ; trois brides et trois martingales à garnitures d’argent.
Le grand Empereur destinait à son fils ces effets personnels et, pour cela, il les avait confiés à son fidèle Noverraz qui les conserva longtemps à sa villa « La Violette » à Lausanne. En juin 1848, Noverraz, las d’attendre un ayant-droit, remis son précieux dépôt au gouvernement vaudois qui en orne le musée cantonal de Lausanne. Avec d’autres objets de même provenance, entres autres quatre fusils de chasse et quelques reliques de Longwood, notre habile préparateur, M. Bastian, en a composé une fort intéressante vitrine qui attire de nombreux visiteurs étrangers. L’auteur de l’article de la « Revue militaire suisse » ne donne que des indications peu précises, ou encore légèrement inexactes, sur les souvenirs de Napoléon, provenant du piqueur Noverraz, conservés au Musée de Lausanne (Don de J.-J. Mercie). Ces équipages de cheval de l’Empereur, du type de ceux qu’il utilisait en campagne, sont les seuls que nous connaissions ; à ce titre, leur intérêt est donc plus considérable encore que les harnachements de luxe, magnifiquement ornés, plus généralement connus, et nous jugeons qu’il vaut la peine d’en donner la nomenclature détaillée, d’après les notes que nous avons prises sur place, au Musée de Lausanne : - Trois selles à la française en velours cramoisi, avec leurs fontes, couvre fontes, et leur tapis de selle (deux de ces derniers en drap cramoisi, en un drap écarlate). Ces tapis de selle sont ornés d’un double galonnage or : le galon intérieur de 10 centimètres, du modèle dit « à bâtons ».
Ces galons sont bordés d’une double course en soutache or.
- Deux paires d’étriers (une paire manque) en argent (ou argentés) forme classique des étriers d’officiers généraux.

- Trois brides complètes, à peu près semblables, très simples, en cuir noir ; boucles, légèrement ouvragées, en argent. Deux de ces brides à mors à grandes bossettes, argentées ; une à mors sans bossettes ; les trois mors du modèle de cavalerie légère.

Toutes ces pièces sont en parfait état de conservation.

Revenant aux chevaux de bataille de l’Empereur, il y lieu de signaler que le Musée de Malmaison, possède neuf petites peintures représentant neuf chevaux montées par Napoléon ; leurs noms sont les suivants : « Le Familier », « Le Triomphant », l’Aboukir », « Le Major », « Le Vizir » [Ce cheval a été naturalisé après sa mort ; il est conservé au Musée de l’Armée et porte sur la cuisse gauche l’N couronné], « le Cheick », « Le Sahara » , « Le Distingué » (le neuvième portrait ne porte pas de nom). Ces tableaux proviennent dela Manufacture de Sèvres. Ajoutons que l’Empereur a également possédé une jument qui portait le nom de « Nicole » et non « Nickel ». Citons en outre le beau portrait de « Tamerlan » peint par Géricault. Du reste, et comme le laisse comprendre l’auteur de l’article cité, plus haut, l’Empereur utilisa, au cours de sa vie, une quantité considérable de chevaux de selle. On en jugera par la lecture du document que nous reproduisons ci-après pour terminer ce rapide aperçu sur un sujet peu ou point battu sur lequel il reste encore à écrire une belle étude ; il se passe de tout commentaire. Avant la campagne de 1812 et sur son ordre, un projet de règlement réorganisant ses équipages de guerre fut présenté à l’Empereur qui l’adopta le 14 janvier 1812. Voici le texte de la partie qui concerne l’équipage de selle :

« CHAPITRE V- Equipage de selle Article 11- L’équipage de selle comprend 10 brigades, chacune de 13 chevaux. Total : 130 chevaux. Article 12.- Cheque brigade se compose ainsi, savoir : 2 chevaux de bataille pour Sa Majesté, 1 cheval d’allure pour Sa Majesté, 1 pour le Grand-Ecuyer, 1 pour l’Ecuyer de service, ou tout autre, 1 pour le page de service, 1 pour le Mamelucks de Sa Majesté, 1 pour le guide (paysan du pays), 3 chevaux de palefreniers montés et un à pied, 1 cheval pour le chirurgien, 1 pour le piqueur de service. Total : 13

