★ La mort du maréchal BERTHIER...

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Modérateur : Général Colbert

William Turner

Re: Maréchaux : Berthier

Message par William Turner »

L'âne a écrit :
06 oct. 2017, 20:14
Ils avaient trouvé là une excellente formule pour diviser davantage l'opinion et créer les dissensions dès 1814.
C'est certes une formule, mais elle n'est pas fausse, surtout en 1815.
L'âne a écrit :
06 oct. 2017, 20:14
Je crois modestement que la pression exercée sur les épaules du Maréchal Berthier est celle la plus importante qu'un général ait pu subir à cette époque (intensité, fréquence).
Les "tourments" que lui avait infligés Napoléon (pour reprendre la formule de Louis Chardigny à l'égard de laquelle certain se montre moins critique que la formule "harcèlement moral" que j'avais enmployée) ne sont, à mon avis, pas non plus totalement étrangers à la crise morale qui semble avoir poussé Berthier à abréger ses jours.
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Re: Maréchaux : Berthier

Message par L'âne »

Il n'aurait donc pas profité du séjour de Napoléon à l'île d'Elbe pour se refaire une santé ?
Louis XVIII ne lui aurait-il pas aussi tapé sur le système, humilié ?
N'a-t-il pas voulu se punir de la honte d'avoir fui Fontainebleau sans même saluer celui qui avait fait sa fortune matérielle et qui était revenu aux commandes ?
Le harcèlement moral a ceci de terrible que ceux qui en sont victimes n'ont pas d'autre choix que rester à leur poste, dans leurs fonctions, la plupart du temps.
Le Maréchal Berthier pouvait faire en sorte de se soustraire à l'autorité directe de l'Empereur.
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William Turner

Re: Maréchaux : Berthier

Message par William Turner »

L'âne a écrit :
06 oct. 2017, 22:46
Il n'aurait donc pas profité du séjour de Napoléon à l'île d'Elbe pour se refaire une santé ?
Des années de tourments, ça laisse des séquelles dont on ne se remet sans doute pas facilement.
L'âne a écrit :
06 oct. 2017, 22:46
Louis XVIII ne lui aurait-il pas aussi tapé sur le système, humilié ?
N'est pas plutôt à Ney ou sa femme que cela pourrait s'appliquer ?
L'âne a écrit :
06 oct. 2017, 22:46
N'a-t-il pas voulu se punir de la honte d'avoir fui Fontainebleau sans même saluer celui qui avait fait sa fortune matérielle et qui était revenu aux commandes ?
Il est effectivement probable que Berthier ressentait une certaine culpabilité à propos de son attitude lors de la première abdication.
On pourrait aussi considérer qu'il était soumis à une double contrainte ou une injonction contradictoire.
Au moment de sa première abdication, Napoléon avait donné comme indication de se soumettre au nouveau pouvoir qui allait prendre sa place.
Son retour de l'île d'Elbe place une quantité de gens en porte-à-faux, puisqu'ils ont fait allégeance à Louis XVIII sur les conseils de Napoléon et qu'ils se retrouvent au moment des Cent-Jours à devoir trahir quel que soit leur choix : s'ils restent fidèle à Louis XVIII, c'est Napoléon qu'ils trahissent et s'ils se rallient à Napoléon, c'est Louis XVIII qu'ils trahissent.
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Re: Maréchaux : Berthier

Message par L'âne »

N'est pas plutôt à Ney ou sa femme que cela pourrait s'appliquer ?
Plusieurs Maréchaux ont subi des humiliations malgré les postes octroyés pour fédérer. Soult en avait fait les frais par exemple.
Son retour de l'île d'Elbe place une quantité de gens en porte-à-faux, puisqu'ils ont fait allégeance à Louis XVIII sur les conseils de Napoléon et qu'ils se retrouvent au moment des Cent-Jours à devoir trahir quel que soit leur choix : s'ils restent fidèle à Louis XVIII, c'est Napoléon qu'ils trahissent et s'ils se rallient à Napoléon, c'est Louis XVIII qu'ils trahissent.
Oui, tout à fait. Les historiens ne mettent pas ou pas assez en exergue le dileme tragique auquel ont été confrontés ces hommes.
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Cyril Drouet
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Re: Maréchaux : Berthier

Message par Cyril Drouet »

