11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Lepic34

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Lepic34 »

:salut:

A propos de Trip; Wellington décrivit ce dernier comme un officier extrêmement fiable et efficace. L'un des rares propos flatteurs de Wellington sur l'armée hollandaise.

:salut:

Bernard Coppens

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Bernard Coppens »

Infernet a écrit :La paix : pourquoi non ? Napoléon acceptait le traité de Paris. Il avait besoin de la paix; c'est l'europe des rois qui imposa la guerre... Elle entendait maintenir les Bourbons sur le trône, comme des laquais au service de la Sainte-alliance.
Napoléon, par son retour de l'île d'Elbe, violait les traités de 1814.
Indépendamment des sympathies qu'on peut avoir à 200 ans de distance pour tel ou tel personnage, il faut se rendre compte que les puissances européennes de l'époque, après 22 ans de bouleversements dus à la Révolution française et à ses suites, ne pouvaient envisager de paix et de stabilité que dans le retour au principe de la légitimité.
Dans leur esprit (et c'est celui qui compte ici), laisser Napoléon une nouvelle fois bouleverser la France signifiait à plus ou moins long terme la reprise de la guerre. Il était tout à fait évident pour n'importe quel esprit clairvoyant que les Alliés n'allaient pas laisser s'installer et se développer ce foyer de déséquilibre. Si Napoléon a pu croire un seul instant que son retour n'entraînait pas automatiquement la guerre, c'est qu'il se berçait d'illusions et qu'il avait perdu complètement le sens des réalités politiques.
Infernet a écrit :L'égalité ? Mais c'est Napoléon qui l'avait assurée. La noblesse impériale n'était qu'un hochet destiné à récompenser les mérites. Elle ne créée aucun privilège notable pour ses membres.
C'est vrai que ses frères et ses sœurs et leurs conjoints, pour ne prendre qu'un exemple, étaient mis sur le même plan que n'importe quel ouvrier d'une manufacture. Leurs apparents privilèges (couronnes et autres hochets) avaient été la récompense de leurs mérites.
Infernet a écrit :La liberté : Mais c'était peut-être ce que les Français désiraient le moins... :mrd:
Difficile de dire qu'on veut la liberté, quand on a pas la liberté de le dire...
Et que dire d'un régime qui, en une dizaine d'années, est parvenu à ôter aux Français le goût de la liberté ?

:salut:

vélite

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par vélite »

Que dire :mrgreen: ?
Possible de tout dire, y compris jusque dans l'excès .....(ça me rappelle quelque chose)
Possible de dire que ce régime était despotique, possible que ses adversaires l'étaient aussi.
Chateaubriand et de Staël stigmatisés ici, Byron, Shelley ou Trelawney, là. Leigh Hunt emprisonné deux années pour un article brocardant le Régent, grande différence avec les pratiques impériales ?
Goethe et Beethoven si peu ravis ailleurs. La condition du moujik enviable ?
Les traités violés d'un seul côté ?
etc..
La propagande partout et même ici, les méthodes d'hier dénoncées mais reproduites, le manichéisme -et parfois plus- rôdant sans relâche.
Ne pas désarmer...
:salut:

Richard

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Richard »

Infernet a écrit : L'égalité ? Mais c'est Napoléon qui l'avait assurée. La noblesse impériale n'était qu'un hochet destiné à récompenser les mérites. Elle ne créée aucun privilège notable pour ses membres.
Difficile de vous suivre sur ce terrain, mon cher Infernet, il me semble que les inégalités ont simplement été "déplacée" sous l'empire mais elles étaient bien présentes.
La liberté : Mais c'était peut-être ce que les Français désiraient le moins... :mrd:
J'ai bien vu le :mrd: à la fin de votre phrase... :)
Rappelons toutefois qu'avoir oublié les espoirs de (plus de) liberté à peine 10 ans après le déclenchement de la Révolution... :?

