repas

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

kevin

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Message par kevin »

Est-il vrai que le repas préféré de l'empereur était le poulet marengo et son vin préféré le vin de Chambertin ?

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

"Les mets les plus simples étaient ceux qu'il préférait : les lentilles, les haricots blancs, les verts qu'il aimait beaucoup, mais qu'il craignait de manger par la crainte d'y trouver des fils qui, disait-il, lui faisaient l'effet de cheveux, et dont la seule pensée lui soulevait le coeur ; la pomme de terre arrangée de toutes les façons lui plaiseint beaucoup, même cuite à l'eau ou sous la cendre."
(Marchand, Mémoires)

"Les mets les plus simples, tels que les oeufs au miroir, les haricots en salade, presque jamais de ragoûts, un peu de fromage de parmesan, arrosés de chambertin étendu d'eau, étaient ceux qu'il aimait le mieux.
[...]
Le plat que l'Empereur aimait le plus était cette espèce de fricassée de poulet à laquelle cette préférence du vainqueur de l'Italie fit donner le nom de poulet à la Marengo. Il mangeait volontiers des haricots, des côtelettes, une poirtine de mouton grillé, un poulet rôti. Les mets les plus simples étaient ceux qu'il aimait le mieux ; mais il était difficile sur la qualité du pain."
(Constant, Mémoires)

"Il mangeait presque tous les matins du poulet accommodé à l'huile et aux oignons, ragoût modeste que l'on nommait, je crois, poulet à la provençale, et qui, depuis, a perpétué sur les cartes de nos restaurateurs le souvenir d'une bataille fameuse, sous le nom plus ambitieux de poulet Marengo."
(Bourrienne, Mémoires)

"[Napoléon] préférait à tout le boeuf ou le mouton, les fèves, les lentilles ou les pommes de terre"
(Caulaincourt, Mémoires)

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Maintenant les boissons :

Bien évidemment le Chambertin (mais pas que cela) :

"Il faisait usage de chambertin à son ordinaire, qu'il trempait fortement d'eau ; jamais ou bien rarement, il faisait usage de vins extra ou de liqueurs."
(Marchand, Mémoires)

"Son vin ordinaire était le Chambertin."
(Fain, Mémoires)

"La boisson à Sainte-Hélène était du claret ; en France, elle avait été du Chambertin. Il buvait rarement sa demi-bouteille, et toujours mettant autant d'eau que de vin. Presque jamais de vins fins. Quelquefois, dans la journée, il buvait un verre de vin de Champagne, mais jamais sans y joindre pour le moins autant d'eau : c'était une limonade."
(Ali, Souvenirs)



Napoléon prenait, en outre, une tasse de thé ou fleurs d'oranger au lever, et une tasse de café après son déjeuner et son dîner. D'après Caulaincourt (Mémoires), il l'aimait assez fort (souvenirs d'Egypte) et préférait le moka.
D'après Bourrienne (Mémoires), au coeur de nuit, le café laissait place au chocolat.

Dorsenne

Message par Dorsenne »

Ne parlait-on pas de vin de clarence pour Ste Hélène?

Le claret est le vin par excellence de l'époque, vin de bordeaux, non?

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Je termine par quelques tables bien plus fournies.

Menu d'un dîner maigre servi à la table de Cambacérès :

"Potage au lait d'amandes
Potage au riz à la créole
Canapés d'anchois
Olives farcies à la marseillaise
Caisses d'oeufs gratinées aux morilles et au parmesan
Cannellonis italiens à la morue truffée avec coulis de tomates
Vol-au-vent de laitances de carpes au vin blanc
Sorbets au mascarin
Saumon à la broche
Truffes sous la serviette
Salade d'émincés de fonds d'artichauts crus
Mousse à la pistache
Fromage de Hollande côte grasse
Poires beurrées
Clerpau
Confitures de roses de Smyrne
Haut-Sauternes
Clos-Vougeot
Champagne frappé
Café
Viel Armagnac
Liqueur des Iles"


