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Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Drouet Cyril

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Message par Drouet Cyril » 02 nov. 2009, 10:23

Histoire de chat contée par la duchesse d’Abrantès dans ses Mémoires :

« Je me rappelle que le jour où[/i] [Bonaparte] endossa l'uniforme, il était joyeux comme tous les jeunes gens le sont à pareil jour; mais il avait dans son habillement une chose qui lui donnait une apparence fort ridicule, c'était ses bottes : elles étaient d'une dimension si singulièrement grande que ses petites jambes, alors fort grêles, disparaissaient dans leur ampleur. On sait que rien ne saisit le ridicule comme l'enfance ; aussitôt que ma sœur et moi nous le vîmes entrer dans le salon avec ses deux jambes affublées de la sorte, nous ne pûmes nous contenir, et des rires fous s'ensuivirent. Alors, comme plus tard, il n'entendait pas la plaisanterie; dès qu'il se vit l'objet de notre hilarité, il se fâcha. Ma sœur, qui était plus grande que moi et beaucoup plus âgée (elle était ma marraine), lui répondit, toujours en riant, que puisqu'il ceignait l'épée, il devait être le chevalier des dames, et qu'il était bien heureux qu'elles plaisantassent avec lui.
« On voit bien que vous n'êtes qu'une petite pensionnaire, dit alors Napoléon d'un air dédaigneux. »
Ma sœur avait alors douze à treize ans : on peut penser combien ce mot la blessa. Elle était fort douce : mais nous ne le sommes plus, nous autres femmes, quels que soient et notre âge et notre caractère habituel, lorsque notre vanité s'en mêle. Celle de Cécile fut blessée au vif de l'épithète de petite pensionnaire.
« Et vous, répondit-elle à Bonaparte, vous n'êtes qu’un chat botté. »
Tout le monde se mit à rire ; le coup avait porté. Je peindrais difficilement la colère où il mit Napoléon. Il ne répondit rien, et il fit bien. Ma mère trouva elle-même l'épithète de chat botté si juste et si plaisante qu'elle en rit de bon cœur. Napoléon, bien qu'alors il manquât d'usage du monde, avait un esprit trop fin, trop instinctif pour ne pas comprendre qu'il devait se taire dès qu'il y avait des personnalités, et que son adversaire était une femme ; quel que fût son âge, il devait la respecter. Du moins tel était alors le code de politesse des gens qui mangeaient à table.

[…]
Bonaparte, quoiqu'il fût piqué vivement du malheureux sobriquet que ma sœur lui avait donné, affecta de n'y plus penser, si ce n'est pour en rire avec les autres ; et, pour prouver qu'il n'en avait aucune rancune, il fit faire un petit joujou qu'il m'apporta, et qui représentait un chat botté courant devant le carrosse du marquis de Carabas. Ce joujou était fort joli, et lui avait sûrement coûté cher, ce qui n'allait pas avec l'état de ses finances. Il avait joint une charmante petite édition du conte du Chat botté pour ma sœur, en lui disant que c'était un souvenir qu'il la priait de conserver. «Le conte est de trop, Napoléon, lui dit ma mère ; s'il n'y avait eu que le joujou de Loulou, à la bonne heure : mais le conte pour Cécile montre que vous êtes piqué contre elle. » Il répondit qu'il donnait sa parole du contraire. Mais je pense, comme ma mère, qu'il était piqué et fortement encore. »

Drouet Cyril

Re: Chats

Message par Drouet Cyril » 02 nov. 2009, 14:03


Joker

Re: Chats

Message par Joker » 02 nov. 2009, 18:23

Le plus amusant dans tout cela est que l'on doive utiliser une souris pour consulter tous les posts consacrés aux chats. :fou:
Félicitations aux érudits qui évitent à ce sujet de ronronner. :lol:

Abraca

Re: Chats

Message par Abraca » 08 nov. 2009, 14:24

Le chat botté (suite et fin)

"Toute cette histoire me serait sûrement sortie de la tête, si ma mère et mon frère, en la répétant devant moi depuis, ne me l’avaient rendue familière. Elle fut utile depuis et d’une étrange façon.

Bonaparte n’avait pas toujours la main légère, pour manier l’arme de la raillerie ; et les personnes qu’il aimait le mieux avaient souvent à souffrir de la douleur du coup. Quoique Junot fut très aimé de lui, sous le Consulat et pendant les premières années de l’Empire, il le choisissait quelquefois pour but de grosse plaisanterie, qu’il accompagnait d’une oreille pincée jusqu’au sang, et la faveur était complète.

