L'ESPAGNE : Talavera de la Reyna (juillet 1809)

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Christophe

L'ESPAGNE

Message par Christophe »

Voici une scène relevée dans les "Souvenirs" du Commandant Jean-Stanislas Vivien (Hachette,1907),alors chef de bataillon du 55° de ligne: "Il était environ onze heures du soir, lorsque la division entra dans la ville (de Tordesillas), et ma compagnie de grenadiers s'y casa comme elle put dans une maison à peu près dévastée. Le pays avait eu à supporter le passage de l'armée anglaise en retraite et la présence de la cavalerie française qui la suivait de près; la majeure partie des habitants avaient fui à l'approche de nos cavaliers... En arrivant, je m'étais jeté sur une poignée de paille, roulé dans mon manteau: j'étais fatigué. Le brouhaha qui accompagne ces sortes de halte, cesse ordinairement peu à peu et fait bientôt place au silence: les gens de service et les cuisiniers veillent seuls; le reste, tombant de fatigue, s'étend çà et là et s'endort. Je dormais depuis environ une heure, mais non d'un sommeil assez profond pour que je n'entendisse pas des allées, des venues et des chuchotements, qui m'ennuyèrent au point que je me fâchai et que j'ordonnai d'un ton sec à ne pas se le faire dire deux fois: qu'on se couchât; mes grenadiers obéirent avec une docilité admirable, mais ce ne fut que pour recommencer de plus belle un quart d'heure après. Enfin, fatigué d'entendre passer et repasser sans cesse auprès de moi: celui-ci murmurant une question entre ses dents et l'autre lui répondant par un: "Te tairas-tu f... bavard; si tu éveilles encore le capitaine, il est homme à t'envoyer porter de ses nouvelles à ceux qui sont là-bas, tu sais dans le fond". Je mandai le sergent-major et je lui ordonnai de voir ce qui se passait d'extraordinaire dans la compagnie et de venir m'en rendre compte. Un instant après, il revint tout effaré: "Capitaine, levez-vous, me dit-il, les grenadiers jettent les habitants de la ville dans le puits qui est au milieu de la cour ! Venez vite empêcher qu'on y précipite les deux derniers peut-être, que des grenadiers amènent."Je ne fis qu'un saut du recoin où je m'étais blotti jusqu'à la cour, et là, je vis deux malheureux paysans, à demi-morts de frayeur, qui, quelques secondes plus tard, seraient allés rejoindre je ne sais combien d'ESpagnols qui gisaient au fond d'un puits qui n'avait pas moins de vingt brasses de profondeur, si je ne fus arrivé à temps pour empêcher qu'on les y précipitât tête première. A la vue de cet affreux spectacle, je fus saisi d'horreur. Je reprochais à mes grenadiers leur cruauté dans les termes les plus forts et je les menaçais du conseil de guerre, lorsqu'un beau parleur s'avança et me dit: "Lorsque vous saurez, mon capitaine, pourquoi nous avons passé au "bleu" tous ces brigands de paysans plutôt que de prendre du repos dont nous avions tant besoin, vous ne serez plus si fâché contre nous." Alors, mon homme alluma un bout de cierge et me conduisit dans un petit caveau où il me fit voir deux cadavres, encore frais, horriblement mutilés, et que je reconnus aux boutons de leurs habits pour être des soldats du 50° régiment qui nous avait précédés d'un jour à Tordesillas. Que faire ? Quel remède apporter à tant de cruautés exercées de part et d'autre dans une guerre d'extermination qui n'a pas duré moins de cinq ans ? Je fis placer une sentinelle et un planton auprès du puits afin d'empêcher qu'on y jetât ni hommes, ni pierres. Dix minutes après, on battit la marche du régiment. Mes grenadiers mangèrent la soupe en toute hâte; et, à cinq heures du matin, le corps d'armée était déjà en route à la poursuite des Anglais sur la route de Rio-Seco". ;)

Joker

Re: L'ESPAGNE

Message par Joker »