Article 13.- Une paire de pistolets fera partie de l’équipement de tous les chevaux de selle destinés pour l’Empereur ; ces pistolets seront chargés tous les jours, et déchargés avec le tire-bourre par le Mameluck de service, sous l’inspection du Grand-Ecuyer ou en son absence, de l’Ecuyer de service au bivouac ou sous la tente ; le déchargement ou le rechargement des pistolets se fera chaque soir. Article 14.- Le Page de service porte en bandoulière la lunette de Sa Majesté, et il a sur le devant de sa selle des sacoches arrangées, qui renferment un mouchoir et une paire de gants pour Sa Majesté et un petit assortiment de bureau contenant papier, plumes, encre, crayons, compas, cire d’Espagne ; le tout conforme à l’état B ; il porte sur le derrière de sa selle un petit porte-manteau avec des armes à son usage. Le chirurgien porte derrière sa selle un porte-manteau avec un assortiment d’instruments et de tout ce qu’il faut pour panser, conforme à l’état E. Le mameluck porte en bandoulière une fiole pleine d’eau-de-vie, et sur le devant de sa selle, le manteau et le frac de Sa Majesté. Le Piqueur porte, sur le chevet, des petites sacoches pour cantines, approvisionnées conformément à l’état D ; et sur le derrière de sa selle, un porte-manteau d’effets à l’usage de Sa Majesté conformément à l’état T ; il porte aussi en bandoulière un flacon plein d’eau-de-vie. En conséquence, il est attaché un porte-manteau semblable à chacune des brigades des chevaux de selle. Les deux valets de chambre, qui sont à cheval, auront devant eux un petit appareil contenant de la charpie, des sels, de l’éther, de l’eau, une demi-bouteille de vin de Madère et quelques ustensiles de chirurgie, dont le Chirurgien ordinaire donnera le détail. Les trois maîtres d’hôtel, qui sont à cheval, auront chacun devant eux une petite cantine semblable à celle détaillée pour les Piqueurs. »

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LeBarde

Emouvant,triste !

Message par LeBarde » 28 juin 2015, 13:44

_Merci Stéph. Ce récit que j'ai lu et relu et qui pourtant me fait mal est trés beau.Je ne peux pas comprendre que l'on fasse du mal à un animal;qu'importe qu'il soit chien,chat ou autre,encore plus lorsque c'est un cheval.Arrivé mercedi vers 17 h sur site,j'ai vu un cheval à terre,couché,qui trépassait devant son maitre,des curieux autour.J'ai passé mon chemmin ne pouvant regarder la suite car trop pénible.Hélas le pauvre animal est parti pour le royaume des animaux quelques 3/4 d'heure aprés son malaise.Je suis repassé 1 heure aprés pour aller a nos boxs et là j'ai vu une bache qui recouvrait la pauvre béte,et tout prés son maitre dans un état que je n'ose décrire.J'étais tout chamboulé pour lui et sa fidéle monture.Dans tous les conflits les chevaux ,que ce soit lors de cette épopée ou méme plus tard,en 14-18, on payé un très lourd tribu.Mais à l'époque on avait pas le temps de s'apitoyer sur leur sort.A part quelques uns comme le dragon Mélet qui faisait plus que la chérir,sa monture.
Vive LUI.

