Peyrusse : 28 février 1815...

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Christophe

Guillaume Peyrusse, Payeur du Trésor de la Couronne

Message par Christophe » 01 mai 2011, 13:25

Guillaume Peyrusse, qui fut Trésorier général de la Couronne pendant les Cent-Jours, a laissé un passage intéressant sur son entrée en Autriche, à la suite de la Grande-Armée.

Tout d'abord voici un extrait qui était resté totalement inédit. Il est tiré du manuscrit des "Mémoires" de G. Peyrusse (se trouvant à la Bibliothèque municipale de Carcassonne) et fut reproduit la première fois dans mon édition réalisée aux Editions Cléa en septembre 2009:

« 1er mai [1809]. Nous voici en Autriche, la terreur nous précède, la dévastation nous suit sur le pays ennemi. Plus de distributions aux troupes. Tout appartient au soldat : vivres, fourrage, linge, vêtements, or, argent, il prend tout ce qu’il trouve. On n’ordonne pas le pillage mais on le tolère. L’avant-garde s’empare du meilleur, le centre glane, l’arrière-garde incendie de colère les maisons où elle ne trouve rien. Voilà la guerre ! La terreur était dans Branau [Braunau] quand nous y arrivâmes. »

Le fragment qui suit fut également reproduit par L.-G. Pellissier à la fin du volume de la correspondance échangée entre Guillaume Peyrusse et son frère André (Perrin et Cie, 1894). Je l'ai trenscrite dans mon édition chez Cléa.

« Nous découvrons Ulm. En approchant de cette ville, l’une des plus considérables de la Souabe, je ne pus m’empêcher de rabattre un peu de la mauvaise opinion que j’avais du général Mack qui l’a rendue sans la défendre en 1805. Cette place est entourée, il est vrai, par de larges fossés et fortifiée de murailles assez élevées, mais ses remparts ne sauraient la protéger puisqu’elle est presque entièrement dominée par une colline qui permet de la foudroyer à demi-portée de canon. Résister eût été une sottise. La garnison, il est vrai, était forte de plus de 30,000 combattants, mais ils avaient à leur tête des princes faibles, qu’il était du devoir de Mack de ne pas compromettre. Ce général le savait. En outre, il avait reçu de Napoléon, maître du plateau qui commande la place, le billet doux suivant : « Si je prends la place d’assaut, je serai obligé de faire ce que j’ai fait à Jaffa, où la garnison fut passée au fil de l’épée. C’est le triste droit de la guerre, vous le savez. Je désire qu’on épargne à la brave nation autrichienne la nécessité d’un acte aussi effrayant. » Il eût été difficile de ne pas se rendre à de pareilles raisons, quand on n’a pas le courage de faire une sortie… » (Fragments Inédits, « Notes de voyage », pp.208-209, [sans nom de lieu], 24 avril 1809).
:salut:

Christophe

Peyrusse : 28 février 1815...

Message par Christophe » 28 févr. 2013, 00:08

Voici un extrait intéressant du témoignage du trésorier Guillaume Peyrusse (Editions Cléa, 2009). Rappelons que deux jours avant, l'Empereur s'était embarqué pour la France, à bord du navire "L'Inconstant". Peyrusse y avait sa place; laissons-le parler:

" 28 février. A la pointe du jour, on reconnut un bâtiment de soixante-quatorze, se dirigeant sur la Sardaigne ; on reconnut bientôt qu’il ne s’occupait pas de nous. L’Empereur ayant échappé aux croisières anglaises et françaises, en témoigna la joie la plus vive. C’est, dit-il, une journée d’Austerlitz… Malgré mes souffrances, je partageai la joie de tout le monde. Sa Majesté descendit dans sa chambre et en revint avec toutes les proclamations qu’elle destinait au peuple français et à l’armée, et ordonna à tous ceux qui avaient une belle plume d’en faire des copies pour qu’on pût les distribuer dans les premiers lieux de notre débarquement et de notre passage. J’étais sur le pont, adossé au mât et souffrant beaucoup.

