VEXILLOLOGIE : Aigles prises en Russie

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Joker

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Joker »

Ce réglement relève de la volonté impériale de mettre la culture au pas.
C'est que le théâtre, à l'instar de tous les autres genres littéraires, fait l'objet d'une censure sous l'Empire, censure d'autant plus virulente qu'il y a plus de spectateurs dans les salles que de lecteurs dans les librairies.
L'Empereur préfère les reprises des grands auteurs morts aux nouveautés.
Et c'est l'une des raisons qui lui font patronner la Comédie Française pour un montant de 100.000 francs annuels.
Des dix-sept théâtres parisiens de 1800, il n'en reste que neuf en 1810. Bordeaux possède quatre salles, Marseille trois, Lyon deux et les autres grandes villes, une... ou pas du tout.
Pour être autorisé à monter une pièce, il faut passer par la censure et se défier des emballements du public.
Un arrêté du 27 octobre 1800 autorise en effet les commissaires de police "à prendre les mesures propres à prévenir ou dissiper les attoupements à proximité des théâtres", y compris en interdisant les représentations...
En cherchant à transformer les artistes et les intellectuels en serviteurs dévots de sa propre gloire, Napoléon imaginait pouvoir remodeler l'intelligence et la sensibilité françaises.
Ce fut un retentissant échec.
Fanfan

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Fanfan »

Je pense que vous jugez mal l'Empereur sur ces faits. A mon avis il voulait simplement éviter le trop grand pouvoir des "artistes", ce qu'il y a aujourd'hui, en gros, il devait le sentir, ou plutôt le pressentir. Il fallait un contrôle des scènes car partout où il y expression, qui plus est des "milieux intellectuels", l'opposition règne. Or si la France n'était pas totalement derrière Napoléon, elle devait perdre. C'est ce qui arriva à terme.
Bernard Coppens

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Bernard Coppens »

A mon avis, on pourrait dire plutôt : Napoléon ne supportait pas la liberté d’opinion, donc à terme il devait perdre.
Et en face de lui, il avait une puissance où la liberté d’expression était de règle, où l’opposition s’exprimait librement (mais ne régnait pas pour autant), et qui a fini par l’emporter.
Bicentenaire

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Bicentenaire »

Chers amis :salut:

Très intéressé par la teneur de chacun de vos propos, je tiens tout de même à nuancer certaines choses qui me tiennent à coeur.
Tout d'abord, n'est-ce pas Napoléon qui a écrit qu' "à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit" ?

Napoléon, durant son règne, a été le spectateur de plus de trois cents pièces de théâtre. Nombre de ses citations peuvent prêter à confusion, à cause de leurs apparentes contradictions. Il me semble qu'il existe au fond, une unité qui les relie et permet de mieux cerner la personnalité complexe de Napoléon 1er : Homme d'une époque-charnière, s'il en fut, à cheval entre les XVIII° et XIX° Siècles, il fut appelé à une destinée singulière que ne connurent aucun des hommes des siècles passés ni de celui qui suivit...
Car Napoléon combine, si l'on peut dire, dans sa personne, énormément de choses, dans des domaines fort variés. Il s'intéresse à beaucoup de choses et fait des choix. Il les fait en fonction de l'urgence du moment, du contexte délicat, particulièrement enchevêtré d'événements dont chacun à sa logique propre, le tout étant de nature à créer une situation souvent inextricable que ce soit sur les plans politique (nationaux comme internationaux), économique, social, etc...
S'il se méfiait de la liberté d'expression, c'est qu'il redoutait avant tout les conséquences de cette dernière. Témoin de la Révolution, il redoutait la puissance de la parole, son influence sur les comportements des hommes.
Bâtisseur d'Empire, il voulait absolument consolider son oeuvre dans le temps. Pour ce faire, il était convaincu qu'un régime de type autoritaire convenait le mieux. Les succès de ses premières expériences et les exemples pris dans sa culture historique lui servant de guides.
Cependant, il savait que "le sabre est toujours vaincu par l'esprit". Il voulait certes contrôler les oeuvres de l'esprit, mais à la façon d'un "tuteur" pour les plantes, c'est-à-dire donner à ces oeuvres une direction qu'il croyait pressentir comme étant la bonne.
Enfin, contrairement à ce qu'avance Fanfan, Napoléon ne mettait pas de guillements aux mots artiste et intellectuel. Sa manière de voir étant assurément plus complexe que celle d'un despote grossier. Napoléon redoutait le pouvoir exercé par des militaires et il en a toujours protégé le pays.
Ainsi, adhérer aux idées napoléoniennes suppose un recul, un sens de la nuance, choses insupportables aux tenants d'un "ordre" davantage héritier du fascisme du début du XX° que d'autre chose.
N'oublions jamais le parcours de Louis-Napoléon pendant la II° Guerre mondiale, ni le fait qu'il fut président d'honneur de la Licra...

