LES BOURBONS : le duc de Berry

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

James Saint-Angel

Re: LES BOURBONS

Message par James Saint-Angel »

Il est vrai qu'en 1804, personne ne songe à la Restauration et ce qui le prouve, ce sont tous les retours d'anciens exilés qui commencent à penser que le retour de la monarchie est improbable.

Pourtant, tout ce qui a permis ce retour était bien en germe : la tenacité de l'Angleterre, un certain "aventurisme" ou disons un "goût du risque" de Napoléon ( il faut bien le reconnaitre ) et le fait indéniable que la présence de cet homme au pouvoir représentait un réel danger pour trop de monde...

James Saint-Angel

Jean-Baptiste Muiron

Re: LES BOURBONS

Message par Jean-Baptiste Muiron »

Une Restauration était toujours envisageable en 1804. Louis XVIII avait fait une tentative auprès du Premier Consul afin que ce dernier devienne le 'Monck' du retour des Bourbons.

Le contexte de 1804 est important, et la mort de l'avant-dernier des Condé revêtait une importance politique importante. Il fallait à la fois, pour Bonaparte :

Se concilier les anciens jacobins, toujours activistes, et notamment dans l’armée, et donner des gages aux régicides sur lesquels il savait qu’il aurait à compter dans les mois suivants. Tuer Enghien, c’était interdire formellement tout retour arrière de Bonaparte

Donner un signe fort à ceux qui attentaient à sa vie (même si le Duc d’Enghien était bien loin de le menacer directement). Nous sommes alors dans les tourments des complots entourant le Premier Consul (Cadoudal, Moreau, l’Angleterre), et la période est propice à offrir un exemple bien plus facilement atteignable que Louis XVIII ou Artois.

Enfin, construire la première marche vers le sacre de décembre : ponts coupés avec la royauté légitimiste sans espoir de retour, concilier les opposants régicides, asseoir l’autorité de l’exécutif,.

Face à tous ces enjeux hautement politiques, la part de sensibilité, voire de remords, est bien faible. Même si Savary, supplié par Hulin d’apporter à Bonaparte la demande d’entretien avec Enghien, y avait donné suite (ce qu’il ne fit pas, d'après le mémoire de Hulin. Parle-t-on d'un autre courrier ?), nul doute que le fossé de Vincennes aurait retenti de la même manière de la première salve de l’instauration de l’Empire.

:salut:

Saalfeld

Re: LES BOURBONS

Message par Saalfeld »

J'associe à la reflexion de Jean-Baptiste Muiron cette phrase de Germaine de STAËL qui est dans le même ordre d'idée:

"Au moment où Bonaparte voulut se faire nommer empereur, il crut à la nécessité de rassurer, d'une part, les revolutionnaires sur la possibilité du retour des Bourbons; et de prouver de l'autre, aux royalistes qu'en s'attachant à lui, ils rompaient sans retour avec l'ancienne dynastie."

(Source: Considérations sur la REvolution française)

James Saint-Angel

Re: LES BOURBONS

Message par James Saint-Angel »

"Couper les ponts" est une très bonne expression ( bien militaire, en plus ) car elle semble bien être le leitmotiv exact de cette action, c'est très clair maintenant ! :!:

James Saint-Angel

de Thury

Re: LES BOURBONS

Message par de Thury »

Volontaire noble de l'armée de son grand père , le prince de Condé, le jeune homme a combattu vaillamment pendant plusieurs années dans cette armée et y a exercé un commandement avec beaucoup de bravoure.

Joséphine

Re: LES BOURBONS

Message par Joséphine »

Si l'on peut affirmer que l'évocation de l'exécution du Duc d'Enghien troubla Napoléon, chaque fois que la conversation en donnait l'occasion, il est complètement faux de parler de "regrets".

Napoléon affirma toujours avec la plus grande sérénité, dans cette discussion, que la mort du Duc d'Enghien était un acte nécessaire, le seul capable de couper court aux intrigues.

Il y a des orages, constatait-il, qui servent à affermir les racines d'un gouvernement.

A Mr de Rémusat, il expliqua en détail les motifs de sa décision :

"Je vois que vous prenez la chose sérieusement, c'est tout simple, au reste.
Vous autres, vous avez vos souvenirs, vous avez vu d'autres temps.
Moi, je ne date que de celui où j'ai commencé à être quelque chose...
Ces fous de royalistes n'avaient-ils pas répandu le bruit que je remettrais les Bourbons sur le trône ?
Les Jacobins en ont eu peur ; Fouché est venu une fois me demander de leur part quelle était mon intention ...
Cette conspiration a pensé remuer l'Europe : il a fallu détromper l'Europe et les royalistes. J'avais à choisir entre une persécution de détail ou un grand coup.
Mon choix ne pouvait être douteux ; j'ai donc imposé silence pour toujours, et aux royalistes et aux Jacobins".