Sa Majesté me heurta du pied, en me disant de me joindre aux autres écrivains ; je m’excusais sur le mal de tête que me causait la mer. – « Bah ! Bah ! me dit Sa Majesté, l’eau de la Seine guérira tout cela. » Je fis avec mon épaule un signe d’incrédulité. – « Monsieur le Trésorier, c’est pour la fête du Roi de Rome que nous serons à Paris. Cette noble assurance ranima nos esprits et fixa nos incertitudes. Tenus depuis quatre jours dans un état continuel d’agitation, jetés dans une entreprise dont nous ignorions même le dénouement, effrayés même de sa hardiesse, livrés, dès notre début, à des dangers de toute espèce, nous vîmes avec la plus vive joie se soulever le voile qui avait couvert les projets de Sa Majesté.

La noble simplicité, la mâle énergie de ses proclamations, en même temps qu’elles s’adressaient à tous les souvenirs, devaient ranimer toutes les espérances.

Dans l’après-midi, Sa Majesté annonça qu’elle décorait de la croix d’honneur tous ceux d’entre eux qui, partis avec elle de Fontainebleau, comptaient quatre années de service. La joie de ceux de ces militaires qui avaient part à cette faveur, n’eut plus de bornes ; ils entourèrent Sa Majesté et firent retentir le bord de leurs plus vives acclamations. Ils coururent à la caisse des signaux, où le capitaine Chautard leur fit délivrer des morceaux de serge rouge qu’ils mirent à leur boutonnière. Nous déjeunâmes tard, Sa Majesté fut très gaie ; nous nous réunîmes sur le pont autour d’elle – « Aucun exemple historique, nous fit l’Empereur, ne m’engage à tenter cette entreprise hardie ; mais j’ai mis en ligne de compte l’étonnement des populations, la situation de l’esprit public, le ressentiment contre les alliés, l’amour de mes soldats, enfin tous les éléments napoléonistes qui germent encore dans notre belle France. »[/color][/aligner]

Peyrusse

Guillaume Peyrusse, Payeur du Trésor de la Couronne

Message par Peyrusse » 17 oct. 2017, 20:00

Extrait des « Mémoires » de Guillaume Peyrusse qui avait été nommé le 20 février 1810 par le comte Estève au poste de la comptabilité des recettes du Trésor de la Couronne.
Puis huit jours après, Peyrusse est désigné par le même comme Payeur du Trésor chargé des fonds à employer et de la garde des bijoux afin d’accompagner les personnes de la maison de l’Empereur chargées d’aller au-devant de la future impératrice (Marie-Louise). (Son ordre de mission porte la suscription suivante : A monsieur Guillaume Peyrusse, chef de la comptabilité des Recettes du Trésor de la Couronne).

------------------------------
« Le 28 février 1810, je fus désigné par M. le Trésorier général de Sa Majesté l’Empereur pour aller porter à Vienne et à Braunau les bijoux, parures, écrins et autres présents destinés, par Sa Majesté l’Empereur Napoléon, à être offerts à S. A.. I ; l’Archiduchesse Marie-Louise, ainsi qu’aux dames et officiers de son service d’honneur.

Conformément à mes instructions, je reçus, des mains de Son Exc. M. le Comte de Montesquieu [Il s’agit du comte de Montesquiou-Fézensac (1764-1834), qui occupait la charge de Grand chambellan] les écrins contenant le portrait de Sa Majesté, le collier, les boucles d’oreilles et leurs pendeloques, les agrafes, les tabatières enrichies de diamants et diverses autres cassettes renfermant des présents.

J’en fournis récépissé et je les fis renfermer dans la voiture de voyage qui m’était destinée et que je ramenai aux Tuileries.
Pendant la nuit, je fis tout arranger dans ma vache [Panier revêtu de cuir, qu’on place sur les voitures de voyage,] ne gardant sous ma main que la somme de 400,000 francs, en or, qui me furent donnés pour les dépenses du voyage.
Le rendez-vous était pour le lendemain 1er mars, à trois heures du matin, dans la cour du Louvre. […]

Je fus exact au rendez-vous ; M. l’Inspecteur des Postes me donna le rang que ma voiture devait tenir dans la marche du convoi, et j’attendis.
J’avais été trop préoccupé, pour avoir pu faire aucune espèce de provisions de voyage ; et, sachant, par expérience, tous les embarras et tous les retards qu’éprouvent, en route et dans le service des tables, les officiers qui marchent à la suite d’une Majesté, je songeai à me prémunir.