Joker

Message par Joker » 28 juin 2015, 19:20

Cette anecdote tend à prouver que si le cheval est le meilleur ami de l'homme, l'inverse n'est pas toujours vrai, hélas... :furieux:
Merci en tout cas pour avoir mis en ligne cet épisode malheureux que je ne connaissais pas. :cheval:

L'âne

Message par L'âne » 30 juin 2015, 10:17

Très certainement l'un des 6 chevaux dont parle Georges BARRAL. C'est bien triste en effet.
Pour ceux que ça intéresse, voici un extrait du livre de Georges BARRAL Itinéraire illustré de l'épopée de Waterloo : guide historique et militaire du champ de bataille, 1896 (Gallica) :

[Six chevaux suivirent l'Empereur pendant la campagne de Belgique, en 1815. Il les monta tous à tour de rôle et les exténua tous, ayant été presque constamment à cheval du 15 juin dès l'aurore jusqu'au 19 juin jusqu'au matin. C'était à cette époque le jeune Gudin, un de ses pages préférés, adolescent de dix sept ans, fils du général Gudin, tué en Russie en 1812, et qui fut général sous le second Empire, qui lui présentait ses montures successives, assisté de plusieurs valets d'écurie.
Pendant la journée de Waterloo, l'Empereur se servit à tour de rôle de trois chevaux appelés Marie, Désirée et Marengo. En voici l'histoire d'après nos recherches personnelles et les documents les plus précis.
Marie était une solide jument mecklembourgeoise, qui avait été prise durant la campagne de 1813, en Saxe. Elle était assez forte d'encolure, avec l'arrière-train allongé. C'est sur cette jolie bête qu'il salua l'armée, le matin du 18 juin, à dix heures, au milieu des acclamations. A ce moment là, l'Empereur parcourut les rangs une dernière fois, avant la bataille. On ne saurait dépeindre l'enthousiasme furieux qui agitait toutes les âmes. L'infanterie élevait ses shakos au bout des baïonnettes, la cavalerie agitait ses casques et ses coiffures au bout des sabres. Les chevaux piaffaient, reniflaient bruyamment, aspirant la poudre... Des cris de Vive l'Empereur ! se répercutaient comme le bruit sans cesse renouvelé des vagues de la mer... la victoire semblait inévitable...
Rentré à la ferme du Caillou, avant onze heures, l'Empereur quitte Marie pour se reposer quelques instants, puis il la reprend de midi à une heure. Il en descend alors pour s'installer avec ses cartes, sur une chaise et une table isolées de la terre boueuse par une botte de paille, sur le monticule du Trimotiau, en face Rossomme. A trois heures de l’après-midi, l'Empereur monte Désirée, jolie bête très souple. C'est elle que Victor Hugo a décrite dans la quatrième partie de ses Misérables, d'après les renseignements que lui avait transmis son père le général Sigisbert Hugo, et qui ont été corroborés par mon grand-père le capitaine de cuirassiers Janot, excellent cavalier, amateur de chevaux et très initié aux mystères des écuries de Napoléon. En voici l'exact portrait tracé par Victor Hugo : « C'était une jument coureuse, toute blanche. Elle avait les oreilles très écartées, la selle profonde, une fine tête, marquée d'une étoile noire, le cou très long, les genoux fortement articulés, les côtes saillantes, les épaules obliques, l'arrière-main puissante. Un peu plus de quinze palmes de haut (1"',50 du sabot au garrot). » L'Empereur l'avait baptisée ainsi du nom de Désirée Clary, dont il avait été épris.
A sept heures du soir, l'Empereur quitta Désirée qui était très énervée, piaffait sans cesse et se rebiffait violemment à chaque décharge de l'artillerie. Il prit Marengo, bête plus rassise, ayant assisté à nombre de batailles. C'était un petit cheval barbe ou berbère (arabe), de la couleur de sa redingote, c'est-à-dire gris fer. C'était le doyen de l'écurie impériale. C'est ce cheval qui assista à la déroute et porta Napoléon jusqu'à la ferme du Caillou. Là l'Empereur le quitta pour entrer un instant dans l'intérieur du bâtiment. Surpris par l'approche des Prussiens, sur la chaussée, il dut enfourcher rapidement et à l’improviste le premier cheval venu, car Marengo était dessellé, pour s'échapper à travers le verger et la campagne.
Marie et Marengo furent trouvés dans les écuries de la ferme du Caillou.
Marie fut rendue, par ordre de Blücher, à son ancien propriétaire le baron de Plessen, dans le haras duquel elle avait été réquisitionnée en 1813. Elle s'appelait alors Zina. L'Empereur l'avait débaptisée pour lui donner un des noms de l'Impératrice.
On fait voir aujourd'hui à Ivenach, petite ville du Mecklembourg-Schwerin le squelette de Marie « jument grise que Napoléon montait à Waterloo. ».
Marengo fut pris par des officiers anglais de l'entourage de Wellington. Ils l'envoyèrent à Londres où il mourut peu de temps après, âgé de vingt et un an. Son portrait et son squelette se trouvent actuellement à l'Institut militaire de Whitehall, dans cette ville. Un de ses sabots converti en tabatière (Angleterre, voilà bien de tes coups !) orne le mess des officiers de la garde royale au palais Saint-James. Sur le couvercle en argent de ce trophée, don du colonel Angerstein à ses camarades, on lit l'inscription suivante: Sabot de Marengo, cheval de bataille berbère, ayant appartenu à Napoléon et monté par lui à Marengo, à Austerlitz, à Iéna, à Wagram, dans la campagne de Russie et à Waterloo, sur le chemin creux d'Ohain, aux avant-postes. »
Napoléon calculait que sur les soixante champs de bataille où il avait paru, de Toulon à Waterloo, il avait eu dix-neuf chevaux tués sous lui. Blücher en comptait autant et Wellington, moitié moins, une dizaine seulement.
Nous avons rapporté, au cours de l'épopée de Waterloo, un certain nombre de paroles de l'Empereur. C'est à Decoster, à cheval auprès de lui dans l'attitude de notre dessin, se courbant à chaque décharge de mitraille qu'il dit : « Ne salue donc pas comme ça tu n'es pas aux Tuileries ! »
A ce moment l'Empereur était sur la jument Désirée.