Edifiant en tous points votre récit mon cher Christophe ! :roll:
Difficile de blâmer les soldats français...
Quand la cruauté répond à la barbarie, on est en droit de se demander ce qu'il subsiste d'humanité chez les combattants des deux camps. :?
Il n'y a hélas guère de remède contre ce type de dérives et la loi du talion risque de sévir bien longtemps encore... :cry:
La guerre quand elle se bâtarde de guérilla est le pire révélateur des travers humains. :furieux:

joel

Re: L'ESPAGNE

Message par joel »

Effectivement,
la guerre d'Espagne "regorge" d'égorgés et de supplices horribles que les Espagnols ont infligés aux malheureux qui n'étaient pas en nombre suffisant. Et comme le dit si bien Joker, l'horreur amène d'autres atrocitées.
Les Espagnols ne sont en soit pas a blamer. ils défendaient leur libertée aussi. mais ceci n'autorise ni dans un camp ni dans l'autre de telle barbarie.
je n'ai connu aucune guerre hélas que nous pourrions dénommer de "propre".

Hypolite

Re: L'ESPAGNE

Message par Hypolite »

L'horreur engendre l'horreur et les exemples sont, hélas, légion dans cette Campagne ! :cry:

Christophe

L'ESPAGNE : Le siège de Tarragone (mai-juin 1811)

Message par Christophe »

Jean-Abraham Graindor, du 39° de ligne a laissé des "Mémoires" inédits jusqu'à présent mais qui viennent d'être publiés. Il participa à l'épisode méconnue que fut le siège de Tarragone (mai-juin 1811). L'épisode qui suit se situe précisément le 28 juin au moment de l'assaut. Mais laissons parler Graindor :
"Nous étions vingt-deux compagnies de grenadiers et de voltigeurs pour monter les premiers. On nous donna une ration d'eau de vie en passant dans le faubourg et on nous conduisit dans le chemin couvert où tout était paisible. Chacun pensait à soi, on se disait voilà peut-être le dernier moment de ma vie, on savait qu'une nombreuse garnison défendait cette place, et de vieilles troupes, cependant on se résignait, on se disait il vaut beaucoup mieux en finir par un coup de main que de rester deux mois à un siège comme celui de Tarragone. Cependant le soldat français, exalté par les résistances opiniâtres et prolongées des assiégés, et par les insultes dont même des femmes ne cessaient de nous accabler, poussait la fureur au dernier degré. Le brave grenadier italien qui devait monter le premier était arrivé, ce brave s'était distingué à l'assaut du fort d'Olivo et le général en chef en l'atant fait appeler lui avait demandé quelle récompense il désirait, vu qu'il était déjà membre de la Légion d'honneur et chevalier de la Couronne de Fer, il répond: "Monseigneur, monter le premier à l'assaut de la ville", ce qui lui fut accordé. L'intrépide général Habert qui commandait l'assaut arrive, huit ou dix bombes tirées sur la brèche annoncent le signal, on court, on s'élance à la brèche, le brave italien est blessé à mort et on partage son sort, les premiers sont couchés par terre, on se pousse, on monte, la brèche est rapide, les tués et les blessés en obstruent encore le passage. Notre compagnie et nous sommes encore au bas de la brèche ; on ne peut tenir, deux bastions qui se croisent tirent sur nous à mitraille, en moins de deux minutes vingt voltigeurs de notre compagnie sont tués ou blessés, on se pousse, on monte pour fuir cette mauvaise position, arrivés en haut on se dirige sur tous les points, les canonniers des bastions sont tués près de leurs pièces. Une colonne de 3000 militaires qui gardait la brèche est prise à dos, ils sont victimes des fortifications qu'ils ont faites dans les rues à côté desquelles ils ne peuvent passer qu'un à un. Beaucoup montent dans les maisons et par les croisées et font feu sur nous, il en est de même dans toutes les rues, un feu terrible sort de toutes les maisons. On entend encore parmi le démon des batailles les cris d'alarme des femmes et des enfants mais nous, alors qu'une grêle de balles dépeuple nos rangs, on monte dans les maisons qui deviennent le théâtre d'un spectacle effrayant. Là ce sont soldats français et espagnols passés au fil des baïonnettes, des vieillards, des femmes, des enfants qui se trouvent dans les maisons et qui subissent le même sort. Dans les rues, dans les maisons, tout est jonché de tués et blessés; cependant une partie de la garnison nous voyant maîtres de la ville s'était sauvée, les uns dans la citadelle, d'autres sur le port qui est à une distance de deux cent pas des murailles de la ville, d'autres sautaient du haut en bas des remparts, même des femmes et des enfants. La cathédrale dans laquelle étaient les blessés et malades espagnols était pleine de femmes, de jeunes filles, d'enfants, de vieillards qui s'étaient cachés dans le lit des blessés. Mais cet endroit fut respecté, on y mit aussitôt une garde, on vit même des jeunes filles se jeter aux pieds des Français qu'elles voyaient les moins farouches et les supplier de les conduire à la cathédrale ce que beaucoup firent, ces malheureuses prenaient encore le bon parti."
Source: Jean-Abraham GRAINDOR "Mémoires de la Guerre d'Espagne, 1808-1814".Point d'Aencrage, 2002.

