LES BOURBONS : le duc de Berry

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

von Faber du Faur

Re: LES BOURBONS

Message par von Faber du Faur »

Et le comte d'Artois ? Et le prince de Condé ? Ils sont également innocents sans doute ?
Ils portent plus la responsabilité de la mort du duc que Napoléon lui-même car ils l'ont mêlé à leur complot sans le lui révéler. Lamothe ne savait pas assez parler l'allemand pour être envoyé à Ettenheim c'est un fait mais ne minimisez pas les magouilles des Bourbons outre-manche. Avec l'aval et l'argent de Londres en plus. Si ça ce n'est pas de la conspiration !!

Drouet Cyril

XXX

Message par Drouet Cyril »

XXX

von Faber du Faur

Re: LES BOURBONS

Message par von Faber du Faur »

Ce serait trop long mais je sais que le nom du duc d'Enghien fut avancé au gouvernement anglais par son grand père, le prince de Condé, lorsque ce dernier vit le peu d'entrain que mettaient Artois et son fils Berry à se mettre à la tête de la conspiration de Cadoudal. Georges, lors d'une entrevue avec William Pitt (qui tirait les ficelles de son ami Henry Addington alors 1er ministre du royaume) lui a affirmé que si Artois ou Berry ne venaient pas en France après le "coup essentiel", Enghien serait le 3ème homme. Or il est clair, au vu de la correspondance du duc avec son père et son grand-père qu’Enghien n’était absolument pas au courant de la guerre en frac qui se tramait à Londres. Mais cette correspondance révèle également que son père et son grand-père lui mentaient effrontément (certes pour le protéger) en prétendant ne rien savoir du complot de Cadoudal. Artois fera de même avec son frère, le futur Louis XVIII qui est alors en exil en Pologne avec le duc d’Angoulême, deuxième fils du futur Charles X. Les espions consulaires pullulaient à Londres et avaient infiltré le milieu royaliste jusqu’au trognon. Tout ce qui se tramait à Londres était donc connu à Paris. Le prince de Condé voulait donner un rôle de premier plan à sa maison dans la future restauration qu’il appelait de ses vœux et il savait très bien qu’il ne pouvait pas compter sur son fils, le duc de Bourbon, qui était sans caractère et plus porté sur le femmes et la bouteille que la guerre. Par contre il connaissait le désintéressement et le courage de son petit-fils mais savait également que ce dernier ne souffrirait pas d’être mêlé à une conspiration. Il a donc certainement attendu que l’affaire de Cadoudal soit bien engagée pour le mettre au courant afin qu’il s’élance sur la France. Mais tout cela relève de la spéculation car la période londonienne des Bourbons reste, et pour cause, dans l’ombre. Lorsque les Anglais ouvriront leurs archives (s’ils le font un jour) sur cette période, vous verrez que le nom du duc est abondamment cité. Le plus triste dans cette histoire c’est qu’Enghien lui-même ne sut jamais que Cadoudal (ce « demi converti » comme il l’appelle dans l’une de ses lettres) avait été envoyé à Paris par son grand-père et Artois.

Drouet Cyril

Re: LES BOURBONS

Message par Drouet Cyril »

Le rôle d'Artois n'est certes pas à négliger, mais il convient de rélativiser. Si les noms d'Enghien, d'Angoulême ou de Berry ont été prononcés en Angleterre lors de la mise en place du complot, l'identité du prince attendu par les conjurés n'a point été révélée lors des interrogatoires, que ce soit dans les déclarations de Georges ou les bavardages de Leridan. Ce qui a mis véritablement le feu aux poudres fut l'annonce par Querelle de la présence de Cadoudal à Paris, puis au fil des arrestations et des interrogatoires, l'annonce d'un prince à venir. Restait à déterminer son identité. Enghien était dans le collimateur depuis un moment. On connait la suite...


Salutations respectueuses.

Stroh

Re: LES BOURBONS

Message par Stroh »

Extrait des Mémoires de Fouché
J'eus un des premiers connaissance de la mission de Caulaincourt et d'Ordener sur les bords du Rhin; mais quand je sus que le télégraphe venait d'annoncer l'arrestation du prince, et que l'ordre pour le transférer de Strasbourg à Paris était donné, je pressentis la catastrophe et je frémis pour la noble victime. Je courus à la Malmaison, où était alors le Premier Consul; c'était le 29 ventôse (20 mars 1804). J'y arrivai à neuf heures du matin et je le trouvai agité, se promenant seul dans le parc. Je lui demandai la permission de l'entretenir du grand évènement du jour. " Je vois, dit-il, ce qui vous amène; je frappe aujourd'hui un grand coup qui est nécessaire." Je lui représentai alors qu'il soulèverait la France et l'Europe, s'il n'administrait pas la preuve irrécusable que le duc conspirait contre sa personne à Ettensheim. " Qu'est-il besoin de preuve ? s'écria t'il ; n'est ce pas un Bourbon, et de tous le plus dangereux?" J'insistai en exposant dans des raisons politiques propres à faire taire la raison d'Etat: ce fut en vain; il finit par me dire avec humeur : " Vous et les vôtres n'avez-vous pas dit cent fois que je finirais par être le Monck de la France et par rétablir les Bourbons ? Eh bien ! il n'y aura plus moyen de reculer. Quelle plus forte garantie puis-je donner à la Révolution que vous avez cimentée du sang d'un roi ? Il faut d'ailleurs en finir: je suis environné de complots; il faut imprimer la terreur ou périr". En proférant ces dernières paroles qui ne laissaient plus d'espoir, il s'était rapproché du château; j'y vis arriver monsieur de Talleyrand, et un instant après, les deux Consuls Cambacérès et Lebrun. Je regagnai ma voiture et rentrai chez moi chez moi consterné.