Je pense que, comme à d'autres époque, certains ferment les yeux sur une partie de leurs (non) libertés comme gage de... sécurité! Hors, sous l'empire (comme sous d'autres régimes despotiques), la sécurité c'est de se taire et se soumettre...
Seulement, les campagnes militaires succédant aux campagnes militaires, même cette sécurité était menacée: sécurité des jeunes hommes, recrutés sans cesse plus nombreux pour revenir toujours moins... sécurité de la population, pour laquelle les défaites représentaient, outre la perte de leurs fils, la menace de l'invasion et...???

Le gouvernement de Louis XVIII était imparfait, injuste, maladroit, inégalitaire,... mais il a ramené... la paix (= une partie de la sécurité!) et ça, pendant les 100 jours, beaucoup s'en sont souvenus...

Cordialement,
Richard

Drouet Cyril

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Drouet Cyril »

Les traités violés d'un seul côté ?
Pauvre traité de Fontainebleau en effet...

Les Alliés, négociant le transfert de l'Empereur sous d'autres cieux, violant l'article 3 ("L'île d'Elbe, adoptée par S.M l'empereur Napoléon pour lieu de son séjour, formera, sa vie durant, une principauté séparée qui sera possédée par lui en toute souveraineté et propriété"), la France, ce même article ("Il sera donné en outre en toute propriété, à l'empereur Napoléon, un revenu annuel de 2,000,000 de francs, en rente sur le grand-livre de France") ; et en réponse, la violation de l'article 1er, par Napoléon ("S.M. l'empereur Napoléon renonce pour lui, ses successeurs et descendants, ainsi que pour chacun des membres de sa famille, à tout droit de souveraineté et de domination, tant sur l'empire français et le royaume d'Italie, que sur tout autre pays").

Drouet Cyril

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Drouet Cyril »

La liberté : Mais c'était peut-être ce que les Français désiraient le moins...
"Les Français vont instinctivement au pouvoir; ils n'aiment point la liberté; l'égalité seule est leur idole."
(Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe)

"Je ne crois pas que le peuple français aime la liberté et l'égalité"
(Bonaparte, séance du Conseil d'Etat du 8 mai 1802. Thibaudeau, Le Consulat et l’Empire)

Sur le sujet de l'égalité, Napoléon est revenu sur cet opinion par la suite.

Bastet

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Bastet »

:salut:

La liberté comme notion qui relève de la morale. Une question d’abord: Robinson est-il plus heureux sur son île que dans sa ville? C’est-à-dire y était plus libre ou moins esclave? Est-ce que la solidarité humaine affranchi, ou non l’individu? L’idée de solidarité est ancienne, très ancienne, Platon et les Stoïciens l’ont éprouvée comme une grande force. Les deux concepts sont-ils indissociables?
La liberté réside-t-elle dans ce qu’on a appelé l’arithmétiques des plaisirs ou dans cet esprit de discernement et de mesure de la doctrine épicurienne et qui se doit de dicter la conduite de l’homme sage? On ne saurait se sentir heureux sans sagesse, courage, tempérance , sens du juste, et inversement on ne saurait être sage, courageux, tempérant, juste sans se sentir heureux, mais est-ce se sentir libre?
Ma liberté doit s’accorder avec la liberté de tous. Sentiment du Droit et sentiment du Devoir sont intimement mêlés: « devoir, mot sublime et grand », (Kant), la société est contraignante et oblige, et là on éprouve notre liberté, c’est une expérience intime, le sentiment d’être autorisé, c’est le sentiment du Droit.Mais les droits des uns sont les devoirs des autres d’où la notion kantienne du Droit: l’ensemble des conditions qui autorisent la liberté de chacun de s’accorder avec la liberté de tous.
Et puis il y a la notion de liberté selon selon Bodin ou Bossuet, selon Hobbes ou Locke etc. sans oublier Machiavel ( et ses fameux chapitres XV,XVI, XVII, XVIII…) ni Tocqueville «  Nul ne différant alors de ses semblables, personne ne pourra exercer un pouvoir tyrannique; les hommes seront parfaitement libres, parce qu’ils seront tous entièrement égaux; (…..) parce qu’ils seront entièrement libres. C’est vers cet idéal que tendent les sociétés démocratiques », mais «  c’est un point extrême -(qu’il faut imaginer…)- où la liberté et l’égalité se touchent et se confondent et que chacun ait un droit égal d’y concourir »…..