Junot qui avait pour lui un sentiment d’attachement abnégatif qui faisait tout disparaître, excepté le rapport aimant qui le liait à Napoléon, en riait le premier, en riait de bonne foi, et il n’y pensait plus ; mais quelquefois un de ceux qui étaient présents recueillait la mauvaise plaisanterie et trouvaient admirable de la répéter. Junot n’y faisait aucune attention ; mais j’avais l’oreille plus fine, et il arriva qu’une fois la chose me donna de l’humeur.

Le Premier Consul était un jour d’une grande gaîté. On était à la Malmaison ; on dînait sous les grands arbres qui couronnent le petit monticule à gauche de la prairie devant le château. Madame Bonaparte avait essayé le même jour de mettre de la poudre, ce qui lui allait fort bien. Mais le Premier Consul n’en fit que rire, et lui dit qu’elle pouvait jouer la comtesse d’Escarbagnas. La plaisanterie ne lui plut pas apparemment, car elle fit une petite moue, dont le Premier Consul s’aperçut. « Et bien ! qu’est-ce ? dit-il ; crains-tu de manquer de cavalier ? Voilà M. le marquis de Carabas (et il montra Junot) qui te donnera le bras. »

Or, il faut savoir que le Premier Consul avait déjà nommé ainsi quelquefois Junot et Marmont, mais tout à fait en bonne et gracieuse humeur. « C’était, disait-il, à cause de leur goût pour la représentation. » Tous deux n’en faisaient que rire, et, dans le fait, la chose n’était que plaisante. Madame Bonaparte ne la prit pas ainsi et montra un air chagrin. Ce n’était pas le moyen de plaire à Bonaparte, dont le front se rida à l’instant même. Il prit son verre et, regardant sa femme, il s’inclina en buvant, et dit : « A la santé de madame la comtesse d’Escarbagnas. » La continuité de cette plaisanterie fit venir les larmes aux yeux de Madame Bonaparte. Napoléon le vit, et comme il l’aimait, il fut, je crois, fâché d’avoir été si loin. Pour arranger l’affaire, il reprit son verre, et s’inclinant de mon côté, en me faisant un clignement de l’œil, il me dit : »A la santé de madame la marquise de Carabas. » Nous nous mîmes tous à rire, Madame Bonaparte comme les autres ; mais elle avait le cœur gros. Je n’avais que seize ans, et elle en avait quarante.

Jusque-là, l’histoire ne paraît pas me regarder ; mais en voici la suite : Parmi les camarades de junot et ceux qui entouraient alors le Premier Consul, il y avait bien des variétés dans l’espèce. La bravoure était la seule vertu commune. Quant au reste, c’était comme dit M. Bonnard, une autre chose. Or, parmi cette troupe de bons vaillants enfants de la France, il y en avait qui n’étaient pas forts sur la compréhension. L’un de ceux-ci trouva admirable de répéter la plaisanterie du Premier Consul. Oh ! Cela était trop fort ! et puis l’imitation ne lui allait pas. Il était le meilleur des humains, mais la raillerie lui était de peu d’usage .

Jamais lourdaud, quoi qu’il fasse,
Ne saurait passer pour galant
.

Ensuite Junot aurait pu l’entendre, et de ridicule la chose serait devenue tragique. Je ne voulus donc pas laisser continuer la représentation imitative, et désirant m’en mêler seule, je consultai ma mère. Elle m’écouta attentivement, puis me donna mes instructions, et, je retournai à la Malmaison, où nous étions à cette époque pour plusieurs jours.

Le lendemain, Junot qui était alors commandant de Paris et ne pouvait pas venir tous les jours, ne se trouva pas à dîner, mais il vint le jour d’après, et le marquis de Carabas ne faillit pas en son lieu. On était alors sur le pont qui mène au jardin ; le Premier Consul était assis sur le bord du parapet : « Mon ami, dis-je à Junot, la première fois que nous irons dans tes terres, il ne faudra pas oublier une chose tout à fait de rigueur dans ton train, ou je ne vais pas avec toi, je t’en avertis ; et je suis sûre que le général m’approuvera ; -Qu’est-ce donc ? demanda le Premier Consul.-C’est un chat botté pour coureur. »
Tout le monde se mit à rire en se récriant. Mais je n’oublierai jamais la figure du Premier Consul : elle était à peindre. Je poursuivis d’un grand sérieux : « J’ai conservé un joujou que l’on m’a donné étant petite enfant ; si tu le veux pour modèle, je te le donnerai. »