Ne voyant pas que les dispositions du départ dussent être promptes, j’eus la malheureuse idée d’aller chez le pâtissier de la rue Montmartre, pour y faire mes provisions. Je prévins l’Inspecteur de mon déplacement et, du grand train de mes quatre chevaux, me dirigeai vers la maison Lesage.

A ma sortie du Louvre, je vis plusieurs hommes sortir d’une allée de la rue du Coq ; cette rencontre n’excita pas ma défiance.

Une voiture de vidange stationnait au milieu de la rue de la Jussienne ; ma voiture se gara du trottoir, mais pas assez, puisque les roues de droite, montant sur le trottoir, firent incliner ma voiture et tomber ma vache sur le dos de mon domestique ; les deux courroies de droite et celle de derrière gauche avaient été coupées avec un tranchet ; la vache resta suspendue à la courroie gauche de l’avant.
La sensation que j’éprouvai dans ce moment est inexprimable. J’avais couru le danger d’être complètement dévalisé… L’obscurité de la nuit aurait rendu toute perquisition du moment impossible.
J’avais commis une imprudence blâmable ; je pouvais être soupçonné … Dans mon effroi, je songeais aux conséquences funestes que cet évènement eut pu amener… Avant que la police eût pu se mettre en mouvement, les voleurs de cette riche proie auraient eu le temps de tout dénaturer… Quelle excuse aurais-je pu donner ? … Ma tête était en feu !...
J’eus cependant l’esprit assez présent pour ne pas me faire connaître des vidangeurs, qui aidèrent à remonter et à fixer la vache. Cet évènement ne fut pas connu. J’eus moi-même grand soin de le taire.

Revenu de ma terreur, je songeai à mes provisions, et je pris mon rang dans le convoi, au moment où il déboucha sur le boulevard. »

Peyrusse

Les derniers jours de la campagne de Russie vécus par G. Peyrusse, Payeur du Trésor de la Couronne.

Message par Peyrusse » 18 déc. 2017, 10:55

« 10 décembre [1812]. Au point du jour, je fis atteler ; mais le reflux des fuyards qui échappaient aux Cosaques, maîtres de Vilna depuis la veille, causa un affreux désordre ; l’encombrement augmentait et rien ne pouvait passer. Déjà les Cosaques gagnaient la hauteur, amenant avec eux des canons. C’est alors que le Roi de Naples, consulté, nous fit dire qu’il n’y avait pas un instant à perdre pour sauver tout ce qu’on pourrait des objets et valeurs appartenant à l’Empereur. Je reçus alors l’ordre d’enlever de mon fourgon tout ce que je pourrais, de le charger sur des chevaux et de gagner la hauteur où l’on se ralliait.

Je ne sais où je trouvai des forces. Je pris de toutes parts des sacs que je trouvai sur des voitures ; je rompis mes caisses d’or, et je renfermai tout mon or, mes roubles, mes bijoux, les dépôts qui m’étaient confiés et mes papiers dans des sacs.

Je pris des hommes de la Maison ; je leur donnai à chacun un cheval à conduire ; puis je pris quelques effets ; je n’oubliai pas le peu de provisions que je conservais précieusement, et, quelque pénible que fût pour moi le sacrifice des objets précieux que je m’étais procurés à Moscou (entre autres un reliquaire contenant la main de l’apôtre Saint-André), je mis le feu à mon fourgon. Je partis enfin, cheminant à pied avec mon convoi, et tenant haute la tête de mon cheval, pour qu’il ne tombât pas ; ce qui cependant lui arriva souvent. Dans une de ses culbutes , je suis entraîné avec lui ; je le jette par terre et en nous débattant, la chaîne reste dans sa main, la montre dans la mienne ; et, craignant pour mon cheval resté sans guide, j’abandonne la chaîne pour courir après ma bête, promettant à mon troupier de lui donner de mes nouvelles, et je reprends la file, entouré par les fuyards et séparé de mon convoi.