A ce sujet, on peut citer les Souvenirs de Macdonald :
« La résolution du Congrès de Vienne, du 13 mars, était parvenue au Roi le soir ou dans la nuit; elle annonçait l'armement de toute l'Europe contre Napoléon; cette pièce venait d'être imprimée et affichée sans produire beaucoup d'effet; on doutait même de son authenticité dans la ville. Il était évident que la France divisée ne pourrait résister à une aussi grande masse de forces; elle y avait déjà succombé lorsqu'il n'y avait pas encore de division et qu'une main ferme tenait les rênes de l'État. Je ne hasardais donc rien en prédisant le retour du Roi dans quelques mois. Enfin, je terminai ma harangue en donnant pour gage de mes sentiments mon bâton de maréchal. Le Roi, pendant ce discours, avait repris son air calme et souriant; il fit l'éloge de ma franchise et dit que, pour preuve de sa confiance, il consentait. Le maréchal Mortier demanda la même permission, qui fut également accordée. Le pauvre prince de Neuchâtel se rongeait les ongles; il était l'un des capitaines des gardes et en service; il ne pouvait honorablement solliciter la même autorisation; en sortant du conseil il me suivit tout troublé et me dit qu'il donnerait sa démission en arrivant à Gand, qu'il se rendrait à Bamberg pour chercher la princesse et ses enfants et qu'il rentrerait en France; il me pria de l'annoncer à sa famille et à ses amis, même par les journaux; je le lui promis et tins parole. Il craignait de passer pour émigré. »

Comme indiqué, il présenta par deux fois sa démission au roi. Il l’obtint finalement le 22 mai.
Alors que sa demande de passeport venait d’être refusée, un autre point chagrina grandement Berthier. La presse française avait en effet annoncé son arrivée à Vienne. Il chargea alors son premier aide de camp, le colonel Pernet de démentir la nouvelle. Ainsi, le Journal de l’Empire publiait le 21 avril cette lettre :
« Monsieur,
Vous annoncez, ainsi que plusieurs autres journaux, que le maréchal, Berthier est arrivé à Vienne le 5 avril permettez-moi de démentir ce fait. Depuis le mois d'octobre dernier, j'y remplissais une mission près les ministres des puissances au Congrès, je n'ai, quitté cette ville que le 6 avril au soir; et bien loin que le maréchal Berthier y fût arrivé le 5, comme vous le dites, il n'y était nullement annoncé ni attendu. Pour vous convaincre de l'erreur dans laquelle vos correspondants vous ont mis, j'ajouterai, Monsieur, qu'étant revenu de Vienne par Bamberg j'euS l'honneur de passer la journée du 11 avril avec le maréchal prince Berthier au château de Bamberg, où il s'était rendu pour y rejoindre sa femme et ses enfants, attendant les passeports qu'il avait demandés au gouvernement bavarois pour retourner avec sa famille en France. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien insérer ma lettre dans votre prochain numéro. Le maréchal prince Berthier est trop bon Français, trop connu pour son attachement à la patrie pour laisser croire qu’il ait jamais songé à la quitter. »

Entre trahir l'un ou l'autre monarque, restait une autre option : celle de rester fidèle à son pays.
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Re: Maréchaux : Berthier

Message par Cyril Drouet »

Cyril Drouet a écrit :
07 oct. 2017, 07:53
Entre trahir l'un ou l'autre monarque, restait une autre option : celle de rester fidèle à son pays.
Et ça consiste en quoi, ça ?
Revenir au sein de sa patrie et la servir. Mais là, cela devient une démarche très personnelle susceptible d'évoluer avec le temps. Mais force est de constater que ce n'était pas en restant à Bamberg que Berthier pouvait prouver, pour reprendre les mots de Pernet, "son attachement à la patrie".
William Turner

Re: Maréchaux : Berthier

Message par William Turner »

Cyril Drouet a écrit :
07 oct. 2017, 10:07
Revenir au sein de sa patrie et la servir.
C'est ce qu'a fait Macdonald, si je ne me trompe. L'extrait que vous citez de ses souvenirs n'est cependant pas clair du tout sur ce point. C'est comme s'il manquait une phrase. Il y est dit que Louis XVIII "fit l'éloge de ma franchise et dit que, pour preuve de sa confiance, il consentait". Mais à quoi consentait-il ? De même, on peut s'interroger sur ce qu'est la "même permission" qui fut accordée à Mortier, mais que Berthier ne pouvait solliciter honorablement. :cry:
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Re: Maréchaux : Berthier

Message par Cyril Drouet »