Bicentenaire
Sievers

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Sievers »

Il me semble aussi que, si madame de Stael a été exilée, il n'est rien arrivé de particulier à Benjamin Constant (son exil était volontaire, il rejoignait madame de Stael justement) qui s'est pourtant opposé à Napoléon dès le 18 brumaire.

Peu avant les Beaumarchais et les Voltaire passaient souvent (et pour moins que ça) par la Bastille...
Joker

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Joker »

Vos réflexions ne manquent pas de bon sens, mon cher Bicentenaire, mais il n'en reste pas moins vrai que toute volonté de régenter la culture relève d'un déni de la liberté d'expression et que force est de constater que l'Empereur s'en est rendu coupable à plus d'une reprise.
Les arts, les sciences, la littérature et singulièrement la presse furent ses cibles favorites.
Je n'en veux pour preuve que ce simple exemple.
Lorsque Bonaparte s'empara du pouvoir, on dénombrait pas moins de soixante-quatorze feuilles de toutes tendances publiées à Paris.
Un nombre qui effara le Premier consul par la pluralité d'opinions qu'il révélait.
Un décret du 17 janvier 1800, en vigueur jusqu'en 1814, réduisit le nombre de titres autorisés en suspendant soixante d'entre eux.
Au moindre article contraire à la ligne définie par le gouvernement, c'est la suspension immédiate.
Or, tout article, ou presque, peut-être jugé attentatoire à cette ligne s'il est "contraire au respect dû au pacte social, à la souveraineté du peuple, à la gloire des armées".
Ce dernier point signifie qu'il n'est pas permis d'annoncer d'éventuels revers militaires, assimilés soit à de fausses nouvelles, soit à de la trahison puisque soupçonnés d'être le fruit de la propagande britannique.
Napoléon se fend d'ailleurs de quelques citations qui révèlent le fond de sa pensée à ce sujet.
En 1805, s'adressant à Fouché, il écrit ceci :
"Dites aux rédacteurs que, quoiqu'éloigné, je lis les journaux et que s'ils continuent sur ce ton, je solderai leur compte; dites-leur que je ne les jugerai pas sur le mal qu'ils auront dit, mais sur le peu de bien qu'ils n'auront pas dit. (...) Puisqu'ils doivent dire de fausses nouvelles, que ne les disent-ils à l'avantage du crédit et de la tranquillité publique ?"
Etonnante conception du journalisme... :shock:
En 1810, il va même jusqu'à interdire qu'il y ait plus d'un titre par département.
Le 4 février 1811, un nouveau décret durcit le contrôle de la presse et renforce la censure dans l'édition et les spectacles.
Paris ne compte désormais plus que quatre journaux : Le Moniteur, Le Journal de l'Empire, La Gazette de France et le Journal de Paris, entièrement aux ordres.