On rit beaucoup, et la chose n’alla pas plus loin ce jour-là. Mais mon grain avait été jeté en bon terrain ; il devait porter fruit. Quelques jours après, nous étions, après dîner, dans la galerie qui est à côté du salon, et qui alors était beaucoup plus petite que maintenant ; l’imitateur, avec un bon et franc rire, se mit à parler du marquisat. Je ne fis que regarder le Premier Consul : il se tourna vers son Sosie, et lui dit assez sèchement : »Lorsque vous voudrez faire et dire comme moi, choisissez mieux vos sujets. Il me semble que l’on peut m’imiter en autre chose. »

Un quart d’heure après, il s’approcha de moi, me prit le nez, me le pinça à me faire crier, et me dit : »Vous avez de l’esprit, petite peste ; mais vous êtes méchante. Ne le soyez pas. Un femme n’a jamais de charmes lorsqu’elle se fait craindre. »

Le résultat de tout cela fut que je n’entendis plus parler du marquisat, d’autant qu’on portait alors des bottes à l’écuyère avec des manchettes, et que le chat botté serait venu là à miracle. Ma mère, qui me demanda des nouvelles de mon expédition, et qui bien certainement y avait mis plus de malice que moi, rit beaucoup de l’effet que j’avais produit. « J’en étais sûre, » me dit-elle."

Memoires de la Duchesse d’Abrantès Tome I, Les coulisses du Consulat

Richard

Re: Chats

Message par Richard » 22 nov. 2009, 17:42

Ce qui est appréciable c'est le nombre impressionnant de documents sourcés fournis par Cyril Drouet. Il est exact qu'il est, sur ce forum, probablement le plus et le mieux documenté des intervenants et, ne fut-ce que pour cela (mais aussi pour avoir l'amabilité de nous les faire partager), il mérite une reconnaissance certaine.
Personnellement, je pense que cela suscite aussi pas mal de jalousie chez certains d'où une agressivité assez spontanée. C'est bien dommage.

:salut:

Drouet Cyril

Re: Chats

Message par Drouet Cyril » 22 nov. 2009, 20:46

J'avais évoqué plus haut Napoléon comparant Lowe au chat-tigre. L'Empereur a aussi comparé Fouché au chat :
"Il a la figure d'un chat et il est futé comme lui"
(Bertrand, Cahiers de Sainte-Hélène)

Futé : Qui fait preuve d'adresse, d'intelligence, de ruse.

Cela n'apporte guère d'eau au moulin de ce fil, mais on voit ici que Napoléon reconnaissait au moins des qualités aux chats.

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Re: Chats

Message par Cyril Drouet » 01 nov. 2018, 22:17

Drouet Cyril a écrit :
01 nov. 2009, 10:18
Dans le Mémorial, Napoléon compare le visage de Lowe à la tête d’un margay, chat sauvage d’Amérique central et du sud.
Or face à O’Meara (Napoléon dans l’exil), concernant Lowe, l’empereur confia :
« Je n’ai jamais vu une figure aussi sinistre et aussi repoussante. »
et à Bertrand (Cahiers de Sainte-Hélène) :
« Il a le crime gravé sur le visage. »

Du coup, on peut assurément déduire que Napoléon voyait la figure de notre chat d'outre-Atlantique "sinistre", "repousante" à l’extrême, avec le "crime" gravé dessus. :mrgreen:
Là, c’est sûr et certain, Napoléon détestait les chats ! :lol: :mrgreen: :roll:
Précision : la comparaison Lowe/margay ne se retrouve pas dans le manuscrit original de Las Cases.
Mince, un point de moins pour le fait "avéré"(sic) rapporté par le très "mystérieux" Infernet ... :lol:
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Re: Chats

Message par Napolitaine » 02 nov. 2018, 12:05

9 ans après, la réponse à la question haha.
Il est fou de constater que certaines personnes peuvent dire des insanités sans paraître vulgaire, alors que d'autres le sont juste en vous disant bonjour.

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Re: Chats

Message par Cyril Drouet » 02 nov. 2018, 18:07

Quelqu'un pourrait-il nous dire pourquoi tout une partie du fil a disparu ? :shock:
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)

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Re: Chats

Message par Général Colbert » 02 nov. 2018, 22:38

Oh oui ! Une partie était composée d'échanges de messages injurieux (envers vous d'ailleurs, j'ai failli vous écrire pour vous dire que personne ne partageait ces propos blessants, mais comme ces propos dataient de 2009 et que leurs auteurs ne sont plus sur le forum, j'ai passé outre...) et très répétitive a été purgée, et une autre plus brève avait rapport avec un autre sujet et a été déplacée.
:salut:

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