Le cheval de Wellington
A Waterloo, le duc de Wellington resta à cheval dix-sept heures consécutives, sans changer de monture. Le bel animal qui accomplit ce tour de force s'appelait Copenhague. Il avait alors huit ans. Les dames anglaises qui dans la suite furent admises à le visiter dans le boxe luxueux où il habitait, lui arrachèrent presque tous ses crins pour les transformer en bagues et en broches. Wellington dût faire treillager sa stalle, puis en défendre la vue pour le sauver d'une spoliation absolue. Malgré le douloureux tribut payé à l'enthousiasme britannique, l'illustre Copenhague mourut seulement en 1836, âgé de vingt huit ans. Il succomba à une indigestion de crème au chocolat. Son glorieux maître le fit enterrer avec les honneurs militaires. Il lui éleva un mausolée, célébra ses vertus guerrières dans une épitaphe gravée en lettrés d'or sur une plaque de marbre noir, et entoura son champ de repos d'une somptueuse grille en fer qui existe encore dans le domaine de Strathfield-Saye.
C'était un beau cheval bai brun avec des balzanes blanches au-dessus des sabots; il avait la queue courte taillée en balais, très noir comme la crinière. Il avait une généalogie illustre, car il était le fils de Meteor et petit-fils d'Eclipsé, deux chevaux de course fameux dont les succès n'ont jamais été égalés. Copenhague prit part à neuf courses et ne gagna que trois prix de médiocre importance. La dernière fois qu'il parût sur le turf il ne fut même pas placé. Son propriétaire, lord Grosvenor le vendit à sir Charles Stewart, adjudant général de l'armée anglaise, qui faisait la guerre en Espagne contre les maréchaux de Napoléon. Pendant les premiers jours de l'année 1813, sir Charles ayant reçu l'ordre de se rendre en Allemagne, revendit son cheval à Wellington, moyennant un prix de dix mille francs. Il l'avait acheté sept mille cinq cents à son premier propriétaire et réalisait par conséquent un bénéfice honnête dans le marché conclu avec son commandant en chef.
A partir de ce moment, Copenhague fut associé à la fortune du vainqueur de Talavera et de Salamanque. Il resta exposé au feu le plus vif pendant la journée de Vitoria, et deux ans plus tard il devait s'immortaliser sur le champ de bataille de Waterloo. Et voilà comment un médiocre cheval de course peut devenir un célèbre cheval de guerre.