:salut:

Drouet Cyril

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Drouet Cyril »

Un Napoléonien, La Bédoyère :

« Sire, les Français vont tout faire pour Votre Majesté, mais il faut aussi que Votre Majesté fasse tout pour eux : plus d'ambition, plus de despotisme : nous voulons être libres et heureux. Il faut abjurer, sire, ce système de conquêtes et de puissance, qui a fait le malheur de la France, et le vôtre."

Bastet

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Bastet »

" On a demandé s'il valait mieux être aimé ou craint, ou craint qu'aimé. Je crois qu'il faut de l'un et de l'autre; mais comme ce n'est pas chose aisée que de réunir les deux , quand on est réduit à un seul de ces deux moyens, je crois qu'il est plus sûr d'être craint que d'être aimé. Les hommes, il faut le dire, sont généralement ingrats, changeants, dissimulés, timides et âpres au gain. Tant qu'on leur fait du bien, ils sont tout entiers à vous; ils vous offrent leurs biens, leur sang,leur vie, et jusqu'à leurs propres enfants, comme je l'ai déjà dit, si l'occasion est éloignée; mais si elle est proche, ils se révoltent contre vous.( .....). Les hommes, en général, sont plus portés à ménager celui qui se fait craindre que celui qui se fait aimer. La raison en est que l'amitié, étant un lien simplement moral de reconnaissance, ne peut tenir compte des calculs de l'intérêt; au lieu que la crainte a pour base un châtiment dont l'idée reste toujours vivante" ( Machiavel, ch. XVII)

Drouet Cyril

Re: 11 JUIN 1815 : dernière messe et conseil aux Tuileries

Message par Drouet Cyril »

Pour revenir à cette journée du 11 juin. Thiébault, même s’il confond le 10 et le 11, assista à cette dernière messe aux Tuileries. Voici son récit (Mémoires) :

« Ce 10 juin se trouvant un dimanche, j'assistai à la dernière messe qu'il entendit aux Tuileries, à la dernière audience qu'il dût y donner. L'affluence était considérable, la préoccupation générale. Chacun néanmoins s'efforçait de faire bonne contenance et n'aboutissait guère qu'à afficher une de ces confiances qui, exprimées par des banalités, n'en inspirent aucune. Je ne dirai pourtant pas que l'on était sans espoir; mais on était encore moins sans anxiété. Napoléon, qui tant de fois avait volontairement joué quitte ou double, se trouvait cette fois acculé par la force à cette nécessité; l'arbitre souverain de tant d'existences, l'homme qui, d'un regard, d'un geste, d'un mot, bouleversait la vie ou la rendait heureuse ou magnifique, en était arrivé au moment peut-être où il n'aurait plus d'asile. Voulant échapper à mes pressentiments fâcheux et chercher en cet homme même les motifs de sécurité qui semblaient me fuir et que lui seul pouvait donner encore, me rappelant la détresse physique en laquelle il m'était apparu le jour où il avait appris la mort de Berthier, et cherchant à me rassurer contre de tels souvenirs, je ne cessai de le considérer, et mes regards s'attachèrent sur lui avec d'autant plus d'avidité, je pourrais ajouter de souffrance, que plus je l'examinais, moins je parvenais à le retrouver tel qu'au temps de sa force et de sa grandeur. Jamais l'impression que sa vue me fit éprouver, à ce moment où le destin allait prononcer entre le monde et lui, jamais cette impression n'a cessé de m'être présente. Son regard, jadis si formidable à force d'être scrutateur, avait perdu la puissance et même la fixité ; sa figure, que si souvent j'avais vue comme rayonnante de grâce ou modelée dans l'airain, avait perdu toute expression et tout caractère de force ; sa bouche contractée ne gardait rien de son ancienne magie ; sa tête elle-même n'avait plus ce port qui caractérisait le dominateur du monde, et sa démarche était aussi embarrassée que sa contenance et ses gestes étaient incertains. Tout semblait dénaturé, décomposé en lui; la pâleur ordinaire de sa peau était remplacée par un teint verdâtre fortement prononcé, qui me frappa. Qu'était donc devenu le triomphateur de l'Italie deux fois soumise à ses armes ; de l'Autriche deux fois conquise ; de l'Egypte où de fait il s'assit sur le trône de Sésostris ; de la Prusse qu'une journée lui avait suffi pour anéantir ; de la Russie qui ne put être sauvée que par son climat ? Et quelle différence des temps où nous étions à ceux que je rappelle ; temps où le dernier soldat tressaillait à sa vue, comme à sa voix ; où ses moindres paroles se répétaient avec enthousiasme et semblaient prophétiques, et où, achevant d'exalter toutes les âmes par son éloquence ossianique, il osait dire : « Bientôt je reparaîtrai à votre tête, et l'on reconnaîtra que vous êtes de la race des braves. »