Pensez-vous vraiment que l'esprit puisse encore triompher du sabre dans de telles conditions ? :?
Bicentenaire

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Bicentenaire »

Cher Joker,

Napoléon l'a écrit. Pas moi.
Notre époque est à bien des égards trop différente de celle de Napoléon.
Toujours est-il que cette presse tenue sous contrôle a affaibli les positions de Napoléon lors de ses campagnes de France.
En effet, la presse s'extasiait devant les victoires de l'Empereur remportées avec un tel rapport de forces en sa défaveur. Ce qui donnait aux ennemis un décompte précis des faiblesses françaises qui auraient pu être au moins en bonne part, dissimulées. Avantage moral donné aux adversaires de l'Empire.
De même, en 1870, si des journeaux ne s'étaient pas empressés de décrire par le menu les mouvements de troupes de Bazaine (si je me souviens bien...), les Allemands ne lui auraient pas coupé la route. Il aurait été bon, hors de tout débat sur la liberté de la presse, que cette dernière eût le bon sens de réfréner un peu ses désirs de tout dire et de réfléchir aux conséquences. L'ennemi lit la presse du pays qu'il attaque. C'est un de ses premiers soucis. Surtout quand ce pays est doté d'une presse qui dispose d'une certaine liberté, fût-elle relative. La liberté absolue, cela n'existant pas. Sartre était le premier à le dire... :roll: *

Bicentenaire
Joker

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Joker »

Mais c'est bien Napoléon que j'entendais stigmatiser sur ce point précis, mon cher Bicentenaire et non vous.
Sa citation relative à la victoire de l'esprit sur celle du sabre est bel et bien en porte-à-faux avec les méthodes de censure qu'il a fait appliquer tout au long de son règne.
Pour le reste, il va de soi que je partage votre point de vue... :)
Bicentenaire

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Bicentenaire »

En fait, Joker, votre question est fort intéressante, parce qu'elle me permettrait précisément de creuser une question qui m'intéresse au plus haut point chez Napoléon. En gros, bien que j'aie encore du mal à la formuler, je dirais : l'esprit de Napoléon. Oui, je vais, hélas, dans un premier temps, vous décevoir sans doute, mais je réponds affirmativement sans hésiter.
Oui, en dépit des faits que vous rapportez, le sabre fut effectivement vaincu par l'esprit. Chez Napoléon, cette victoire de l'esprit, on peut la déceler dès son départ.
L'ardeur qu'il met à l'étude nous met sur la piste, et, cela nécessiterait un ouvrage entier, qui en appellerait d'autres, ses contradictions apparentes. Mais là, nous touchons un sujet qui vous est si ce n'est hostile, du moins sur lequel vous prenez moins de plaisir que sur d'autres : il s'agit de la spiritualité de Napoléon (sans réduire cela à l'occultisme : un sujet , fort intéressant par ailleurs, avait été ouvert sur cette question), c'est-à-dire, pour moi, cette fameuse conscience qu'il était mû par une force qui lui échappait. Et surtout, que ses volontés de contrôle de la presse ne vous fassent pas oublier qu'il tenait à écarter les militaires du pouvoir.

Bicentenaire
Willelmus

Re: MOSCOU 1812 : la comédie Française

Message par Willelmus »

Marlène a rappelé que :
Napoléon, désireux de montrer qu'en toutes circonstances, il veille à l'administration de l'Empire jusque dans le détail, fait mettre la dernière main à un document dont on parlera beaucoup et il le signe : le 'Décret de Moscou', qui donne son statut à la Comédie-Française de Paris
C'est en effet le texte le plus célèbre, mais il paraphe en fait une multitude d'actes de gouvernement depuis le Kremlin, assurant ainsi de l'autre bout de l'Europe la continuité de l'état. Dans un registre disons plus obscur, il ratifie par exemple, le 20 septembre 1812, la désignation de nouveaux conseillers d'arrondissement du département du Cher... L'effet de contraste ne manque pas de sel mais symbolise parfaitement l'essence de l'autocratie impériale, ne dissociant justement pas la plume de l'épée.

:cheval:
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