Enfin à son frère Joséph, il déclara :

"Je ne puis me repentir du parti que j'ai pris à l'égard du Duc d'Enghien ... Je ne serai tranquille sur le trône, que lorsqu'il n'existera plus un seul Bourbon ...
Il était jeune, brillant, valeureux, et par conséquent, mon plus redoutable ennemi.
C'était le sacrifice le plus nécessaire à ma sûreté et à ma grandeur.

Rien dans ces conversations ne montra chez Napoléon l'ombre d'un regret ou d'un scrupule, encore moins d'un remords.
Car, celui qui avait fait fusiller un Bourbon dans les fossés de Vincennes ne pouvait oublier qu'il aurait pu tomber lui-même, frappé par des balles royalistes, sur la route de Malmaison.

A maintes reprises, Napoléon a précisé son point de vue sur la légitimité de certains actes.

"Ma grande maxime a toujours été qu'en politique comme en guerre, tout mal n'est excusable qu'autant qu'il est nécessaire".



On apprit, en outre, que le Général Dumouriez, cet ignoble traître du début de la Révolution, était un associé du Duc d'Enghien, et qu'il travaillait en tandem avec lui ...
En prenant connaissance de l'un des derniers rapprts qui lui étaient faits sur l'étendue du réseau anglo-royaliste, le Premier Consul s'était écrié :

"Comment ? Vous ne me dites pas que le Duc d'Enghien est à quatre lieues de ma frontière, à fomenter des complots ? Suis-je donc un chien que l'on abat dans la rue, tandis que mes meurtriers seraient des êtres sacrés ! On m'attaque personnellement ! Je rendrai guerre sur guerre "!

Comme Bonaparte le fit remarquer lui-même à ce moment-là, mais aussi durant toute sa vie, c'était aussi un acte politique courant à cette époque.
Des agents britanniques n'avaient-ils pas projeté, au Congrès de Rastatt en 1799, de faire massacrer des plénipotentionnaires français par les soldats autrichiens ?

Bien qu'ils changèrent d'avis pendant la restauration des Bourbons, les associés du Premier Consul (Cambacérès, Talleyrand, Fouché ....) fermèrent les yeux sur le plan de Bonaparte lorsqu'il les réunit à La Malmaison pour leur demander conseil.
Certains, tel Murat, appuya même cette mesure, faisant valoir que ce n'était pas le moment de faire preuve de clémence, ni même de "légalisme", ce qui ne pourrait être que mal interprété par l'ennemi.

Le Préfet de Police remarqua que la réaction populaire à l'affaire du Duc d'Enghien, à Paris, était très fortement favorable au Premier Consul, dont l'action, disait-on , révélait un régime actif, fort et prêt à agir ..
Toutes les motivations en fait qu'en attendait la ville, qui depuis la fin Février, se trouvait en état de siège ...

Au regard de cette étude qui m'a amenée à cette longue réflexion sur le sujet , j'estime le bien-fondé de la décision du Premier Consul, qui apparaît d'autant plus logique qu'elle était légitime, et se voulait un exemple fort pour enrayer un vaste et dangereux réseau de complots contre la personne du Premier Consul.



:salut:

James Saint-Angel

Re: LES BOURBONS

Message par James Saint-Angel »

Selon Jean-Paul Bertaud*, le duc d'Enghien a tenu des propos qui, parvenus à l'oreille de Bonaparte ont pu, certes, l'irriter, mais cela ne fait pas de ce descendant de Condé, un fanatique. Bien au contraire, cela nous donne l’image d’un homme lucide et capable de discernement.
Voici donc cette citation de Louis Antoine évoquant Bonaparte autour de 1800 ( à l'époque ou Louis XVIII pensait pouvoir convaincre l'auteur du coup d'Etat du 18 brumaire de restaurer la monarchie ) :

- « Quelques personnes veulent en faire un royaliste. Quant à moi, je suis parfaitement convaincu que s’il l’est, il ne l’est que pour lui-même. »

Le jeune duc avait compris que Bonaparte avait tiré la couverture vers lui et que c’était, en fait, de « bonne guerre ».
La révolution devait s’arrêter et seul un homme à poigne pouvait y arriver. S’il n’y avait pas eu le problème dynastique, on pourrait presque prendre Enghien pour un bonapartiste, lui qui s’entendait en fait si mal avec les partisans du Tsar Paul 1er, son hôte, si rétrograde et tellement fermé aux idées nouvelles !