Tibule

L'ESPAGNE : Bataille de CHICLANA ou BAROSSA (5 mars 1811)

Message par Tibule »

Bonjour à tous :salut: ,
Je voudrais savoir si quelqu'un peut me parler de façon détaillée de cette bataille.Je sais juste une chose:le 8ème de Ligne(régiment auquel j'appartiens en reconstitution)y aurait été décimé et y aurait perdu son aigle.Je ne connais ni la date de la bataille,ni les forces en présence et je ne suis même pas sûr de l'orthographe de Barossa :Ane: .Pouvez-vous me donner des infos?

JIEM

Re: L'ESPAGNE : Bataille de CHICLANA ou BAROSSA (5 mars 1811)

Message par JIEM »

Bataille de Chielana ou de Barossa
le 5 mars 1811

J'ai tout l'historique de la bataille si tu veux mais c'est un peu long à mettre sur le forum

C.Douville

Re: L'ESPAGNE : Bataille de CHICLANA ou BAROSSA (5 mars 1811)

Message par C.Douville »

Cher Tibule,

La bataille de Barossa s'appelle également " Chiclana ", elle se déroule en mars 1811 et oppose l'armée Française du maréchal Victor aux armées Britannique et Espagnole.

Malgré les forces quatre fois supérieures en nombre des coalisés, les Français tiennent le coup et repoussent plusieurs assauts. Notre première ligne repousse deux assauts des Britanniques au corps à corps, mais la blessure du général Rufin entraîne le repli de notre première ligne sur une seconde ligne improvisée par Victor.

Par la suite, les attaques des Britanniques du général Graham sont constamment repoussées. Les Britanniques, découragés par leurs insuccès, se replient dans Cadix. Pour les coalisés, c'est une défaite puisque l'objectif n'a pas été atteint : faire lever le siège de Cadix. Cependant, les historiens ne semblent pas d'accord, sûrement influencés par l'infériorité numérique des Français.

C.Douville

Re: L'ESPAGNE : Bataille de CHICLANA ou BAROSSA (5 mars 1811)

Message par C.Douville »

Autre chose, tu peux largement faire confiance aux récits donnés par les auteurs de " Victoires, Conquêtes, etc... des Français de 1792 à 1815", ceux-ci parlent autant des victoires que des défaites. Donc, si Chiclana avait été une défaite, ils l'auraient reconnu sans problèmes. L'étude est donc assez sérieuse et n'a rien à voir avec l'habituelle description chauvine que l'on attribue trop souvent aux auteurs du 19eme siècle.

:salut:

JIEM

Re: L'ESPAGNE : Bataille de CHICLANA ou BAROSSA (5 mars 1811)

Message par JIEM »

L'aigle fut enlevée par le Lt Edward Kought et le Sgt Masterman du 2e bataillon du 87e régiment de ligne ( régiment Irlandais du prince de Galles )le 5 mars 1811

il ornerait le réfectoire du " Royal Hospital Chelsea " à Londres et porterait l'inscription : Aigle Impériale francaise du 8è régiment d'infanterie , prise par le 2è bataillon du 87è de ligne alors sous le commandement du major Hugh Gough , au combat de Vegea-de-la-barossa, le 5 mars 1811

c'est le 1er porte aigle Guillemain , blessé d'un coup de feu à la tete, qui le laissa aux anglais

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