A l’entrée d’un bois de bouleau, je vis à l’écart un cheval couché, ayant encore sur lui une paillasse contenant la vaisselle plate de Sa Majesté. Il était abandonné, et tel était l’empressement ou l’insouciance de tous les fuyards, qu’aucun d’eux n’avait voulu s’en approcher. Je le joignis à ce qui restait à mon convoi, et j’arrivai fort tard au château d’Evé [Ewé] où Sa Majesté le Roi de Naples avait établi son quartier. Je fis remettre au contrôleur les objets sur lesquels il ne comptait plus. Le domestique, qui avait été chargé de les surveiller, s’étant enivré, était mort brûlé dans une grange. Tout mon convoi ne m’avait ne m’avait pas suivi à Evé [Ewé]; l’obscurité de la nuit nous avait séparés ; aussi mon inquiétude fut extrême toute la nuit.

11 décembre. Je fus très empressé, dès que le jour parut, à visiter tous les bivouacs, à questionner tous les domestiques. Les renseignements que je recueillis furent vagues. Je rendis compte à Sa Majesté de tous mes embarras au défilé de Poumari [Ponari] et de tous mes efforts pour ne rien perdre. Je lui témoignai les plus vives inquiétudes sur les fonds confiés à une partie de mon escorte que le désordre de la marche et l’obscurité de la nuit avaient séparée de moi. Sa Majesté m’accueillit avec bonté et chercha à calmer ma préoccupation . Sa Majesté m’a demandé de quel pays j’étais. – Sire, de Carcassonne. – Ah ! Ça a été ma première garnison ; c’est un joli pays. [Il s’agit ici de Murat, roi de Naples, auquel l’Empereur avait confié l’armée en la quittant à Smorgoni, le 5 décembre 1812]

Je suivis le mouvement du quartier-général. Jusqu’à ce jour, on avait trouvé, de distance en distance, quelques soldats armés marchant autour de leur étendard ; mais la déroute de notre armée était aujourd’hui complète ; elle ne présentait plus qu’une traînée confuse d’hommes de tous les rangs, désarmés, marchant silencieusement, craignant de se heurter, dévorant à l’écart les provisions qu’ils s’étaient procurées ; les pieds, les mains, une partie de la figure enveloppés de mauvais chiffons, de couvertures à demi-brûlées. Notre caractère était aigri, irrité ; le spectacle de nos camarades mourants sur les routes, dans les fossés, autour des feux de bivouac, ne pouvait plus nous émouvoir ; nous étions trop malheureux pour être sensibles, et, semblables à des sauvages, nous ne luttions que pour notre propre conservation. Je m’arrêtai à Zismori. Son Altesse le Vice-Roi y ralliait le quatrième corps, qui était réduit à deux cents hommes. Je traversais les rues de ce bourg, lorsque j’entends mon nom et vois accourir vers moi mon domestique Frantz. Ma joie fut vive ; il m’apprit que tout le convoi était rallié, qu’il avait marché le matin à la suite du Roi, espérant me trouver à la ville voisine, et que, sachant mon séjour à Evé [Ewé] par les domestiques de la maison, il avait attendu mon passage. Ce que j’éprouvai de bonheur, de plaisir et de joie est inexprimable ; la certitude d’avoir conservé tout ce qui m’avait été confié dominait tous les regrets que le sacrifice de tous mes effets aurait pu me causer. Je courus vers Kowno ; je m’approchai du Niémen… Mais que les temps étaient changés !... A peine vingt mille hommes revoyaient ce fleuve !... et dans quel état !... Six mois auparavant une armée de quatre cent cinquante mille hommes, un matériel en artillerie immense, l’avaient traversé dans l’état le plus brillant. Aujourd’hui, cette armée arrivait en lambeaux, démoralisée, sans chef, fuyant un climat d’airain. J’arrivai le soir à Kowno. Déjà les magasins étaient au pillage. Les farines, les liquides, les effets d’habillement étaient livrés à la rapacité du soldat et foulés aux pieds ; il ne songeait qu’à boire et il se livrait à ce besoin avec un tel excès que les rues, les places publiques étaient encombrées de soldats ivres, entassés les uns sur les autres ; ils ne purent résister au froid de la nuit ; engourdis et couverts de neige, ils passèrent du sommeil à la mort . Dans la nuit, un violent incendie éclata dans le magasin général. Les Cosaques, qui s’étaient établis non loin de nous, profitèrent de ce désordre pour attaquer les troupes qui faisaient l’arrière-garde. Les premiers coups de fusils mirent partout la confusion. Chacun cherchait à fuir et rencontrait partout des obstacles au débouché des rues. Je fus bientôt sur pied.