Le cheval de Blücher
Le cheval que montait Blücher, à Fleurus et à Ligny lui avait été donné en 1814 par le Régent d'Angleterre, plus tard Georges IV. C'était une superbe bête noire, pur-sang, ayant une large étoile blanche sur le front avec de larges balzanes aux pieds de devant seulement.
Blücher l'avait nommé le Piègent, en souvenir de son donateur. Animal très fougueux, il avait entraîné à Ligny son illustre cavalier assez loin à la suite d'une charge de nos cuirassiers que les uhlans ramenaient. Nous avons vu la chute qu'ils firent tous les deux dans le récit de cette bataille. Blücher ne fut pas aperçu par les Français. Il resta pendant un certain temps couché à plat ventre, le visage enfoui dans l'herbe pour se dissimuler. L'ardent vieillard n'avait reçu que de légères contusions. Son cheval était tombé foudroyé de la rupture d'un anévrisme, tout comme un homme. Un sous-officier céda sa monture à Blücher. Il revint alors au galop à Sombreffe. Cette bête lui ayant plu, Blücher la garda, par reconnaissance aussi, et c'est avec elle -qu'il opéra sa retraite sur Wavre, qu'il fit son apparition à Waterloo, qu'il exécuta la poursuite de notre armée et qu'il vint à Paris.]

Il semblerait que Cadet le cheval de Melet soit mort à Waterloo. Raison de plus de rendre hommage à la plus noble conquête de l'homme.

Vive l’Épopée !
Modifié en dernier par L'âne le 09 févr. 2016, 02:45, modifié 5 fois.

LeBarde

C'est vrai !

Message par LeBarde » 30 juin 2015, 11:05

-MELET et son fidéle Cadet fit 1806-1807 Prusse,pologne.1808 Espagne,1809 allemagne,1810-1811 Espagne,1812 russie,1813 saxe et campagne de France 1814.Le pauvre Cadet fut effectivement tué à Waterloo aprés avoir assisté dans plus de 12 batailles commandées par l'Empereur,et dans plus de 30 combats.
Vive LUI.

L'âne

Message par L'âne » 30 juin 2015, 11:18

Merci LeBarde. C'est d'autant plus émouvant !
Cette anecdote tend à prouver que si le cheval est le meilleur ami de l'homme, l'inverse n'est pas toujours vrai, hélas...
Napoléon considérait les chevaux comme des véhicules. On peut comprendre qu'un homme en charge du destin de tant d'êtres humains se devait de n'avoir pas la même échelle des valeurs que le commun des mortels.

Vive l’Épopée !

LeBarde

A lire.

Message par LeBarde » 30 juin 2015, 15:46

J'en avait parlé dans la rubrique "vos lectures Napo " ;si ça vous intéresse il existe un ouvrage formidable que je recommande pour l'avoir lu et relu.Romancé certes mais ça vaut la peine:" Mémoires d'un cheval" de Claude Audigier.C'est l'histoire d'un cheval qui raconte ses mémoires d'Iéna à Waterloo.Il rencontre pas mal de "copains" et notamment le cheval de l'Empereur avec lequel il converse.Je crois qu'il a été réedité il y a peu de temps,mais n'est pas donné question prix. J'ai la chance de posséder un original de 1906.Magnifique livre imposant,son poids,tranches dorées.Avec de trés belles illustrations de Jules Rouffet.Regardez sur le "net" vous trouverez certainement des renseignements sur ce bel ouvrage,émouvant à certains passages.
M'en direz des nouvelles.Vive LUI.

L'âne

Message par L'âne » 30 juin 2015, 16:38

Je viens de le trouver sur Gallica (en attendant de pouvoir l'acheter s'il me convient) : Mémoires d'un cheval (d'Iéna à Waterloo) / Camille Audigier
Du coup, je me mets à le lire. Il est 22h38, on va bien voir...
Merci
Vive l’Épopée !

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