L'extrait que vous citez de ses souvenirs n'est cependant pas clair du tout sur ce point. C'est comme s'il manquait une phrase. Il y est dit que Louis XVIII "fit l'éloge de ma franchise et dit que, pour preuve de sa confiance, il consentait". Mais à quoi consentait-il ?
Louis XVIII consentait à voir Macdonald ne pas l’accompagner au-delà de la frontière.
Celui-ci lui avait tenu ce langage :
« Sire, dis-je, qui quitte la patie la perd. Ce ne sera sûrement pas pour longtemps, ajoutai-je; mais puisque votre détermination est résolue, permettez-moi de rester. »

Dans ses Souvenirs, le récit se poursuit ainsi :
« Dans ce moment le Roi marqua de la surprise; sa figure se rembrunit; il devint pensif; je continuai :
« J'ai fait loyalement tout ce qui a dépendu de moi pour maintenir l'autorité de Votre Majesté et pour la retenir dans ses États; elle veut les abandonner; je la conduirai en sûreté jusqu'à la frontière, mais je n'irai pas plus loin. Je ne lui serais plus qu'un être à charge, inutile, embarrassant; je lui resterai inébranlablement attaché, dévoué, fidèle à mes serments; il peut survenir à l'intérieur tel événement en son absence, qui ne peut durer que quelques mois, et je pourrais lui être en France beaucoup plus utile qu'ailleurs. »

De même, on peut s'interroger sur ce qu'est la "même permission" qui fut accordée à Mortier
C’est la même qui fut accordée à Macdonald. A ce sujet, on peut se référer aux Souvenirs militaires de Bourgoing :
« Le duc de Trévise rassembla tous ses aides de camp. Le simple langage que mon brave et digne chef nous tint, inspiré, dans des circonstances si compliquées, par le bon sens et la loyauté, sera approuvé par les hommes d'honneur de toutes les opinions.
Le maréchal nous dit :
« Messieurs, le Roi est parti; je lui suis resté fidèle tant qu'il n'a pas quitté la France. Maintenant, il y a deux voies à suivre ; elles sont également honorables à mes yeux. Chacun de vous peut choisir. Ceux de mes aides de camp qui croiront devoir, avant tout, fidélité au Roi, ceux-là n'ont qu'à le suivre, ils emporteront toute mon estime; d'autres penseront peut-être que c'est à la patrie qu'il faut se consacrer quand, par malheur, on doit choisir entre elle et un Roi; c'est ma manière de voir. Je suis un soldat de l'armée, je ne me sépare point d'elle et je défendrai la France contre les étrangers. Décidez-vous donc, messieurs, il en est temps encore. C'est une affreuse nécessité pour de braves gens que d'avoir à faire un pareil choix; mais, je le répète, les deux partis à prendre sont honorables. »

Nous répondîmes unanimement :
« Monsieur le maréchal, nous pensons comme vous. Vos sentiments sont les nôtres, nous restons fidèles à la France. »

mais que Berthier ne pouvait solliciter honorablement.
Capitaine des gardes alors de service, il a sans doute jugé qu’une telle demande était prématurée.
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Re: Maréchaux : Berthier

Message par L'âne »

Franck FAVIER auteur de "Berthier, l'ombre de Napoléon" nous indique qu'il s'est occupé de sa maîtresse, la marquise de Visconti, suite à un accident vasculaire cérébral qui la laissa hémiplégique. C'est louable et montre quelqu'un de fidèle en amour.
Berthier était bigame. Il vivait avec cette dernière et son épouse. Les deux femmes s'entendaient.
Je rejoins l'auteur qui affirme que Berthier se contenta de rester dans l’ombre de Napoléon et d’être l’exécuteur des ordres, qu'il n’avait certainement ni le goût ni les qualités pour être un Murat, Lannes ou Davout, mais que son rôle moins brillant, au prime abord, s’avère plus fondamental dans l’Épopée napoléonienne.
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Re: Maréchaux : Berthier

Message par Cyril Drouet »

L'âne a écrit :
08 sept. 2018, 12:19
Berthier se contenta de rester dans l’ombre de Napoléon et d’être l’exécuteur des ordres

« L'empereur, monsieur le maréchal, dans l'ensemble de ses projets, n'a besoin ni de conseils ni de plans de campagne ; personne ne connaît sa pensée, et notre devoir est d'obéir »
(Berthier à Ney, 18 janvier 1807)
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