13 décembre. Depuis la perte de mon fourgon, je marchais péniblement ; n’ayant que des chevaux, leur chargement et leur déchargement nous faisaient perdre beaucoup de temps. La rencontre, pas très loin de mon logement, d’un traîneau abandonné, me fut très précieuse. J’y déposai tout mon service et toutes les provisions que je m’étais procurées, et je partis à la suite du Roi. Quelques coups de fusils, entendus du côté de l’abbaye, nous annoncèrent la présence de l’ennemi. Etant hors d’état de soutenir une lutte, nous nous jetâmes pêle-mêle sur toutes les routes qui débouchent de Kowno ; le pont ne pouvait suffire ; on se hasarda, pour échapper à un danger qui paraissait imminent, à traverser le Niémen glacé. Je me décidai à suivre cette voie périlleuse. Arrivé au point culminant de la rampe qui descend vers le fleuve, nous vîmes un fourgon de Trésorerie d’une division, abandonné sur le côté de la route et entouré de soldats qui le pillaient ; courbant sous le poids des sacs d’écus, ils offraient 1,000 Fr. d’argent pour deux ou trois pièces d’or. J’arrivai le soir à Krausen, exténué de fatigue et de faim et les pieds et les mains gelés. Ce jour-là je perdis mon domestique, et, deux jours après, j’appris, à n’en pas douter, qu’il avait été cosaqué avec presque tout ce qui était resté à Kowno. Il avait de l’argent à lui, 3,000 Fr., et des effets à moi sur son cheval ; il aura voulu se défendre et il aura été tué.

14 décembre. A Antonovo.

15 décembre. Traversé Wilkowiski et couché à Wirbalen. Nos misères n’étaient pas finies. Le froid et la faim éclaircissaient nos rangs ; il n’existait plus de trace de corps organisés ; ce qui restait de la Vieille Garde conservait encore un peu d’attitude, mais luttait péniblement contre le poids de toutes les misères humaines.

16 décembre. Couché à Statuphonem. J’ai commencé à respirer un peu ; éprouvant tout espèce de privations depuis quelques mois, je n’en ai que plus vivement senti l’obligeance et la prévenance de mon hôte, le chancelier Miller.

17 décembre. A Gumbinnen. Le Vice-Roi y avait placé son quartier.

18 décembre. Me voyant hors de tout danger, j’ai séjourné dans la ville.

19 décembre. A Georginbourg.

20 décembre. A Taplakem.

21 décembre. A Tapiau.

22 décembre. A Königsberg, où j’appris la défection des Prussiens. Pendant quatre jours, je me trouvai seul sur la route ; de loin en loin quelques malheureux soldats, sortant des maisons dispersées sur les bords des routes, m’apparaissaient comme des ombres. Je pris mon logement au palais. La ville était encombrée.

23 décembre. Séjour. J’en ai profité pour visiter la ville. Divers canaux entretenus par le Prégel et Frich-Haff, donnent aux affaires commerciales un très grand et facile mouvement.

24 décembre. A Brandebourg.

25 décembre. A Braunsberg.

26 décembre. A Elbing. La ville est grande, commerçante, entourée de canaux ; on y voit des moulins à dessèchement.

27 décembre A Mariembourg. »
------------
(Baron PEYRUSSE, "Mémoires").

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Bernard
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Re: Guillaume Peyrusse, Payeur du Trésor de la Couronne

Message par Bernard » 18 déc. 2017, 13:17

Encore un excellent document qui éclaire sur ces dernières et difficiles semaines... Merci cher Peyrusse !

Peyrusse

4 juin 1813. Lettre de Guillaume Peyrusse à son frère André...

Message par Peyrusse » 04 juin 2018, 20:12

En 1813, Guillaume Peyrusse participe à la campagne de Saxe au titre de "Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur". Le 29 juillet de la même année, il sera nommé "Payeur de l’Empereur". Cette lettre est adressée à son frère André.
------------------

"Au quartier-général de Neumarkt, 4 juin 1813.