Où était le temps où il pouvait se vanter d'avoir cent mille hommes et cent millions à dépenser par an, calcul horrible du moins en ce qui concerne les hommes et qui peut-être l'a perdu, du jour où les rentrées n'ont plus concordé avec la dépense ? L'histoire de Napoléon se résume à ceci : à mesure que s'accroît sa destinée, il gagne en ambition ce qu'il perd en prévoyance et en capacité, par conséquent en véritable force. Un de ses grands vices fut de favoriser, et souvent avec impudeur, les hommes qui avaient fourni toutes sortes de raisons pour être sacrifiés, et de haïr l'indépendance au point de repousser ceux qui, par leur honnêteté et leurs vertus, ne lui donnaient sur eux aucune de ces prises qu'il regardait bien à tort comme les garanties d'un dévouement aveugle et sans bornes. De même les faveurs, les grâces finirent par être scandaleusement réparties, et des hommes ineptes, immoraux, obtinrent de lui des décorations, des titres de chevalier, de baron même (je citerai Lemière), des dotations enfin qu'il refusait ou ne donnait pas à des hommes éminemment recommandables parvenus aux premiers grades. Un colonel lui demandait la croix pour son quartier-maître : « Il me faut du sang et non de l'encre », lui répondit Napoléon, qui peu après donna cette croix pour de la boue.

[…]
Il me suffira de dire, comme conclusion, que Napoléon, par l’exercice même de sa puissance extraordinaire, avait peu à peu perdu le sens précis, la véritable mesure des choses et la possession de lui-même ; il ne savait plus voir vite et juste, et, si la campagne de Dresde le montre déjà inférieur à lui-même, il n'est pas moins certain que ses facultés avaient continué à s'affaiblir par l’effet des tortures morales qu'il endurait depuis vingt mois. Son retour de l’île d'Elbe avait été comme la dernière poussée d'un volcan qui s'éteint, et, si son génie se révélait encore par des pensées profondes, par des phrases magnifiques, il ne suffisait plus à ces grandes conceptions inséparables de la puissance d'exécution.
[…]
Mais, au 10 juin, nous n'en étions pas encore à ce complément de nos malheurs; l'horizon seulement était chargé d'orage. Les derniers de mes regards qui se portèrent sur Napoléon ne me pénétraient pas moins d'un trouble douloureux. En proie aux plus noirs pressentiments, je quittai ce château où je ne devais plus le revoir, et je rentrai chez moi en faisant des vœux à l'exaucement desquels je ne croyais plus. »

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