(Conte, Le 1er janvier 1800)


Toujours chez Cambacérès, sous la plume de l'abbé Baston (Mémoires) :

"Le maître était poli à la manière des grands et très attentif. Il servait toujours d'un plat qu'on mettait exprès devant lui ; il en offrait nommément à tout le monde, et je ne sais pas, en vérité, comment il pouvait loger toute cette nomenclature dans sa tête. Peut-être un valet de chambre lui soufflait-il tout bas : cependant j'y ai fait attention et ne m'en suis pas aperçu. Il n'y avait, pour le service, que les domestiques de la maison ; mais ils étaient de la plus grande honnêté et très agiles. Voulait-on d'un mets particulier, on en envoyait chercher par un d'eux. Le plus court, et le mieux, était de se contenter des plats qu'on avait devant soi, ou à peu de distance. Des gens de Son Altesse circulaient autour de la table, les uns portant des assiettes chargées de comestibles, les autres une bouteille dans chaque main : ils disaient quelle nourriture, quel vin c'était, et vous demandiez ce qui vous plaisait davantage. Les jours d'abstinence, les tables étaient couvertes d'aliments gras et maigres, et les domestiques avaient soin d'avertir de quelle espèce ils étaient, pour que personne ne s'y trompât ou ne fût gêné par l'incertitude [...]
Chez cette Altesse, on ne mangeait pas en poste comme chez le chez le chef de l'Empire : cependant le dîner n'y était pas non plus d'une longueur fatiguante. Commmençait-il à six heures du soir, on se levait de table avant sept heures et demie. Le "roi" du festin donnait le signal et il fallait que tout le monde en fût "aux grâces". On passait dans un autre appartement pour le café."

Même table, mais ici décrite par Reichardt (Un hiver à Paris sous le Consulat) :

"Les glaces, exquises et de parfums très variés, ont été servies au salon, après que l'on fut sorti de table, pendant que l'on se groupait autour des feux des cheminées. Une attention de ce genre ne peut être que l'invention d'un gourmet raffiné, qui n'est pas un moins fin dégustateur. Les glaces sont, en effet, le mortel ennemi des vins que l'on boit généralement au dessert ; elles leur ôtent tout leur bouquet. Le café brûlant, au contraire, n'a que plus de saveur, quand on le prend après les glaces ; mais pour l'apprécier pleinement, il faut avoir les excellentes dents que possèdent les Français."

...et ici par Warren (Journal of a British chaplain):

"Vingt-six domestiques prodiguaient leurs services aux trente invités, mais je ne me souviens pas avoir pris part à un dîner aussi peu plaisant. Son seul objet m'a paru être de pratiquer scientifiquement la gastronomie. Le maître de maison alla jusqu'à nous signaler qu'il venait de faire installer un four à proximité de la salle à manger afin de servir les soufflets à la perfection. Les plats et les vins se succédaient : d'abord deux ou trois huitres crues, puis des potages, des pâtés divers, des poissons variés suivis de deux douzaines de plats de viande, les uns plus raffinés que les autres, le tout étant couronné par des desserts. Mes voisins s'étonnèrent de ne pas me voir faire honneur à tous les mets et ils me demandèrent si j'étais souffrant. Je l'aurais été si j'avais su que l'un des convives était l'avocat Target, qui avait refusé de défendre Louis XVI devant la Convention. Certains détails me choquèrent par ailleurs : un cuisinier coiffé d'une toque en papier venait de temps en temps regarder les convives dans l'entrebâillement d'uen porte et les couteaux et les cuillers n'étaient pas tout à fait propres."