Je n’ai pas des tes lettres depuis longtemps, mon cher André. Je ne sais pas même si je ne suis pas un peu en retard avec toi. Mais j’ai plusieurs excuses à te donner et qui le justifieront. D’abord, j’ai été malade à Mayence quand Sa Majesté y est arrivée. Je me suis traîné comme çà jusqu’à Bichofferda à neuf lieues en avant de Dresde, d’où j’ai été envoyé à Fuld pour y chercher de l’argent qui nous a manqué. J’ai fait grande diligence. Elle naissait des vives inquiétudes que me donnait la route sur laquelle des partis de Cosaques et des partisans se montraient, mail fallait arriver. J’ai fait mes deux cent trente lieues dans sept jours et j’ai même éprouvé des retards, faute de chevaux. J’arrive et j’apprends la cruelle catastrophe qui me prive d’un grand protecteur [le général Duroc, blessé très grièvement le 21 mai 1813, lors de la bataille de Bautzen]. Je suis désolé de ne l’avoir pas assisté dans ses derniers moments. Quoiqu’il souffrit le martyre, il a survécu vingt-sept heures à sa blessure. Il a eu le ventre traversé par un boulet qui lui a fait huit trous aux entrailles. Il a conservé toute sa connaissance et il est mort comme un héros. Sa Majesté l’a honoré de sa visite.-« Eh bien mon pauvre Duroc », en lui prenant la main, « vous devez bien souffrir. N’avez-vous rien à me dire , »-« Non, Sire, j’ai toujours été un honnête homme et fidèle sujet de Votre Majesté. Je n’ai qu’un regret de ne pouvoir plus la servir. Les comtes sont en règle… »- « vous laissez une fille… »- « Oui, Sire, mais je lui laisse assez de fortune pour être heureuse… » Les sanglots étouffaient la voix de sa Majesté qui fut entrainée par le duc de Dalmatie [maréchal Soult]. Sa Majesté a fait une perte irréparable. Son corps a été embaumé et transporté militairement à Mayence. Je fis une grande perte : il m’avait beaucoup promis cette campagne, et il avait assuré M. l’’écuyer [de] Saluces qui lui avait parlé de moi qu’il demanderait la croix bleue [l’ordre de la Réunion ?] pour moi [pour] cette campagne. A propos de M. de Saluces, il est, je crois , major du régiment des gardes d’honneur qui s’organise à Tours. Tu l’auras sans doute vu. Pries-le de me recommander au grand écuyer [Général de Caulaincourt] avec le même intérêt qu’il avait parlé de moi au [grand-] maréchal, et qu’il ajoute la promesse de M. le [grand-] lui avait faite pour moi d’obtenir de Sa Majesté la croix bleue, fondée sur tous les titres que m’a donnés la conservation du trésor de Sa Majesté aux dépens de tous mes effets et de ma vie . Pour que la lettre arrive sûrement, tu l’enverras ou [la] feras envoyer à Mélan qui me l’adressera par l’estafette et je la remettrais moi-même. Soigne cette affaire. Mais comme un malheur n’arrive jamais sans l’autre, tu sauras que le 30 mai [1813] tous les équipages de Sa Majesté avaient été parqués dans une grande grange, [en] crainte des Cosaques, qui, la veille, avaient entamé un convoi. J’étais dans une des écuries de ce bâtiment à travailler. A une heure, on a crié « Au feu ! », j’ai ramassé mon portefeuille ; je n’étais pas hors de l’écurie, que le feu y pénétrait ; tout était ne paille. J’ai donné mes papiers à garder à un grenadier et me suis jeté sur mon caisson pour le faire sortir, mais l’action du feu a été si prompte et si active que j’y étais à peine arrivé que j’étais étouffé par la fumée et entouré par les flammes. Dans un clin d’œil, tous les bâtiments de ferme ont été enflammés. Par une cruelle position j’avais mis mes deux portemanteaux dans le fourgon, où je les croyais plus en sûreté que dans mon écurie. Tout a été brûlé, et je suis sans chemise, moi et bien d’autres. Sa Majesté a perdu toute sa garde-robe, mais elle a été peu sensible à cet événement. Elle a dit : « Eh bien ! C’est une cosaquade. » Ce n’est pas tout ; tu vas dire : «L’or qui est dans le fourgon ne brûlera pas… » mais tu sauras que j’étais de moitié dans mon fourgon avec la pharmacie. Il y avait seize caisses de drogues, qui ont entretenu un feu tel que j’ai un bon sixième de mon or fondu comme du mâchefer mêlé avec du fer, des cristaux et du charbon. J’ai fait de suite au prince major-général [maréchal Berthier] ma déclaration de ce qu’il y avait dans mon fourgon, et, comme Sa Majesté allait partir, je lui ai demandé un bataillon pour me protéger dans les recherches que j’allais faire ; à 5 heures j’ai pu parvenir à faire faire par les sapeurs del a Garde un chemin dans ce foyer pour aller sur le lieu où stationnait mon fourgon. La place n’était pas encore tenable ; cependant nous nous y sommes maintenus. J’avais avec moi six hommes, nos recherches ont été très actives et très laborieuses. Tous mes napoléons qui ne se sont pas fondus sont noirs comme le… [charbon ?]. Lorsqu’il fut devenu constant qu’on ne pouvait plus rien trouver, j’ai tout renfermé et fait à l’instant le procès-verbal que j’ai mis très en règle et que j’ai fait certifier par le grand prévôt de l’armée, viser par M. le grand écuyer, et envoyé à M. [de] La Bouillerie [le trésorier général de la Couronne, supérieur de Peyrusse] le lendemain avec ma situation, de laquelle il constate que j’avais en caisse la somme déclarée au prince major-général. Je m’occupe à laver à l’eau forte mes napoléons pour les besoins du service, et à compter ceux qui peuvent l’être pour pouvoir constater le déficit que je ne vois pas devoir être bien considérable. Tu vois, mon ami, que chacun a ses traverses [travers].