Le duc d’Enghien était un homme de son temps mais encore fidèle aux images du passé, proche d’un homme comme Artois auquel il devait ressembler physiquement et moralement mais avec ( je l’ai déjà écrit ) plus de lucidité, bref, plus de présence d'esprit : un vrai Bourbon, certainement mais un Bourbon comme le XVIIIème siècle n’avait pas su en faire… Cela devait irriter Bonaparte. ( De plus ses proches devaient renforcer cette image de ce prince qu'on surnommait affectueusement, même dans les rangs républicains, le " prince Va de bon coeur" en raison de sa bravoure sur les champs de bataille )

James Saint-Angel


* Jean-Paul Bertaud, auteur de « Bonparte et le duc d’Enghien, les deux France » chez Robert Laffont.

Jean-Baptiste Muiron

Re: LES BOURBONS

Message par Jean-Baptiste Muiron »

Selon Jean-Paul Bertaud*, le duc d'Enghien a tenu des propos qui, parvenu à l'oreille de Bonaparte ont pu, certes, l'irriter, mais cela ne fait pas de ce descendant de Condé, un fanatique. Bien au contraire, cela nous donne l’image d’un homme lucide et capable de discernement.
Bien vu, James Saint-Angel. Je partage votre opinion. :)

:salut:

Drouet Cyril

Re: LES BOURBONS

Message par Drouet Cyril »

A défaut de s'enfoncer plus longuement dans des bruits de couloirs rapportés avec une étonnante légèreté sur les supposés méchants comploteurs fanatiques d'Ettenheim, posons un peu les yeux sur les documents d'époque.

Le trop fameux rapport du maréchal des logis Lamothe, en date du 5 mars 1804 :

"Parti de Strasbourg le 13 ventôse [4 mars], vers cinq heures et demie du soir, pour me rendre à Ettenheim, je me suis arrêtéà Kappel où, parlant avec le maître de poste et deux particuliers, j'ai appris que le ci-devant duc d'Enghien était encore à Ettenheim avec l'ex-général Dumouriez et un colonel nommé Grünstein récemment arrivé de Londres ; et l'on m'a assuré qu'on parlait, il y a queqlue temps, d'un voyage que le duc d'Enghien devait faire en Angleterre, mais que maintenant il n'en était plus question.
Arrivé à Ettenheim, l'on m'a confirmé audit lieu la présence de l'ex-duc d'Enghien, du général Dumouriez et du colonel Grünstein, ce dernier venant depuis peu d'Angleterre ; l'on m'a parlé d'un individu désigné le lieutenant Schmitt, arrivé également d'Angleterre après le colonel Grünstein
[...]"

On sait aujourd'hui (et depuis bien longtemps :roll: ) que notre zélé maréchal des logis s'était lamentablement pris les pieds dans le tapis.

Tragique conséquence : le 10 mars, Bonaparte lançait la chasse :

"Vous voudrez bien, citoyen ministre, donner ordre au général Ordener, que je mets, à cet effet, à votre disposition, de se rendre dans la nuit, en poste, à Strasbourg. Il voyagera sous un autre nom que le sien ; il verra le général de division.
Le but de sa mission est de se porter sur Ettenheim, de cerner la ville, d'y enlever le duc d'Enghien, Dumouriez, un colonel anglais et tout autre individu qui serait à leur suite.
[...]"

Saalfeld

Re: LES BOURBONS

Message par Saalfeld »

je signale juste au passage que Bonaparte n'a jamais eu aucun regret vis-à-vis de l'exécution du duc d'Enghien.
En outre, n'oublions pas que celui-ci avait porté les armes contre la France: c'est un crime qui vaut bien un "châtiment exemplaire", pour reprendre l'expression malhaureuse du manifeste de Brunswick...
D'ailleurs Bonapate declara à Lecouteulx (vice président du sénat): "Il a fallu faire voir aux Bourbons, au cabinet de Londres, à toutes les cours d'Europe, que ceci n'est pas un jeu d'enfants. Les circonstances dans lesquelles nous nous sommes trouvés n'étaient point de nature à être traitées chevaleresquement".

Cordialement. SAALFELD

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