Pour terminer, un menu d'été (servi à une table fort renommée, celle de Talleyrand) tout en simplicité alors :

"Consommé Brunoise à la Colbert
Truite suamonée sauce gribiche
Mousse de jambon
Epinards au beure
Courgettes au jus
Punch Talleyrand (à ne pas confondre avec le punch Maubreuil :lol: )
Canneton voisin à la gelée
Salade de laitue
Petits pois à l'anglaise
Glace Saint-Louis
Pailles au parmesan"


(Waresquiel, Talleyrand Le prince immobile)

Salutations respectueuses.

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Ne parlait-on pas de vin de clarence pour Ste Hélène?

Le claret est le vin par excellence de l'époque, vin de bordeaux, non?
Le claret est effectivement du Bordeaux.
Quelques données tirées du Dictionnaire historique de Sainte-Hélène, de Macé, sur les approvisonnements en alcool à Longwood :

Vin claret : 7 bouteilles par jour
Vin de Grave : 2 bouteilles par jour
Champagne : 1 bouteille par jour
Vin de Constance : 11 bouteilles par mois
Madère : 23 bouteilles par mois
Vin du Cap : 21 bouteilles par jour
Vin de Ténériffe : 7 bouteilles par mois
Eau-de-vie : 10 bouteilles par mois
Rhum : 3 bouteilles par mois
Liqueurs : 4 bouteilles par mois

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Pour rester à Sainte-Hélène :

"Pour l'époque, le menu est simple, mais relativement copieux. Il débute par un potage servi bouillant, souvent au lait avec des oeufs battus, préparation dont l'Empereur se montre friand et dont il se plaît à vanter les vertus rafraîchissantes. Puis viennent une viande grillée ou rôtie, parfois du poulet, le plus souvent du boeuf ou du mouton, jamais de veau dont on ne fait aucune consommation à sainte-Hélène, des oeufs à la coque ou en omelette, un plat de légumes, de préférence des farineux, des lentilles à l'huile en particulier, puis du fromage, parmesan ou roquefort. Comme boisson, un peu de vin rouge coupé d'eau et au dessert une tasse de café très chaud."
(Ganière, Napoléon à Sainte-Hélène)

On peut également se référer au Régime alimentaire de Napoléon à Sainte-Hélène, de Cabanès, dans Les indiscrétions de l'Histoire (vol. 13).

Dorsenne

Message par Dorsenne »

Vin de constance, voilà ce que j'aurais aimé écrire si mon esprit n'était pas encore embué par les vapeurs du claret

Dorsenne

Message par Dorsenne »

M. Drouet, impardonnable vous êtes, vous avez oublié la ch'tite lampée d'arsenic... :roll:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

M. Drouet, impardonnable vous êtes, vous avez oublié la ch'tite lampée d'arsenic...
(gl)Oups... :lol:
Vin de constance, voilà ce que j'aurais aimé écrire si mon esprit n'était pas encore embué par les vapeurs du claret
Aussi appelé vin de Las Cases. L'intéressé s'en est fait l'écho :

"Dès que j'avais été établi à Newlands, mon premier soin avait été de songer à envoyer à Longwood quelques-uns des objets que je savais y manquer.
[...]
Je fis donc rechercher ce qu'il pouvait y avoir de mieux en vin de Constance, vin de Bordeaux, café, liqueurs, huile, eau de Cologne, etc., demandant des qualités extrêmemnt supérieures, ou pas du tout. Le Cap est encore très mal pourvu de nos délicatesses d'Europe. A l'exception du vin de Constance, qui est indigène, on ne trouva de tout le reste que peu ou même rien.
[...]
J'ai su [que Lowe] avait fini par remettre le tout à sa destination, et j'ai eu l'inexprimable satisfaction d'apprendre que le vin de Constance, surtout, y avait fait plaisir. L'Empereur se l'était particulièremenr réservé ; il ne l'appelait plus que de mon nom. Dans ses derniers moments, dégoûté de tout, quand il ne savait plus que prendre : "Donnez-moi du vin de Las Cases", disait-il. Quelles paroles pour moi !"