Depuis trois jours, nous sommes ici dans un trou à huit lieues de Breslau, où le prince dela Moskowa [maréchal Ney] est depuis trois jours fort tranquille. M. le grand écuyer est à trois lieues et demie d’ici, et je crois que dans quelques jours nous apprendrons du bien bon. Les avant-postes se regardent sans se rien faire. Je voudrais cependant, avant que cela ne finisse, qu’on fit une belle peur aux Berlinois pour celle qu’ils m’ont faite…"

« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1812. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, Libraires-Editeurs, 1894, pp.133-137.


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Re: 4 juin 1813. Lettre de Guillaume Peyrusse à son frère André...

Message par Bernard » 08 juin 2018, 18:02

Cher Peyrusse, merci pour ce texte très intéressant. Même par ses détails car, pour moi, il confirme enfin la présence du grand écuyer durant cette campagne qui n'est que survolée dans les mémoires du duc de Vicence. On sait par sa correspondance et celle de Napoléon qu'il venait de négocier alors l'armistice de Pleiswitz signé ce même 4 juin.

Peyrusse

Caulaincourt...

Message par Peyrusse » 08 juin 2018, 20:28

Cher Bernard, le grand écuyer de l'Empereur devint le protecteur de G. Peyrusse (avec le baron Fain) lorsque l'infortuné Duroc fut tué qui tenait ce rôle. A travers la lecture de ses "Mémoires" et de sa correspondance entretenue avec son frère André, on peut deviner une certaine inquiétude.

:salut:

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Guillaume Peyrusse, Payeur du Trésor de la Couronne

Message par Bernard » 08 juin 2018, 20:35

Peyrusse a écrit :
08 juin 2018, 20:28
Cher Bernard, le grand écuyer de l'Empereur devint le protecteur de G. Peyrusse (avec le baron Fain) lorsque l'infortuné Duroc fut tué qui tenait ce rôle. A travers la lecture de ses "Mémoires" et de sa correspondance entretenue avec son frère André, on peut deviner une certaine inquiétude.
C'est exact. Mais c'est aussi un moment où une polémique inutile amène le grand écuyer à vouloir renoncer (en vain) à son mandat de négociation. Il n'aurait pas été étonnant qu'il ait quitté l'armée à ce moment. Il y a un trou de plusieurs semaines dans les traces... Votre texte confirme bien sa présence non seulement à la table de négociation mais aussi au grand état-major.

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