Je sus le lendemain qu'après mon départ on avait tenu conseil, et que, dans la nuit, Savary avait procédé à l'exécution du malheureux prince; on citait des circonstances atroces. Savary s'était dédommagé, disait-on, d'avoir manqué sa proie en Normandie, où il s'était flatté d'attirer dans le piège, au moyen des fils de la conspiration de Georges, le duc de Berri et le comte d'Artois. Réal m'assura qu'il s'était si peu attendu à l'exécution nocturne, qu'il était parti le matin pour aller chercher le prince à Vincennes, croyant le conduire à la Malmaison, et s'imaginant que le Premier Consul finirait cette grande affaire de manière magnanime. Mais, dit-il, un coup d'Etat lui parut indispensable pour frapper l'Europe de terreur et pour détruire tous les germes de conspiration contre sa personne.

L'indignation qye j'avais prévue éclata de la manière la plus sanglante.
Je ne fus pas celui qui osa s'exprimer avec le moins de ménagement sur cet attentat contre le droit des nations et de l'humanité."C'est plus qu'un crime, dis-je, c'est une faute!" paroles que je rapporte, parce qu'elles ont été répétées et attribuées à d'autres.

von Faber du Faur

Re: LES BOURBONS

Message par von Faber du Faur »

Tissu de mensonges que tout cela ! Vous en trouverez autant dans les mémoires de Talleyrand. Lisez plutôt celle de Cambacéres qui sont de loin les plus objectives sur cette affaire.
D'ailleurs une question au passage : Comment se fait-il que dans les biographie de Charles X il n'y ait strictement rien de rien sur dix-huit ans d'exil à Londres ?
Modifié en dernier par von Faber du Faur le 23 nov. 2006, 06:41, modifié 1 fois.

von Faber du Faur

Re: LES BOURBONS

Message par von Faber du Faur »

Une lettre du duc d'Enghien en date du 24 novembre 1800 où il évoque les complots ourdis contre Bonaparte (il y fait aussi un bel au hommage aux Vendéens )

"Je ne connais pas un mot de vos histoires d'agences. Ce sont un tas de bêtises puantes auxquelles je ne me mêlerai pas. Je vois dans tout cela un tas de gens qui ne cherchent qu'à gagner de l'argent et qui sont plus nuisibles qu'utiles. Je mets de ce nombre les premiers que j'ai vus de plus près, les Pichegru et Willot. Jé méprise tout cela. Moi, je vais droit mon chemin et s'il faut s'exposer pour notre maître, je l'ai fait et le ferai de bon coeur, sans me cacher. Je ne sais servir mon roi en frac, à moins que ce ne soit l'uniforme de la Vendée."
Oui, une lettre adressée à son grand père le prince de Condé, chef de l'agence de Paris dont Enghien ne connait pas un mot. Sans parler de Pichegru que le jeune duc méprise tant mais qui fut approché par ce même grand-père avec l'argent de Londres pour le corrompre. Vous ne voyez donc pas que le vieux a menti au jeune toute sa vie ?
On voit bien là toute l'hypocrisie des royalistes.

Drouet Cyril

XXX

Message par Drouet Cyril »

XXX

von Faber du Faur

Re: LES BOURBONS

Message par von Faber du Faur »

Ce qui veut dire que le mythe de l'agneau princier sacrifié sur l'hôtel de l'ambition du loup cervier Bonaparte a encore de beaux jours devant lui.
Que vous le vouliez ou non Enghien était lié par son sang à cette conspiration. Il a payé les ambitions de sa maison de sa vie. C'est triste mais c'est comme ça. Son grand-père s'est servi de lui toute son existence et cette manipulation malsaine a finie par le tuer.

Drouet Cyril

Re: LES BOURBONS

Message par Drouet Cyril »

Enghien, un agneau princier ? Je ne pense pas que c'est ce qui ressort de ce fil.
Il a payé les ambitions de sa maison de sa vie.
Il a aussi payé les ambitions de Bonaparte de sa vie.


Salutations respectueuses.

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